Les Folies amoureuses


Fallait-il être fou pour prendre le risque de monter
Jean-François Regnard auteur du XVIIème ignoré de (presque) tous
aujourd’hui ? Pari gagné pour Pascal Zelcer et sa troupe qui font de cette
pièce en vers une comédie irrésistible et succulente !

 

Dés les premières secondes, on pressent une belle réussite.
Lara Neumann, dont il faut saluer la prestation hors du commun, dans une énorme
robe rouge bien ridicule, chante et déjà le ton loufoque et décalé est donné.
Avec une économie de moyens mais une foule d’idées, Pascal Zelcer assisté
d’Élodie Kugelmann a su illustrer de la plus moderne des façons (avec chansons kitch
des années 80, imitations et vidéos-gags) un texte justement remis à l’honneur dont
il laisse entendre le style savoureux et vivant.

 

L’intrigue nous replonge un peu dans L’école
des Femmes
 : Agathe, une jeune et plantureuse pupille veut échapper à
un vieux tuteur transformé en geôlier. Pour se libérer de son enfermement et se
donner à un fringant jeune homme, elle recourt au stratagème de la folie.

 

Autour de Lara Neumann, les comédiens sont à l’unisson.
Laurent Richard (avec un talent qui nous fait regretter de ne pas le voir plus
souvent au théâtre) campe le vieil égoïste forcené qui doit céder aux assauts (et
au toupet) d’Eraste joué par le brillant et toujours juste Frédéric Chevaux secondé
ici d’un valet et la servante du maître, heureuse de rejoindre le complot (Benjamin
Guillard et Anne Saubost font merveille dans ces deux rôles).

 

Excellent moyen de conjuguer pièce classique et pure comédie,
il faut aller voir ces Folies dont
nous sommes tombés amoureux !

 

Philippe Escalier – Photo Matthieu Salas

    

Vingtième
Théâtre

7,
rue des Plâtrières 75020 Paris ‑ M° Ménilmontant

jusqu’au
26 octobre 2008, du mercredi au samedi à 21 h 30

dimanche
à 17h30 ‑ 01 43 66 01 13

Perthus au théâtre du Rond-Point


Perthus mis en scène par Gilbert Désveaux, qui sera jouée au
Rond-Point à partir du 9 septembre 2008, est une pièce signée Jean-Marie
Besset, l’un des piliers du théâtre contemporain français. Deux jeunes
comédiens, Robin Causse et Jonathan Drillet se partagent l’affiche avec
Jean-Paul Muel et Alain Marcel. Faisons  les présentations.

 

Jean-Marie Besset

Je ne sais pas si
c’est un thème que j’ai choisi ou si c’est le thème qui m’a choisi. C’est en
tout cas une façon de revenir sur le premier amour, le seul qui pourrait être
qualifié de pur en définitive.”
Avec ce qu’il définit comme des scènes de
la vie de province (où l’on verra forcément une trace d’autobiographie),
Jean-Marie Besset présente une pièce profondément humaine construite sur les
relations mères-fils et retraçant l’histoire d’une rencontre et d’un amour
impossible entre deux garçons.

Lorsqu’il revient sur ses vingt ans de carrière, l’auteur
exprime avant tout une certaine reconnaissance. “J’ai été inventé par la critique, je suis un provincial, je ne
connaissais personne dans ce métier. Cela n’empêchera nullement ma première
pièce  
Ce
qui arrive et ce qu’on attend 
d’être jouée en 1993 et de recevoir un prix.
J’ai été dix fois nommé aux Molière. J’ai le sentiment que j’ai été soutenu par
des critiques dont le jugement m’importait beaucoup comme Michel Cournot. Sans
oublier les producteurs qui ont toujours été fidèles à mon travail.”

Parmi ses succès, on citera Commentaire d’amour, Grande
École
, Rue de Babylone ou Marie Hasparren. Outrages aux mœurs, L’Oncle
Paul
, La Souris verte
figurent parmi ses nombreuses
adaptations.

J’écris une pièce
tous les dix-huit mois. J’alterne les adaptations d’œuvres étrangères que
j’aime avec mes propres pièces. Adapter est avant tout un acte d’amour.”
Un
exercice dont il n’a pas le monopole puisqu’André Téchiné est en train de
porter à l’écran sa pièce RER écrite il y a trois ans et qui aura ainsi la particularité d’avoir
d’abord vu le jour au cinéma.

 

Robin Causse

Arrivé il y a presque deux ans de Montpellier, il s’apprête
à 19 ans à monter la scène du Rond-Point. Enthousiasme, jovialité et énergie
ont émaillé l’entretien.

Comment tout a
commencé ?

J’ai la passion du théâtre depuis tout petit. Mes parents ne
m’ont jamais freiné et m’ont même encouragé dans mes activités extra-scolaires.
À 11 ans, j’avais envie d’apprendre des textes, de jouer des personnages, je
savais déjà faire rire autour de moi. J’ai fait de petits spectacles et puis,
l’été 2006, arrivent Le temps des secrets, le temps des amours et
mon vrai premier rôle. Du coup, mon bac sera suivi de deux mois de tournage
pour la télévision dans le rôle de Marcel Pagnol adolescent. Un superbe
souvenir !

Venir à Paris a été
chose facile ?

J’ai quitté le Sud sans regret. Paris est un choix qui
coulait de source et mes parents l’ont bien compris. Ils m’ont fait confiance,
ils savent que je suis bien entouré. Tout en gardant toujours un petit œil sur
moi !

Que faites-vous une
fois dans la capitale ?

Pas mal de choses : j’ai commencé un BTS en
audiovisuel. En parallèle, j’ai rencontré mon agent et pris des cours de
théâtre sans avoir envie d’entrer dans une école, pour rester libre de faire
tout ce que je voulais. Je pense apprendre plus et plus vite sur le terrain.

La rencontre avec
l’auteur se produit comment ?

J’ai croisé Jean-Marie Besset au cours d’une audition il y a
six mois. Il m’a dit qu’il souhaitait travailler avec moi. Il m’a fait lire la
pièce. J’ai accroché. Ensuite, la lecture s’est bien passée…

Commencer par le
Rond-Point n’est pas donné à tout le monde !

Ce n’est pas évident de réaliser complètement…mais j’ai bien
conscience que j’ai une sacrée chance !

Dans quel genre de
rôle pensez-vous être à l’aise ?

Il faut que j’essaie un peu tout avant de répondre (rires) ! Cela dit, j’aime bien
Feydeau, le vaudeville est très amusant à jouer, je suis attiré par le
classique, mais d’une façon générale, je n’ai pas de réticence particulière. La
comédie me convient bien aussi.

Oublions le
travail ! Quels sont vos loisirs ?

Je fais du sport, de l’escrime. Je me régale… et puis au
théâtre, ça peut toujours servir. Je me défoule, je n’aime pas trop les sports
collectifs et je trouve que manier le fleuret est assez classe ! Sinon, Je
peins (j’adore les portraits, les lignes simples et les couleurs, le tout entre
réalisme et abstrait) et je dessine, pour me détendre.

Jonathan Drillet

Les répétitions se
passent très bien et l’on va assez vite. Pour moi,
Perthus, c’est un travail
d’acteur qui va trancher avec ce que j’ai fait ces deux dernières années.”

Visiblement heureux d’être partie prenante à ce projet, Jonathan Drillet
explique ainsi un retour sur la scène, après une formation un peu
particulière : deux ans de cours à l’École
du Louvre avant de s’inscrire au Conservatoire du XXe. Sa première pièce, Beautiful
Guys
, sera la seule montée par Christophe Honoré et donnera lieu à
trois représentations au festival Frictions de Dijon. Il a ensuite
collaboré à Paris avec le metteur en scène Alexis Fichet. Depuis, il a beaucoup
travaillé pour  des chorégraphes en
intégrant la compagnie Moving Theater à New York
et ce, bien qu’il ne soit pas danseur. “Je tourne un spectacle de Raimund Hoghe et je m’apprête à travailler
avec Daniel Larrieu”,
nous dit cet électron libre avant d’ajouter : “J’ai l’impression de n’avoir jamais fait
d’auditions, j’ai toujours rencontré les gens par hasard. C’est par des amis
américains que j’ai croisé Jean-Marie Besset.”
Esprit libre s’il en
est, il a fondé un groupe de performances avec l’actrice Marlène Saldana (The
United Patriotic Squadrons of Blessed Diana) et s’en va régulièrement hanter,
dans des tenues cocasses, quelques lieux très divers pour y lire sur un ton
badin des textes politiques (très actuels !) dont il entend, par ce
procédé, faire ressortir toute l’énormité. Entrer dans la peau de Paul,
littéraire sensible tombant amoureux d’un matheux, devrait lui aller comme un
gant, tant on le voit bien interpréter des personnages désireux d’aller au bout
de leurs passions.

 

Jean-Paul Muel

Ce comédien expérimenté que nous avons vu récemment dans Good
Canary
sous la direction de John Malkovich débute au théâtre dans les
années 70, époque où il participe à tous les spectacles du grand Magic Circus.

Impossible à classer, il excelle tant dans le répertoire
classique (Molière, Musset, Rostand,) que contemporain (Pirandello, Claudel,
Alan Bennet, Neil Simon).

Il aborde également le théâtre musical avec une Périchole
remarquée sous la direction de Jérôme Savary. Il tourne pour la télévision et
le cinéma (il joue dans La Môme d’Olivier Dahan) et met en
scène des auteurs vivants. La saison dernière, il a dirigé Claire Nadeau au
Festival d’Avignon dans La Divine Miss V. de Mark Hampton et
Mary Louise Wilson, spectacle programmé à Paris pour la rentrée 2008.

 

Alain Marcel,

Élève du Conservatoire et d’Antoine Vitez, ce comédien
jouera au cinéma, pour la télé et au théâtre. Mais c’est principalement vers la
mise en scène (qu’il aborde pour la première fois en 1975) qu’il va se tourner
et en particulier dans le domaine musical qui l’attire comme le prouve les deux
spectacles dont il est l’auteur, Essayez donc nos pédalos et Rayons
femmes fortes.

En 1983, il met en scène Le Barbier de Séville à
l’opéra de Genève. Suivront une dizaine de grands titres du répertoire lyrique
dont L’Italienne
à Alger, La Vie parisienne,
L’Élixir d’amour.  Par ailleurs, il signe l’adaptation et la
mise en scène de comédies musicales américaines. Il vient de terminer
l’écriture d’un nouveau spectacle musical, L’Opéra de Sarah.

Philippe Escalier pour Starter Tatouvu

Photo Robin Causse par Mathieu Dorthomb



François Bégaudeau


Propos recueillis par Grégory Moreira da Silva pour http://www.sensitif.fr

Il a eu la palme à Cannes mais n’a pas les pieds palmés.
Il est écrivain mais sa plume n’est pas son seul talent. Il connaît une
notoriété sans précédent depuis Entre les
murs
mais ne parade pas sur un perchoir en lançant des cocoricos. Un oiseau
rare ? Assurément. François Bégaudeau surprend par sa simplicité et sa
gentillesse, qualités que beaucoup remisent au placard après une telle
récompense. Son film sort le 24 septembre au cinéma et s’annonce comme l’événement
incontournable de la rentrée.

Pouvez-vous présenter d’abord à nos lecteurs vos différentes
casquettes ?

C’est vrai que les gens me
connaissent en tant que professeur de français, écrivain, journaliste ou
dernièrement réalisateur. Mais mon activité de base reste l’écriture. C’est
grâce à elle que la médiatisation est venue par la suite il y a quatre ou cinq
ans. J’étais déjà un ado hyperactif et ça n’a guère changé depuis !

 Racontez-nous un peu l’histoire que vous avez voulu mettre en images
dans votre film Entre les murs.

C’est donc l’histoire d’un prof
de français, la trentaine, qui se retrouve face à vingt-cinq ados dans une
classe dont il veut faire un espace d’expression démocratique. Mais cette
conception de l’enseignement va, à un moment donné, se retourner contre lui.

 On ressent quelles sensations en recevant la palme d’or au festival de
Cannes ? Trône-t-elle désormais sur votre cheminée ?

Je crois qu’actuellement, elle
est à la production. La palme tourne pas mal au sein de l’équipe… Quant à la
sensation que cela procure, je suis toujours décevant dans ce genre de registre
car je ne suis pas très attaché aux récompenses. Le prix a moins de valeur que
ce que les gens vont penser du film. J’attends les critiques avec impatience. Ce
sera ma vraie récompense.

Ce qui me plaît avec cette palme,
c’est qu’elle va permettre au film de jouir d’une visibilité de masse, ce qui
est plutôt une bonne nouvelle pour le cinéma français.

Dans le film, il est question du vivre ensemble malgré les différences.
Cette année, le thème de la Marche des Fiertés était la lutte contre l’homophobie
en milieu scolaire. L’observateur éclairé que vous êtes du monde enseignant
a-t-il des idées pour faire régresser l’homophobie à l’école ?

Un film est là avant tout pour
poser des questions et complexifier le débat. Nous n’apportons aucune réponse
aux questions posées. Par ailleurs, le film ne traite pas de ce thème précis
même si je m’associe à la lutte contre l’homophobie. Moi je pense que c’est
surtout l’institution qui doit se poser des questions. Elle projette une image
universelle hétérosexuelle et blanche qui ne pose pas suffisamment la
thématique de la différence.

Et que
répondez-vous à Jean-Marie Le Pen qui déclarait sur I-télé à propos de votre
film qu’il s’agissait d’une « révélation
sur la composition des collèges français, en particulier parisiens
 » ?

Je ne savais même pas qu’il avait
dit ça… Vous savez, lui comme d’autres se permettent de parler d’un film qu’ils
n’ont pas vu : ça ne m’intéresse pas. Quant à la mixité ethnique et
sociale en milieu scolaire, ce n’est pas un scoop pour les gens. Ils sont au
courant qu’on est dans un pays cosmopolite et le film intègre un certain nombre
de réalités dont celle-ci.

Après un tel succès, que peut-on vous souhaiter et que vous
souhaitez-vous à vous-même ?

Pour moi, la page de ce film est
tournée. Elle l’est depuis le premier montage qui remonte à huit mois. Entre-temps, j’ai écrit deux livres. Le cinéma n’est pas une obsession, d’autant que j’ai
déjà des projets de films à produire depuis longtemps.

Je vais continuer mes activités,
sur Canal, sur Paris Première, dans Muse
Je termine aussi un roman pour février et j’ai fort envie d’en écrire un autre
sur le thème de la jeunesse. Bref, ce ne sont pas les projets qui manquent. Il
y a donc bien un après Entre les murs
pour moi !

Virility, le nouveau livre de Fred Goudon

 

Le lien étroit qui lie le photographe à Sensitif (http://www.sensitif.fr) et à ses lecteurs fait qu’il nous a donné la primeur des
photos de son nouveau livre et de l’interview qui suivent pour la sortie de Virility.

 Les 180 pages de
photos de Virility ont été faites
quand ?

Dans leur grande majorité en 2007, en début d’année, lors d’un
voyage autour du monde et pendant un périple qui a duré les deux mois de l’été
dans le sud de la France, une dizaine d’étapes entre Biarritz et Cannes.

 Pourrais-tu nous
citer deux photos qui sont plus importantes à tes yeux ?

Il y a une photo qui me touche beaucoup, c’est celle de
Baptiste (les lecteurs le connaissent car il a fait la couv de Sensitif en juillet 2007), je ne saurais
pas vraiment expliquer pourquoi ; ce qui est sûr, c’est que cette image me
procure une réelle émotion.

Et puis il y a la photo de Gilles (Marini) sous la douche.
Quand en décembre 2007 il a su qu’il allait faire le film Sex in the City, il savait qu’il aurait une scène sous la douche et
il m’a demandé de faire quelques images pour se sentir à l’aise avec ça. On a
fait une séance à l’hôtel 3.14 à Cannes et pris beaucoup de photos, c’était une
espèce de répétition. Par la suite, Gilles m’a dit qu’il avait en quelque sorte
recréé notre séance au moment où il était nu sous sa douche devant toute l’équipe
du film, pour la « fameuse » scène, et que cela l’avait aidé
effectivement !

 Certaines photos
ont-elles été faites dans un cadre surprenant ?

Pendant ma tournée dans le sud de la France, je suis allé à
la rencontre des modèles, chez eux. Chaque fois pour moi, c’était une surprise
de les découvrir dans leur environnement. Je voulais les photographier de
manière intimiste et naturelle, dans leur contexte, le matin en prenant le café
ou en sortant de leur salle de bains. J’avais très envie de ce côté reportage.

 As-tu déjà dit à un
modèle qu’il n’était pas assez viril ?

Oui ! (Rires.)
J’avoue que parfois le côté métrosexuel, sourcils et corps épilés, etc.,
devient un peu contrariant pour la création d’une image… disons que ça manque
un peu de naturel. J’assume mon goût pour le côté masculin, Virility n’est pas un titre choisi par
hasard ! Du reste, il faut aussi savoir prendre les gens tels qu’ils sont et
ce qui compte, c’est le résultat final en photo.

 Comment s’organise
une journée de travail type de Fred Goudon ?

(En imitant Claude
François.)
Je me lève et je te bouscule (rires)… C’est beaucoup de courriels, beaucoup de rencontres avec
des modèles, des contacts, beaucoup de photos.

Et quand tu ne bosses
pas, où aimes-tu sortir ?

C’est simple, j’aime bien les petits restos des Abbesses,
aller au spectacle de temps en temps et puis, les soirs de rugby, faire la
tournée des pubs !

Propos recueillis par Philippe Escalier pour le numéro de septembre 2008 de Sensitif (www.sensitif.fr)

Julien FAVREAU

Le Gala des étoiles du XXIe siècle réunit une
fois par an une douzaine des meilleurs danseurs du monde au Théâtre des
Champs-Élysées. Pour cette dixième édition, Julien Favreau, en compagnie de
Katerina Shalkina, dansera deux extraits de ballets de Maurice Béjart. Nous
avons pu interviewer celui qui reste l’un des danseurs fétiches du chorégraphe français récemment disparu.

Comment avez-vous rencontré Maurice Béjart ?

Au conservatoire de La Rochelle, mon professeur Colette
Milner, dont le fils Michel Gascard a fait toute sa carrière au Ballet du XXe
siècle, m’a conseillé de passer le concours d’entrée pour intégrer l’école-atelier
de Maurice Béjart à Lausanne. À seize ans, le concours réussi, j’ai été engagé
pour un cursus normal de deux ans mais au bout d’une année, Maurice avait
besoin d’un danseur pour sa compagnie. Son choix s’est porté sur moi. Bien sûr
à l’époque j’étais trop jeune pour bien connaître son travail, mais j’ai tout
de suite compris qu’artistiquement, cela correspondait à ce que je voulais
faire.

Intégrer le Béjart
Ballet Lausanne (BBL) signifie que l’on ne danse que du Béjart. N’est-ce pas un
peu frustrant parfois ?

Non, c’est ce qui fait la particularité de cette compagnie.
Deux ou trois dans le monde sont dirigées par un directeur également
chorégraphe unique de la troupe. J’ai dansé d’autres chorégraphies mais de
façon exceptionnelle, celles de Gil Roman par
exemple, le directeur adjoint du BBL. J’ai participé à des soirées jeunes
chorégraphes, ce qui m’a permis, très ponctuellement, d’aller vers d’autres
registres. Maintenant avec la maturité, j’ai envie de d’enrichir mon
répertoire.

Quel est votre
meilleur souvenir de danseur ?

J’ai beaucoup de bons souvenirs sur scène, comme le soir où
les membres de Queen sont venus chanter en live pendant que nous dansions en
hommage à Freddy Mercury. Autre exemple, lorsque nous avons été à Mexico,
Maurice Béjart a voulu offrir une soirée en plein air et gratuite pour ceux qui
n’avaient pas les moyens d’aller au spectacle : 30 000 personnes se
sont déplacées, c’était un grand moment. J’ai eu aussi la chance de travailler
avec Gianni Versace, de rencontrer notamment Sylvie Guillem,
Baryshnikov, Mats Ek. Mais les plus beaux souvenirs sont les heures de travail
passées avec Maurice en studio. La création avec lui était un véritable
échange. Il disait qu’une chorégraphie, c’était comme l’amour, ça se faisait à
deux !

Pour danser au niveau
qui est le vôtre, faut-il sacrifier beaucoup de choses, notamment au niveau de
sa vie privée ?

La danse exige rigueur et discipline comme chacun sait. Mais
en même temps, j’ai trente ans et envie de profiter de la vie. J’ai besoin de
retrouver ma famille, de faire la fête avec mes amis, de m’enrichir de choses
extérieures à la danse. Concernant la vie sentimentale, il est vrai que notre
compagnie tourne beaucoup à l’étranger, du coup, pour le nomade que je suis, s’engager
dans une relation n’est pas simple !

Une carrière de
danseur n’est jamais très longue. Comment voyez-vous votre avenir ?

Je suis danseur au BBL depuis quinze ans mais je suis
toujours à fond dans ma carrière. Lorsque ce sera physiquement trop difficile
j’évoluerai, de préférence dans le milieu artistique. J’aimerais continuer à
travailler pour une compagnie. Ou me diriger vers le théâtre et le cinéma.
Beaucoup de choses m’attirent !

 

Théâtre des Champs-Élysées : 15, avenue Montaigne 75008
Paris

Vendredi 19 septembre 2008, samedi 20 et lundi 22 à 20 h

Dimanche 21 septembre à 15 h

01 49 52 50 50

www.theatrechampselysees.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques considérations sur les JO et le Tibet


     Pendant
les spectaculaires images de l’inauguration des Jeux, impossible de ne
pas (aussi) se sentir mal à l’aise devant cette vaste et couteuse
opération de propagande.
Les mots pollueur, colonisateur, dictateur, tueur me viennent à l’esprit.

Impossible de ne pas songer au Tibet martyrisé mais aussi à tous les Chinois maltraités par leur régime.

     Quand
on observe les résultats de la France, on se dit que finalement, on
n’aurait pas manqué grand-chose à boycotter. Oh, pardon pour le gros
mot !

     L’or Manaudou s’est transformée en plomb. La nageuse git,
et dans quel état, au fond de la piscine ! Entre la bagatelle et la
natation, autrement dit entre nager dans le bonheur ou dans un bassin,
il fallait choisir. C’est le Sieur Lucas qui tient une revanche
chèrement payée par la malheureuse.

     Il aura fallu Steeve pour
une première médaille d’or française ! Ne prenant plus trop le métro et
ignorant tout de la lutte, je me suis dit en apprenant  la nouvelle :
"Damned, encore un américain !"
Ben non, il s’agit de Steeve Guénot, un Français, médaillé et ma foi, très joli garçon.
Inconnu
au bataillon, sa victoire vient prouver, une fois encore, que la
médiatisation est aussi mortelle pour les sportifs que l’arsenic.
Répondre aux interviews, apparaitre à la télé, gagner plein d’argent ou s’entrainer et gagner, là aussi,
il faut choisir.

     Le Dalaï-lama continue sa visite en France.
Sa venue est un honneur pour un pays comme le notre, incapable de
conduire une politique étrangère courageuse et indépendante. Loin du
brouhaha de Pékin, nous admirons, quoique laïc pratiquant, la force
de conviction de cet homme hors du commun. L’intelligence du
bouddhisme, sa capacité à se focaliser sur les choses importantes de la
vie, tranche avec un catholicisme moribond et sclérosé.
Avec le Dalaï-lama, nous pensons au Tibet, encore et toujours au Tibet ! Puisse ce pays survivre !

Gay Pride, Marche des Fiertés, clip, photos et Sensitif

Parce qu’elle est un moment festif, revendicatif, coloré,
finalement très hétérogène, La Marche des Fiertés est importante par l’éclairage qu’elle
porte sur la communauté gay. D’autant que le thème était cette année centré sur
le rôle – capital – de l’école dans l’apprentissage de la tolérance et de l’art de vivre ensemble.

 

Sensitif a mis sur son site de nombreuses photos de la Marche mais
aussi un clip de Jozsef Tari, témoignage musical et drôle de cette impressionnante
manifestation qu’il faut voir autrement qu’avec des œillères ou des stéréotypes trompeurs.

 

Rendez-vous sur :

 

www.sensitif.fr

La Gay Pride ou Marche des Fiertés

En avant
Marche(s) !

Par Sylvain Gueho pour Sensitif numéro 25 : http://www.sensitif.fr

 

Décriée, critiquée ou encensée, la Marche des Fiertés (ou
pour les plus vieux d’entre nous la Gay Pride) n’a jamais laissé indifférent,
que l’on se place du côté des hétérosexuels ou des homosexuels. À commencer par
son but. Est-ce une manifestation pleine de revendications politiques, une
parade pour la défense des plumes et du cuir ou une fête comme il y a celle de
la musique ou du cinéma ? Il est vrai que l’on a tout vu, tout lu et tout
entendu à ce propos. Pour comprendre tenants et aboutissants de cette
manifestation, retour sur les faits qui ont poussés les homosexuels à battre le
pavé.

 

Dans les années 60, il était plutôt difficile de vivre au
grand jour son homosexualité, encore considérée comme une maladie mentale ou
comme un crime. Rares étaient les lieux où elle pouvait se vivre publiquement.
Les États-Unis ne faisaient pas exception à la règle. À New York, pourtant
ville beaucoup plus libertaire que le reste du pays, il était interdit de
servir des boissons alcoolisées aux homosexuels (sur le principe que les femmes
ne tiennent pas l’alcool ?), de danser entre hommes ou de se travestir.

Toutefois, à l’instar d’un village gaulois célèbre de
l’autre côté de l’Atlantique, une certaine résistance existait, notamment au
cœur du quartier de Greenwich Village où un bar, le Stonewall Inn, offrait aux
homosexuels un lieu de rendez-vous et de rencontres, malgré les fréquentes
descentes de police. Habituellement prévenus à l’avance des contrôles
policiers, les patrons de ce bar s’arrangeaient alors pour que le lieu
apparaisse soit totalement vide, soit totalement hétérosexuel.

 

La légende a pris
place en ces lieux lorsque, dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, une
irruption policière non anticipée et plus brutale que d’habitude a trouvé de la
résistance en la personne de quelques travestis
(tombant justement sous le coup de la loi concernant le port de
vêtements traditionnellement réservés au sexe opposé) et d’homos leur prêtant
assistance
. Les policiers ont été obligés de se retrancher dans le bar, la
vindicte homosexuelle s’étant armée de différents projectibles (allant des
bouteilles aux pavés, jusqu’à un parcmètre). Les policiers, surpris par cette
opposition, ont réussi à demander du renfort. Mais dans la rue puis le quartier,
homos et travestis ont fait de même.

Il est dit que la mort quelques jours plus tôt de la
chanteuse et comédienne Judy Garland (celle qui allait donner bien plus tard
ses couleurs au Rainbow Flag) et son enterrement ce même 27 juin au matin
a agi comme un déclencheur et participé au sentiment de révolte.

 

C’est ainsi qu’une longue nuit allait voir s’opposer forces
de l’ordre et homos. La police a eu recours aux forces antiémeutes sans
toutefois parvenir à totalement juguler le mouvement de contestation. Craig
Rodwell, qui avait ouvert la première librairie gay dans ce même quartier de
Christopher Street, a alerté la presse. Le
lendemain après-midi, aidée par les grands quotidiens ayant relaté l’événement,
une foule nombreuse s’est rassemblée à nouveau devant le bar, et les
affrontements ont repris de plus belle. Les émeutes dureront au total quatre
jours consécutifs.

 

Et déjà, ce mouvement de contestation est porteur de
dissension interne au sein des (rares) organisations homosexuelles. L’une
d’entre elle le fera savoir en l’inscrivant sur les murs du Stonewall ;
soucieuse d’une image irréprochable à donner, elle prône l’adage du
« vivons heureux, vivons cachés ».

A contrario, et fort de ce qui s’est passé autour du
Stonewall, Craig Rodwell aidé par d’autres activistes fonde dans la foulée le
Gay Liberation Front (GLF) et en décembre 1969 la Gay Activist Alliance (GAA)
dont fera partie Brenda Howard. Cette dernière va coordonner la commémoration
des événements de juin 1969 en organisant la Christopher Street Liberation
Parade à New York le 28 juin 1970 dont le slogan sera « Come Out ».

 

Le mouvement de la Gay Pride est lancé.

 

En France, les origines de la Gay Pride sont moins bien
connues que celle précédemment racontée, mais a pourtant ceci de similaire avec
la Gay Pride originelle qu’elle doit son apparition en particulier à cause
d’une chanteuse américaine (mais elle, beaucoup moins adulée que Judy Garland).

 

Le premier coup d’éclat rendant audibles les homosexuels
français se produit en mars 1971 par l’interruption de l’enregistrement d’une
émission radio de Ménie Grégoire sur « L’homosexualité, ce douloureux
problème » (titre désormais entré dans l’histoire). Après une discussion
quelque peu animée autour de préjugés, le plateau sera envahi par des gays et
des lesbiennes scandant « Liberté » et « Battez-vous »
avant que la régie finale ne coupe prématurément l’émission.

Cette intervention
est considérée comme un des actes fondateurs du mouvement militant homosexuel.
Dans la foulée, le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) est créé
par le rapprochement entre ces mêmes activistes homo et des féministes
lesbiennes.

Cette même année, les homosexuels s’invitent au traditionnel
défilé du 1er mai. Bien que souvent considérés comme persona non grata
par certains
syndicats, les homosexuels continueront à participer à ce défilé jusqu’en 1978.
Les germes du défilé homosexuel sont donc plantés. Ne restait plus qu’un peu
d’engrais pour les voir se développer.

 

Intervient alors une chanteuse américaine de sinistre
mémoire : Anita Bryant a une éducation religieuse très ancrée dans sa vie
et des convictions extrêmes concernant l’homosexualité. Ainsi, lorsqu’en 1977
est promulgué en Floride une ordonnance interdisant toute discrimination sur
des critères d’orientation sexuelle, son sang et son eau bénite ne font qu’un
tour. Elle réagit en lançant une campagne très médiatisée pour tenter de faire
abroger cette ordonnance. Cette campagne homophobe d’une rare violence (elle
ira jusqu’à demander de « Tuer un homosexuel pour l’amour du
Christ ») va déclencher des réactions dans son pays mais également en
France.

Ainsi, à Paris, c’est
en réponse à ces propos et à cette campagne que va être organisée en juin 1977
la première manifestation homosexuelle indépendante, à l’appel du Mouvement de
libération des femmes (MLF) et du Groupe de libération homosexuelle (GLH,
héritier du FHAR).

À partir de 1978, et issue des réflexions sur la libération
sexuelle post-mai 1968, la question de l’homosexualité et de sa dépénalisation
appartient au débat politique français. Toutefois, devant l’incapacité des
parlementaires à faire évoluer les choses, le mouvement homosexuel se structure
autour du refus de la loi répressive. Le Comité d’urgence anti-répression
homosexuelle (CUARH) est créé pendant l’été 1979 et c’est à son initiative
qu’auront lieu deux autres manifestations en 1979 et en 1980 contre les
discriminations antihomosexuelles.

 

Toutefois, on
considère que la véritable première marche gay (même si elle n’a pas de
dénomination officielle) est celle ayant eu lieu le 4 avril 1981, lorsque
10 000 personnes ont répondu à l’appel du CUARH et manifesté pour la
dépénalisation de l’homosexualité
. L’enjeu est alors majeur : la
question s’est invitée dans le débat présidentiel. François Mitterrand, qui
allait être élu président le mois suivant, s’engage quelques jours après cette
manifestation à dépénaliser l’homosexualité, ce qui sera fait l’année suivante.

 

Fort de cette nouvelle liberté, le principe de la
manifestation récurrente des homosexuels, bientôt rejoints par les bisexuels et
les transgenres, est dès lors acquis : à partir de 1982, une manifestation
est organisée chaque année en juin à Paris. De nombreuses villes de France ne
resteront pas en reste. En 2008, treize manifestations sont organisées en
dehors de Paris.

 

Christophe Hondelatte

Propos recueillis par Grégory Moreira da Silva pour Sensitif (mai 2008) : http://www.sensitif.fr

Photo France 2 – Jean Pimentel


« Sentez ce parfum de chez Fragonard, une pure merveille à base de fleur
d’oranger ! 
» Avec Christophe Hondelatte, l’on peut parler de
tout sans complexe, de la dernière fragrance à la mode aux turpitudes liées à la
flamme olympique. Tantôt léger, tantôt sérieux, le journaliste plaît par sa
simplicité et son ouverture d’esprit.

 

Christophe Hondelatte en trois adjectifs, c’est qui ?

Ah… (après un silence) Eh bien, je dirais simple, sensible et… fatigué.

Vous dites ça juste parce que vous êtes naze aujourd’hui ?

Malheureusement non, c’est
souvent le cas ! Par exemple hier, j’ai commencé comme tous les matins ma
journée à 5 heures pour la matinale de RTL, je me suis reposé de 13 à
14 heures, puis j’ai repris le travail, notamment le visionnage de DVD
pour le boulot, et ce jusqu’à 22 heures. C’est passionnant mais éprouvant.
J’ai hâte d’être en vacances la semaine prochaine !

L’animation d’une émission de divertissement vous plairait-elle a priori ?

Pas véritablement de
divertissement en fait, mais c’est vrai que j’aimerais beaucoup travailler sur
d’autres sujets que la politique ou le social. Je serai incapable d’animer un
show à la Patrick Sébastien et encore moins un « Star Academy ». En
revanche, une soirée à la Drucker, j’adorerais. Les émissions qui ne reposent
que sur de la forme, ce n’est pas mon truc, il me faut aussi du fond.

On est en pleine période de mercato. L’an prochain, vous serez où et
vous ferez quoi ?

Honnêtement, à l’heure actuelle
je n’en sais rien du tout. Pour l’instant rien n’est fixé pour moi. Cette année
le mercato a commencé très tôt et va se terminer sûrement aussi tard que l’an
dernier.

Des offres de la concurrence ?

Bien sûr, comme tous les ans,
j’ai des propositions des chaînes concurrentes. Mais au final, ce sont tout le
temps les mêmes d’une année sur l’autre. Ce n’est pas très innovant. Du coup,
pour l’instant, je reste à France Télévision.

Jean-Marc Morandini faisait des éloges vous concernant dans notre
dernier numéro. Et vous, que pensez-vous de lui ?

Eh bien pour être franc, je suis
un peu embêté car je n’écoute pas Jean-Marc Morandini. À l’heure où il est sur
Europe 1, je suis encore à RTL, je n’ai donc pas le temps d’écouter son
émission et son journal. En revanche, je regarde souvent son blog et je le
trouve très bien fait : les brèves sont bien résumées et très
synthétiques. Cela dit, je n’arrive pas à croire que la télé est une matière à
proprement parler sur laquelle on peut disserter pendant des heures. C’est un
peu les médias qui parlent des médias et je trouve ça un tantinet nombriliste.

Sans Bayonne, que serait Christophe Hondelatte ?

On est toujours de quelque part.
Moi, je suis de Bayonne. Et en effet, je pense que je ne suis pas capable de
vivre sans un point d’ancrage en province. Tout simplement parce que je suis
profondément provincial. En fait, sans Bayonne, je serai sûrement un sale type
du show-biz !

Un sale type du show-biz ? On veut des noms !

Je ne pense à personne en
particulier mais par exemple, vous ne verrez jamais des gens comme David
Pujadas ou Yves Calvi se pavaner dans des soirées parisiennes très futiles.

Vous aimez néanmoins la capitale. Quel est votre endroit préféré à
Paris ?

Je n’ai pas de lieu préféré. Mais
j’aime énormément Paris. Toutefois, mes vrais repères ne sont pas là, ils sont
à Bayonne. Le peu de temps que j’ai quand je suis à Paris, je me balade pas
mal. Je travaille beaucoup quand je suis ici mais si j’avais le temps, j’irai
plus souvent assister à des concerts ou au théâtre, c’est sûr.

Quel est votre avis sur la communauté gay parisienne ?

Finalement, ça fait des années
que je ne suis pas allé dans le Marais… je dirais bien deux ans. À dire vrai,
je n’aime pas trop ce qui est communautaire. Je ne vois pas l’intérêt des
ghettos quels qu’ils soient. Je trouve bizarre d’entendre
parfois : « Tiens, j’ai
ouvert une nouvelle boutique dans le Marais pour les homos. 
» C’est
comme si les homos étaient une catégorie à part, c’est étrange car ça va de
soi : les gays sont comme les autres !

Si vous aviez pu faire un autre métier, vous auriez choisi
lequel ?

Vaste sujet ! J’ai plein
d’envies différentes mais toutes en rapport avec l’humain et les relations
humaines. J’aurais aimé être enseignant, travailleur social, magistrat ou
policier. Mais aujourd’hui, c’est surtout l’idée d’être avocat qui prédomine.
J’aimerais me faire bouffer la tête par un dossier humain !

Il paraît que vous êtes bon imitateur… Quelles sont vos cibles
préférées ?

J’imite bien Nicolas Sarkozy,
mais attention, je l’imitais bien même avant qu’il soit très connu ! C’est
assez agaçant de voir tous ces imitateurs aujourd’hui qui font du Sarkozy
uniquement en se fondant sur ses gestes. La gestuelle chez Sarkozy n’est pas le
plus important. Ce qu’il faut comprendre chez lui, c’est sa rhétorique ;
sa façon unique de reposer la question et de nommer son intervieweur dans sa
réponse.

Vous qui êtes également un bon chanteur, comptez-vous un jour sortir un
album ?

Non, la chanson, c’est mon
principal loisir, c’est vrai, mais je ne compte pas commercialiser tout ce que
je fais pour mon propre plaisir. Mon répertoire est pourtant assez large
puisque je peux chanter aussi bien du Bruel, du Guichard, du Cocciante ou du
Bécaud. Mais ça, c’est réservé pour mes soirées entre amis… à Bayonne, bien sûr !

Pierre Talamon

Propos recueillis par Philippe Escalier pour Sensitif (mai 2008) : http://www.sensitif.fr

 

Que ce soit son parcours ou ses créations, Pierre
Talamon est certainement l’un des créateurs emblématiques du Marais et dont la
notoriété va grandissant. Nous profitons de l’appel à casting qu’il lance dans
les colonnes du magazine (voir page 21) en vue d’un défilé en juin
prochain pour faire plus ample connaissance avec lui.

 

Pierre, par quels chemins êtes-vous venu au stylisme
et à la création ?

 

Certes pas par la voie des écoles, dont j’ai toujours eu du mal à
supporter l’encadrement qui m’étouffait. Cela ne m’empêche pas de reconnaître
la qualité des écoles de mode aujourd’hui. Je fais régulièrement partie de
leurs jurys. Les étudiants y font un travail très intéressant.

Je suis autodidacte. Les rencontres, la volonté et la ténacité m’ont
conduit à créer ma propre marque. Je faisais des études de cinéma lorsque, pour
gagner un peu d’argent, j’ai travaillé pour des boutiques de vêtements
masculins rétro à Saint-Germain-des-Prés. Je chinais aux puces des tenues pour
des costumiers de cinéma. De fil en aiguille, j’ai signé une licence pour une
ligne de chemises, ouvert une boutique à Saint-Germain puis signé un contrat au
Japon. En 2002, j’ai ouvert le 15, rue du Temple. C’était un risque à prendre pour
pouvoir avancer. Je l’ai pris et je ne le regrette pas. Ce choix professionnel
m’a mûri et me rend heureux aujourd’hui.

 

Quelles sont les grandes étapes lorsque vous imaginez
une nouvelle collection et les priorités que vous avez en tête à ce moment-là ?

 

Le calendrier est imposé. Je travaille bien sous pression, avec du
stress. Puis il y a le déclic, l’envie. Un film, une musique, une peinture, une
situation vécue. J’élabore un thème. Je crée avec obsession ma gamme de
couleurs et je n’en sors plus. Je peaufine le détail qui marquera la
collection, qui en sera le leitmotiv, le fil conducteur. J’épingle les dessins
miniaturisés des vêtements sur un mur. Tout s’ordonne peu à peu, dans un
désordre organisé.

 

Pouvez-vous nous parler des grandes tendances de votre
collection hiver 2008 ?

En quelques mots, l’idée tourne autour du peintre Luciano Fontana
(Italien, années 50). Il attaquait littéralement ses toiles par des incisions.
Comme une blessure ouverte. Son travail est intéressant et peut être adapté au
textile. La collection sera mise en place en septembre prochain.

Je travaille actuellement sur la collection été 2009. L’idée en est le
manga, car le visage y est essentiel. J’avais envie de visages à l’expression
exagérée, théâtrale, dont l’œil omniprésent semble tout absorber, comprend tout
parce qu’il sait comment voir.

 

L’une de vos caractéristiques est que votre
fabrication reste française. On peut donc être compétitif en fabriquant dans
notre pays ?

 

Non. La situation a évolué. Beaucoup d’usines et d’ateliers français
ont dû fermer. Ceux qui s’en sortent ont su à temps opérer un mélange entre une
fabrication française et internationale (Europe de l’Est, Asie, Afrique du
Nord). L’important est de pouvoir exprimer sa créativité et d’offrir au client
un bon rapport qualité/prix. L’industrie textile française ne peut plus
répondre à cela. Je travaille donc aussi avec l’Asie, pour une faible partie de
ma production. Les mentalités évoluent. Il y a plus de réactivité et d’énergie
au-delà de nos frontières. Français, Chinois, Indiens, nous formons une belle
équipe. Nous sommes des citoyens du monde !

 

 

Vous organisez un casting, notamment avec le concours
de Sensitif, pour un défilé devant
intervenir durant le mois de juin. Comment allez-vous choisir vos mannequins ?
Peut-on en savoir un peu plus sur l’événement ?

 

Il se déroulera à L’Hôtel, rue des Beaux-Arts à Paris, un des plus
envoûtants hôtels de la capitale, dernière demeure d’Oscar Wilde. La
directrice, Caroline Piel, et mon agence de communication, Laurent Guyot, y
organiseront un défilé fin juin. Je n’ai pas d’idée préconçue sur les
mannequins, pourvu qu’ils sachent marcher et qu’ils soient à l’aise avec
eux-mêmes, le principal étant qu’ils puissent faire « vivre un
vêtement ».

 

Votre travail vous laisse-t-il beaucoup de
loisirs ? Que faites-vous dans ces périodes de repos ?

 

Cela dépend des priorités que l’on donne à certains moments de sa vie.
Je travaille beaucoup en ce moment. Sinon c’est surtout voir mes amis. Partager
des dîners ensemble. Cinéma, galeries d’art et longue marche à travers Paris.
Mais les plus beaux moments restent ceux vécus avec son amoureux. Ce sont des
moments magiques, comme volés, secrets, tenus à l’écart du monde.

 

Votre définition de l’amour ?

L’amour prolonge l’état amoureux. C’est un don qui se travaille au
quotidien. Il faut pouvoir se sortir de situations inextricables pour émerger à
la surface de soi-même. La sexualité, si intense soit-elle, ne suffit pas à
construire un couple, même si elle lui est nécessaire. J’aime les héros en
somme, accompagnés d’Éros !

 

 

Quels endroits aimez-vous fréquenter à Paris ?

 

Deux ou trois exemples : le Café Beaubourg pour les rendez-vous
professionnels, le bar de l’Étienne Marcel pour son côté cosy, la terrasse de
la pointe Saint-Eustache pour observer les gens passer, l’Hemingway du Ritz
pour le superfeutré quand je veux être très tranquille. Pour faire la fête, je
sors en boîte : Bobino, le Cab, Les Bains, le Bataclan… et toutes les
soirées de Laurent G.

 

Selon vous, quel est le pays le mieux habillé et le
plus sensible à la mode ?

 

Un tiercé : Italie, Angleterre, France. Faites comme moi,
asseyez-vous à une terrasse de café à Londres, Paris et Milan et regardez
passer les gens !

 

Boutique Pierre Talamon

15, rue du Temple

75004 Paris

 

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