Les Mémoires de Paul Palandin

Une comédie douce-amère de Grégory Corre où un homme part à la reconquête de sa mémoire et dont la blessure se révèle peu à peu derrière les rires

À la Scène Parisienne, Les Mémoires de Paul Palandin font alterner rires francs et silences soudains. Son héros cherche à comprendre ce qui lui est arrivé. Depuis un drame dont la pièce ménage la révélation, sa mémoire lui échappe, et chaque souvenir rassemblé se défait presque aussitôt. L’auteur fait de cette longue tentative pour retrouver le fil de son existence la matière d’une comédie où l’humour accompagne une inquiétude grandissante. Après plusieurs passages au Festival Off d’Avignon et une précédente série aux Béliers Parisiens, ce spectacle parfaitement construit revient à Paris, porté par une troupe d’une belle cohésion. Une quête de mémoire drôle et poignante, que le public suit avec une attention de chaque instant.

Les périlleux chemins du souvenir

Paul s’accroche. Il veut savoir, retrouver les êtres et les événements qui pourraient rendre son histoire intelligible. Ses avancées, ses hésitations et ses nouveaux oublis composent un récit fragmenté, dont le spectateur rapproche lui aussi les morceaux. La construction entretient la curiosité tout en faisant éprouver le désarroi d’un homme privé de ses propres repères.

Dans cette recherche, l’amour occupe une place essentielle. Paul retrouve en Rose une femme à aimer, mais ce qui les lie lui file entre les doigts. Ces élans amoureux apportent à la pièce sa tendresse et une part de sa drôlerie. Ils prennent cependant un autre poids à mesure que se précise la souffrance attachée à son passé. Derrière le charme des retrouvailles, une question demeure, que va-t-il découvrir s’il parvient enfin à se souvenir ?

Grégory Corre fait affleurer cette menace au cœur même de la fantaisie. L’ironie parfois corrosive des échanges, les confrontations et les décalages nourrissent une comédie dont certains passages suspendent brusquement le rire. Ces changements de ton donnent sa profondeur au spectacle. L’émotion gagne à surgir ainsi, lorsque la quête de Paul met au jour ce qu’elle remue de plus douloureux.

Les Mémoires de Paul Palandin portées par une belle troupe

Christophe Canard et Constance Carrelet cosignent une mise en scène qui enchaîne les ruptures du récit d’un seul mouvement. De grands panneaux blancs translucides dessinent des espaces changeants, permettant de passer avec fluidité d’un lieu et d’une situation à l’autre. Ce jeu subtil de transparence et de recomposition épouse les détours de la mémoire de Paul.

Johann Dionnet prête à Paul une ténacité candide qui le rend d’emblée attachant. Son obstination à comprendre nourrit le comique autant qu’elle trahit le trouble du personnage. Le comédien connaît la vie des troupes de l’intérieur. Il en a fait la matière d’Avignon, son premier long métrage, couronné du Grand Prix du Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez en 2025.

Face à lui, Laetitia Vercken donne à Rose une présence chaleureuse et rassurante. Leurs échanges vont de la drôlerie à la gravité, et la tension y surgit par éclairs. Leur relation constitue le point d’ancrage affectif du spectacle. Autour d’eux, Constance Carrelet incarne Susan, Jean Franco prête ses traits (et son flegme) à Auguste et Jihane Benlahcen interprète la psy. Christophe Canard complète cet ensemble dans le rôle (ô combien cocasse) du pianiste. L’entente des six interprètes soutient les mouvements du récit et ses bascules de ton.

À mesure que le passé reprend forme, le désir de voir Paul retrouver la mémoire se charge d’appréhension. L’on voudrait comprendre avec lui, tout en redoutant ce que ses souvenirs pourraient réveiller. Le spectacle tient dans cette attente, entre l’espoir d’une histoire enfin reconstituée et la blessure qu’il lui faudra regarder en face.

Philippe Escalier

Les Mémoires de Paul Palandin de Grégory Corre. Mise en scène de Christophe Canard et Constance Carrelet. Avec Johann Dionnet (Paul), Laetitia Vercken (Rose), Constance Carrelet (Susan), Jihane Benlahcen (la psy), Jean Franco (Auguste) et Christophe Canard (le pianiste), en alternance avec Stéphanie Caillol, Sandra Colombo et Matthieu Burnel. Scénographie de Capucine Grou-Radenez, lumières de Denis Schlepp, costumes de Chloé Boutry, musique et création sonore de Raphaël Alazraki. La Scène Parisienne, 34, rue Richer, 75009 Paris. Mercredi et vendredi à 19 h 30, jeudi à 21 h, samedi à 16 h 30 et 19 h 30, jusqu’au 2 janvier 2027. Durée 1 h 15.

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