Quatre cents ans après sa naissance, Carnavalet rend les clés de la maison à sa plus fameuse locataire.
Elle est née place Royale le 5 février 1626, à deux cents pas de là. Elle a passé les dix-neuf dernières années de sa vie entre ces murs, qu’elle appelait tendrement la Carnavalette. Pour son quatrième centenaire, le musée Carnavalet a rassemblé plus de deux cents peintures, dessins, livres et objets autour de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné. L’exposition ferme le 23 août : deux semaines pour s’y précipiter.
Le parcours commence par l’après. Éditions successives de la Correspondance, publiée grâce à sa petite-fille Pauline de Simiane, coffret de tabatière offert par Louis XVIII, boîtes de chocolats des années 1930 portant son nom : la sévignémania a fait de l’épistolière un label du goût français. Au milieu trône le bureau en laque de Chine réputé sien, que les analyses menées en 2025 au Centre de recherche et de restauration des musées de France datent des années 1730-1750, armoiries ajoutées bien après. Le musée l’expose quand même, avec franchise, car la légende fait partie du dossier.
Madame de Sévigné, veuve à vingt-cinq ans
Orpheline de père à dix-huit mois, de mère à sept ans, Marie grandit dans le Marais chez ses grands-parents, les Coulanges, qui lui offrent un luxe alors rare pour une fille, une éducation véritable, latin et italien compris. En 1644, elle épouse à Saint-Gervais, dont l’exposition présente les boiseries de la chapelle dorée, Henri de Sévigné, gentilhomme breton charmant, dépensier et volage. Il se fait tuer en duel en 1651 pour les beaux yeux d’une autre. La voilà veuve, mère de Françoise-Marguerite et de Charles, maîtresse de ses terres et de son temps. Elle ne se remariera jamais.

Elle en use avec éclat. Chambre bleue de la marquise de Rambouillet, samedis de Madeleine de Scudéry : le manuscrit fleuri de La Guirlande de Julie et la Carte de Tendre gravée pour Clélie restituent ce monde où l’esprit valait titre de noblesse. Scudéry disait d’elle qu’elle écrivait comme elle parlait, le plus agréablement et le plus galamment possible. Jean Nocret, Claude Lefèbvre et Robert Nanteuil ont fixé ce visage clair et rieur que le Grand Siècle jugeait irrésistible. Une salle réunit autour d’elle les souveraines du royaume, Anne d’Autriche régente par les frères Beaubrun, la duchesse de Longueville, Madame de Maintenon selon Mignard.

Trente ans de courrier
Le mariage de Françoise-Marguerite avec le comte de Grignan, en 1669, puis son départ pour la Provence ouvrent la blessure d’où sort l’œuvre. Pendant près de trente ans, plusieurs lettres par semaine descendent du Marais vers le Rhône. Sept autographes figurent ici, parmi une soixantaine de livres et de manuscrits.
La marquise raconte tout, avec une gourmandise intacte. Le procès de Fouquet, qu’elle suit en partisane. L’affaire des Poisons et le supplice de la Brinvilliers. Les fastes de la cour, rapprochés de l’estampe du Cercle royal et d’un savoureux Coup de vent sur le château de Marly. Paris surtout, le Pont-Neuf de Hendrik Mommers, qu’elle appelait son vieil ami, les baigneurs en Seine devant le pont Rouge, le marché aux fleurs du quai de la Mégisserie, les Cris de Paris d’Abraham Bosse.
La Carnavalette
La dernière salle est le vrai luxe de l’affaire. En octobre 1677, elle annonce à sa fille sa joie d’avoir enfin une belle cour, un beau jardin, un beau quartier, quitte à se passer des parquets à la mode. On visite donc dans la maison même, sous les fenêtres où séchait l’encre. Elle mourut à Grignan le 17 avril 1696, au chevet de cette fille qu’elle avait tant aimée.
Texte et photos Philippe Escalier
« Madame de Sévigné. Lettres parisiennes ». Commissariat général : Valérie Guillaume. Commissariat scientifique : Anne-Laure Sol, assistée de David Simonneau, avec le concours de Nathalie Freidel. Musée Carnavalet, Histoire de Paris, 23 rue de Sévigné, 75003 Paris. Jusqu’au 23 août 2026, du mardi au dimanche de 10 heures à 17 h 45, dernière entrée à 16 h 45. Plein tarif 15 €, tarif réduit 13 €. Catalogue, Paris Musées, 240 pages, 39 €.





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