Bô, le voyage musical

Ce sont les étapes de la vie de quelques personnes que nous allons traverser au 13ème Art, en musique et avec des prouesses artistiques et physiques, brillamment mises en scène. Dépaysement et plaisir assurés !

La musique de Catherine Lara est au cœur de spectacle. Elle est la soliste accompagnant l’orchestre incarné par une jeune troupe. Giuliano Peparini les met tous en scène avec un brio incontestable, contribuant à donner à Bô la belle ossature qu’il mérite.
Les thèmes abordés sous la plume de MC Solaar, sont nombreux : l’amour sous toutes ses formes, la guerre, le harcèlement, les migrants. On souligne, on dénonce, la générosité et la tolérance toujours en toile de fond. Les qualités et les personnalités des jeunes artistes permettent de rendre ces évocations, parfois un peu dispersées, très touchantes. Chacun dans son domaine excelle, que ce soit l’acrobatie, le mat chinois ou la danse. Au delà de la performance, l’émotion qu’ils communiquent, amplifiée par la partition musicale et la présence de Catherine Lara, est bien réelle. Adrien Ouaki, Gabriele Beddoni, Jocelyn Laurent, Olivier Mathieu, Brahem Aiache, Grégoire Malandain, Aurore Mettray et Théo Legros-Lefeuvre, sont, tous à leur façon, étonnants. Séduits par cette agrégat de talents, on se laisse volontiers entrainer par Sinan Bertrand, qui fait office de maître de cérémonie et qui jalonne, avec une infinie légèreté, tout le spectacle en apportant sa touche poétique. L’on se prend à penser aux spectacles du Cirque du Soleil où les numéros les plus spectaculaires sont présentés dans l’écrin d’un récit coloré. L’ambition et les moyens de Bô sont forcément moindres mais le résultat est au rendez-vous. Il vous reste encore quelques dates pour aller profiter de cet événement aussi original qu’attachant.

Texte et photos : © Philippe Escalier

Jusqu’au 15 avril 2018
Le 13ème Art : centre commercial Italie 2 75013 Paris
Jeudi, vendredi et samedi à 21 h ; dimanche à 15 h
bo-spectacle.com – 01 53 31 13 13

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Comédiens !

Au théâtre de la Huchette, « Comédiens ! » nous offre un voyage tragi-comique à travers un show théâtral et musical original, parfaitement huilé et réussi grâce au talent de ses trois créateurs et de ses trois interprètes, à la fois comédiens, musiciens… et magiciens, si l’on en juge par l’effet qu’ils produisent sur le public.

Samuel Sené, concepteur de « Comédiens! », aime le mélange des genres. Opéra, théâtre, comédie musicale, ce metteur en scène cuisine tous les ingrédients du spectacle en virtuose. Il se joue de son auditoire avec une dextérité rare, ne dévoile ses intentions que progressivement. C’est en nous faisant beaucoup rire qu’il avance ses pions, un vaudeville échevelé laissant peu à peu la place au drame, toujours avec des scènes bien écrites, bien chantées et admirablement jouées.
Au départ, nous sommes censés assister, dans un petit théâtre, à la répétition d’un spectacle qui doit se jouer dans quelques heures. Définition même de la mise en abime : la pièce que les comédiens sont en train de préparer, à la hâte et assez maladroitement, est la représentation exacte de leur existence. Ce qui provoque de multiples interactions, nous faisant passer de surprise en surprise, jusqu’à découvrir que nos éclats de rire cachent un drame, celui de la jalousie. Cette jalousie insidieuse, qui brule et consume. Pour la décrire, on pourrait plagier ce que Rossini dit de la calomnie : « Elle glisse, elle rôde, s’introduit dans les têtes et les cervelles ». Et n’attend qu’un prétexte pour exploser.
Samuel Sené, en mélomane assumé, a imaginé une sorte de remake de l’opéra italien « Paillasse », telle fut sa base de départ, mais nul besoin de connaître ce bijou du XIXeme pour être happé par un spectacle, qui, disons-le, décoiffe, grâce aussi aux dialogues et aux paroles d’éric Chantelauze et à la musique de Raphaël Bancou. Un parfait et subtil canevas construit sur mesure pour un trio de choc. Marion Préïté Fabian Richard et Cyril Romoli excellent. Chacun dans son registre est parfait. Si le public averti sait les miracles que les deux acteurs sont capables de réaliser, il ne manquera pas de remarquer le talent de Marion Préïté, que beaucoup vont découvrir à la Huchette. Tous trois vont nous embarquer dans une histoire prenante, surprenante et nous laisser, à la toute fin, sans voix. Mais non sans un tonnerre d’applaudissements, car c’est ainsi qu’il convient de saluer un tel spectacle et de tels comédiens !

Texte et photos : © Philippe Escalier

Théâtre de la Huchette : 23, rue de la Huchette 75005 Paris
Du mardi au samedi à 21 h – matinée samedi à 16 h
01 43 26 38 99

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LES FRANGLAISES

Il n’est pas faux de dire (et vous verrez pourquoi) que cette troupe met le feu à Bobino ! Parti d’un simple jeu entre amis, l’idée de départ s’est révélée diablement efficace. Le principe est simple : traduire littéralement et mot à mot les grands tubes anglo-saxons de la chanson en français. Ce qui donne des textes absurdes (mais fidèles) d’une drôlerie incroyable d’autant que ce spectacle fourmille d’idées. Chant, cirque, théâtre, danse, (et j’en passe!) ces quatre filles et huit garçons un peu déjantés savent tout faire (et ils font tout, ou presque) et le spectateur sans cesse étonné, passe par mille ambiances plus originales et drôles les unes que les autres. La parodie du western sur l’air de Hôtel California est absolument délirante à l’image du spectacle tout entier. Rarement salle aura vu pareille ambiance survoltée et troupe aussi énergique et enthousiasmante. Les Franglaises ont reçu le Molière 2015 du spectacle musical. Vous constaterez vous-même que cette récompense n’était pas usurpée. Alors un conseil : allez vivre ces moments d’euphorie que Bobino vous offre avec les Franglaises ! Et réservez un peu avant, le spectacle est souvent complet.

Texte et photos © Philippe Escalier

Bobino : 14-20 rue de la Gaîté 75014 Paris 
Du mercredi au samedi à 21 h et samedi matinale à 16 h 30
http://www.bobino.fr – 01 43 27 24 24

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Jeanne

Jean-Robert Charrier a voulu aborder le thème de la vieillesse sous un angle comique. Les quatre acteurs que met en scène Jean-Luc Revol au Petit Saint-Martin nous font vivre son texte d’une belle façon.

Jeanne est à la retraite depuis des années. Protégée par quatre grosses serrures, elle vit au rythme de ses manies de mamie. L’arrivée d’une responsable venue lui annoncer qu’un jeune employé de mairie allait lui apporter un plateau repas tous les jours va bouleverser son existence.

Si l’on excepte la toute fin, l’humour reste omniprésent dans « Jeanne » et n’exclut nullement la description de la détresse engendrée par la solitude. L’une des surprises vient de Nicole Croisille, choisie pour camper, tout en sobriété, cette retraitée, râleuse professionnelle et insatisfaite chronique (vieillesse oblige !). Après un non de principe, elle se laisse rapidement emporter par les arguments de la représentante municipale venue lui servir un discours intergénérationnel altruiste et convenu non dépourvu d’arrière-pensées électorales. Florence Muller incarne avec une facilité déconcertante et une truculence rare cette responsable, capable de lapsus à répétition hilarants. Marin, qu’elle introduit pour apporter un peu de compagnie au domicile de Jeanne, est joué par Charles Templon qui se transforme, pour notre plus grand plaisir et avec un art consommé, en jeune homme, renfermé et gauche. Le nouvel arrivant et l’aïeule vont forcément trouver quelque réconfort à se fréquenter mais cet apport inattendu de nouveautés, forcément déstabilisateur, n’est pas sans dangers, celui qui est venu apporter de l’aide n’étant pas menteur !

La plume de Jean-Robert Charrier, l’auteur à peine trentenaire de « Divina » et de « Nelson » (joué par Chantal Ladesou), est alerte et prometteuse. Avec le temps, un peu plus de maturité rendra ses études de personnages plus fouillées encore En attendant, nous ne bouderons pas notre plaisir d’autant que la direction d’acteur et la mise en scène astucieuse de Jean-Luc Revol permettent aux quatre comédiens de s’épanouir (avec Geoffrey Palisse qui rejoint à la fin le trio de choc) et surtout de gagner la sympathie du public.

Philippe Escalier – Photos © Christophe Vootz

Petit Saint-Martin : 17, rue René Boulanger 75010 Paris
Du mardi au vendredi à 19 h – Samedi à 16 h 30 et 21 h
http://www.petitstmartin.com – 01 42 08 00 32

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L’ AVARE

Redécouvrir ses classiques reste un plaisir, en particulier quand ils sont présentés avec l’humour et la subtilité d’une mise en scène toute en finesse comme celle proposée par Frédérique Lazarini au Théâtre 14.

Allergique à toute dépense, thésauriseur compulsif, profiteur, égoïste et paranoïaque, Molière nous a fait d’Harpagon un portrait « gratiné ». Le pauvre homme, si l’on ose dire, n’a rien pour lui, prêt à tout pour marier sa fille sans dot et épouser une jeunette, fut-elle la promise de son fils, maltraitant à longueur de journée ses domestiques et promettant tortures et potences à son entourage s’il ne parvient pas à retrouver sa cassette.
Les traits de ce tyran domestique sont dépeints avec l’humour de Molière qui décoche ses flèches avec une certaine tendresse et un vrai sens de la dérision ne l’empêchant nullement de décrire par le menu les drames de l’avarice que seul l’amour va parvenir à circonvenir. Il fallait une happy-end, elle viendra grâce à la victoire de la jeunesse, après plusieurs quiproquos délicieux et un coup de théâtre, comme Molière les aime, qui reconstitue les familles et aplanit les difficultés.

La direction d’acteurs met parfaitement en valeur l’élégance du texte, ciselé, parfaitement précis et rythmé. Les mille trouvailles de la mise en scène accompagnent voire précédent les drôleries qui le façonnent. Frédérique Lazarini a choisi des costumes de ville, actuels, et instille, tout du long, un humour facétieux très subtil, dans un décor unique, sous la forme d’un jardin où alternent orages et éclaircis, faisant de L’Avare une présentation joyeusement moderne et d’une grande légèreté. Dans le rôle titre, Emmanuel Dechartre, plus retors que violent, ne surjoue jamais, trouve très vite son rythme et ne le perd plus. Face à lui, on remarquera, dans les deux rôles masculins principaux, l’excellence de Guillaume Bienvenu et Cédric Colas. Tous trois sont entourés de Charlotte Durand-Raucher (une belle Elise pleine d’énergie), Katia Miran, Michel Baladi, Jean-Jacques Crodival, Didier Lesour et Denis Laustriat. à noter que Frédérique Lazarini fait aussi la démonstration de son savoir-faire de comédienne en campant une Frosine absolument jubilatoire. Tous recueillent, au final, de généreux applaudissements, amplement mérités !

Philippe Escalier

Photos : Laurencine Lot – Photo des saluts : Philippe Escalier

Théâtre 14 : 20, avenue Marc Sangnier, 75014 Paris
Mardi, vendredi et samedi à 20 h 30 – Mercredi et jeudi à 19 h et matinée samedi à 16 h
Relâche le lundi 25 décembre
Représentation exceptionnelle le 31 décembre à 20 h 3 0

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ALEX RAMIRES

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Sensiblement Viril

Alex Ramirès apparait sur scène le visage caché derrière l’une de ses photos. Pourtant, il a décidé de ne pas tricher et a choisi de nous parler de lui. D’entrée de jeu, il annonce la couleur : il est homosexuel. Son portait, il le brosse avec autant d’humour que de subtilité, à partir du contre-exemple : il est tout sauf ce que les caricatures voudraient qu’il soit. Et surtout, il est formidablement bien dans ses baskets. En quelques secondes, nous plongeons dans son monde, où la lucidité est exempte de cruauté, où la générosité d’esprit exclut toute forme de nombrilisme. L’on rit de beaucoup de choses, des salles de gym et du culte du physique, des hétéros et de leurs enfants (un grand moment !), de la vie de couple des homos (et de leurs chiens) et du vertige de la routine (cette maladie frappant sans distinction avec le temps), avec la belle métaphore du bain et de la douche. C’est acéré, mordant, jamais méchant, bref, c’est diablement élégant. On pourrait rester là des heures à l’écouter. Sur la fin, notre artiste, qui est aussi une bête de scène, se paie le luxe de casser les successions ininterrompues de rires qui secouent la salle pour offrir un moment à part, avec la mise en scène d’un personnage, Tatie Martini, (fort gratinée il faut le dire) entourée d’enfants. Un court épisode, quasi théâtral, d’où émergent intensité et gravité, tourné vers ceux que la vie a malmené. Trop captivé pour décrocher, son public continue à boire ses paroles avant de lui offrir une belle ovation. Au delà de l’heure trente de bonheur qu’Alex Ramirès nous sert sur un plateau, nous avons adoré la définition de l’humour qui est la sienne : de la distance, de la finesse, enrobées d’une bonne dose de poésie. C’est du bonheur et l’on valide ! Après cette joyeuse bouffée d’oxygène, ne reste plus qu’à redescendre sur terre, les batteries rechargées à fond !

Comédie des Boulevards : 39 , rue du Sentier 75002 Paris
Tous les mercredis à 20 h – 01 42 36 85 24 – http://www.alexramires.com

Texte et photos : Philippe Escalier

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Gérémy Crédeville : Parfait (et encore, je suis modeste)

Vue avec un peu d’humour, l’affiche de son spectacle semble dire au moins deux choses : c’est un show qui décoiffe et Gérémy Crédeville aime les belles plantes ! Il se trouve que sur scène, on découvre bien d’autres choses, dont un texte parfaitement écrit avec une plume vive et acérée, trempée dans le double encrier de la férocité, (il y va franco le bougre mais en évitant piège de la vulgarité tant lequel tant sont tombés !) et de la tendresse (autodérision et d’absence d’autosatisfaction à la clé !). Car Gérémy Crédeville a l’art, tout en alignant des saillies toujours d’une grande drôlerie, de nous mettre dans sa poche et de faire de nous les compagnons de ses délires auxquels je vous mets au défi de résister. Ces thèmes sont nouveaux ? Non, d’ailleurs, qu’est ce que l’humour sinon une façon différente de voir les mêmes choses. Mais ce qui fait tout le sel de son spectacle, c’est sa façon d’être, à la fois tendre et caustique (mais jamais ni trop l’un ni trop l’autre), infernal et raisonné, de jouer sur son physique, sans une seconde se prendre au sérieux. Et d’être formidablement drôle, ce qui est le minimum syndical pour un humoriste mais parfois loin d’être évident ! Gérémy Crédeville nous laisser voir le monde avec ses propres lunettes (et ce monde devient tout d’un coup bien plus joyeux), ne nous parle pas d’actualité ou de politique ni ne cherche à nous expliquer la vie (c’est reposant ! ). Bref, il nous donne une féroce envie de revenir l’applaudir. Cela tombe bien, car si vous voulez m’en croire, nous n’en avons pas fini avec lui. Et c’est tant mieux !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre du Marais : 37, rue Volta 75003 Paris
Jeudi, vendredi, samedi à 20 h – 01 71 73 97 83
http://www.theatredumarais.fr

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RENDEZ-VOUS

C’est un classique du cinéma et de Broadway. Jean-Luc Revol, avec qui le spectacle n’a jamais été aussi vivant, a paré cette adaptation musicale française d’un charme fou. Rendez-vous fonctionne au Théâtre de Paris comme une machine à donner du bonheur avec deux copilotes exceptionnels, Kad Merad et Magali Bonfils.
Nous sommes en Hongrie, dans les années 30. Cette histoire d’amour épistolaire pleine de surprises (signée Miklos Laszlo et si bien adaptée par Ernst Lubitsch dans The Shop Around the Corner) qui se tisse dans la parfumerie de M. Maraczek est pleine de fraîcheur. Jean-Luc Revol a su garder cet humour si léger, cette façon si désopilante de décrire ce qu’un sociologue appellerait une étude de l’amour dans les relations de travail !
Mais là n’est pas le plus important. L’adaptation française est une vraie réussite, pleine d’allusions et de petits clins d’œil. Elle est surtout bourrée d’originalité (on ne s’inspire ni de Broadway ni, a fortiori, d’autres productions musicales françaises). Certes, il faut quelques bonnes minutes pour entrer dans ce mélange parlé-chanté, au début un peu déconcertant. Puis très rapidement, on est entraîné par la magie du spectacle et porté par une belle distribution d’une homogénéité rare (avec notamment Laurent Lafitte et Pierre Santini) accompagnée en live par une équipe de musiciens : ensemble, ils font merveille. Avec ces artistes, le théâtre nous apporte sur un plateau ce qu’il a de meilleur et cette comédie dansée et chantée, où tout est un peu décalé, est vraiment drôle et émouvante. Un magnifique spectacle vous tend les bras… Lâchez tout et courez à votre Rendez-vous de la rentrée. Ceux qui le rateront ne savent pas ce qu’ils vont perdre !

Philippe Escalier pour http://www.sensitif.fr

Théâtre de Paris : 15, rue Blanche 75009 Paris
Du mardi au samedi à 20 h 30, matinée samedi à 16 h
01 48 74 25 37 – http://www.theatredeparis.com

R & J

La vision totalement originale et déjantée de Roméo et Juliette de la compagnie Los Figaros n’est pas seulement terriblement drôle, elle est aussi très aboutie. 

Le travail des Los Figaros, compagnie montée par Alexis Michalik, nous avait déjà séduits avec La Mégère à peu près apprivoisée, cette première rencontre ayant eu pour effet de nous transformer sur-le-champ en groupies prêts à se précipiter à chaque nouveau (ou ancien) spectacle. R & J a confirmé tout le bien que nous pensions de cette troupe, ne nous posant au passage qu’un seul problème : comment parler de ce spectacle inventif, décalé, émouvant, joué par trois acteurs qui endossent avec virtuosité une dizaine de rôles, en trouvant les mots justes ?

L’idée de départ de R & J est de replacer l’histoire dans un contexte actuel, en maniant l’humour, la farce et la dérision, en jouant cartes sur table sans rien cacher des changements de décors, de costumes… et même de sexe ! Du coup, le public, pris pour complice, participe plus encore à un spectacle dont il est quasi-partie prenante, et ce pour son plus grand plaisir. Tout fonctionne avec une redoutable précision et le résultat est étonnant… ce qui n’étonnera personne quand on saura que les trois comédiens sur scène sont juste exceptionnels. À commencer par Anna Mihalcea, une actrice (la meilleure que nous ayons vue depuis longtemps) dont on peut dire qu’elle a la grâce, aussi parfaite en petit loubard qu’en Juliette éplorée. Régis Vallée est lui aussi une valeur sûre, capable de donner à la nourrice et au curé toute leur dimension comique. Quant à Alexis Michalik, autant l’avouer sans détour, il est agaçant, tant les choses pour lui semblent faciles, qu’il prenne les habits de Roméo ou de la mère de Juliette. Ces trois réunis pourraient interpréter tout le répertoire (y compris le plus rébarbatif) sans jamais nous lasser. Avec R & J, ils nous offrent un moment tout à fait à part qui aurait déjà été réussi s’il n’avait été qu’une simple succession de gags. En vérité, nous sommes là devant un spectacle homogène faisant alterner les moments de rire et de véritable émotion. Car le challenge de ces trois joyeux acteurs qui nous émerveillent n’est pas mince : avec quelques costumes et quasiment pas de décor, en voulant s’éloigner de Shakespeare, ils l’ont rendu plus proche de nous que jamais. Chapeau bas !

 

Studio des Champs-élysées : 15, avenue Montaigne 75008 Paris

Du mardi au samedi à 20 h 45 et dimanche à 16 h 30

01 53 23 99 19

La Mégère à peu près apprivoisée

Par Philippe Escalier pour Sensitif : http://www.sensitif.fr

« OMG!* » aurait dit Shakespeare s’il avait assisté à une représentation de cette Mégère peu catholique faisant hurler… de rire un public qui raffole de cette production !

Musical, comique, dansé, chanté, le spectacle d’Alexis Michalik est un cocktail explosif qui réussit la gageure d’être parodique, bourré de références, énergétique, totalement fou et pourtant précis et juste comme les grandes comédies savent l’être. Bref, on ne cachera pas son enthousiasme pour le travail d’Alexis Michalik et sa compagnie Los Figaros que les habitués d’Avignon connaissent bien, ni sa surprise de trouver autant de maîtrise et de talent dans une équipe toute jeune, semblant sortir tout droit d’une dernière année au Cours Florent et qui pourtant détient déjà toutes les recettes permettant de concocter ces spectacles impossibles à oublier.

Dépoussiérer une œuvre n’a rien de nouveau. Mais que ce soit fait avec autant de bonheur, voilà qui est rare. Ce brave William est ici très secoué, sa pièce étant devenue davantage un prétexte qu’un texte, mais à vrai dire, qui s’en plaindra ? Les rimes comme les répliques sont d’une superbe drôlerie, souvent aux limites de l’absurde, les trouvailles sont aussi nombreuses qu’excellentes et l’énergie dépensée sur scène (jamais en pure perte) diablement communicative. Qui plus est, au final, on s’aperçoit que la débauche d’idées sert l’œuvre au moins autant que certaines mises en scène très « comme il faut ». Et ce, pas uniquement parce que le rire ferait oublier certaines faiblesses (ici inexistantes) mais du fait que la pièce a été pensée d’un bout à l’autre, sans l’adjonction d’idées gratuites et autres facilités coupables. Si l’on ajoute que l’interprétation est parfaite, vous comprendrez alors toute la magie de ce spectacle inspiré.

Alexis Michalik, qui porte les trois casquettes de metteur en scène, auteur et compositeur (interviewé il y a quelques mois dans ces colonnes), est un artiste complet (simple et modeste, ce qui ne gâte rien) aussi à l’aise sur scène que devant une caméra. Dans la conception du spectacle, il a été secondé par Régis Vallée et Raphaël Callendreau. Gregory Juppin, Dan Menasche, Fanny Aubin, Leilani Lemmet, Olivier Dote Doevi et Louis Caratini complètent une distribution face à laquelle même les plus grincheux ne trouveront rien à redire d’essentiel.

Sans moyens, presque sans pub, le spectacle, après avoir soulevé l’enthousiasme à Avignon, a triomphé au Vingtième Théâtre. Il est actuellement au Splendid où il pourrait bien rester quelque temps. Mais allez le voir sans tarder, les soirées aussi réussies au théâtre ne sont pas si nombreuses.

Le Splendid : 48, rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris
Du mardi au samedi à 21 h 30 et matinée samedi à 17 h
01 42 08 21 93 – http://www.losfigaros.com

* OMG! : Oh, my God!

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