La Mégère à peu près apprivoisée

Par Philippe Escalier pour Sensitif : http://www.sensitif.fr

« OMG!* » aurait dit Shakespeare s’il avait assisté à une représentation de cette Mégère peu catholique faisant hurler… de rire un public qui raffole de cette production !

Musical, comique, dansé, chanté, le spectacle d’Alexis Michalik est un cocktail explosif qui réussit la gageure d’être parodique, bourré de références, énergétique, totalement fou et pourtant précis et juste comme les grandes comédies savent l’être. Bref, on ne cachera pas son enthousiasme pour le travail d’Alexis Michalik et sa compagnie Los Figaros que les habitués d’Avignon connaissent bien, ni sa surprise de trouver autant de maîtrise et de talent dans une équipe toute jeune, semblant sortir tout droit d’une dernière année au Cours Florent et qui pourtant détient déjà toutes les recettes permettant de concocter ces spectacles impossibles à oublier.

Dépoussiérer une œuvre n’a rien de nouveau. Mais que ce soit fait avec autant de bonheur, voilà qui est rare. Ce brave William est ici très secoué, sa pièce étant devenue davantage un prétexte qu’un texte, mais à vrai dire, qui s’en plaindra ? Les rimes comme les répliques sont d’une superbe drôlerie, souvent aux limites de l’absurde, les trouvailles sont aussi nombreuses qu’excellentes et l’énergie dépensée sur scène (jamais en pure perte) diablement communicative. Qui plus est, au final, on s’aperçoit que la débauche d’idées sert l’œuvre au moins autant que certaines mises en scène très « comme il faut ». Et ce, pas uniquement parce que le rire ferait oublier certaines faiblesses (ici inexistantes) mais du fait que la pièce a été pensée d’un bout à l’autre, sans l’adjonction d’idées gratuites et autres facilités coupables. Si l’on ajoute que l’interprétation est parfaite, vous comprendrez alors toute la magie de ce spectacle inspiré.

Alexis Michalik, qui porte les trois casquettes de metteur en scène, auteur et compositeur (interviewé il y a quelques mois dans ces colonnes), est un artiste complet (simple et modeste, ce qui ne gâte rien) aussi à l’aise sur scène que devant une caméra. Dans la conception du spectacle, il a été secondé par Régis Vallée et Raphaël Callendreau. Gregory Juppin, Dan Menasche, Fanny Aubin, Leilani Lemmet, Olivier Dote Doevi et Louis Caratini complètent une distribution face à laquelle même les plus grincheux ne trouveront rien à redire d’essentiel.

Sans moyens, presque sans pub, le spectacle, après avoir soulevé l’enthousiasme à Avignon, a triomphé au Vingtième Théâtre. Il est actuellement au Splendid où il pourrait bien rester quelque temps. Mais allez le voir sans tarder, les soirées aussi réussies au théâtre ne sont pas si nombreuses.

Le Splendid : 48, rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris
Du mardi au samedi à 21 h 30 et matinée samedi à 17 h
01 42 08 21 93 – http://www.losfigaros.com

* OMG! : Oh, my God!

A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
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