Formé au Conservatoire, le comédien offre sa fougue et son humour au futur Frédéric le Grand, prince meurtri de Katte, de Jean-Marie Besset
Il bondit, rit, danse, plaisante, puis se brise. À vingt-neuf ans, Valérian Geay, formé au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, prête au jeune prince Frédéric de Prusse, dans Katte de Jean-Marie Besset, une jeunesse lumineuse, un rire vif, un corps toujours en mouvement et une douleur que l’on devine sous chaque trait d’esprit. À chaque représentation au Théâtre Lucas-Paumier, le public le suit de l’éclat de rire à l’inquiétude, d’une danse joyeuse aux affrontements avec un père tyrannique. L’été dernier, cette pièce lui a offert son premier Avignon. Elle l’installe cet automne sur une scène parisienne.
Jean-Marie Besset raconte en alexandrins, en cinq actes, la Prusse de 1730. Le roi Frédéric-Guillaume Ier, le « Roi-Sergent », y règne sur sa famille comme sur un régiment. Son fils héritier, qui deviendra Frédéric II, dit le Grand, se passionne pour la flûte et la poésie française, et s’éprend de Hans Hermann von Katte, officier de la garde, qu’incarne Tom Mercier. Autour d’eux, Philippe Girard campe le Roi, Marie-Christine Letort la reine et Marion Lahmer la princesse Wilhelmine, dite Mine, sœur et confidente du prince. Frédérique Lazarini signe la mise en scène. Le rôle du prince avait été créé en février 2026 à la Cartoucherie par Nemo Schiffman. Valérian Geay en a hérité en juillet, pour le Off d’Avignon, puis pour la reprise parisienne ouverte le 1er octobre.
Jean-Marie Besset, qui l’observe d’un regard avisé, nous a confié ce portrait de son interprète : « Valérian est ouvert, curieux, positif, aimable et toujours bien disposé. Il paraît ne pas savoir qu’il est beau et talentueux, et travaille sans relâche pour améliorer ses atouts. Il a l’air de tout réussir sans effort. Il a cette grâce des grands sportifs. »
L’enfance et le premier contact avec le jeu
Valérian Geay naît en 1997 à Paris, dans le 13e arrondissement, et y grandit. La scène commence pour lui en famille. « Ma grande sœur portait les vêtements de mon père et moi ceux de ma mère. Je la faisais rire, elle a été mon premier public, suivie de ma grand-mère et de toute la famille. C’est le moment où j’ai découvert le plaisir du jeu et du costume. » Le comédien d’aujourd’hui tient de ce théâtre domestique un goût qui ne l’a jamais quitté.

Le sport, la chute et les planches
Enfant, il rêve de devenir footballeur et adolescent pratique l’athlétisme. Son père l’emmène régulièrement au théâtre d’Évry, où il rencontre les Yamakasi, fondateurs de l’art du déplacement. Née dans les années 1990 entre Évry, Sarcelles et Lisses, cette discipline consiste à franchir tous les obstacles de la ville, murs, rampes ou toits, à la seule force du corps. Le film Yamakasi d’Ariel Zeitoun, produit par Luc Besson en 2001, avait rendu célèbres ces sportifs accomplis. L’adolescent découvre là un jeu du corps et du risque, vertigineux et euphorisant, et s’y intègre. Il en retient une leçon qu’il cite volontiers : « Se livrer à cet exercice particulièrement périlleux te rend apte à prendre toutes les décisions : si tu peux te déplacer ainsi dans les airs, tu peux alors sans difficulté te battre pour réaliser tes rêves. »
Le vertige mène ainsi au théâtre. Survient en juin 2014 l’accident, une mauvaise chute, une hémorragie cérébrale, un séjour à l’hôpital, et le jeune homme se persuade qu’il doit consacrer son énergie aux planches. L’athlète met alors sa vitalité au service du plateau, où la maîtrise du corps prend un sens nouveau.
Du Cours Florent au Conservatoire
Le baccalauréat en poche, en 2015, Valérian Geay entre au Cours Florent. Il y reste jusqu’à la fin de l’année 2019 et y prépare les concours des écoles nationales d’art dramatique, au premier rang desquelles le Conservatoire national supérieur. Durant sa dernière année, il travaille avec Grétel Delattre, comédienne et metteuse en scène, elle-même ancienne élève du Conservatoire. En 2022, il met en scène La Parade du lion de Boris Hirt, au Théâtre de la Voirie, en Suisse.
Il ne se présente qu’au Conservatoire, et y entre en 2022. Dès l’été 2023, au terme de sa première année, il rejoint au Lucernaire la distribution de L’Écume des jours, d’après Boris Vian, spectacle de Claudie Russo-Pelosi. À l’automne 2024, en troisième année, Sylvain Creuzevault l’entraîne dans ses Études pasoliniennes, où il joue Porcherie et Calderón de Pier Paolo Pasolini, aux côtés notamment de Valérie Dréville. Nada Strancar dirige aussi la promotion dans Quelle simplicité à l’homme de désirer la chair, autour de textes de Shakespeare et de Molière.
Au printemps 2025, il participe à Des yeux sur moi, spectacle de Lucile Rose d’après Howard Barker, créé au Conservatoire en mai. Vient, à l’orée de l’été, une épopée de sept heures pour trente-trois comédiens, Fragments de la forêt aujourd’hui disparue, écrite et dirigée par Simon Falguières pour l’atelier de troisième année. Un soir, dans la salle, se trouve Frédérique Lazarini. Elle remarque le jeune acteur et l’appelle pour la distribution de Katte.

Frédéric de Prusse, ou ce que le plateau enseigne
C’est donc avec Katte que Valérian Geay découvre Avignon, dans la salle Molière de La Condition des Soies, du 3 au 25 juillet. Les répétitions sont brèves, et c’est sur scène qu’il prend ses marques, très vite. Il étudie la captation du spectacle de février et le rôle tel que l’a créé Nemo Schiffman, puis travaille de son côté pour y inscrire son style. Comme à son habitude, il se nourrit de textes, de musiques et de films, tout en reconnaissant que l’essentiel se découvre en jouant.
Son prince a quelque chose de léger, lui a-t-on fait remarquer. Il répond aussitôt que cette légèreté sert de masque à ce qui pèse davantage et fait plus mal. Toute la partition du rôle est là, celle d’un jeune homme qui plaisante pour cacher sa blessure et dont le rire tient lieu d’armure devant un père tyrannique. Les affrontements avec le roi relèvent d’une technique, de mouvements réglés avec soin. Le cours de clown du Conservatoire lui a appris à chuter, à feindre les coups. Le spectateur éprouve ainsi en direct une tension que viennent compenser les moments de comédie, vraies respirations de la pièce. La joyeuse scène de danse, où le prince se mêle à deux jeunes gens et à sa sœur, déclenche souvent les applaudissements. Valérian Geay en tire la loi de ces montagnes russes : « Pour pouvoir pleurer très fort, il faut avoir ri très fort avant, mais pour pouvoir rire très fort, il faut peut-être avoir connu la tristesse. »

Les projets, puis les rêves
Ce qui est déjà en marche prolonge les années d’apprentissage. Du 20 au 30 avril 2027, il retrouvera Des yeux sur moi au Théâtre 13 / Bibliothèque. À partir des textes de Howard Barker, Lucile Rose y revisite la figure de Gertrude, la mère d’Hamlet, et regarde en face la peur et la volonté de possession que le désir féminin peut parfois déchaîner. « J’ai hâte de reprendre ce spectacle », confie-t-il. Avec ses camarades du Conservatoire, il travaille également Le Vice-consul de Marguerite Duras, un projet qui cherche encore son lieu de résidence.
Viennent ensuite les rêves, plus vastes encore. Valérian Geay veut tout faire, et il le dit avec son sourire : « Je voudrais aussi écrire, réaliser, mettre en scène, faire plein de choses ! » Le comédien cite La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, dont l’écriture l’attire, et Hamlet, « bien évidemment ». Il aimerait dire des poèmes en scène, à l’image d’un aîné illustre, Jean-Louis Trintignant, et goûte particulièrement les adaptations de romans. Cet été, au Festival d’Avignon, Thésée, sa vie nouvelle, d’après Camille de Toledo, l’a bouleversé. Valérie Dréville, qu’il avait côtoyée chez Sylvain Creuzevault, y est seule en scène, dans une mise en scène cosignée avec Guy Cassiers. Pour lui, un spectacle marquant.
Et puis il y a le rôle-titre de Lucrèce Borgia, de Victor Hugo, qui le tente plus que tout autre. « Je trouve que c’est un rôle extraordinaire à jouer, tellement fort. Hugo a écrit des rôles de femmes magnifiques. Et puis, je pense aux femmes que j’ai pu rencontrer dans ma vie et dont je pourrais m’inspirer. » Il songe aussi à Bélise, la tante fantasque des Femmes savantes de Molière. « Un rôle féminin est toujours très agréable à jouer, il s’agit de changer de personnage, ce qui est, en somme, le travail du comédien. » On retrouve là le garçon qui enfilait les vêtements de sa mère pour faire rire sa sœur.
Un talent qui s’affirme
Le sportif a gardé la fougue, l’élève du Conservatoire y a ajouté la technique, et la scène lui apprend le reste, représentation après représentation. De cette triple école naît une présence singulière, faite d’aisance et d’exigence, celle-là même que salue Jean-Marie Besset. Jusqu’au 22 novembre 2026, le Théâtre Lucas-Paumier offre l’occasion de découvrir un comédien au moment précis où son talent prend son envol.
Philippe Escalier – Photo en noir et blanc © Brigid Crispi

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Chronologie
1997 : Naissance à Paris, dans le 13e arrondissement.
2014 : Grave chute en juin, hémorragie cérébrale, l’adolescent se tourne définitivement vers le théâtre.
2015 : Baccalauréat, puis entrée au Cours Florent (jusqu’à la fin de l’année 2019), où il prépare les concours des écoles nationales d’art dramatique.
2022 : La Parade du lion de Boris Hirt, qu’il met en scène (Théâtre de la Voirie, Suisse). Entrée au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, son unique concours.
2023 : L’Écume des jours, d’après Boris Vian, mise en scène de Claudie Russo-Pelosi (Théâtre du Lucernaire).
2024 : Porcherie et Calderón, d’après Pier Paolo Pasolini, dans les Études pasoliniennes de Sylvain Creuzevault, et Quelle simplicité à l’homme de désirer la chair, mise en scène de Nada Strancar (Conservatoire).
2025 : Des yeux sur moi, d’après Howard Barker, mise en scène de Lucile Rose, puis Fragments de la forêt aujourd’hui disparue, création de Simon Falguières (Conservatoire).
2026 : Possession, court métrage de Yoan Hudson, sélectionné au festival Chéries-Chéris. Premiers pas à Avignon avec Katte de Jean-Marie Besset, mise en scène de Frédérique Lazarini (salle Molière, La Condition des Soies, du 3 au 25 juillet). Reprise de Katte au Théâtre Lucas-Paumier, du 1er octobre au 22 novembre.
2027 : Des yeux sur moi, d’après Howard Barker, mise en scène de Lucile Rose (Théâtre 13 / Bibliothèque, du 20 au 30 avril).
Pour suivre Valérian Geay
Fiche professionnelle du comédien auprès de son agence, UBBA : https://www.ubba.eu/fiche/acteur/valerian-geay




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