Portrait d’un acteur américain que dix années de bassin et cinq années passées dans l’ombre des plateaux ont préparé à la célébrité brutale du streaming
En juillet 2020, un acteur de vingt-huit ans comptait environ soixante-dix mille abonnés sur Instagram. Quinze jours plus tard, ils étaient plus de quatre millions. La planète était confinée, Netflix régnait sans partage, et Taylor Zakhar Perez venait d’apparaître dans une comédie sentimentale pour adolescents que soixante-six millions de foyers allaient regarder en quatre semaines. Rien, dans cette arithmétique vertigineuse, ne ressemble à une carrière. Tout, chez l’intéressé, ressemble pourtant à une construction lente.
Il en parle volontiers, avec une image d’entrepreneur du bâtiment plus que de comédien. « J’ai toujours choisi la lenteur et la constance. J’ai grandi comme cela, tout était affaire de discipline, et l’on pose des fondations solides avant de bâtir la maison. Beaucoup de gens préfèrent commencer par la maison, parce qu’elle est jolie et qu’elle se montre, mais le jour de l’inspection, quand il faut creuser vraiment, il n’y a pas de fondations. » La phrase dit assez ce qui distingue Taylor Zakhar Perez de la plupart des visages que les plateformes fabriquent en une saison et oublient en deux.
Une enfance du Middle West, huit enfants et un garage
Il naît à Chicago le 24 décembre 1991, sous le nom de Taylor James Zakhar, et grandit à Chesterton, petite ville de l’Indiana posée à l’extrémité méridionale du lac Michigan. Sixième d’une fratrie de huit, il occupe cette place étrange qui fait de vous à la fois un cadet et un aîné, le plus âgé des petits. Sa mère est esthéticienne. La famille tient un atelier de carrosserie où l’adolescent change les pneus le week-end. L’ascendance est composite, mexicaine, moyen-orientale et méditerranéenne, croate du côté maternel, hongroise du côté paternel, un patchwork dont il fera plus tard un sujet de réflexion professionnelle.
L’enfance se partage entre deux disciplines qui ne se ressemblent pas. Le théâtre musical, d’abord, découvert très tôt dans des maisons d’opéra régionales, où il monte sur scène avant même de savoir que ce sera son métier. La natation, ensuite, qui l’occupe une dizaine d’années et le porte jusqu’au niveau national. Le paradoxe est savoureux : Taylor Zakhar Perez n’a jamais vraiment aimé nager. Ce qu’il aimait, c’était la discipline et la camaraderie, la répétition des longueurs, le fait d’être capitaine de son équipe deux années de suite. Il en a tiré une conviction dont il ne s’est plus départi, à savoir que l’endurance vaut mieux que le talent, et que reprendre après avoir cessé coûte toujours plus cher que continuer.
Une bourse sportive lui ouvre les portes de l’université Fordham. Il la refuse et choisit l’université de Californie à Los Angeles. Le compromis passé avec ses parents veut qu’il obtienne un vrai diplôme : il s’oriente d’abord vers les sciences, songe un moment à la dermatologie, puis bifurque vers l’espagnol, la communauté et la culture, avec une mineure en cinéma et télévision. Le choix n’a rien d’ornemental. Il voulait comprendre de l’intérieur la diversité des mondes latino-américains dont on lui proposerait plus tard de jouer les représentants.
Il refuse en revanche de suivre un cursus d’art dramatique. La formation se fera autrement, par des cours du soir à Los Angeles, des stages d’été à New York, des salles de spectacle fréquentées avec méthode, et plusieurs emplois alimentaires menés de front. Assistant de production, service en salle, décoration : il gagne sa vie et paie ses cours.

L’école des coulisses
Le véritable apprentissage se joue là où personne ne le regarde. Pendant cinq ans, Taylor Zakhar Perez travaille comme assistant auprès de son oncle, directeur artistique et décorateur de plateau pour la publicité. Il se décrit lui-même comme un déménageur promu, arrivé le premier pour chercher les accessoires et monter les décors, reparti le dernier après les avoir démontés. C’est une position d’observatoire idéale, celle d’où l’on voit les acteurs sans qu’ils vous voient.
Il en rapporte une échelle de valeurs qui ne l’a plus quitté. Une minorité de comédiens, dit-il, laissaient leurs angoisses à la porte du plateau, traitaient le photographe comme l’assistante, et donnaient à chacun le sentiment de participer à quelque chose. Il cite Hugh Jackman, Jennifer Aniston, Cate Blanchett. Les autres, la majorité, lui ont enseigné par contraste. De cette expérience vient une compassion tenace pour les métiers techniques, et une phrase qu’il aime répéter : cette formation-là ne s’achète pas, il a même été payé pour la recevoir.
Il en tire aussi une conception du métier étonnamment sportive. « C’est entraînement après entraînement. Des compétitions. Victoires, défaites, année après année. Voilà comment je le vois. Jouer est un sport. » Là où beaucoup d’acteurs supportent mal les répétitions, il les réclame, héritage direct de ses années de scène. C’est le moment où l’on improvise, où l’on cherche d’où viennent les personnages, où l’erreur ne coûte rien. Sur le plateau, il travaille par la méthode dite du « comme si », qui consiste à substituer à la situation fictive une équivalence puisée dans sa propre expérience. L’avantage, à ses yeux, tient moins à l’entrée dans le rôle qu’à la sortie : la frontière reste nette entre le personnage et celui qui le porte.
Il regarde beaucoup les acteurs britanniques, Michael Fassbender, Tom Hiddleston, James McAvoy, pour une raison précise, le soin maniaque du détail et de la continuité. Et il passe un temps considérable derrière le directeur de la photographie, à comparer le cadre qui se prépare avec celui qu’il avait imaginé en lisant le scénario. La caméra et l’écriture sont les deux domaines dont il dit qu’il ne les maîtrisera jamais, ce qui ne l’empêche pas de s’en approcher sans cesse.
Marco, Shane, Alex : trois marches
Les premières années à l’écran sont celles de tous les débutants de Los Angeles, une succession de silhouettes et d’apparitions dans des séries, iCarly en 2012, puis Scandal, Young & Hungry, Code Black. Rien qui laisse deviner ce qui va suivre.
Tout bascule avec The Kissing Booth 2, réalisé par Vince Marcello pour Netflix et diffusé en juillet 2020. Le rôle de Marco Valentin Peña, élève nouvellement arrivé et troisième sommet d’un triangle amoureux, lui vaut un processus de sélection de quatre mois, comportant des épreuves de jeu, de chant et de danse. Il prend des cours de chorégraphie et de guitare pour le tenir. Le film devient l’un des plus regardés de l’histoire de la plateforme, et son interprète découvre en quelques jours ce que signifie la notoriété de masse. Il a toujours estimé que la pandémie l’avait protégé : impossible de se laisser griser quand personne ne peut sortir de chez soi. Pendant ces mois-là, il s’associe à Variant Malibu, une société de fabrication additive, pour produire des masques dont le procédé réduit de quatre-vingt-dix pour cent les déchets industriels habituels, et conçoit avec Joey King, Joel Courtney, Meganne Young et Maisie Richardson-Sellers une série de modèles dont les bénéfices vont à une association de Chicago venant en aide aux familles hispaniques ayant un enfant handicapé.
The Kissing Booth 3 clôt la trilogie en 2021. L’année suivante, il change de registre avec Minx, la série de HBO Max située dans le Los Angeles des années 1970, où il incarne Shane Brody, pompier promu candidat à la couverture du premier magazine érotique conçu pour les femmes. Le rôle est un piège : il fallait le rendre crédible et sympathique sans le réduire à la plaisanterie qu’il porte. La même année, il tourne 1Up, comédie sur l’univers du jeu vidéo, aux côtés de Ruby Rose.
Puis vient Red, White & Royal Blue, en août 2023. Adapté du roman de Casey McQuiston paru en 2019, mis en scène par Matthew López, le film raconte les amours contrariées d’Alex Claremont-Diaz, fils de la présidente des États-Unis, et du prince Henry, troisième dans l’ordre de succession au trône britannique, joué par Nicholas Galitzine. Taylor Zakhar Perez n’avait pas lu le livre avant de postuler. Il l’a téléchargé et dévoré en trois jours pour se présenter à l’audition. Le film reste trois semaines en tête des programmes les plus vus au monde sur Prime Video et provoque un afflux d’abonnements. Les deux interprètes principaux y déploient une évidence physique et une vivacité de dialogue que la critique anglo-saxonne a jugées décisives dans le succès populaire de l’ensemble.
L’acteur a dit le poids qui pesait sur ses épaules dès le premier jour, celui de la justesse de la représentation. Le sujet lui importe assez pour qu’il ait ensuite pris publiquement la défense de Nicholas Galitzine, sommé par certains journalistes de préciser son orientation sexuelle : la question lui a paru grossière et hors sujet, et il l’a dit sans détour. Sur sa propre vie sentimentale, Taylor Zakhar Perez n’a jamais rien déclaré. La biographie de son compte Instagram tient en trois mots, protéger sa paix.

Kristy
Au générique de fin de Red, White & Royal Blue figure une dédicace, « For Kristy ». Matthew López l’a ajoutée quelques semaines avant la sortie. Kristy Lopez, l’aînée des huit enfants de la famille, institutrice, joueuse de softball, de douze ans plus âgée que son frère, est morte en juin 2023 d’un cancer colorectal diagnostiqué au stade quatre. Elle avait quarante-quatre ans et laissait un mari et trois enfants.
Elle avait été la première à croire à ce métier improbable, et lui avait donné un conseil dont il a fait une règle : ne jamais s’arrêter, parce que le redémarrage est toujours plus difficile que la continuation. Taylor Zakhar Perez parle d’elle comme du ciment de la famille. Il en parle souvent, et sans emphase, ce qui est la manière la plus sûre de ne pas confisquer un deuil.
Cette fidélité aux siens éclaire d’autres choix. L’homme qui a monté un stand d’arts plastiques sur un marché de Los Angeles, près du zoo, pour occuper le samedi matin des enfants dont les programmes artistiques scolaires avaient été supprimés faute de crédits, est le même qui prend les appels des jeunes acteurs qu’il croise sur les tournages. « Il y a deux chemins possibles. Soit vous devenez un mégalomane, soit vous tendez la main derrière vous pour aider quelqu’un à monter, et cette personne en aidera une autre. » Il ajoute, sans amertume apparente, que personne ne l’a fait pour lui.
Un acteur latino dans une industrie qui trie les couleurs de peaux
Il est l’un des rares à avoir nommé précisément un phénomène dont on parle peu. Le nombre de rôles ouverts aux comédiens latino-américains a augmenté, il le reconnaît volontiers. Mais les cahiers des charges se sont durcis en même temps, jusqu’à réclamer des carnations plus sombres, des cheveux plus noirs, une conformité physique à l’idée que se fait de la latinité une profession qui reste très majoritairement blanche aux postes de décision. Taylor Zakhar Perez, dont le métissage lui a parfois permis de passer pour autre chose, refuse cette réduction et plaide pour que davantage de personnes concernées siègent là où se prennent les décisions de distribution.
L’engagement environnemental relève de la même logique de terrain. Il a suivi des chaînes d’approvisionnement textile avec Eco-Age et The Woolmark Company, préférant aller voir sur place plutôt que signer des tribunes. Depuis janvier 2025, il est ambassadeur mondial de Lacoste, fonction qui l’a fait connaître d’un public européen encore peu familier de son nom.

Une génération née du streaming
Sa place dans le paysage est celle d’une génération entière, celle des acteurs révélés par des plateformes plutôt que par des salles, dont la notoriété se mesure en foyers connectés et non en entrées. Cette célébrité-là est immense et volatile. Elle peut s’évaporer avec l’algorithme qui l’a produite. Taylor Zakhar Perez semble en avoir pris la mesure plus tôt que d’autres, ce qui explique son insistance méthodique sur la technique, les répétitions, l’apprentissage du montage et de la lumière, et son intérêt déclaré pour la production.
Il appartient également à ce moment précis où la comédie romantique homosexuelle a cessé d’être un genre confidentiel pour devenir un produit d’appel des grandes plateformes. Le succès de Red, White & Royal Blue a valeur d’indicateur industriel autant qu’artistique. Reste la question qui décidera de la suite, celle du répertoire. On l’a vu séduisant, drôle, physiquement évident. On l’a moins vu sombre, abîmé, ambigu. Sa formation théâtrale et son admiration pour les acteurs de composition britanniques laissent penser qu’il attend cette occasion.
Elle viendra peut-être. En 2025, il a prêté sa voix au personnage de Johnny Stompanato, l’homme de main de la pègre californienne des années 1950, dans la fiction sonore The Big Fix: A Jack Bergin Mystery produite par Audible aux côtés de Jon Hamm. Le contre-emploi n’est pas anodin.
À venir
Amazon MGM Studios a donné son feu vert en octobre 2025 à la suite de Red, White & Royal Blue, intitulée Red, White & Royal Wedding et confiée à Jamie Babbit, à qui l’on doit But I’m a Cheerleader. Le tournage s’est déroulé au Royaume-Uni entre janvier et mars 2026, avec Nicholas Galitzine, Uma Thurman, Stephen Fry, Sarah Shahi et Lena Headey. Les deux comédiens principaux se sont amusés à démentir la rumeur que le titre alimentait : le mariage annoncé n’est pas le leur, mais celui de la princesse Beatrice, sœur cadette du prince Henry.
Depuis juin 2026, Taylor Zakhar Perez tourne à Los Angeles dans la nouvelle version de 13 Going on 30 que Netflix confie à Brett Haley sur un scénario de Hannah Marks, avec Emily Bader, Logan Lerman et Jessica Alba, et Jennifer Garner à la production. Son rôle n’a pas été rendu public.
Reste un rêve d’adolescent qu’il assume sans ironie. Les X-Men ont été le cinéma de son enfance, et il ne cache pas qu’il aimerait un jour endosser le costume de Wolverine. L’ambition fait sourire. Elle est pourtant cohérente : ce sont des films de foule qui parlaient de minorités, de différence et de peur de l’autre, exactement le genre de sucre enrobant un médicament qu’il revendique comme sa ligne de conduite. Le nageur de l’Indiana a passé quinze ans à poser des fondations. On attend maintenant de voir la maison. Mais on sait qu’elle sera belle !
Chronologie
1991 — Naissance à Chicago, le 24 décembre, sous le nom de Taylor James Zakhar
années 1990 et 2000 — Enfance à Chesterton, Indiana, sixième d’une fratrie de huit ; premières apparitions dans des comédies musicales sur des scènes lyriques régionales
années 2000 — Scolarité à Chesterton High School ; natation de compétition au niveau national, capitaine d’équipe deux années consécutives
fin des années 2000 — Refus d’une bourse sportive à l’université Fordham ; entrée à l’université de Californie à Los Angeles, majeure en espagnol, communauté et culture, mineure en cinéma et télévision
années 2010 — Cinq années d’assistanat au département artistique auprès de son oncle, décorateur pour la publicité ; cours du soir à Los Angeles et stages d’été à New York
2012 — Première apparition télévisée notable dans iCarly
2014 — Alpha House, dans le rôle de Trent
années 2010 — Rôles épisodiques dans Scandal, Young & Hungry et Code Black
2019 — Sélection au terme de quatre mois d’auditions pour The Kissing Booth 2
2020 — The Kissing Booth 2, de Vince Marcello, dans le rôle de Marco Valentin Peña ; soixante-six millions de foyers en quatre semaines sur Netflix ; passage de soixante-dix mille à plus de quatre millions d’abonnés sur Instagram
2020 — Fabrication de masques sanitaires avec Variant Malibu et ses partenaires de tournage au profit d’une association de Chicago
2021 — The Kissing Booth 3, conclusion de la trilogie
2022 — Minx, série de HBO Max, dans le rôle du pompier Shane Brody
2022 — 1Up, comédie sur le jeu vidéo, aux côtés de Ruby Rose
2023 — Red, White & Royal Blue, de Matthew López, d’après le roman de Casey McQuiston, dans le rôle d’Alex Claremont-Diaz, face à Nicholas Galitzine ; sortie le 11 août, première place mondiale sur Prime Video trois semaines durant
2023 — Mort de sa sœur aînée Kristy Lopez, en juin, d’un cancer colorectal ; dédicace du film à sa mémoire au générique de fin
2024 — Ambassadeur de la cérémonie des Screen Actors Guild Awards, en février
2024 — Signature avec l’agence Paradigm, en mars
2024 — Prise de position publique contre les questions adressées aux acteurs sur leur orientation sexuelle
2025 — Ambassadeur mondial de la maison Lacoste, en janvier
2025 — Voix de Johnny Stompanato dans la fiction sonore The Big Fix: A Jack Bergin Mystery, produite par Audible, en avril
2025 — Feu vert d’Amazon MGM Studios, en octobre, à Red, White & Royal Wedding, réalisé par Jamie Babbit
2026 — Tournage de Red, White & Royal Wedding au Royaume-Uni, de janvier à mars
2026 — Entrée au générique de la nouvelle version de 13 Going on 30 pour Netflix, réalisée par Brett Haley, tournage à Los Angeles à partir de juin
Taylor Zakhar Perez ne dispose pas de site personnel. Il s’exprime publiquement sur son compte Instagram officiel : instagram.com/taylorzakharperez




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