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Nicolas Kaplyn, une voix pour toutes les scènes

Itinéraire d’un artiste polyvalent qui a toujours refusé de choisir

KAPLYN. Ce nom, Nicolas, le forge de toutes pièces pour la musique, à partir du mot capeline, en référence à l’ombrelle que portait sa première petite amie sur la plage il y a quinze ans. Un pseudonyme qu’il décide d’angliciser et qui porte ainsi également cette sonorité d’Europe centrale que rien, dans son état civil, ne vient justifier. Grand, blond, la silhouette accordée à la consonance, il a fini par convaincre à peu près tout le monde que ce patronyme d’emprunt était le sien. Il y a là comme un art poétique. À trente-quatre ans, cet artiste s’est construit à l’image de son nom, en assemblant des matériaux venus d’ailleurs pour composer une identité qui sonne juste. Soliste à l’Opéra devenu chanteur de pop/rock, étudiant en journalisme et communication avant de définitivement se consacrer à sa vie d’artiste protéiformes sur toutes les scènes, il a toujours résisté à l’idée de tenir dans une seule case.

Nicolas Kaplyn n’est pas né dans le Vaucluse, mais il y a grandi, à Apt, où son père exerçait comme sous-préfet. C’est là que le pays s’imprime en lui, dans ce coin de Provence qu’il connaît intimement. La musique entre dans sa vie à sept ans, sur l’initiative de sa mère, et l’occupe presque tout entier jusqu’à l’adolescence. À douze ans, la sortie du film Les Choristes agit comme une étincelle. L’enfant se met à chanter dans sa chambre, puis confie à sa professeure de piano son envie d’apprendre ces mélodies pour pouvoir les interpréter. Surprise de le découvrir chanteur, elle lui demande d’apporter une partition, l’accompagne, et comprend aussitôt qu’elle tient là une voix. Quelques mois plus tard, sans le prévenir, elle l’inscrit à l’audition de la maîtrise vocale de l’Opéra d’Avignon, ces chœurs d’enfants qui peuplent les grandes productions lyriques. Il est reçu. Commencent alors les allers et retours du week-end, quarante-cinq minutes de route qu’une mère parcourt fidèlement pour déposer son fils à l’Opéra. Quelques mois plus tard, il passe l’audition de soliste et l’emporte. Son premier rôle, dans La Mélodie du bonheur, lui révèle le plaisir du plateau. Suivront Tosca, Werther, La Flûte enchantée. Le goût de la scène est né, et il ne le quittera plus.

Vient l’âge des ruptures. Lassé du classique, l’adolescent découvre les groupes de pop et de rock français, anglais et américains. Il empoigne son micro, son piano et puis rapidement une guitare, monte des formations et se met à écrire ses propres morceaux. Parti étudier à Aix en Provence, il multiplie les projets, donne des concerts, compose les mélodies avec l’acharnement de ceux que rien ne rassasie. L’un de ses groupes est soutenu par une scène marseillaise, l’Espace Hyperion que finance notamment Jean Jacques Goldman. Un beau concert de décembre 2012 lui vaut une récompense inattendue, deux journées de travail auprès du chanteur en personne. Au terme de ces séances, Jean Jacques Goldman lui glisse quelques mots qu’il n’a jamais oubliés : « Tu as un truc avec la musique, tu as une passion, une énergie et un charisme incroyables. Cultive-le, trouve ton public quand l’auras trouvé, tu seras inarrêtable ! ».

Car là réside sans doute la clé de Nicolas Kaplyn, dans ce refus obstiné de trancher. « J’ai toujours été partagé entre l’anglais et le français, entre la musique, le théâtre et la comédie musicale. J’ai toujours aimé être à plusieurs endroits à la fois, et revendiquer le droit de faire plusieurs choses », confie-t-il. Cette dispersion revendiquée n’est pas une hésitation, c’est une esthétique. Chanteur, comédien, auteur, compositeur, il tient chacune de ces cordes comme les facettes d’un même métier, celui d’un homme de plateau pour qui la voix, le corps et le texte forment un continuum.

**De Tintin à Disneyland, de la France à la Belgique, tous les chemins mènent à l’art **

Le parcours n’a rien d’une ligne droite. Une passion d’enfance pour Tintin l’oriente d’abord vers le journalisme, qu’il étudie à Aix-en-Provence avant un passage de six mois à RMC, expérience qui lui révèle surtout l’ingratitude du métier. Le désir de scène le reprend, sans les moyens de s’offrir une école. Il repère alors une audition de Disneyland Paris pour le spectacle Chantons la Reine des Neiges, qui cherche un interprète pour Kristoff, le bûcheron au grand cœur. Il a exactement les caractéristiques physiques recherché et décroche le rôle très rapidement pour plusieurs mois de contrat. Il y croisera des artistes qu’il retrouvera plus tard dans les théâtres parisiens. Disneyland Paris lui permet ainsi de devenir intermittent du spectacle. Entre 2015 et 2018, il fait également quelques apparitions à l’écran, dans des téléfilms et des publicités. En 2018, il intègre la première promotion de la Classe Libre Comédie Musicale du Cours Florent et du Théâtre Mogador, sésame vers les grands plateaux. Suivent La Folle Histoire du Chaperon Rouge au Théâtre des Nouveautés en 2019, le rôle de Maurice Chevalier dans Maurice et la Miss en 2020, puis la troupe de Merlin, la légende musicale aux Folies Bergère et une participation à South Pacific à l’Opéra de Toulon. En parallèle, il donne enfin corps à son projet solo, dévoilant sous le seul nom de Kaplyn un titre par mois sur les plateformes.

C’est en Belgique que Nicolas Kaplyn signe l’une des pages les plus fortes de sa carrière. En 2022, il participe au Festival Bruxellons ! et y incarne le personnage de la Mort dans Elisabeth, chef d’œuvre viennois de Michael Kunze et Sylvester Levay consacré à la destinée tragique de l’impératrice d’Autriche. Il en parle comme du plus beau rôle de sa vie, celui qui lui vaut aujourd’hui encore d’être reconnu par les festivaliers belges croisés dans les rues d’Avignon. L’année suivante, il endosse le personnage de Tony dans West Side Story sur la même scène bruxelloise. En 2024, on lui confie successivement le rôle de la Bête dans l’adaptation de La Belle et La Bête au Théâtre Royal du Parc de Bruxelles puis d’un Phoebus haut en couleur dans une adaptation du Bossu de Notre Dame au Château de Rixensart. Autant de rôles où sa voix ample et sa présence physique trouvent à s’employer pleinement.

Cet été, à Avignon, Nicolas Kaplyn a relèvé un nouveau défi, celui de défendre sa toute première création théâtrale en tant qu’auteur, producteur et comédien Kennedy, des hommes de courage, qu’il a présenté au Théâtre Barretta jusqu’au 25 juillet 2026, est né d’une longue maturation, esquissée dès 2023 lors d’une lecture publique. Il en signe le texte avec Pierre Huntzinger et Elise Ropert, en compose la musique aux côtés de Pierre Huntzinger, qui en assure la mise en scène, et le joue en tandem avec Pierre Azéma. Sur le plateau, deux comédiens donnent vie à quatre personnages répartis sur deux époques, plongeant le spectateur dans l’Amérique trouble des années soixante. Le spectacle prend pour hypothèse la thèse la plus répandue sur l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, celle d’un complot dans lequel la CIA et son directeur d’alors, Allen Dulles, auraient tenu un rôle décisif. Thriller politique nourri de Guerre froide, la pièce interroge la marge de manœuvre d’un seul homme face à la machine de l’Histoire. On y retrouve tout ce qui définit Nicolas Kaplyn, le goût du récit, celui de la musique et cette énergie de plateau que lui prédisait un aîné célèbre.

Reste l’énergie, précisément, cette matière brute qu’il lui faut canaliser. Musculation, arts martiaux, et depuis peu des cours d’équilibre auprès de circassiens chinois, Nicolas Kaplyn entretient son instrument comme un athlète. La discipline a ses revers. Une sévère entorse à la cheville gauche, contractée un mois et demi avant le festival, est venue rappeler que le corps d’un artiste complet reste sa plus fragile richesse. Il n’en a pas moins tenu son rang sur la scène avignonnaise, fidèle à cette obstination joyeuse qui le porte depuis l’enfance.

Philippe Escalier


Chronologie

Années 1990 — Naissance et enfance à Apt, dans le Vaucluse

Vers 1998 — Débuts musicaux à sept ans

Années 2000 — Entrée à la maîtrise vocale de l’Opéra d’Avignon, puis soliste à treize ans, premiers rôles dans La Mélodie du bonheur, Tosca, Werther, La Flûte enchantée

Fin des années 2000 — Passage à la musique pop/rock, guitare, composition, études à Aix en Provence, diplôme de journalisme et de communication

Décembre 2012 — Rencontre de travail avec Jean Jacques Goldman

2015 à 2018Chantons la Reine des Neiges à Disneyland Paris, apparitions télévisées, série À chacun sa ville

2018 — Première promotion de la Classe Libre Comédie Musicale, Cours Florent et Théâtre Mogador

2019La Folle Histoire du Chaperon Rouge, Théâtre des Nouveautés

2020Maurice et la Miss, en tournée, dans le rôle de Maurice Chevalier

2021 et 2022Merlin, la légende musicale aux Folies Bergère, South Pacific à l’Opéra de Toulon, lancement du projet solo Kaplyn

2022 — La Mort dans Elisabeth, festival Bruxellons!

2023 — Tony dans West Side Story à Bruxellons!, première lecture publique de Des Hommes de Courage

2024La Belle et la Bête, Phoebus dans Le Bossu de Notre Dame

2026 — Le docteur Watson dans Sherlock Holmes à la Gaîté Rive Gauche, Kennedy, des hommes de courage au Festival Off d’Avignon, comme coauteur, compositeur et interprète

À découvrir sur Instagram : @nicolaskaplyn et @kaplyn_musique

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