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Madeleine Béjart, une femme libre

Isabelle Andréani fait revivre la femme sans qui Molière n’aurait peut-être jamais existé.

Il aura fallu près de quatre siècles pour qu’une voix rende enfin justice à Madeleine Béjart. Sur le plateau du Théâtre La Luna, Isabelle Andréani incarne cette comédienne d’exception, muse, amante et mentor de Jean-Baptiste Poquelin, dans un texte signé Pierre-Olivier Scotto et mis en scène par Xavier Lemaire. Une confession de haute tenue, où l’histoire du théâtre épouse la grande Histoire, celle du Grand Siècle et de ses femmes tenues dans l’ombre.

Le dispositif imaginé par Xavier Lemaire tient de la chambre des souvenirs. Une malle à costumes, quelques livres, le buste de l’homme aimé veillent sur une femme qui pressent sa dernière heure. Nous sommes en 1672, et Madeleine égrène les sept derniers jours d’une existence tout entière vouée aux planches, sept chapitres où affleurent ses désirs, ses frayeurs, la découverte du théâtre et la rencontre avec Jean-Baptiste. La scénographie de Caroline Mexme, les lumières délicates de Didier Brun et une trame de musiques baroques enveloppent le récit d’une douceur crépusculaire. À mesure que la parole se libère, la comédienne dépouille son personnage de ses artifices, robe, perruque, fards, jusqu’à la nudité de l’aveu.

Isabelle Andréani, que l’on avait remarquée notamment dans Un cœur simple récompensée par une nomination aux Molières, occupe l’espace avec l’aisance qui la caractérise, passant du rire aux larmes, de la fierté à l’effroi. Avec une intensité qui emporte l’adhésion, son jeu cherche la vérité, et l’on croit à chaque instant tenir devant soi la femme réelle, pionnière que son époque reléguait au second rang.

Car le propos dépasse le simple hommage. À travers Madeleine, c’est toute la condition des femmes de théâtre que le texte de Pierre-Olivier Scotto interroge, celles qui inventèrent un art sans jamais recueillir la gloire promise aux hommes seuls. Née en 1618, disparue en février 1672, un an jour pour jour avant Molière, Madeleine Béjart fut de toutes les aventures, de l’Illustre Théâtre aux triomphes du Palais-Royal. Le spectacle lui restitue sa liberté, celle d’une créatrice qui choisit sa vie, ses amours et son destin, quand l’usage voulait qu’elle se contente d’obéir.

On sort de cette heure ému mais aussi plus savant, comme au terme d’une rencontre véritable. En redonnant chair à Madeleine Béjart, Isabelle Andréani, au sommet de son art, accomplit le plus beau des gestes, celui de transmettre. Une réussite du Off qu’il ne faut pas manquer.

Philippe Escalier

Madeleine Béjart, une femme libre, de Pierre-Olivier Scotto, mise en scène de Xavier Lemaire, avec Isabelle Andréani. Scénographie de Caroline Mexme, lumières de Didier Brun, costumes de Christine Vilers. Théâtre La Luna, salle 1, Avignon. Du 4 au 25 juillet 2026 à 11 h 35, relâche les 9 et 16 juillet. À partir de 10 ans.

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