James Norton, un acteur anglais aux multiples facettes

James Geoffrey Ian Norton est né le 18 juillet 1985 à Lambeth, dans le sud de Londres. Son père, natif de Tanzanie, enseignait à la Hull School of Art and Design, et sa mère exerçait également dans l’éducation. La famille s’installera rapidement à Malton, dans le district de Ryedale, aux confins des Howardian Hills, cette campagne du Yorkshire du Nord que James Norton évoque volontiers comme le décor idyllique de son enfance.

Sa scolarité au prestigieux Ampleforth College, pensionnat bénédictin du Yorkshire, lui forge une culture religieuse rigoureuse et un sens aigu de la discipline. Il y reçoit l’enseignement de moines et y expérimente ses premiers émois scéniques, avant un stage révélateur au Stephen Joseph Theatre de Scarborough, à quinze ans à peine.

En 2004, il entre au Fitzwilliam College de Cambridge pour y étudier la théologie, obtenant en 2007 un diplôme avec la mention First Class Honours, la plus haute distinction du système britannique. Ses recherches portent principalement sur l’hindouisme et le bouddhisme – une inclination spirituelle qui ne le quittera plus. Une bourse de voyage lui permet de rejoindre le nord de l’Inde pour enseigner et se produire dans seize écoles. Durant ses années cambridgiennes, il s’investit dans la célèbre Marlowe Society et interprète Posthumus dans une production de « Cymbeline » dirigée par Trevor Nunn, metteur en scène avec lequel il collaborera à nouveau au Theatre Royal, Haymarket, dans « Le Lion en hiver ».

Il intègre ensuite la Royal Academy of Dramatic Art (RADA), qu’il quitte en 2010 six mois avant l’obtention de son diplôme, appelé par un premier engagement professionnel.

Ses premiers pas au cinéma se font dans « An Education » (2009) aux côtés de Carey Mulligan. Mais c’est sur scène qu’il forge l’essentiel de son métier. En 2010, il fait partie de la distribution originale de « Posh » au Royal Court Theatre, puis incarne Henry dans « That Face » au Crucible Theatre de Sheffield. La critique du « Independent » salue une « interprétation frappante » d’un jeune homme « comme un animal en cage ». La même année, le rôle du capitaine Stanhope dans « Journey’s End » – drame de la Grande Guerre – le mène du circuit de tournée britannique jusqu’au Duke of York’s Theatre dans le West End.

La grande éclosion date de 2014. James Norton y déploie simultanément deux registres radicalement opposés, signant l’une des dualités les plus saisissantes de la télévision britannique. D’un côté, le révérend Sidney Chambers dans « Grantchester », série d’ITV où ce vicaire des années 1950, cultivé et tourmenté, résout des affaires criminelles en compagnie de l’inspecteur Geordie Keating (Robson Green). C’est son premier rôle principal. La série connaîtra quatre saisons, jusqu’en 2018.

De l’autre, Tommy Lee Royce dans « Happy Valley », série de la BBC signée Sally Wainwright : un psychopathe brutal, manipulateur, incarné avec une intensité qui laisse le public sans voix. Michael Hogan, du « Telegraph », écrit à son sujet qu’il a joué le personnage « avec une profondeur impressionnante ». James Norton commente lui-même avec une ironie assumée : « Huit millions de personnes souhaitent actuellement ma mort. » Cette performance lui vaut une nomination au BAFTA 2015 du meilleur acteur dans un second rôle. Il reprendra le rôle dans une deuxième, puis une troisième saison diffusée en 2023 – près d’une décennie après ses débuts dans la série.

En 2016, James Norton incarne le prince Andreï Bolkonski dans l’adaptation BBC de « Guerre et Paix » signée Andrew Davies, coproduction internationale tournée en partie en Russie. Ce personnage d’aristocrate désabusé, lucide et mélancolique, confirme sa capacité à porter de grandes fresques historiques. La même année, il joue dans l’épisode « Nosedive » de la série anthologique « Black Mirror » et se produit au West End dans « Bug » de Tracy Letts.

En 2018, il tient le rôle principal d’Alex Godman dans « McMafia », thriller international sur la criminalité organisée russo-britannique, pour lequel il étudie le Systema, art martial russe. Sur grand écran, ses apparitions vont de « Mr. Turner » de Mike Leigh (2014) à « Mr. Jones » (2019), où il interprète le journaliste gallois Gareth Jones qui révéla l’Holodomor au monde occidental, jusqu’aux « Filles du docteur March » de Greta Gerwig (2019), dans le rôle de John Brooke.

Depuis 2016, le nom de James Norton revient régulièrement dans les spéculations des bookmakers et des médias britanniques sur l’identité du successeur de Daniel Craig. Cambridge, la RADA, une élégance naturelle, une capacité avérée à incarner des personnages complexes et moralement ambigus : l’acteur coche, sur le papier, nombre des qualités traditionnellement associées à l’agent 007.

La rumeur a connu un regain d’intensité en janvier 2025, à l’occasion de la diffusion de « Playing Nice » sur ITV. Des observateurs ont remarqué que James Norton était le seul homme à ne pas porter de smoking lors d’une scène de gala – détail apparemment anodin, mais qui a alimenté les spéculations : il est de notoriété publique dans le milieu que tout acteur ayant signé un contrat pour incarner Bond se voit contractuellement interdire le port du smoking dans tout autre projet. Lors d’un passage en radio, un auditeur lui ayant directement posé la question, James Norton a esquivé avec une pirouette : « Quand on m’a demandé quel méchant j’aimerais jouer, je me suis dit : « Ne dis pas méchant de Bond, ne dis pas méchant de Bond. » » Une non-réponse qui n’a fait qu’attiser la curiosité.

La situation de la franchise a, entre-temps, considérablement évolué. En février 2025, Barbara Broccoli et Michael G. Wilson ont cédé à Amazon MGM leur droit exclusif de contrôle sur la saga, confiant le développement du vingt-sixième opus à Amy Pascal et David Heyman. Denis Villeneuve a été confirmé à la réalisation. Dans ce nouveau contexte, James Norton demeure l’un des noms cités parmi les candidats sérieux, aux côtés d’Aaron Taylor-Johnson, Richard Madden, Harris Dickinson ou encore Paul Mescal – aucune annonce officielle n’ayant été faite à ce jour.

En 2023, il livre l’une de ses performances les plus exigeantes au théâtre : Jude St. Francis dans l’adaptation scénique de « A Little Life », le roman déchirant d’Hanya Yanagihara, présentée au Harold Pinter Theatre puis au Savoy Theatre. Il remporte le WhatsOnStage Award du meilleur interprète et reçoit une nomination au Laurence Olivier Award du meilleur acteur.

En 2024, il incarne Chris Blackwell dans le biopic « Bob Marley: One Love », puis Robert Edwards dans « Joy », consacré aux pionniers de la fécondation in vitro. En 2025, il s’affirme aussi comme producteur : « Playing Nice », drame ITV en quatre épisodes, est produit par sa propre société, Rabbit Track Pictures. Parallèlement, il tient le rôle-titre de Harold Godwinson dans « King & Conqueror », mini-série historique de la BBC racontant la conquête normande de 1066, et joue Sean Rafferty dans « House of Guinness », série Netflix de style « Succession » centrée sur la famille fondatrice de la célèbre brasserie irlandaise.

Annoncé officiellement en janvier 2025, son entrée dans la troisième saison de « House of the Dragon » (HBO) représente une nouvelle dimension dans sa carrière. Il y incarne Ormund Hightower, seigneur d’Oldtown commandant les armées des « Verts » dans la guerre civile targaryen – personnage décisif d’une saga dont la diffusion est prévue en juin 2026. L’horizon s’étend au-delà : il a été choisi pour jouer Brian Epstein, le légendaire manager des Beatles, dans un ambitieux projet de quatre films dirigés par Sam Mendes, attendu pour 2028.

Atteint de diabète de type 1, James Norton assume publiquement sa maladie avec une bonne humeur communicative – il compare volontiers son diabète à « un gros chien hirsute appelé Bruce ». Bouddhiste pratiquant depuis de nombreuses années, il visite régulièrement des retraites, dont l’une en France en mai 2025. Depuis 2015, il est administrateur du Royal Theatrical Support Trust.

Ses prises de position publiques témoignent d’une conscience civique affirmée : il s’oppose au Brexit, plaide pour la lutte contre le changement climatique et soutient les droits des personnes trans et non-binaires. En mars 2025, il organise un événement caritatif qui récolte plus de 18 000 livres sterling au bénéfice d’un hospice de York.

Sur le plan sentimental, il a été en couple avec l’actrice Jessie Buckley (2015-2017), puis avec Imogen Poots (2018-2023), avec laquelle il s’était fiancé en 2022 avant leur séparation.


Classé 31e sur la liste TV 100 du « Radio Times » en 2024, James Norton s’est imposé comme l’une des personnalités les plus complètes et les plus imprévisibles du cinéma et de la télévision britanniques – vicaire ou criminel, prince ou conquérant, toujours habité par cette ambiguïté morale qui fait les grands acteurs.

Philippe Escalier

Peter McPherson, acteur généreux et militant

Ses multiples talents, à l’écran ou sur scène et la sortie en France du film « Dans la mêlée », nous ont donné envie de nous intéresser à un acteur, artiste dans l’âme, au parcours déjà riche et à la personnalité très attachante.

Artiste je serai !

Contrairement à ce que son nom peut laisser penser, Peter McPherson a des origines irlandaises.  Ses débuts sont conditionnés par sa personnalité : il n’est pas issu d’une famille d’artistes mais sa manière de surmonter la grande timidité qui marque sa jeunesse consistera à intégrer une école d’art dramatique. « Certains choisissent ce métier car ils veulent réussir et briller, pour moi cela a été une porte ouverte sur le monde, une façon de m’exprimer et de me réaliser. À l’école, je ne savais pas ce que je voulais faire mais j’avais déjà en moi cette énorme envie de jouer ». Pour ce faire, à 17 ans, il quitte Hartlepool, sa ville natale du nord de l’Angleterre pour rejoindre la capitale et suivre des cours dans un théâtre musical et s’inscrire, pour une formation d’acteur, au Drama Centre London.

Acteur, représentant de sa communauté

Aujourd’hui, si ses affinités avec le théâtre restent essentielles, il apprécie toujours davantage de tourner pour la télé ou le cinéma. Sa pièce favorite « Afterglow » qu’il a joué deux fois et dans deux rôles différents, est une histoire moderne sur la complexité et la spécificité des relations gays (non exclusives) donnée récemment au Southwark Playhouse. Dans son dernier film, « Dans la mêlée » (« In from the Side »), réalisé en quelques semaines, Matt Carter ayant préparé avec soin les épisodes de tournage, il est victime d’un adultère suite à l’arrivée d’un nouveau joueur très sexy au sein d’un club de rugby gay. Tout n’y est pas rose, loin de là, mais les scénaristes sont sortis des sujets un peu habituels pour se concentrer sur les relations affectives, fussent-elles turbulentes, ce que Peter trouve très rafraichissant. De nombreux acteurs réunis pour tourner ce film sont gays. Pour Peter, il est naturel et important que des récits construits pour façonner l’histoire d’une communauté puissent être interprétés (du moins le plus souvent) par des artistes qui en sont issus. Comme dans la belle série « Fellow Travelers » avec les emblématiques Jonathan Bailey et Matt Bomer.

Peter McPherson a toujours trouvé un peu tristes ceux qui refusaient d’assumer qui ils étaient et s’obligeaient à vivre dans le silence et parfois le mensonge. Pas question pour lui de prétendre être celui qu’il n’est pas. N’avoir jamais caché son statut de HIV positif a permis à son agent de lui proposer en 2022 « Others », un magnifique court-métrage fantastique de vingt minutes, tourné à Toronto, qui vise à changer la perception que l’on a parfois des personnes séropositives. Le film a été produit par Casey House, fondée en 1988 par un groupe d’activistes communautaires, de journalistes et de bénévoles « consternés » par l’indifférence de la société à l’égard de l’épidémie de sida. Ce tout premier établissement autonome au Canada pour les personnes vivant avec le VIH est devenu depuis un hôpital soignant les personnes atteintes de la maladie, avec une approche marquée par l’attention et la compassion.

Pour Peter McPherson c’était une première absolument passionnante qu’il a accepté avec la grande générosité qui le caractérise, le plus important étant de mettre ses talents au service d’une cause, de faire œuvre utile, quand bien même cela pourrait ne pas forcement doper sa carrière.  Pour autant, il ne se sent pas prisonnier d’un type de rôle, en particulier gay, d’une part parce qu’il a pu interpréter des personnages très différents, mais aussi du fait de la richesse des rôles de personnages homosexuels qui ne sont plus réduits à des caricatures depuis qu’ils sont (enfin !) devenus très visibles.

Peter et la musique

La scène n’est pas uniquement synonyme de théâtre puisque ses compétences de danseur lui ont permis de figurer dans des productions d’opéra comme « Carmen » de Bizet ou « Mithridate » de Mozart à côté des grandes comédies musicales comme « Cats » dans le rôle d’Alonzo en 2006, spectacle avec lequel il fait une tournée en Grande-Bretagne. Il était aussi Peter dans « Jésus-Christ Superstar », Travis dans « Footlose » pour n’en citer que quelques-unes.

On ne peut passer sous silence la vingtaine d’apparition dans des pubs que son physique de mannequin lui permet. Si Peter vient d’atteindre la quarantaine, il n’en a pas moins conservé un physique de jeune premier idéalement musclé.  Dernièrement, sa participation au film publicitaire d’une grande marque le rend visible sur tous les écrans au moment des fêtes de Noël. « On me voyait partout, y compris dans le métro » dit-il en souriant.

Acteur de séries

Comme tous les acteurs, Peter est attiré par les rôles un peu sombres, plus passionnants à jouer. Il donne l’exemple de Gareth qu’il est en train d’interpréter dans le soap-opera « Hollyoaks » dans des épisodes où il est question de dénoncer les pratiques de conversion qui provoquent des ravages chez les jeunes gays. Il a déjà pu tourner 16 épisodes de cette série célèbre dont les débuts remontent à 1995.

Parmi la dizaine de séries à mettre à son actif, il est facile de lui faire parler de « Years and Years » où il côtoie Emma Thompson, une très belle rencontre. « C’est une immense actrice avec un cœur énorme. Elle prenait le temps de connaitre tous les participants qui travaillaient autour et elle connaissait les prénoms de tout le monde. Elle se présentait toujours modestement en disant Hi, je suis Emma Thompson ! comme s’il était possible qu’on ne la connaisse pas. Je l’ai vue faire des pieds et des mains pour qu’une jeune actrice débutante un peu en difficulté puisse avoir ses heures. Cette femme extraordinaire est toujours à l’écoute des autres ! ».

Un homme amoureux

L’on ne saurait conclure ce rapide portrait sans mentionner que depuis plus de dix ans, Peter file le parfait amour avec David qu’il a rencontré alors que celui qui allait devenir son compagnon dansait dans « Starlight Express » écrit par Andrew Lloyd Webber. « David partait en Asie pour une tournée et avant leur dernière répétition, j’ai été invité à faire partie du public. Je me souviens, au premier regard, l’avoir trouvé tellement beau ! J’ai eu un coup de foudre immédiat et je l’ai suivi à Singapour ». 

De notre côté, séduit par les multiples qualités de Peter McPherson, nous allons observer attentivement la suite de sa carrière, que ce soit sur scène ou à l’écran, à Londres ou ailleurs, heureux qu’une telle personnalité vienne embellir le monde du spectacle et du cinéma.  

Philippe Escalier – crédit photos : © PNG PHOTOGRAPHY (Paul Madeley)

My Dear F***ing Prince*

L’adaptation à l’image du roman à succès de Casey McQuiston signée Matthew López et diffusée sur Prime Vidéo depuis le 11 août 2023, permet de découvrir une belle romance gay assumée, portée par deux magnifiques acteurs où les inévitables tiraillements n’excluent pas une vision optimiste et résolument tonique. Le premier conte de fées moderne LGBT dont on rêvait !

Si le film au sujet osé (un couple gay à Buckingham Palace) commence et se termine par une scène hautement improbable, mais après tout n’est ce pas la loi du genre? il va s’orienter très vite vers une belle romance dans laquelle les deux personnages principaux sont croqués avec une précision touchante, agrémentée par un jeu d’acteurs remarquables. Nicholas Galitzine (qui n’en est pas à son premier rôle de Prince Charmant !) est parfait comme à son habitude, Taylor Zakhar Perez que l’on imagine parfois un peu cabotin, conscient de l’impact de son sourire et de son physique, est irréprochable, avec une palette de jeu incroyablement riche. Les scènes intimistes entre ces deux adultes qui ont parfois des attitudes d’adolescents idéalistes, sont parfaitement réussies et feront battre les cœurs et couler quelques larmes. Ceux qui pensent qu’une histoire d’amour ne peut avoir lieu qu’entre un homme et une femme feront un peu la moue et parleront de longueurs. De longueurs ici on serait bien en peine d’en trouver et l’on peut revoir le film dès le lendemain sans s’ennuyer une seule seconde. L’on saluera ce roman et cette adaptation d’autant plus volontiers que l’homosexualité est représentée, sans pathos, sans drame, sans femme alibi venue séduire l’un des amoureux pour réconforter la bonne morale ambiante, elle y est dépeinte tout naturellement en somme, et cela fait un bien fou. Cette belle histoire d’amour qui va séduire des millions de gens permettra, et ce n’est pas le moindre de ses mérites, à toute une génération LGBT de s’identifier fièrement. Bref le film de Matthew López est un petit bijou terriblement réconfortant.

Philippe Escalier (dédicace spéciale à Marvin L.)

*Red White & Royal Blue for English speakers countries

The Happy Prince

Il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéïenne : la fameuse formule romaine semble avoir été faite pour Oscar Wilde tant ses éclatants triomphes furent immédiatement suivis par une déchéance effroyable.
Coqueluche du public londonien, (son succès est tel qu’il est prié de faire une série de conférences aux États-Unis en 1882) Oscar Wilde, qui avait publié « Le Portrait de Dorian Gray » et fait jouer plusieurs pièces à succès, donne sa dernière création «L’importance d’être constant » en 1895, immédiatement plébiscitée.
La même année, l’existence de celui qui avait décidé de mettre son talent dans son œuvre et son génie dans sa vie, va basculer. Il s’est amouraché du jeune Lord Alfred Douglas, Bosie, un amant dénué de finesse et assez peu scrupuleux, dont le père, rendu hystérique par l’homosexualité de deux de ses fils, accuse soudain publiquement Wilde d’être un « sodomite ». Poussé par son petit ami qui entend régler ses compte avec son odieux géniteur par procuration, Oscar Wilde fera alors l’erreur fatale d’intenter un procès en diffamation, impossible à gagner, et pour cause, contre John Douglas, 9eme marquis de Queensberry, un aristocrate écossais frustre et violent, inventeur des règles de la boxe moderne ! La justice britannique mettra l’auteur d’ « Un mari idéal » KO ne faisant aucun cadeau à celui par qui le scandale arrive. Après le triomphe vint alors le temps de la stigmatisation, de la ruine et de la honte, contraignant la mère des enfants de Wilde à changer de patronyme et lui-même à voyager sous un nom d’emprunt (Sébastien Melmoth).
Avec « The Happy Prince », Rupert Everett a choisi de filmer les trois dernières années de l’écrivain, broyé par l’infamie et les deux années de travaux forcés, pendant lesquelles il va errer, sans argent et sans force, renouant un moment avec l’amant terrible qu’il avait pourtant si justement dénoncé en prison dans « De Profondis ». Deux amis d’une fidélité sans faille l’accompagneront et le soutiendront, financièrement (« Je meurs largement au dessus de mes moyens » dira l’incorrigible Oscar), jusqu’à sa mort, le 30 novembre 1900, dans un petit hôtel parisien.
Rupert Everett, imprégné de l’œuvre du grand écrivain et proche de lui, (son propre outing militant en 1989 lui ayant fermé les portes d’Hollywood), endosse avec une facilité fascinante les habits du héros qu’il incarne à la perfection. Il est accompagné notamment de Colin Firth qu’il retrouve trente-quatre ans après « Another country », de Colin Morgan confirmant, dans le rôle de Lord Alfred Douglas, des talents d’acteur hors pair, d’Emily Watson ou d’Edwin Thomas qui interprète l’ami de toujours et exécuteur testamentaire, Robert Ross. L’intérêt du récit et la distribution remarquable font oublier les faiblesses du film (très académique et trop décousu) que l’on aime malgré ses défauts.

Philippe Escalier

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« Montgomery Clift » L’enfer du décor de Sébastien Monod aux Editions LettMotif

A travers la filmographie de Montgomery Clift, Sébastien Monod nous retrace la vie très tourmentée de l’une des plus grandes stars du cinéma américain des années 50 qu’il serait injuste d’oublier.

Montgomery Clift, que ses amis surnommaient affectueusement Monty, est né le 17 octobre 1920 dans le Nebraska. Sa mère, issue d’une famille patricienne qui ne l’a jamais reconnue, n’aura de cesse de faire réussir ses trois enfants, Montgomery ayant un frère aîné et une sœur jumelle. Très tôt séparée de leur père, si elle leur donne une éducation soignée, assez élitiste, elle les fait aussi beaucoup voyager, faisant d’eux des déracinés.
Attiré par les planches, il fait ses débuts au théâtre à douze ans. Il est tout de suite décrit comme beau et intelligent.
Sa première rencontre amoureuse a lieu à 18 ans. Pour ce garçon cultivé et secret, mais n’aimant pas le mensonge, il est vite évident que son homosexualité va être son handicap majeur.
Ses véritables débuts ont lieu en 1944, quand Kazan, très homophobe, accepte enfin de le rencontrer. Ses premiers succès auront lieu au théâtre mais dès 1945, il passe des essais à Hollywood qui débouchent sur son premier film, un superbe western, « La Rivière rouge » d’Howard Hawks. Son côté perfectionniste apparait déjà et il travaille beaucoup pour être à la hauteur de ce premier grand partenaire qu’est John Wayne. Son physique d’exception et son talent font de lui l’acteur le plus prometteur de sa génération.
1949, il tourne « L’Héritiére » avec Olivia de Havilland. Il travaille sous la direction d’une actrice, Mira Rostova. Leur relation, sur le plan professionnel, est quasi fusionnelle au point de nuire aux tournages, la présence de Mira faisant parfois de l’ombre au réalisateur et les partenaires féminines de Montgomery se plaignant de passer au second plan.
Cette même année marque sa rencontre avec Elizabeth Taylor qui sera un peu la femme de sa vie. Ensemble, ils tournent « Une Place au soleil », film qui fait de lui une star.
Toujours exigeant, recherchant des rôles qui lui conviennent, désireux de toujours être parfaitement préparé, il refuse certains contrats, faisant, au passage, quelques erreurs majeures comme avec les mythiques « Sunset boulevard » et « A l’est d’Eden » qu’il décline.
Il tourne avec Alfred Hitchcock « La loi du silence » qui sort en 1953. A cette époque, s’il boit beaucoup, il parvient à rester à peu près sobre sur les plateaux. Pourtant, ses rapports avec le maître du suspens ne seront pas bons, les deux hommes ne se comprenant pas. Mais cette année sera un excellent millésime puisqu’il tourne avec Vittorio De Sica puis avec Fred Zinnemann dans le célèbre « Tant qu’il y aura des hommes » pour lequel il ratera de peu l’Oscar en mars 1954. Reconnaissant, le réalisateur lui dédit celui qui vient de lui être décerné.
Dans la vie de Montgomery Clift qui ressemble, malgré tous ses succès, à une lente chute vers l’abime, il y aura un avant et un après. Ses difficultés avec sa sexualité, ses abus d’alcool et de tranquillisants, qui le transforment parfois en homme violent et sadique, notamment dans sa vie sentimentale, le torturent et le détruisent. Le 12 mai 1956, l’année ou sort « L’Arbre de vie » d’Edward Dmytryk, un accident de voiture dû à l’imprudence, qui aurait pu lui être fatal, va le défigurer. Elizabeth Taylor, chez qui il passait la soirée, se précipite sur les lieux de l’accident et lui sauve la vie en lui enlevant les deux dents arrachées qui menaçaient de l’étouffer.
Devenu de plus en plus difficile à gérer sur les plateaux, les propositions se font plus rares. Deborah Kerr saluant son immense talent, « tout en sensibilité et en non-dit », se demande « quels démons le poussent autant vers la destruction ? ». Il est pourtant retenu pour « Le Bal des maudits » (un titre qui pourrait presque servir de sous-titre à sa vie !), en 1957, où il joue aux côtés de Marlon Brando, qui devient un ami, malgré la concurrence dans laquelle les grands studios les avaient placés et qui essaie de l’aider à surmonter ses problèmes d’alcoolisme. L’année suivante, Elizabeth Taylor impose sa présence dans « Soudain l’été dernier ». 1960 sera son chant du cygne avec le tournage des « Misfits » qui marque sa rencontre avec Marilyn Monroe, écorchée vive comme lui et qui dira à son propos : « Il est le seul être qui soit encore plus perdu que moi ». Après ce qui restera comme son plus grand film, John Huston lui demande d’ incarner le célèbre psychanalyste dans « Freud, passions secrètes » qui sort en 1962. Les rapports entre les deux hommes, difficiles, vont s’envenimer jusqu’à devenir exécrables. Monty sera même blessé à l’œil durant le tournage et les comédiens se divisent entre ses partisans et ceux de Huston qui n’a jamais supporté l’homosexualité de l’acteur. Le clap de fin sera accueilli comme une délivrance, mais l’expérience aura été si difficile que Montgomery devra prendre du champ durant quelques années. Il faudra un peu de temps à John Houston pour reconnaître toutes les qualités de l’acteur.
Montgomery Clift revient au théâtre mais son état mental et physique, tout comme la nouvelle génération d’acteurs qui émerge, lui donne le sentiment cruel d’être fini. Il tourne dans son dernier film « L’Espion » du français Raoul Levy qui sort en 1966. Définitivement épuisé, il ne quitte plus son domicile new-yorkais où son compagnon le trouve mort d’une crise cardiaque, le 23 juillet 1966. Elizabeth Taylor qui avait réussi à l’imposer dans « Reflets dans un oeil d’or » devra tourner en l’absence de son cher Monty !

Philippe Escalier

« Montgomery Clift »
L’enfer du décor de Sébastien Monod aux éditions LettMotif
http://www.edition-lettmotif.com

 

Couverture Montgomery Clift - L'enfer du décorCapture d_écran 2017-09-15 à 21.55.57 copieCapture d_écran 2017-09-15 à 22.01.32Montgomery Clift - Photo de la couverture de Life 1948 (Public Domain) copieMontgomery Clift livres 01

 

La Rivière rouge

Si comme moi, vous êtes amateur de westerns classiques, la nouvelle va vous ravir !
A partir du mercredi 17 janvier, à Paris, au Christine 21, « La Rivière Rouge » d’Howard Hawks est reprise en version restaurée. Sorti en 1948, ce film en noir et blanc met à l’affiche John Wayne, Montgomery Clift (qui tourne là son premier long-métrage et sur lequel nous allons revenir à l’occasion de la sortie d’un livre qui lui est consacré) et Joanne Dru, notamment
C’est un classique que l’on n’a pas l’occasion de voir souvent et que Télérama résume bien ainsi :
« Le génie de Hawks est d’avoir réuni tous les ingrédients du western, d’y avoir ajouté une évidente dimension psychanalytique, sans perdre pour autant ni son brio ni son humour ».
J’ajouterai que le génie de Hawks est aussi d’avoir choisi John Wayne et Montgomery Clift, le second prouvera, sans attendre, l’étendue de son talent (il va s’épanouir dans les années 50), qui va lui permettre de gagner l’estime et le respect du premier, ce qui, vu les différences d’âge, de formation, de sensibilité, et le degré d’exigence qui caractérisait John Wayne, n’était pas couru d’avance !

Philippe Escalier

Christine 21 : 4 Rue Christine, 75006 Paris – 01 43 25 85 78

76La riviere rougeLa riviere rouge

Les effets spéciaux

  

Enfants de la révolution informatique, les effets spéciaux, nés avec l’apparition du septième art, viennent de connaître, ces quinze dernières années, des avancées prodigieuses, mises en valeur par le cinéma mais aussi la pub et les clips. Dans ce qui est devenu une véritable industrie, la France fait preuve d’un exceptionnel savoir-faire, porté par quelques sociétés œuvrant pour de très grands films dont certains ont été distingués par la sélection cannoise.

Historique et état des lieux d’un secteur primordial en plein essor

 

 

 

1898 : un mauvais fonctionnement de sa caméra à manivelle permet à Georges Méliès de découvrir qu’il est possible de superposer des images. Ingénieux, celui qui est considéré comme le père des effets spéciaux n’en reste pas là et met au point les ralentis et les accélérés que le cinéma utilise toujours. Il invente d’autre part la seconde grande catégorie d’effets, ceux liés, non plus à la caméra mais aux décors. Ces derniers sont soit projetés sur un écran (« transparence »), soit rajoutés après tournage (« Matte shot »), soit mélangés à des décors construits et peints (« glass shot »).

 

Ces techniques présentent la double utilité de permettre la réalisation de films fantastiques, mais aussi d’amoindrir les coûts et d’assurer la sécurité des comédiens. En son temps, Griffith se déclare hostile à tout trucage mais les utilise pourtant, les décors d’Intolérance ayant failli le ruiner ! Le terme « effets spéciaux » apparait pour la première fois au générique du film de Raoul Walsh What price glory en 1927. La grande crise qui survient deux ans après et qui resserre les budgets, leur fera faire un bond en avant.

 

C’est naturellement à la fin des années soixante que l’informatique révolutionne le genre. 2001 l’Odyssée de l’espace en 1968 en sera un bel exemple, suivi en 1977 par le premier épisode de Stars War. En baptisant sa firme Industrial Light and Magic, George Lucas ne pouvait mieux dire à quel point l’art des effets spéciaux s’apparente à cette magie qui fait partie intégrante du cinéma. De fait, aujourd’hui, ils sont partout, certains films ayant été réalisés intégralement en images de synthèse comme Final Fantasy, film où la prouesse reste davantage technique qu’artistique ! En l’occurrence, une surenchère semble se faire jour entre un public toujours plus gourmand et des techniques toujours plus sophistiquées. De fait, l’utilisation d’effets spéciaux touche toutes les catégories de films, la programmation de Cannes en est le meilleur exemple.

 

Face à cette tendance quasi incontournable, des mouvements de résistance se sont organisés. En 1998, Thomas Vinterberg en présentant sur la Croisette Festen avec lequel il obtient le Prix du Jury ex-æquo, a signé avec Lars von Trier un document solennel, le Dogma 95. À cette occasion, les deux réalisateurs s’engagent à respecter « des vœux de chasteté » : tourner en extérieur, ne pas produire un son séparé et filmer caméra sur l’épaule font partie des « commandements » que Lars von Trier mettra en application, de son côté, avec Les Idiots. Reste que l’emprise du numérique est irrésistible, et que Sony n’a pas hésité à profiter du festival de Cannes pour annoncer le lancement de la haute définition numérique.

 

Des sociétés et des hommes se cachent derrière les réalisations époustouflantes chargées d’éblouir le spectateur. Parmi elles, Buf et Duran Duboi, deux noms français, à la pointe de leur spécialité. Doit s’y ajouter un incontournable, un mythe vivant, Stan Winston.

 

 

Les exceptions françaises

 

Buf a bâti sa renommée sur ses capacités créatives et l’animation en 3 D. La société travaille sur deux sites en région parisienne et dispose d’un bureau sur Los Angeles. Ses effectifs en constante augmentation, oscillent entre 200 et 250 personnes. Seule boite capable d’assumer l’ensemble des effets spéciaux d’un film, Buf, pour Angela de Besson, a réalisé entre 120 et 150 plans ce qui est considérable quand on sait, qu’en moyenne, un film se compose de 1200 plans. Il a fallu pour cela des semaines de travail occupant plus d’une dizaine de personnes. Privilège rarissime, la société est associée à de très grandes productions anglo-saxonnes, (Harry Potter, Batman, 2046…) et ce, malgré le handicap conjugué de la langue et des couts de production, où la France se distingue également ! Ce qui n’empêche pas les grands studios américains de venir frapper à la porte de Buf, souvent poussés par les réalisateurs, comme cela a été le cas récemment avec Oliver Stone pour Alexandre.

 

Membre de la société Duran, créé en 1983 par Pascal Hérold et Benoît Maltaverne à un moment où l’on reste encore sceptique sur l’influence de l’ordinateur sur le septième art, Duboi s’est spécialisée dans les effets spéciaux. Dans un premier temps, son domaine d’action reste très européen mais s’est élargi à l’international, depuis l’arrivée en son sein de Quinta Industries. À son actif, quelques grands films français comme Jeanne d’Arc, Astérix et Obélix, Taxi2 et l’Alien de Jeunet. Avec ce réalisateur, c’est une longue histoire d’amour commencée avec le tournage de Delicatessen en 1990 et dont Un long dimanche de fiançailles constitue le dernier épisode en date.

 

 

Stan Winston : une légende

 

Celui qui restera dans l’histoire du cinéma comme le spécialiste des effets spéciaux, couronné dans sa catégorie par quatre Oscars, débarque à Hollywood en 1968 pour y entamer une carrière de comédien qui n’aura guère de succès. Il entre alors chez Dysney comme apprenti maquilleur où il se découvre un goût pour la fabrication de créatures effrayantes. James Cameron lui confie le maquillage de Terminator 2. Jurassik Park, où il donne aux dinosaures numériques des allures réalistes et où il parvient à mélanger images de synthèses et images réelles, lui apporte un succès « monstre ». Des prouesses lui valant de collaborer avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT) sur le projet d’ordinateur le plus « intelligent » de tous les temps.

 

 

Basées sur des logiciels construits sur mesure pour des ordinateurs spéciaux parfois installés dans des pièces réfrigérés, la technique des effets spéciaux a proprement révolutionné le cinéma. Pourtant, on ne peut s’empêcher de songer que les horribles créatures qui ont, naguère, terrorisé des générations de spectateurs, étaient fabriquées avec trois fois rien. La peur qu’elles suscitaient, nourrie par une ambiance kitch si particulière, avait l’avantage de leur donner des allures presque réelles. Une évidence (teinté d’une certaine nostalgie) qu’avec ses mots Tim Burton a bien résumé : « Ironiquement, plus les effets numériques s’approchent du réalisme, moins ils sont réalistes. »

 

Photo Orly Films

 

Philippe Escalier

 

La rumeur court

 

 

Sortie le 11 janvier 2006 – 1h35

 

Si rumeur il y a, elle ne saurait porter sur le qualificatif à donner à ce long métrage de Rob Reiner : en ce domaine, nous sommes dans l’ordre des certitudes tangibles ! Ce film est affligeant, assurément ! Scénaristes aux abonnés absents incapables de traiter une idée de départ qui pouvait se défendre (débutants, ils doivent songer à un autre métier ; confirmés, ils méritent un procès), acteurs insipides (y compris Shirley Mac Laine venue faire constater combien son dernier lifting raté la fait ressembler à Michaël Jackson, pour ne rien dire de Kevin Costner qui  semble sortir de Danse avec les mous ) ! Bref, rien à sauver. Pris au piège de cette projection, ne reste plus qu’à compter les minutes nous séparant de la délivrance ou à tenter d’imaginer combien il faudrait de décennies de cours supplémentaires pour que Jennifer Aniston devienne une comédienne potable, capable de jouer un personnage et de faire rêver ! Ces quelques lignes sont déjà de trop pour un navet indigent. Un seul mot d’ordre, laissons cette rumeur tourner court et évitons ce désastre !

 

Philippe Escalier

Brokeback Mountain

 

 Sortie le 18 janvier 2006 – 2h14

 

Ang Lee continue à nous surprendre. Après Garçon d’honneur et Tigre et Dragon, le réalisateur Taïwanais s’est intéressé à l’histoire de deux cow-boys gays. Adaptée d’une nouvelle d’Annie Proulx, tourné dans l’Ouest canadien, la passion qui unit Jack et Ennie partis garder un troupeau de moutons sur les hauteurs du Wyoming est tout sauf banale. À la fin de la saison de transhumance durant laquelle ils ont appris à s’aimer, rapprochés par leurs différences de caractère, les deux hommes doivent se séparer. Mariés, ils vont garder l’habitude d’escapades amoureuses plus ou moins régulières. Ne pouvant avouer leurs penchants, inadaptés à la vie de famille, les deux hommes trouvent, grâce à leurs faux week end de pêche, quelques moments de bonheur dans une existence foncièrement frustrante. Mais les années 60, où les réactions face à l’homosexualité restent terriblement violentes finiront par avoir raison d’eux.

 

Ang Lee a su parler de l’impossibilité à assumer des sentiments forts dans un environnement hostile et les déchirements qui en résultent. Grace à deux personnages décrits avec soin – Ennis-(Heath Ledger) rude et introverti, Jack (Jake Gyllenhaal) spontanée et sensible -, ce film foncièrement humain, au ton sobre et au rythme un peu lent réussi à conjuguer romanesque et réalisme. Parce qu’il a su éviter les pièges du mélo (notamment) et travailler l’aspect social tout en distillant une pédagogie subtile en faveur de la libération des mœurs (un combat jamais achevé), Brokeback Mountain est un moment de cinéma marquant. La prestation d’une justesse exemplaire des deux comédiens masculins, (qui fait couler beaucoup d’encre, avant même la sortie du film), y est aussi pour beaucoup. Les histoires d’amour entre deux hommes aussi intenses et retracées avec autant de maîtrise, sont rares. Avec ce premier western gay de l’histoire du cinéma, Ang Lee a forcément gagné une place à part dans notre cœur.

 

Philippe Escalier

20 centimètres

 

En signant son deuxième long métrage, le réalisateur Ramon Salazar vient prouver que la relève du cinéma espagnol est assurée. Entre folie, poésie, musique et tendresse, la réussite est au rendez-vous. On est sous le charme !  

 

On serait étonné à moins : un titre (et un sous-titre : « peut-on mesurer le bonheur ?») des plus racoleurs, les premières séquences pouvant faire songer à une copie d’Almodovar et pourtant… Au final, on repart avec une multitude d’images en tête et le souvenir d’un grand film déconcertant, vivant, avant tout d’une originalité tonifiante. Avec en prime, et ce n’est pas rien, le plaisir de voir jouer Monica Cervera, une actrice découverte par le réalisateur, à la dégaine d’enfer et au charme peu banal.

 

Marieta  vit avec dans un monde interlope fait de vies brinquebalantes. De son corps d’homme, elle n’a conservé qu’un appendice conséquent (d’où le titre) dont elle rêve de se débarrasser. Pour passer sur le billard, elle tapine et économise. Par hasard, elle rencontre un beau mâle (le sensuel Pablo Puyol), à la fois primaire et primeur qui en pince… pour sa virilité, donnant lieu, au passage, à quelques scènes croustillantes où les rôles masculins féminins sont inversés avec un subtil mais féroce sens de la dérision.

Les diverses séquences de cette histoire aux nombreuses ramifications sont ponctuées par des moments musicaux. Des airs connus (Dalida, Queen notamment) sont chorégraphiés dans un style kitch et drôle, assez inimitable, entre Jacques Demy, Bob Fossé et Lloyd Weber, le délire en prime. Avec de tels mélanges, il fallait un sacré savoir-faire pour ne jamais tomber dans l’excès ou le ridicule et donner à l’ensemble une parfaite allure homogène. Ramon Salazar a réussi cet exploit. Tout en éblouissant nos mirettes, il nous fait vivre une aventure attachante avec ce film ne ressemblant à aucun autre, qui devrait faire parler de lui. Aller, plus que trois semaines et il est à l’affiche !

 

 Sortie le 12 octobre 2005 : 1h49

 

 

 

Philippe Escalier

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