« Montgomery Clift » L’enfer du décor de Sébastien Monod aux Editions LettMotif

A travers la filmographie de Montgomery Clift, Sébastien Monod nous retrace la vie très tourmentée de l’une des plus grandes stars du cinéma américain des années 50 qu’il serait injuste d’oublier.

Montgomery Clift, que ses amis surnommaient affectueusement Monty, est né le 17 octobre 1920 dans le Nebraska. Sa mère, issue d’une famille patricienne qui ne l’a jamais reconnue, n’aura de cesse de faire réussir ses trois enfants, Montgomery ayant un frère aîné et une sœur jumelle. Très tôt séparée de leur père, si elle leur donne une éducation soignée, assez élitiste, elle les fait aussi beaucoup voyager, faisant d’eux des déracinés.
Attiré par les planches, il fait ses débuts au théâtre à douze ans. Il est tout de suite décrit comme beau et intelligent.
Sa première rencontre amoureuse a lieu à 18 ans. Pour ce garçon cultivé et secret, mais n’aimant pas le mensonge, il est vite évident que son homosexualité va être son handicap majeur.
Ses véritables débuts ont lieu en 1944, quand Kazan, très homophobe, accepte enfin de le rencontrer. Ses premiers succès auront lieu au théâtre mais dès 1945, il passe des essais à Hollywood qui débouchent sur son premier film, un superbe western, « La Rivière rouge » d’Howard Hawks. Son côté perfectionniste apparait déjà et il travaille beaucoup pour être à la hauteur de ce premier grand partenaire qu’est John Wayne. Son physique d’exception et son talent font de lui l’acteur le plus prometteur de sa génération.
1949, il tourne « L’Héritiére » avec Olivia de Havilland. Il travaille sous la direction d’une actrice, Mira Rostova. Leur relation, sur le plan professionnel, est quasi fusionnelle au point de nuire aux tournages, la présence de Mira faisant parfois de l’ombre au réalisateur et les partenaires féminines de Montgomery se plaignant de passer au second plan.
Cette même année marque sa rencontre avec Elizabeth Taylor qui sera un peu la femme de sa vie. Ensemble, ils tournent « Une Place au soleil », film qui fait de lui une star.
Toujours exigeant, recherchant des rôles qui lui conviennent, désireux de toujours être parfaitement préparé, il refuse certains contrats, faisant, au passage, quelques erreurs majeures comme avec les mythiques « Sunset boulevard » et « A l’est d’Eden » qu’il décline.
Il tourne avec Alfred Hitchcock « La loi du silence » qui sort en 1953. A cette époque, s’il boit beaucoup, il parvient à rester à peu près sobre sur les plateaux. Pourtant, ses rapports avec le maître du suspens ne seront pas bons, les deux hommes ne se comprenant pas. Mais cette année sera un excellent millésime puisqu’il tourne avec Vittorio De Sica puis avec Fred Zinnemann dans le célèbre « Tant qu’il y aura des hommes » pour lequel il ratera de peu l’Oscar en mars 1954. Reconnaissant, le réalisateur lui dédit celui qui vient de lui être décerné.
Dans la vie de Montgomery Clift qui ressemble, malgré tous ses succès, à une lente chute vers l’abime, il y aura un avant et un après. Ses difficultés avec sa sexualité, ses abus d’alcool et de tranquillisants, qui le transforment parfois en homme violent et sadique, notamment dans sa vie sentimentale, le torturent et le détruisent. Le 12 mai 1956, l’année ou sort « L’Arbre de vie » d’Edward Dmytryk, un accident de voiture dû à l’imprudence, qui aurait pu lui être fatal, va le défigurer. Elizabeth Taylor, chez qui il passait la soirée, se précipite sur les lieux de l’accident et lui sauve la vie en lui enlevant les deux dents arrachées qui menaçaient de l’étouffer.
Devenu de plus en plus difficile à gérer sur les plateaux, les propositions se font plus rares. Deborah Kerr saluant son immense talent, « tout en sensibilité et en non-dit », se demande « quels démons le poussent autant vers la destruction ? ». Il est pourtant retenu pour « Le Bal des maudits » (un titre qui pourrait presque servir de sous-titre à sa vie !), en 1957, où il joue aux côtés de Marlon Brando, qui devient un ami, malgré la concurrence dans laquelle les grands studios les avaient placés et qui essaie de l’aider à surmonter ses problèmes d’alcoolisme. L’année suivante, Elizabeth Taylor impose sa présence dans « Soudain l’été dernier ». 1960 sera son chant du cygne avec le tournage des « Misfits » qui marque sa rencontre avec Marilyn Monroe, écorchée vive comme lui et qui dira à son propos : « Il est le seul être qui soit encore plus perdu que moi ». Après ce qui restera comme son plus grand film, John Huston lui demande d’ incarner le célèbre psychanalyste dans « Freud, passions secrètes » qui sort en 1962. Les rapports entre les deux hommes, difficiles, vont s’envenimer jusqu’à devenir exécrables. Monty sera même blessé à l’œil durant le tournage et les comédiens se divisent entre ses partisans et ceux de Huston qui n’a jamais supporté l’homosexualité de l’acteur. Le clap de fin sera accueilli comme une délivrance, mais l’expérience aura été si difficile que Montgomery devra prendre du champ durant quelques années. Il faudra un peu de temps à John Houston pour reconnaître toutes les qualités de l’acteur.
Montgomery Clift revient au théâtre mais son état mental et physique, tout comme la nouvelle génération d’acteurs qui émerge, lui donne le sentiment cruel d’être fini. Il tourne dans son dernier film « L’Espion » du français Raoul Levy qui sort en 1966. Définitivement épuisé, il ne quitte plus son domicile new-yorkais où son compagnon le trouve mort d’une crise cardiaque, le 23 juillet 1966. Elizabeth Taylor qui avait réussi à l’imposer dans « Reflets dans un oeil d’or » devra tourner en l’absence de son cher Monty !

Philippe Escalier

« Montgomery Clift »
L’enfer du décor de Sébastien Monod aux éditions LettMotif
http://www.edition-lettmotif.com

 

Couverture Montgomery Clift - L'enfer du décorCapture d_écran 2017-09-15 à 21.55.57 copieCapture d_écran 2017-09-15 à 22.01.32Montgomery Clift - Photo de la couverture de Life 1948 (Public Domain) copieMontgomery Clift livres 01

 

A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
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