Lili Cros et Thierry Chazelle font l’Olympia

© Philippe_Escalier_DSC_5689 copieAprès dix années de scène, ces deux magiciens de la chanson ont imprimé leur marque et créé un magnifique univers. Ils vont fêter une décennie de concerts à l’Olympia le 18 mai 2019 et offrir, pour l’occasion, le meilleur d’un répertoire à la fois poétique, facétieux et pour tout dire, unique !

Pour eux, tout a commencé en 2008. En pleine introspection, ils décident de prendre leurs guitares et de casser leur tirelire pour aller participer au festival de la chanson de Tadoussac, au Québec. Bien leur en a pris ! Le succès est immédiat, ce qui n’étonne nullement l’auteur de ces lignes qui lui, les a découvert, bien plus tard, les yeux émerveillés et les oreilles réjouies, sur la scène du théâtre des Quartiers d’Ivry. Parmi leurs innombrables qualités artistiques, la première chose évidente est qu’avec un naturel et une simplicité touchantes, leur permettant ce contact si proche et si fort qu’ils ont avec le public, ils nous offrent un vrai spectacle, d’une incroyable densité, multipliant les surprises, les trouvailles scéniques et les textes les plus originaux et les plus variés.
Leur répertoire, aux multiples sources d’inspiration, va notamment vous inviter à la désopilante visite d’un sex-shop, vous présenter le concept jubilatoire, aussi moderne qu’absurde, de la chanson française… en anglais, avant de vous embarquer dans un irrésistible moment d’amour, non sans vous avoir auparavant donné tous les conseils pour éviter ce désastre : la rencontre avec l’âme sœur ! Entre temps, Lili, qui vocalise avec une aisance redoutable, vous aura dévoilé sa passion ravageuse pour un certain Clint Eastwood. Les thèmes choisis sont mis en relief grâce à leur façon si particulière et si poignante de les traiter, tant sur le plan musical que littéraire, ce dernier qualificatif étant parfaitement adapté à la qualité de leurs écrits. À chaque note, à chaque chanson, sans effort, avec légèreté, nos deux artisans de grand talent marquent de leur patte authentique et sensible ce spectacle chanté et dansé qui nous emporte. Chacune de leur interprétation nous plonge dans une atmosphère différente, nous donnant l’impression d’assister à une série de clips captivants, tant l’inventivité est forte, tant ils parviennent avec justesse à incarner leurs mots superbes et généreux, épaulés en cela par les idées de mise en scène de Fred Radix et François Pilon « Clown Vulcano ». Les deux compères, en parfaite harmonie avec le couple, font merveille. Comme si cela ne suffisait pas au bonheur ambiant, notre duo a un humour qui ne laisse rien passer, dévoilant un regard aigu sur notre quotidien, mais toujours avec une infinie tendresse. Dans la vingtaine de chansons que comporte leur répertoire actuel, avec beaucoup de modestie et de douceur, ils nous offrent un peu de leur vision du monde et elle fait plaisir à entendre. N’en doutez surtout pas, avec eux, le quotidien, qu’il soit rose ou gris, prend des allures extraordinaires !
Lili Cros et Thierry Chazelle ont déjà décroché de nombreuses récompenses, ils n’attendent plus aujourd’hui que cette consécration : votre visite à l’Olympia. Avec eux et en chansons, vous ferez un voyage dont vous garderez longtemps le souvenir émerveillé!

Texte et photos Philippe Escalier
L’Olympia : 28, boulevard des Capucines 75009 Paris
Samedi 18 mai 2019 à 20 h
http://www.olympiahall.com – 0 892 68 33 68

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CHANCE !

Vous n’imagineriez pas passer un début de soirée dans un cabinet d’avocats ? Nous non plus ! Mais celui que nous propose de visiter Hervé Devolder est musical, joyeux, dansant, plein d’entrain et d’humour. Chance !, ce délicieux spectacle, déjà joué plus de mille fois, continue à enchanter le public actuellement au Théâtre La Bruyère.DSC_4027

Tout commence un lundi matin. L’une des employées est en retard, l’autre ne pense qu’à la fête et au café, le troisième est toujours paniqué à l’idée de plaider quand arrive l’incontournable et timide nouvelle stagiaire. Débarque alors un coursier sexy qui, en scooter, assure le suivi des missives. Sans oublier, en premier de cordée, un patron au caractère bien trempé. Tout ce petit monde a pris l’habitude de jouer au loto en début de semaine. C’est alors qu’intervient la chance !

Sur cet aimable prétexte, suivi de plein de péripéties, nous entendons des paroles irrésistibles accompagnées d’une belle musique aussi simple qu’envoûtante (d’ailleurs, après la représentation, certains airs ne manqueront pas de venir vous hanter). Le but visant à charmer l’oreille et à décontracter vos zygomatiques, est totalement atteint par Hervé Devolder. Cet auteur, musicien acteur et metteur en scène fait partie de ce petit cercle d’artistes français, sachant tout faire et capables d’écrire une comédie musicale digne de ce nom, avec peu de moyens, beaucoup d’imagination et une troupe hors norme. Celle qui joue actuellement, en alternance, est trop nombreuse pour être citée, c’est bien là le seul reproche que l’on puisse lui faire. La fine fleur de nos comédiens-chanteurs, chorégraphiée par Cathy Arondel, est accompagnée par quatre super musiciens, un peu en retrait de la scène, mais néanmoins bien présents. Tous forment un parfait ensemble auquel les grincheux les plus exigeants auront bien du mal à décocher la moindre flèche !

Encenser Chance ! revient un peu à vanter les mérites d’une plage tropicale de sable fin durant une froide journée d’hiver. On s’évitera cette facilité, d’autant que la rencontre avec un public enthousiaste et fidèle prouve à elle seule la qualité de ce spectacle revenant régulièrement à l’affiche depuis des années. Avec Hervé Devolder, il fait partie intégrante de notre patrimoine musical et c’est une sacrée chance !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre La Bruyère : 5, rue La Bruyère 75009 Paris
Du jeudi au samedi à 19 h, lundi 20 h30 et dimanche à 17 h 30
01 48 74 76 99 – http://www.theatrelabruyere.com

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Barber Shop Quartet dans « Chapitre IV »

Voix au Chapitre

À eux quatre, ils remplacent toute une chorale. Irrésistiblement drôles et excellents acteurs, les membres du Barber Shop Quartet ont construit comme un film à épisodes ce dernier spectacle, véritable petit bijou musical et vocal, installé pour quelques semaines au théâtre Essaïon.

Chapitre IV comme son numéro l’indique est la quatrième opus du Barber Shop Quartet. Autant dire, si on les découvre seulement maintenant, à quel point l’on se sent frustrés (très frustrés) de ne pas avoir vus et entendus leurs précédentes créations. L’humour est fin (très fin), les voix sont belles (très belles), les idées originales (très originales). Dés leur arrivée sur scène, le spectateur est pris dans un mouvement mélodieux, d’une incroyable douceur, plein de facéties et l’on sait que l’on ne va plus les lâcher avant la toute dernière note. Ce quatuor chante des morceaux de sa propre composition mais le plus souvent reprend, à sa façon, des tubes de la chanson ou de la musique classique pour y plaquer leur propres paroles. Si le procédé est souvent usité, le résultat est lui, tout à fait désopilant au point de donner à l’ensemble, une place à part et de choix dans l’univers du spectacle musical. Avec eux, tout est sujet à étonnement. L’histoire drôle à la manière de la Reine de la nuit (avec la magnifique voix de soprano de Marie-Cécile Robin Héraud) est proprement irrésistible. Le récit de l’invention du tire-bouchon est tordant (avec les incroyables bruitages de la basse Xavier Vilsek), le poème du hérisson, à la chute fatale, laisse le public sans voix mais non sans rires ! Dieu est appelé à la rescousse (il fait une apparition !), la vache devient tout à trac une star et Claude François comme Ravel sont de la partie. France Turjman (alto) et Bruno Buijtenhuijs (ténor et non moins guitariste) complètent l’ensemble et apportent leur pierre à cet univers musical, gentiment mais surement déjanté. Pour arriver à un tel point d’harmonie et d’excellence, personne ne sera étonné d’apprendre que ces quatre magiciens de la voix (et du texte) travaillent chaque spectacle pendant plusieurs années. Ils le font pour notre plus grand bonheur et les bravos qui résonnent à l’Essaïon sont aussi mérités que le « Merci ! » qu’ils voudront bien trouver ici !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre Essaïon : 6, rue Pierre au Lard 75004 Paris
Le mardi à 19 h 45
01 42 78 46 42 – http://www.essaion.com

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Signé Dumas

L’œuvre immense d’Alexandre Dumas ne fut pas écrite par sa seule plume. Le grand homme avait un nègre attitré, Auguste Maquet, avec lequel il travailla pendant treize ans. La révolution de 1848 faillit faire exploser, un peu avant l’heure, ce tandem au fonctionnement surprenant. C’est cette conflagration que « Signé Dumas », pièce magnifiquement écrite par un autre duo, Cyril Gély et Éric Rouquette, nous fait revivre de façon palpitante.

Alexandre Dumas, à l’imagination débordante, écrivait vite, mais il voulait surtout profiter des charmes de la vie en jouisseur invétéré qu’il était. Les chapitres de romans à livrer chaque jour aux journaux représentaient une somme de travail qu’il ne pouvait abattre seul. Sa rencontre avec Auguste Maquet, un docteur es lettres s’étant toujours rêvé écrivain, va se révéler une aubaine. Maquet, doué et discipliné, allait abattre une large part du travail et construire des pans entiers de l’œuvre de Dumas.
Auguste Maquet se résigne à rester dans l’ombre jusqu’au moment où éclate la Révolution de 1848. Dumas, monarchiste dans l’âme, certain de son prestige, entend s’adresser au peuple par une déclaration de soutien à la duchesse d’Orléans, avec l’arrière-pensée d’en récolter un maroquin. Maquet, plus fin politique, comprend que la régente va être emportée par la vague révolutionnaire et que l’heure de la République a sonné. Dans cette perspective, le texte fou de Dumas met leur avenir en danger et le collaborateur soumis se transforme d’un coup en associé soucieux de préserver l’acquis et le futur. Il montre les dents. En retour, le génie tonitruant et égocentrique, peu habitué à la contradiction, répond par une vague d’humiliations. Maquet encaisse le choc avant de trouver la parade et que tout rentre dans l’ordre. Pour encore quelques temps.
Cyril Gély et Éric Rouquette décortiquent parfaitement, dans un texte d’une précision chirurgicale, la psychologie et les liens si particuliers qui unissent ces deux personnages ici magnifiquement incarnés : Xavier Lemaire prête sa corpulence et sa faconde à Dumas et Davy Sardou apporte sa finesse à un Maquet tout en colères froides et rentrées. La querelle, déclenchée par un petit télégraphiste, joué par Thomas Sagols, va crescendo jusqu’au basculement final et le public suit, avec fascination, l’intégralité d’une violente dispute dont le seul défaut est de nous sembler trop courte. La jubilation d’entendre un texte aussi bien écrit n’a d’égale que le plaisir de le voir si bien joué. La mise en scène subtile de Tristan Petitgirard, sans fioritures, se met entièrement au service de ce petit bijou littéraire. Si les raisons de voir ce spectacle pleinement réussi sont multiples, ce beau moment de théâtre a aussi le mérite de nous dire, et de quelle façon, pourquoi les grands romans de notre patrimoine littéraire que sont « Le Comte de Monte-Cristo »   ou   « Les Trois mousquetaires », pour ne prendre que ces deux exemples, n’auraient jamais dû être exclusivement signé Dumas.

Philippe Escalier

Théâtre La Bruyère : 5, rue La Bruyère 75009 Paris
Du mardi au samedi à 21 h et matinée samedi à 15 h 30
01 48 74 76 99 – http://www.theatrelabruyere.com

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Les Demoiselles du K-barré

Le OFF d’Avignon ne manque pas de pépites. Aussi inventif que festif, « Les Demoiselles du K-barré », un cabaret déjanté, imaginé par Pauline Uzan, a tout pour nous séduire. On a beaucoup aimé cette troupe de quatre artistes qui met, dans la douceur, le feu à L’Arrache-Cœur.

Pas simple de s’attaquer au thème du cabaret. Beaucoup y ont laissé des plumes ! Pauline Uzan a décidé de s’emparer du genre mais pour casser les codes. Mission accomplie. Avec « Les Demoiselles du K-barré », elle a créé un spectacle bourré d’humour, cravaché par une bonne dose de dérision, biberonné à la folie et charpenté par une construction irréprochable. Rien n’est laissé au hasard, ce spectacle, indubitablement pro, est galvanisé par une générosité incroyable : la troupe a visiblement décidé de donner le meilleur au public. Aux côtés de Vanessa Ghersinick et Roxane Merlin, Pauline Uzan, qui assure aussi la mise en scène, nous donnent une vision de la femme, séductrice, dominatrice, mais aussi fragile et surtout, délivrée des canons sévères et restrictifs de la froide beauté classique. Nous assistons à un festival de charme d’autant plus dévastateur qu’il est empli d’humour. Les quatre artistes se moquent de tout et surtout d’eux-mêmes. Au milieu de ces trois filles à fort caractère, jouant les aguicheuses comme personne, Harold Simon est loin d’être perdu ! Un peu tyrannisé au départ, (l’homme objet, quelle tentation !), il incarne le partenaire idéal. Sexy, souriant et dynamique, (visiblement doué et en rien, prisonnier d’un physique avantageux), le jeune comédien, si expressif, apporte sa part de fraicheur. Il joue le jeu avec autant de force et de ferveur que ses trois partenaires. Tous quatre sont parfaitement à l’unisson. La salle est le cinquième acteur de ce spectacle original et décoiffant. Elle participe et réagit tout du long et finit en envahissant la scène pour danser avec la troupe. Il n’est pas de spectacle réussi sans échange. Il est ici parfaitement au rendez-vous. Le public vote avec ses mains…et ses pieds, les trainant au maximum pour quitter la salle.

Texte et photos : Philippe Escalier

L’Arrache-Cœur : 13, rue du 58e R.I. 84000 Avignon
Jusqu’au 29 juillet 2018  à 22 h 20

Relâches les 18 et 25 juillet –  04 86 81 76 97

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Exposition Delacroix

Musée du Louvre : pour les 220 ans de la naissance du peintre, une remarquable exposition de 180 tableaux consacrée à Eugène Delacroix que Baudelaire qualifiait de « dernier des Renaissants, premier des modernes » et qui fut l’un des chefs de l’Ecole Romantique.
L’artiste se fait connaître par « Dante et Virgile aux enfers ». A sa mort, en août 1863, il laisse une œuvre considérable.
Jusqu’au 23 juillet 2018.
Il est nécessaire de réserver sur le site du Louvre avant de s’y rendre.
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Bô, le voyage musical

Ce sont les étapes de la vie de quelques personnes que nous allons traverser au 13ème Art, en musique et avec des prouesses artistiques et physiques, brillamment mises en scène. Dépaysement et plaisir assurés !

La musique de Catherine Lara est au cœur de spectacle. Elle est la soliste accompagnant l’orchestre incarné par une jeune troupe. Giuliano Peparini les met tous en scène avec un brio incontestable, contribuant à donner à Bô la belle ossature qu’il mérite.
Les thèmes abordés sous la plume de MC Solaar, sont nombreux : l’amour sous toutes ses formes, la guerre, le harcèlement, les migrants. On souligne, on dénonce, la générosité et la tolérance toujours en toile de fond. Les qualités et les personnalités des jeunes artistes permettent de rendre ces évocations, parfois un peu dispersées, très touchantes. Chacun dans son domaine excelle, que ce soit l’acrobatie, le mat chinois ou la danse. Au delà de la performance, l’émotion qu’ils communiquent, amplifiée par la partition musicale et la présence de Catherine Lara, est bien réelle. Adrien Ouaki, Gabriele Beddoni, Jocelyn Laurent, Olivier Mathieu, Brahem Aiache, Grégoire Malandain, Aurore Mettray et Théo Legros-Lefeuvre, sont, tous à leur façon, étonnants. Séduits par cette agrégat de talents, on se laisse volontiers entrainer par Sinan Bertrand, qui fait office de maître de cérémonie et qui jalonne, avec une infinie légèreté, tout le spectacle en apportant sa touche poétique. L’on se prend à penser aux spectacles du Cirque du Soleil où les numéros les plus spectaculaires sont présentés dans l’écrin d’un récit coloré. L’ambition et les moyens de Bô sont forcément moindres mais le résultat est au rendez-vous. Il vous reste encore quelques dates pour aller profiter de cet événement aussi original qu’attachant.

Texte et photos : © Philippe Escalier

Jusqu’au 15 avril 2018
Le 13ème Art : centre commercial Italie 2 75013 Paris
Jeudi, vendredi et samedi à 21 h ; dimanche à 15 h
bo-spectacle.com – 01 53 31 13 13

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Orphée et Eurydice

Quand la beauté de la musique de Gluck, dirigée par le merveilleux Thomas Hengelbrock, rencontre la mise en scène chorégraphiée de Pina Bausch dans l’écrin du Palais Garnier, on touche au sublime.

Dans la fosse, l’orchestre, le Balthasar-Neumann-Chor & Ensemble, avec son époustouflante sonorité, d’une précision et d’une douceur inégalée, assure la partie musicale. Sur la scène, le corps de ballet de l’Opéra de Paris se mêle aux deux cantatrices interprétant les rôles titres. La chorégraphe allemande a su faire dialoguer les deux chanteuses et les deux étoiles incarnant les deux protagonistes de l’opéra, comme si ces quatre artistes faisaient partie de la partition originelle. L’interaction magique nous montre à la fois un double, un jumeau mais décrit aussi une présence amie, réconfortante, compatissante. Stéphane Bullion, marmoréen, danse Orphée, en miroir avec la cantatrice Maria Riccarda Wesseling, Marie-Agnés Gillot, est l’incarnation parfaite de la voix de Yun Jung Choi. Un quatuor d’une profonde vérité donnant naissance à une fusion entre le chant et la danse qui n’aura jamais été aussi accomplie, aussi exaltante. Dans une mise en scène très épurée, d’une densité profonde, les couleurs blanc, noir et rouge portent messages et participent à l’harmonie de l’ensemble. Beauté, légèreté, noblesse, tout dans les mouvements du corps de ballet exprime et sublime la musique de Gluck, dans un esthétisme exceptionnel, d’une pureté infinie qui permet de comprendre pourquoi ce ballet est considéré comme l’un des plus aboutis de Pina Pausch. Jamais son cri « Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus ! » n’aura été plus vrai. L’émotion qu’elle nous donne à travers cette œuvre (crée en 1975 et entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris en 2005), est si forte qu’elle l’inscrit dans l’éternité !

Texte et photos des saluts : © Philippe Escalier

http://www.operadeparis.fr

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TINTORET, naissance d’un génie

A l’occasion du 500e anniversaire de la naissance du Tintoret, le Musée du Luxembourg célèbre l’un des plus fascinants peintres de la Renaissance vénitienne.
L’exposition se concentre sur les quinze premières années de sa carrière, période décisive et déterminante pour comprendre comment il se construit. Elle propose ainsi de suivre les débuts d’un jeune homme ambitieux, pétri de tradition vénitienne mais ouvert aux multiples nouveautés venues du reste de l’Italie, décidé à renouveler la peinture dans une Venise cosmopolite. Peinture religieuse ou profane, décor de plafond ou petit tableau rapidement exécuté, portrait de personnalité en vue ou d’ami proche, dessin ou esquisse… les œuvres rassemblées rendent compte de la diversité du travail de Tintoret et de sa volonté de frapper l’œil et l’esprit par son audace.
L’exposition retrace en définitive l’ascension sociale d’un homme d’extraction modeste, fils de teinturier, qui, grâce à son talent, parvient à s’élever dans la société, à s’imposer et à se faire un nom sans rien oublier de ses propres origines.

Photos : © Philippe Escalier

Musée du Luxembourg  : 19 rue de Vaugirard 75006 Paris  –  01 40 13 62 00
Jusqu’au 1er juillet 2018
Du lundi au jeudi de 10 h 30 à 18 h
vendredi, samedi, dimanche et jours fériés de 10 h 30 à 19 h
fermeture le 1er mai
(pas de jour de fermeture hebdomadaire)

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« Montgomery Clift » L’enfer du décor de Sébastien Monod aux Editions LettMotif

A travers la filmographie de Montgomery Clift, Sébastien Monod nous retrace la vie très tourmentée de l’une des plus grandes stars du cinéma américain des années 50 qu’il serait injuste d’oublier.

Montgomery Clift, que ses amis surnommaient affectueusement Monty, est né le 17 octobre 1920 dans le Nebraska. Sa mère, issue d’une famille patricienne qui ne l’a jamais reconnue, n’aura de cesse de faire réussir ses trois enfants, Montgomery ayant un frère aîné et une sœur jumelle. Très tôt séparée de leur père, si elle leur donne une éducation soignée, assez élitiste, elle les fait aussi beaucoup voyager, faisant d’eux des déracinés.
Attiré par les planches, il fait ses débuts au théâtre à douze ans. Il est tout de suite décrit comme beau et intelligent.
Sa première rencontre amoureuse a lieu à 18 ans. Pour ce garçon cultivé et secret, mais n’aimant pas le mensonge, il est vite évident que son homosexualité va être son handicap majeur.
Ses véritables débuts ont lieu en 1944, quand Kazan, très homophobe, accepte enfin de le rencontrer. Ses premiers succès auront lieu au théâtre mais dès 1945, il passe des essais à Hollywood qui débouchent sur son premier film, un superbe western, « La Rivière rouge » d’Howard Hawks. Son côté perfectionniste apparait déjà et il travaille beaucoup pour être à la hauteur de ce premier grand partenaire qu’est John Wayne. Son physique d’exception et son talent font de lui l’acteur le plus prometteur de sa génération.
1949, il tourne « L’Héritiére » avec Olivia de Havilland. Il travaille sous la direction d’une actrice, Mira Rostova. Leur relation, sur le plan professionnel, est quasi fusionnelle au point de nuire aux tournages, la présence de Mira faisant parfois de l’ombre au réalisateur et les partenaires féminines de Montgomery se plaignant de passer au second plan.
Cette même année marque sa rencontre avec Elizabeth Taylor qui sera un peu la femme de sa vie. Ensemble, ils tournent « Une Place au soleil », film qui fait de lui une star.
Toujours exigeant, recherchant des rôles qui lui conviennent, désireux de toujours être parfaitement préparé, il refuse certains contrats, faisant, au passage, quelques erreurs majeures comme avec les mythiques « Sunset boulevard » et « A l’est d’Eden » qu’il décline.
Il tourne avec Alfred Hitchcock « La loi du silence » qui sort en 1953. A cette époque, s’il boit beaucoup, il parvient à rester à peu près sobre sur les plateaux. Pourtant, ses rapports avec le maître du suspens ne seront pas bons, les deux hommes ne se comprenant pas. Mais cette année sera un excellent millésime puisqu’il tourne avec Vittorio De Sica puis avec Fred Zinnemann dans le célèbre « Tant qu’il y aura des hommes » pour lequel il ratera de peu l’Oscar en mars 1954. Reconnaissant, le réalisateur lui dédit celui qui vient de lui être décerné.
Dans la vie de Montgomery Clift qui ressemble, malgré tous ses succès, à une lente chute vers l’abime, il y aura un avant et un après. Ses difficultés avec sa sexualité, ses abus d’alcool et de tranquillisants, qui le transforment parfois en homme violent et sadique, notamment dans sa vie sentimentale, le torturent et le détruisent. Le 12 mai 1956, l’année ou sort « L’Arbre de vie » d’Edward Dmytryk, un accident de voiture dû à l’imprudence, qui aurait pu lui être fatal, va le défigurer. Elizabeth Taylor, chez qui il passait la soirée, se précipite sur les lieux de l’accident et lui sauve la vie en lui enlevant les deux dents arrachées qui menaçaient de l’étouffer.
Devenu de plus en plus difficile à gérer sur les plateaux, les propositions se font plus rares. Deborah Kerr saluant son immense talent, « tout en sensibilité et en non-dit », se demande « quels démons le poussent autant vers la destruction ? ». Il est pourtant retenu pour « Le Bal des maudits » (un titre qui pourrait presque servir de sous-titre à sa vie !), en 1957, où il joue aux côtés de Marlon Brando, qui devient un ami, malgré la concurrence dans laquelle les grands studios les avaient placés et qui essaie de l’aider à surmonter ses problèmes d’alcoolisme. L’année suivante, Elizabeth Taylor impose sa présence dans « Soudain l’été dernier ». 1960 sera son chant du cygne avec le tournage des « Misfits » qui marque sa rencontre avec Marilyn Monroe, écorchée vive comme lui et qui dira à son propos : « Il est le seul être qui soit encore plus perdu que moi ». Après ce qui restera comme son plus grand film, John Huston lui demande d’ incarner le célèbre psychanalyste dans « Freud, passions secrètes » qui sort en 1962. Les rapports entre les deux hommes, difficiles, vont s’envenimer jusqu’à devenir exécrables. Monty sera même blessé à l’œil durant le tournage et les comédiens se divisent entre ses partisans et ceux de Huston qui n’a jamais supporté l’homosexualité de l’acteur. Le clap de fin sera accueilli comme une délivrance, mais l’expérience aura été si difficile que Montgomery devra prendre du champ durant quelques années. Il faudra un peu de temps à John Houston pour reconnaître toutes les qualités de l’acteur.
Montgomery Clift revient au théâtre mais son état mental et physique, tout comme la nouvelle génération d’acteurs qui émerge, lui donne le sentiment cruel d’être fini. Il tourne dans son dernier film « L’Espion » du français Raoul Levy qui sort en 1966. Définitivement épuisé, il ne quitte plus son domicile new-yorkais où son compagnon le trouve mort d’une crise cardiaque, le 23 juillet 1966. Elizabeth Taylor qui avait réussi à l’imposer dans « Reflets dans un oeil d’or » devra tourner en l’absence de son cher Monty !

Philippe Escalier

« Montgomery Clift »
L’enfer du décor de Sébastien Monod aux éditions LettMotif
http://www.edition-lettmotif.com

 

Couverture Montgomery Clift - L'enfer du décorCapture d_écran 2017-09-15 à 21.55.57 copieCapture d_écran 2017-09-15 à 22.01.32Montgomery Clift - Photo de la couverture de Life 1948 (Public Domain) copieMontgomery Clift livres 01

 

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