Aztèques

La Compagnie Teknaï joue Aztèques au théâtre 13

 

 

Fondée par Quentin Defalt avec des comédiens de sa promotion, la Compagnie Teknaï, après avoir joué Britannicus sous une forme déambulatoire aux Archives Nationales, nous présente Aztèques de Michel Azama. La pièce, écrite en 1992, retrace les débuts de la conquête du Mexique par les Espagnols. Avec Quentin Defalt, son metteur en scène et le comédien Yohann Chanrion, nous avons exploré le parcours de deux membres d’une compagnie pas comme les autres.

 

 

Quentin Defalt

 

 

Ce grand brun aux épaules larges cache plus facilement une certaine timidité que la difficulté d’affronter le froid parisien après plusieurs semaines d’une tournée avec Teknaï en Nouvelle-Calédonie. Autour d’un café, il explique que le choix d’Aztèques est lié indirectement à sa première rencontre avec une œuvre de Michel Azama en 1999. Il fait alors ses débuts avec Croisades dans le cadre d’un festival organisé par la mairie de Paris au terme duquel lui est décerné le prix de la mise en scène. Pour cet amoureux des défis, ces pièces peu faciles à monter aux nombreux personnages évoluant en divers lieux, sont une aubaine. Du reste, il attend pour s’attaquer à Aztèques que son entrée à l’ESAD, École Supérieure d’Art Dramatique de la ville de Paris, lui permette de fonder sa compagnie. Avec dix comédiens et un musicien (un altiste) il se sent prêt à propulser les spectateurs en l’an de grâce 1519, au moment où Cortés débarque au Mexique et rencontre l’Empereur Moctezuma.

 

Auparavant, en mai et juin 2003, Britannicus lui permet de jouer aux Archives nationales dans des salles habituellement fermées au public. Très intéressé, ce dernier ne manque pas le rendez-vous et réserve au spectacle un accueil chaleureux. De cette expérience, Quentin Defalt tire la conclusion qu’il doit délaisser son travail d’acteur au profit de la mise en scène. «Jouer m’empêchait d’être efficace à 100%. Et puis j’ai plus envie de décider de mes spectacles que d’aller me vendre !» Lui qui a travaillé avec des professeurs assez mordants affirme qu’il a l’ambition d’être aimable. «Je suis quelqu’un de très calme, du coup, s’il m’arrive de m’énerver, on comprend que c’est grave. C’est tout de même mieux que le drame permanent !»

 

Grand lecteur, Quentin Defalt essaye d’alterner classiques et œuvres contemporaines. «Je voudrais travailler Le miracle de Saint-Antoine de Maeterlinck, pratiquement jamais montée parce qu’on refusait de voir cet auteur dans le registre comique». Un choix qui confirme son intérêt pour les œuvres délaissées ou qui abordent des problématiques liées à la «dinguerie des hommes». Cet amoureux de l’Histoire, matière approfondie durant ses études universitaires, n’ignore pas que la colonisation espagnole s’est traduite par plusieurs dizaines de millions de morts. Au demeurant, ces thèmes n’obligent nullement à se cantonner à un registre dramatique. Aztèques laisse une place à l’originalité (le décor, une salle de musée, fait appel à l’imagination des spectateurs) et à des moments drôles.

 

Homme de fidélités, Quentin Defalt fêtera son trentième anniversaire lors des toutes premières représentations. Il ne fait guère de doute qu’une nouvelle idylle entre sa compagnie et le public constituera son plus beau cadeau.

 

 

Yohann Chanrion

 

Hernan Cortés, le grand conquistador, c’est lui ! Issu de la même promotion que Quentin Defalt, il consacre une bonne part de sa vie artistique à la Compagnie Teknaï. Angèle d’Alexandre Dumas, mis en scène par Gilles Gleize au Silvia Monfort en 2003 où il était acteur et assistant metteur en scène ou encore le Festival de danse de Gavarnie dirigé par François Joxe font partie des quelques aventures qu’il a menées de son côté.

Pour varier les plaisirs, Yohann Chanrion alterne des rôles très différents, avec une prédilection pour les personnages forts. «Cortès est un rôle difficile car il ne faut pas montrer qu’une face de ce personnage. Complexe, parfois à la limite de la folie, ce grand meneur d’homme, mégalomane comme il se doit, avait aussi ses côtés tendres» précise-t-il. Autre personnage historique célèbre flirtant avec l’irrationnel, le personnage de Néron qu’il a eu tant de plaisir à jouer dans Britannicus aux Archives Nationales. Dans Jacques ou la soumission que Quentin Defalt a pour projet de monter, il se retrouverait dans les habits d’un rôle plus commun, si tant est qu’il en existe dans l’univers bizarroïde d’Eugène Ionesco.

Sa première expérience à la mise en scène lui a laissé un souvenir agréable. Il récidivera sans nul doute, mais, pour l’instant, ne ressent guère la nécessité de franchir le pas car dit-il, «en ce moment, j’ai une envie énorme de plateau». Une envie qu’il va pouvoir assouvir durant les six semaines de représentation d’Aztèques.

 

 

Philippe Escalier

www.sensitif.fr

 

Photo en costume avec Benjamin Penamaria et Yohann Chanrion : crédit : Jérémy Defalt.  

 

Théâtre 13 : 103A Bd Auguste Blanqui 75013 Paris M° Glacière – du mardi au samedi à 20h30 sauf jeudi à 19h30 & dimanche 15h30 – 01 45 88 62 22 – www.theatre13.com

L’Ami

Un acteur et un texte ponctué de quelques extraits musicaux et voilà le spectateur embarqué, en toute simplicité, dans une histoire extraordinaire, donnant naissance à un formidable moment de théâtre. Cette histoire d’ange nous laisse sur un nuage !

 

On peut le voir, voilà qui l’étonne ! Pour s’en convaincre, à peine arrivé sur scène il demande aux spectateurs de lui faire un signe. Cet homme est un ange, un vrai, tombé du Ciel, venu raconter comment le Tout Puissant a organisé, une fois l’univers créé, une compagnie d’archanges chargés de la gestion des affaires courantes. L’un est responsable des étoiles, tel autre de la paix, un troisième à l’accent marseillais hérite…du soleil. Le frère de Cupidon, Célestin et son inséparable ami Ermogène ont été oublié dans la divine distribution. À titre de compensation, le premier se voit confier une trompette destinée distraire les étoiles, le second devient dépositaire d’une poignée de graines à éparpiller dans le cosmos, une fois tous les millénaires. Forcément peu enthousiastes, les deux amis, par pure espièglerie, vont si bien faire que, par pur hasard, ils créent l’Amitié, une valeur sure, venant du coup, contrarier l’influence de Cupidon, réclamé par tous mais dont les flèches, puissantes, sont souvent de courte durée. 

 

Ce texte simple et beau d’Emmanuel Vacca, léger comme une plume, rempli de facéties, joue sur la comparaison entre amour et amitié, avec le Créateur adepte de du déhanchement, en arrière plan. On retrouve l’esprit humain dépeint avec une poésie au ton parfois mordant, le tout enveloppé dans une infinie bienveillance. On sourit, on rit souvent en suivant le comédien qui, comme nul autre, sait captiver son auditoire. Accompagné de Julien Grange faisant quelques courtes apparitions, il se fait mime, danseur et clown avec une sidérante facilité, apportant la démonstration que l’on peut réaliser un magnifique spectacle avec très peu de moyens pour peu que le talent soit au rendez-vous. Et du talent, Emmanuel Vacca en a à profusion !

 

Philippe Escalier

www.sensitif.fr

 

Le Ranelagh : 5 rue des Vignes 75016 Paris M° La Muette – du mardi au samedi à 21h & dimanche à 17h – 01 42 88 64 44

Vincent River

Véritable cri contre l’homophobie, cette pièce de Philip Ridley est magnifiée par les prestations de Marianne Épin et de Cyrille Thouvenin.

 

 

Depuis la mort de son fils, Anita a remarqué qu’un jeune homme rodait autour de son domicile. Elle finit par obtenir qu’il franchise le seuil de sa porte. Le visage tuméfié, Davey a du mal à dissimuler ses mensonges. Loin d’ignorer (comme il le prétend) qui était Vincent River, il connaît les circonstances précises de sa mort atroce dont il se sent responsable. Au terme d’un huis-clos mouvementé, il aura tout raconté d’une histoire banale et terrifiante comme sait l’être parfois le quotidien.

 

Philip Ridley a su parler de l’horreur sans manière, avec un style simple. Le dialogue qu’il initie reste empreint de réalisme et se caractérise par des pointes d’humour, donnant encore plus d’ampleur aux moments dramatiques. Marianne Épin et Cyrille Thouvenin, parfaitement dirigés par Jean-Luc Revol se montrent sous leur meilleur jour et donnent au drame toute sa consistance, nous offrant un moment fort et dérangeant, comme nous les aimons. On savait Marianne Épin formidablement douée pour la scène. On découvre que Cyrille Thouvenin n’est pas seulement à l’aise devant une caméra (qui ne se souvient du héros de Juste une question d’amour ?) mais qu’il est aussi capable de s’épanouir et de nous émouvoir sur les planches. Retrouver ces deux comédiens dans la petite salle intimiste du théâtre du Marais, à quelques mètres de nous, est l’un des grands luxes que le spectacle vivant peut nous offrir. Profitez-en !

 

 

 

Philippe Escalier

 

 

Théâtre du Marais : 37, rue Volta 75003 Paris M° Arts et Métiers – jusqu’au 23 décembre du mercredi au samedi à 20h30 & dimanche à 16h – 01 44 78 98 90

Le Tigre

Confrontation à la fois dramatique et comique aux multiples rebondissements, Le Tigre de Murray Schisgal a conquis le public grâce à l’interprétation de Lionel Rousselot et de Célia Granier-Deferre, mis en scène par Hélène Zidi-Chéruy. La pièce, reprise actuellement au théâtre Côté Cour, est à ne pas manquer.

 

Lionel Rousselot

 

 

De la force, beaucoup de modestie et un trop-plein de sensibilité, on sent chez Lionel Rousselot les qualités qui le rendront apte à nourrir de grands rôles. Si sur scène il joue – et bien –, dans la vie, il est la sincérité même !

 

À quel moment s’est faite la rencontre avec Le Tigre ?

C’était en thalasso, il y a un an à Quiberon. Avec Hélène Zidi-Chéruy (elle était mon coach à l’époque), nous étions une dizaine de comédiens invités dans le cadre du festival de café-théâtre de l’hôtel Accor, moment idéal pour bien préparer la rentrée ! Avec Célia, nous voulions monter une pièce. Quand nous avons découvert Gloria et Benjamin, les deux personnages du Tigre, nous n’avons pas hésité. Hélène a entendu que nous avions ce projet à cœur. Elle nous a fait passer une courte audition, après quoi, elle a décidé de monter la pièce dans son théâtre.

 

Benjamin, votre personnage est atteint d’un léger bégaiement. Avec surprise, on constate que dans la vie, c’est aussi votre cas. C’est une chose que vous avez essayé de transformer en atout ?

Ce n’est ni un atout ni un handicap, j’ai beaucoup travaillé pour l’atténuer. Maintenant, il y a des jours où tout va bien, d’autres moins, mais sur scène, il se remarque à peine. Quelque part, c’est un peu ma marque de fabrique !

 

Comment avez-vous débuté ?

Je suis né près de Toulon où j’ai fait une année de conservatoire et deux ans de café-théâtre. À 19 ans, je débarque à Paris où je prends des cours aux Enfants Terribles. De là, je rentre dans une compagnie avec laquelle je joue Horacio dans Hamlet. Viendront d’autres choses comme des courts-métrages avant que je parte pour New York. C’était une période difficile de ma vie, j’avais besoin de changer d’air ! Là-bas, j’ai bossé dans des bars. En rentrant, j’étais encore plein de doutes, prêt à tout laisser tomber et puis j’ai rencontré Hélène Zidi-Chéruy. Elle m’a proposé de travailler avec elle… et depuis tout a changé ! J’ai redécouvert l’envie de jouer en même temps que mon côté comique, le conservatoire m’ayant, sur ce point, beaucoup bridé. Puis est arrivé Le Tigre, ma première vraie et grande expérience.

 

Vous n’avez jamais regretté le choix de Paris ?

Non, je suis avant tout un citadin, j’aime m’endormir avec le bruit des voitures autour de moi. Il me faut vivre à toute vitesse (lors de mon séjour aux USA, j’étais plus speed que les New-Yorkais !) et je mourrais sûrement très jeune d’une crise cardiaque ! D’ailleurs, si j’aime ce métier, c’est aussi parce qu’il procure des sensations très fortes.

 

Y aura-t-il d’autres occasions de vous voir dans les mois qui viennent ?

Oui, j’apparais dans Le Pressentiment, le premier film de Jean-Pierre Darroussin, à qui j’ai la chance de donner la réplique ainsi qu’à Hippolyte Girardot. J’y joue un rôle de flambeur mythomane. Pour ma première fois au cinéma, quelle expérience ! Tout est millimétré, mais Jean-Pierre dirige en douceur. J’ai pu m’épanouir, malgré le trac, la chaleur et les quarante personnes qui, durant le tournage, nous fixaient, un blog à la main.

 

 

Célia Granier-Deferre

Cette jeune femme blonde au visage fin, née dans le milieu du cinéma, a suivi son propre parcours. Après avoir repris sa carrière en main, elle aborde la trentaine, visiblement sereine.

 

Comment est née votre envie de jouer ?

Elle est venue un peu comme un cheveu sur la soupe, au moment où j’avais une vie assez recluse dans l’appartement paternel «bouffant» de la télé sans modération. Cela a commencé par «passe ton bac et je te paye des cours de théâtre !». Durant mes trois années chez Périmony, un agent m’a repérée. Entre-temps j’ai adoré le travail d’Eva Saint-Paul que j’ai suivie lorsqu’elle a monté son propre cours. J’ai commencé à travailler pour la télé, des rôles secondaires, amusants. Cela marchait tout seul mais sans exigence folle. Dix ans ont passé. L’arrivée de ma fille a tout remis en question. Je ne me voyais pas en train de lui dire que je faisais juste des petites séries sympas. J’ai entendu parler du Laboratoire de l’acteur et j’y ai débarqué la trouille au ventre.

 

Le fait d’avoir un nom connu vous a aidée ?

Un père cinéaste, ce n’est pas toujours facile, surtout à l’adolescence, les autres imaginent que vous êtes pleine de fric. Puis il y a eu la sortie de certains films osés comme Cours privé avec une nana à moitié à poil sur toutes les affiches de Paris avec son nom au-dessus… Ça fait drôle ! Plus tard, j’ai appris à connaître et admirer, l’œuvre de mon père. S’il m’a offert mon premier rôle aux côtés de Charlotte Rampling dans La Dernière Fête, je ne l’ai jamais utilisé comme piston.

 

Après Le Tigre, que se passe-t-il ?

Il y a une autre mise en scène d’Hélène Zidi-Chéruy, Lavage délicat de Lilian Lloyd, l’histoire de deux jeunes paumés qui se retrouvent un soir dans un bar. C’est un peu plus calme que dans Le Tigre, quoique ce soit aussi des êtres avec des failles. Sinon, j’ai tourné dans un « Louis Page », ainsi que dans le film à venir de Benoît Cohen, Hélas et Hourra.

 

 

Hélène Zidi-Chéruy, metteur en scène

Outre l’envie de diriger les acteurs, il y a chez cette femme, généreuse de nature, le gout de la pédagogie. L’actrice fonde en 2000, au théâtre de l’Atelier, Le Laboratoire de l’acteur. Le stage initial de dix jours va, en réalité, durer un mois à la demande de ses élèves. Depuis, les demandes n’ont cessé d’affluer et Hélène Zidi-Chéruy, en petits groupes, réalise un travail en profondeur, insistant sur les aspects psychologiques d’un métier où les remises en question sont indispensables pour qui veut avancer. Respect de l’humain et exigence se retrouvent aussi dans sa gestion du théâtre qu’elle dirige avec son mari, Frédéric Chéruy : «Pour nous, il serait bien plus rentable d’arrêter de travailler et de louer la salle, trois fois dans la soirée.» En réalité, la programmation obéit aux seuls coups de cœur, comme celui qui nous permet de voir Le Tigre ou d’entendre le chanteur Marc Citti en concert. «On est là pour aider les artistes, respecter une éthique, c’est cela qui rend notre vie passionnante !»

 

 

Théâtre Côté Cour : 12 rue Édouard Lockroy 75011Paris  M° Parmentier – du lundi au vendredi à 20h30, relâches samedi & dimanche – 01 47 00 43 55

 

Philippe Escalier

C’est jamais facile

Pour voir LA comédie de la saison, il faut s’orienter vers le théâtre Michel où la passion d’une jeune étudiante pour son professeur quinquagénaire provoque une cascade de conséquences imprévisibles. Signée Jean-Claude Islert C’est jamais facile est une formidable machinerie comique, parfaitement huilée, jouée par cinq comédiens au diapason, sous la baguette de Jean-Luc Moreau. Maaïke Jansen et Roger Miremont tiennent les deux rôles principaux. Avant d’aller croiser le fer sur scène en nous laissant en compagnie de l’auteur, ils ont tous deux répondu à nos questions.

 

 

Maaïke Jansen

 

En tailleur blanc, cheveux blonds,  une allure folle, cette comédienne désarmante de naturel et de spontanéité, parle un peu comme elle joue, avec une vitalité exemplaire.

 

Maaïke Jansen, quelle est l’origine de votre nom ?

Je suis hollandaise. Je n’ai pas une goutte de sang français dans les veines. Agriculteur, avec quatorze frères et sœurs, il était difficile pour mon père de rester travailler dans son petit pays. Mes parents sont partis et je suis née dans l’Aube où nous formions une communauté, avec notre pasteur, nos écoles. Nous mangions même à la mode des Pays-Bas, ce qui n’est pas marrant car c’est une cuisine horrible !

 

Je vous ai vue dans Hypothèque au théâtre de l’œuvre avec Roland Giraud. Est-ce facile de jouer avec son mari ?

Vous savez, il est exigeant ! Il veut que ce soit nickel, alors je n’ai pas intérêt à plaisanter ! Mais c’est plus pratique parce qu’on peut partir travailler ensemble en moto ! Non, sérieusement, c’est toujours agréable de jouer quand on se connaît bien !

 

Outre un bon texte et un bon partenaire, vous êtes aussi bien entourée dans C’est jamais facile ?

C’est divin ! Roger Miremont, Ingrid Donnadieu et Myriam Moraly sont bien sur scène, bien dans la vie aussi. Tout comme Nicolas Jouhet, c’est un bel humain. Oui, on a une très belle équipe ! Myriam a le projet de me faire tourner dans son prochain court-métrage où j’aurais un rôle de clodo ! Oui, une clodo, vous avez bien entendu !

 

Quand on vous voit, on se dit que c’est un rôle qui va vous donner du travail !

Pas du tout, il suffit que je ne me lave plus les cheveux ! (Rires.)

 

Entre théâtre, ciné et télé, vous avez eu une carrière assez équilibrée, même si elle ne rend pas tout à fait justice à votre talent !

Je ne me plains pas. Je ne voulais pas penser qu’à mon métier et pourtant, je l’aime à la folie. J’ai reçu beaucoup de grands comédiens à la maison, j’ai pu voir l’angoisse qui était la leur. Je suis une personne équilibrée, avec beaucoup de joie de vivre, malgré les malheurs qui sont le lot de tout un chacun. Maintenant j’ai deux secrets, je fais mon jardin, je plante, je cultive, ça me donne une force formidable. Et puis la foi, pour moi c’est capital. La vie spirituelle est ce qu’il y a de plus important au monde. Vraiment !

 

 

Roger Miremont

 

Cet ancien pensionnaire de la Comédie-Française a abordé tous les styles et dans tous les domaines. Derrière le comédien jouant souvent des personnages tourmentés se cache un homme sensible, soucieux de son équilibre et des problèmes de son époque.

 

C’est un joli rôle que vous avez là, a-t-il été écrit pour vous ?

Non, mais en effet, le rôle est parfait, c’est pour cela que, tout de suite, je l’ai accepté. Il m’a fait beaucoup rire et dans le même temps, d’instinct, j’ai pensé que ce serait bien d’être avec Maaïke. On se complète : Jean-Luc Moreau a dit qu’elle avait une féminité virile alors que j’ai une masculinité féminine… enfin bref, on va bien ensemble !

 

Vous jouez un personnage qui vit avec quelqu’un de beaucoup plus jeune. Comment voyez-vous le fait de vieillir ?

Comme tout le monde… faut faire avec. Mais je ne crois pas que ce soit ce qui m’angoisse le plus. Disons que la vie moderne en ville m’effraie davantage. Je ne suis pas un cow-boy, mais je suis bien dans les grands espaces. La côte des Landes, au bord de l’océan, avec les vagues, là je suis bien. Sinon, je vais dans la Creuse pour me reposer et je dors. À Paris, tout le monde est un peu énervé.

 

Quand on vous voit, difficile d’ignorer que vous êtes sportif !

Je suis quelqu’un qui a un corps. Depuis longtemps, j’ai eu la chance de faire beaucoup d’exercices (de la danse, des arts martiaux) et c’est très bien. On sait aujourd’hui (grâce à l’École de Palo-Alto notamment) l’influence du physique sur le cerveau qui a une partie cognitive et une autre émotionnelle. Notre système éducatif joue uniquement sur le premier. Je suis content que dans les entreprises par exemple, ils soient en train de découvrir l’importance des émotions.

 

À quelle aune jugez-vous le succès de vos rôles ?

C’est très variable. Beaucoup de choses rentrent en jeu. Quand j’ai joué Monsieur chasse, j’ai eu des critiques dithyrambiques. J’étais content, mais, au fond, qu’est-ce que cela veut dire ? Pour revendiquer le fait que ce soit bon, il faut aussi que ce soit vendable puisque nous sommes dans une période de commerce effréné, avec pour support de vente, la télé. Disons que les rires incessants dans la salle, comme en ce moment, constituent une bonne marque de réussite.

 

Que faites-vous lorsque vous ne jouez pas ?

Je m’occupe de ma famille, j’essaie de leur faire la cuisine, ils disent que c’est bien mais c’est surtout parce qu’ils sont contents de ne pas avoir à la faire ! Je lis et je regarde des films. J’ai aussi suivi un cursus universitaire en ressources humaines et coaching l’an dernier, je dois rendre un mémoire sur la face cachée des émotions… et vous me faites penser que je suis en retard !

 

3 questions à l’auteur, Jean-Claude Islert

 

Comment avez-vous eu l’idée du sujet de cette pièce ?

Ce n’est pas du vécu, par contre, l’histoire est arrivée à l’un de mes camarades qui a eu plein de problèmes lorsqu’il a voulu rompre. Au lieu de le voir dramatiquement, j’ai trouvé préférable de l’aborder en vaudeville, d’autant que j’ai une vieille passion pour Feydeau et Labiche. Mais en vérité, au premier abord, c’est quasiment un drame !

 

Vous avez écrit une comédie exemplaire. Selon vous, quels en sont les secrets ?

D’abord prendre un sujet actuel qui parle au public. Ensuite, je suis très rigoureux sur la construction. Il n’y a pas de bonne comédie sans une mécanique imparable, quasi mathématique. C’est au sein de cette armature solide que l’art de dialoguer peut s’exprimer.

 

Une fois la pièce montée, reste-t-il une place pour l’auteur ?

Bien sûr ! Jean-Luc Moreau est un vieux copain, les comédiens sont là depuis le début (ils ont participé à la lecture), j’ai été à leur écoute et on a tous travaillé la main dans la main, ce qui me va comme un gant car j’adore le travail en équipe.

 

 

Théâtre Michel : 38 rue des Mathurins 75008 Paris M° Havre-Caumartin – du mardi au vendredi à 20h30, samedi à 17h, dimanche 15h – 01 42 65 35 02 

 

 

Philippe Escalier

Richard III

 

 

Pour les amateurs de théâtre classique, la rentrée vient de se faire aux Amandiers avec la pièce la plus jouée au monde après « Hamlet ». « Richard III » est présenté dans la mise en scène de Philippe Calvario avec Philippe Torreton dans le rôle titre.  

 

L’action se déroule lors de la guerre des Deux Roses, suite de guerres civiles sanglantes entre la maison royale de Lancastre et celle d’York qui prit fin en 1485 avec la mort de Richard III au champ d’honneur « à la différence de Roberto Zucco dont je me suis emparé précédemment, la barbarie et la sauvagerie de Richard III sont dictées par une soif intarissable de pouvoir » explique Philippe Calvario. Et d’ajouter : «Le spectateur vient voir LE MAL incarné sur un plateau, il cherche même inconsciemment voire consciemment à être séduit par lui, comme Lady Anne sera séduite par cet homme qui a tué son mari et son père. La distance historique rend tolérable cette fascination. » Pour cette pièce impressionnante, jouée par quinze comédiens, la scénographie de Karin Serres s’inspire du Japon et des samouraïs.

 

Philippe Torreton excelle ici dans ce rôle grandiose et horrible, tortueux et torturé qui prend fin sur cette dernière phrase, restée célèbre, « Mon royaume pour un cheval ». Impossible de mettre en scène une pareille épopée sans faillir. Philippe Calvario (comment lui reprocher d’être un peu dépassé par l’œuvre !) avec ses maladresses et parfois ses enfantillages ne parvient pas à nous convaincre vraiment. Mais en apportant un autre coup de chapeau mérité au grand comédien qu’est Jean-Luc Revol, c’est bien la distribution que nous retiendrons. Elle porte la pièce à ses hauteurs habituelles.

 

Philippe Escalier

 

Théâtre Nanterre-Amandiers : 7, avenue Pablo-Picasso 92022 Nanterre – RER Nanterre-Préfecture (ligne A) & navette assurée avant et après la représentation – du vendredi 16 septembre au dimanche 23 octobre du mardi au samedi 20h, dimanche 15h30 – 3h30 avec entracte – 01 46 14 70 00

« Torch Song Trilogy » en création française au Vingtième Théâtre

 

Jouée des années durant à Broadway, "Torch Song Trilogy" d’Harvey Fierstein marque le grand public lorsque son auteur la porte à l’écran en 1988. Amoureux de cette pièce sensible et réaliste, « l’une des plus belles pièces gays jamais écrites », Christian Bordeleau la traduit et l’adapte. Son travail décide le Vingtième Théâtre à la programmer début septembre, avec une distribution prometteuse.

 

Après avoir donné notre sentiment, interviews et portraits pour présenter l’auteur et les  protagonistes principaux de cette création attendue.

 

Notre avis : 

 

Une pièce à ne surtout pas rater !

 

Avec ses personnages, ses périodes et ses lieux divers, « Torch Song Trilogy » convenait parfaitement au cinéma. Au théâtre, c’est une autre paire de manche. On mesure toute la difficulté d’une adaptation, quand on sait que la pièce, à l’origine très longue, comporte, en outre, une première partie assez musicale. Malgré ses obstacles, Christian Bordeleau a réussi son pari. Les indispensables coupures ont rendu la pièce plus nerveuse, sans en atténuer la portée émotionnelle. Entre tendresse et vacheries, l’on est toujours surpris de l’écriture incisive et sans défaut de cette pièce dont les réparties font mouche. L’intérêt profond que ressent le public aurait forcément été moindre avec une autre distribution. L’on est frappé par la facilité avec laquelle Eric Guého donne au personnage principal, langue de vipère, intransigeant au grand cœur, ses différentes facettes. Avec lui, Frédéric Chevaux (Ed), Firmin David qui reprend l’un des meilleurs rôles rôle de Matthew Broderick, Rosine Cadoret (excellente dans ses habits de mère juive), Brigitte Guedj, Thomas Maurion et  Jean-Philippe Maran, savent donner à cette pièce toute son intensité. On en sort heureux et ému !

Éric Guého : Arnold

 « Je suis un jour monté sur scène et sans que je ne fasse rien, la salle a commencé à rire. J’ai compris qu’il se passait quelque chose. » Avec une voix mesurée, Éric Guého explique la découverte d’une vocation l’ayant entrainé vers l’Actor Studio et les Cours Simon, en prélude à une série de pièces venues consacrer son talent comique. Paradoxalement, son rôle marquant est celui, assez atypique, d’ange de la mort dans La Valse du hasard de Victor Haïm dont il garde un souvenir tout particulier. Les débuts de Pink TV lui donnent l’occasion de faire les siens au petit écran, en présentant, tous  les soirs à 20h40, un chronique humoristique. Tournée en extérieur, Bonheur-Bonheur pose sur les sujets les plus variés un regard plein d‘humour.

Gentil, généreux mais aussi intolérant, Arnold est bien le personnage fort et contrasté qu’il rêvait de jouer « Cette pièce ne parle pas uniquement d’homosexualité. Rapports avec la mère, manque de communication, désir d’adoption, elle aborde des thèmes multiples toujours d’actualité. » Au moment de sa sortie, le film Torch Song Trilogy a beaucoup marqué les esprits. « Les spectateurs vont avoir en tête Fierstein et ils vont voir Guého… ! » dit-il modestement.  « Il va me falloir asseoir mon personnage, forcément très différent. Ce qui est intéressant, sont les rapports que nous allons avoir entre nous, sur scène et l’ambiance qui va s’en dégager. Dans l’équipe, tout se passe bien, on est heureux de jouer ensemble. Ce bonheur devrait être contagieux. » Pour ceux qui l’ont déjà vu sur scène, le doute n’est pas de mise, Eric Guého devrait être un grand Arnold.

 

Firmin David : Alan

 

Malgré son air assuré et calme, rien ne trahit dans son visage le virage de la trentaine, mis à part son CV où l’on découvre un parcours aux expériences multiples. Au théâtre, son dernier rôle était à la Comédie Française, dans Le Marchand de Venise. « Moi qui étais prêt à faire un arbre, au fond à gauche, quand j’ai appris que j’étais retenu pour le messager, j’étais fou de joie.» Auparavant, il a joué aussi Tremblay et Cocteau dont l’univers et les textes le fascinent : « J’aimerais interpréter Stanislas dans L’aigle à deux têtes ».

Formé aux Cours Simon puis avec Jean Darnel, Firmin David s’est installé durant un an et demi à Londres pour y prendre des cours de chant qu’il met en pratique dans Mickey’s Winter on Ice. Pour le reste, il a l’habitude de combler ses moments creux par des feuilletons policiers. « Je ne suis pas encore en mesure de refuser trop de choses !» Par contre, il accepte sans réticence aucune le rôle que Caroline Huppert lui propose dans son prochain téléfilm pour France 2. « J’aime beaucoup son travail » dit-il avant d’ajouter qu’au cinéma, il a souvent joué des rôles de jeunes auxquels on aurait donné le bon dieu sans confession : « En fait, c’était de vraies pourritures, c’est ce qu’il y a de plus intéressant ! ». Puis, vient le cri du cœur : « Il me tarde de pouvoir jouer des personnages plus matures. » En attendant, il reprend dans Torch Son Trilogy, le rôle incarné par Matthew Broderick. « Dans le film, il était calme, on a voulu le rendre plus énergique. Mon personnage est très sensuel et sexuel. Il faut savoir qu’Alan débarque à New York à 14 ans où il fait le trottoir pour survivre avant de devenir mannequin. » Et de conclure : « Dans la vie, je suis à l’opposé de ce genre de personnage. Il a fallu que je me libère ! »

 

Rosine Cadoret : M’man

 

Quel était votre dernier spectacle ?

Il s’agit de L’homme en question, la pièce de Félicien Marceau, jouée avec Michel Sardou à la Porte Saint-Martin, puis en tournée, dans une ambiance très sympa. Je jouais une femme qui draguait tant et plus Michel Sardou dans les ascenseurs !

Ça marchait ?

Oui ! J’avais pas essayé avant, je n’ai pas tenté depuis, mais sur scène, ça marchait   (rires) !

Sinon, on vous a souvent vue sur le petit écran !

J’ai joué, en effet, dans un grand nombre de séries, avec des rôles conséquents, parfois des tournages longs, comme les 200 épisodes de Rue Carnot. Je suis également partie en Nouvelle-Zélande pendant 6 mois pour « Port Cook » tournée en anglais. Dans Une famille pour deux, j’étais la mère d’Éric Métayer.

Visiblement, on commence à vous donner des rôles de maman !

Oui, c’est un tournant, en attendant de jouer les grands-mères ou (puisque l’espérance de vie augmente) la ménagère de moins de cent ans !

Qu’est ce que vous séduit le plus dans votre métier ?

J’aime les choses qui commencent. J’ai adoré ouvrir le théâtre Présent de la Villette avec les frères Jolivet et ensuite le Café d’Edgar avec Marc Jolivet dans Les Concierges de l’espace. J’ai aussi fait partie, au début, de la Compagnie du Pallium de Jean-Michel Ribes qui était venu me chercher quand je prenais des cours d’art dramatique.

Avec la mère d’Arnold, vous sortez des rôles « gentils » que l’on vous a souvent confiés !

En effet, ce qui me plaît, c’est qu’elle soit un peu méchante…ça va me faire beaucoup de bien ! Elle balance des trucs durs, dit ce qu’elle pense, parfois avec de l’humour, mais le plus souvent sans prendre de gants. Elle n’arrive pas à accepter l’homosexualité de son fils et surtout le fait qu’il ne lui dise jamais rien de sa vie. En tous cas, c’est une sacrée bonne femme et pour moi c’est un beau personnage.

 

Frédéric Chevaux : Ed

 

Parler de son travail, c’est un peu faire le tour de France. Habitué à des rythmes d’enfer, Frédéric Chevaux avoue ne pas savoir dire non, « surtout lorsqu’on me propose un rôle comme Ed ». À peine de retour de Martinique et de Guadeloupe où il s’est produit avec Des équilibres , spectacle mis en scène par François Berdeaux mêlant danse, cirque, théâtre, hip-hop et acrobatie, il attaque de front les répétitions de deux spectacles. à la sueur de mon front est aussi au programme. Ce théâtre-réalité où les comédiens restituent des témoignages recueillis par une journaliste doit se jouer en province dans quelques mois.

Arrivé à Paris à dix-huit ans, Frédéric Chevaux fait les Cours Florent. J’ai rencontré les profs qu’il fallait ainsi que d’autres comédiens avec qui j’ai travaillé. Le travail de la chanson est venu un peu moins naturellement. « Au départ, j’étais complètement bloqué. Un jour, un metteur en scène m’a dit que mon rôle dans La Nuit des Rois comportait trois chansons. C’était hors de question….il a insisté un moment et j’ai fini par céder. Maintenant, je me régale. » Un plaisir évident pour qui l’a vu, il y a peu, dans Oliver Twist au Trianon. Enfin, le résumé de son parcours serait incomplet sans les rôles qu’il a tenus dans trois Shakespeare montés par la dynamique Compagnie Casalibus. Parmi eux, Le Songe d’une nuit d’été est toujours en tournée.

Qui en douterait ? Son rôle dans Torch Song Trilogy le comble d’aise. « Je n’ai encore jamais joué un personnage dans un texte contemporain. Il va me falloir trouver le rythme théâtral, tout cela va être passionnant à faire. » 

 

 

L’auteur : Harvey Fierstein

 

Né à Brooklyn en juin 1954, il commence sa carrière en 1971 dans  Pork , l’unique pièce d’Andy Warhol. La consécration viendra rapidement, avec Torch Song Trilogy, récompensée par deux Tony Awards – Meilleur Acteur, Meilleur Auteur. Il a aussi écrit le livret la comédie musicale La Cage aux Folles qui connaitra le succès malgré le côté militant qu’il avait su lui donner. Il a tourné notamment dans Independence Day, Mrs Doubtfire , a joué pour la série Cheers et triomphé dans la comédie musicale Hairspray.

 

La pièce : 

 

Constituée de trois grandes « chansons réalistes » (Torch Song), cette pièce retrace 6 ans de la vie d’Arnold, un drag queen professionnel haut en couleurs, au moment de sa rencontre avec Ed, un prof de lycée cachant ses lâchetés sous un statut de « bi ». Une situation impossible à vivre pour Arnold qui rompt avant de croiser le chemin d’Alan, un jeune homme attachant, arrivé très tôt à New York pour y commencer une carrière de mannequin et occasionnellement de gigolo. S’ouvre alors une période heureuse qui s’achèvera dans le sang d’Alan battu à mort par une bande de pauvres types homophobes. C’est le moment que choisit Ed pour quitter sa femme et retrouver Arnold devenu le père adoptif d’un garçon de 15 ans. Malgré ce contexte, les retrouvailles d’Arnold et de sa mère continuent de faire des étincelles.

 

 Trois questions à Christian Bordeleautraducteur, adaptateur et metteur en

 

Pourquoi cette pièce n’a-t-elle jamais été montée en France ?

Réunir les bonnes personnes autour d’un projet n’est jamais chose facile. Je sais que Jean-Michel Rouzière, défunt directeur du Théâtre du Palais Royal, s’y est essayé deux fois. Mais à l’époque, la scène de la backroom a refroidi les têtes d’affiche à qui l’on a proposé le rôle d’Arnold. Après, il y a eu le film…

 

Comment s’est passée l’adaptation ?

Un bonheur ! Même s’il a fallu couper les redites : les trois pièces ayant été écrites et jouées une à une, avant d’être réunies sous le titre Torch Song Trilogy, il y avait chaque fois des rappels. J’ai aussi inséré quelques clins d’œil au film, dont la structure diffère quelque peu des pièces d’origine.

 

Heureux d’être enfin arrivé à votre objectif ?

Et comment ! D’autant que cette pièce n’a pas pris une ride. À la fin des années soixante-dix – c’est de la prémonition – Fierstein abordait alors des sujets faisant aujourd’hui la une des journaux, comme l’adoption par les gays.

 

Philippe Escalier

 

Vingtième Théâtre : 7 rue des Plâtrières 75020 Paris M° Ménilmontant – à partir du 7 septembre jusqu’au 30 octobre : du mercredi au samedi à 21h30 & dimanche à 17h – 01 43 66 01 13

 

Charlotte Corday

 

Sur la base du procès de l’arrière petite-fille de Corneille, Daniel Colas aborde les thèmes de la liberté, de la peine de mort, du fanatisme et la condition féminine dans une pièce passionnée.

 

Abandonnant son Calvados natal, Charlotte Corday arrive pour la première (et dernière) fois à Paris durant l’été 1793 en pleine tourmente révolutionnaire. La veille du 14 juillet, elle se rend chez Marat, qu’elle juge responsable de la Terreur et le poignarde dans son bain. Quatre jours plus tard, la jeune femme est guillotinée en place publique. Charlotte Corday que l’imagerie révolutionnaire de l’époque fait passer pour une enragée royaliste, s’est sacrifiée pour son idéal républicain.

 

Le texte de Daniel Colas décrit bien cette toute jeune femme ne connaissant encore rien de la vie, supportant mal de voir la République transformée en dictature sanglante. Face au député Roche tombé sous le charme, désireux de tout mettre en œuvre pour la sauver, elle refuse de plaider la démence et, digne héritière de son illustre aïeul, marche vers la mort avec une superbe assurance.

 

En retraçant les derniers jours de Charlotte Corday, Daniel Colas théâtralise un débat d’idées en lui donnant de fougueux accents romantiques. On oublie les petits défauts pour se laisser emporter par le rythme, séduits que nous sommes par ce personnage principal qu’incarne Coralie Audret. Claude Giraud, Yvan Varco, Georges Teran, Thomas Deshays et Xavier Lafitte sont les autres participants à cette leçon d’histoire particulièrement divertissante.

 

Philippe Escalier

 

Petit Hébertot, 78 bis, rue des Batignolles 75017 Paris M° Villiers ou Rome – du 6 septembre au 1er octobre, du mardi au samedi à 21 heures – 01 43 87 23 23

Cuisine et dépendances

 

Impossible de faire la fine bouche devant la célèbre pièce d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri jouée au Théâtre de Nesle avec beaucoup d’énergie et de conviction par une jeune compagnie à découvrir.

 

 

Que ce soit pour réunir quelques amis ou pour dépanner un bon copain dans la dèche, on devrait y réfléchir à deux fois avant de lancer une invitation. Car en voulant venir au secours de Georges et en l’invitant quelque temps chez lui, Jacques a fait une lourde erreur soldée au prix fort : une soirée cauchemardesque.

 

Travail, nana, appart, on peut dire que Georges manque de tout, ce qui n’est pas pour arranger son caractère bougon. Hébergé par Jacques et Martine, il ne peut résister à l’envie de saborder une soirée donnée en l’honneur d’un invité célèbre, d’autant que le héros du jour n’est autre que le nouveau compagnon de son ex. Situation idéale pour raviver les regrets et régler quelques comptes.

 

Cette pièce à la mécanique parfaitement huilée, rythmée par des répliques  assassines ne laissant aucun temps mort, constitue un moment de théâtre auquel de nombreuses troupes ont eu du mal à résister. Le travail de la compagnie HS (ne pas se fier à ces initiales, ils sont en pleine forme !) a su allier simplicité et efficacité. L’interprétation de Yohann Sfez et Arnaud Humbert (les deux metteurs en scène) entourés des dynamiques Florian Bayoux, Noémie Goetsch et Marina Nossovitch, contribue grandement à nous donner envie de venir faire un petit séjour dans "Cuisine et dépendances".

 

 

Philippe Escalier

 

 

Théâtre de Nesle : 8 rue de Nesle 75006 Paris – du mercredi au samedi à 21h & dimanche à 15h jusqu’au 30 juillet inclus – reprise à partir du 7 septembre – 01 46 34 61 04 – www.cuisineetdependances-lapiece.com

Les monologues de Georges Feydeau

 

Laissez-moi vous faire une petite confidence : restitués avec beaucoup de talent et une belle mise en scène, ces monologues s’avèrent savoureux !

 

Imaginez quelques scènes bien délirantes : un chien confond pantalon et réverbère, un vieillard rajeunit sous l’effet d’un produit miracle, trois propriétaires pleurent en temps de guerre sur leurs loyers, un fils de famille confond armée et cercle pour gentlemen, un neveu prodigue se heurte à un infernal oncle Picsou, économe fanatique. Voilà qui vous donnera une petite idée des situations loufoques et des personnages bizarroïdes que Feydeau a  voulu traiter dans ses monologues. Le roi du vaudeville étant avant tout un observateur lucide, perspicace et féroce, derrière son humour ravageur surgit une critique virulente de la société bourgeoise de son époque.

 

Lionel Fernandez nous présente cette dizaine de textes peu connus, emballés dans une mise en scène joyeuse faisant la part belle à l’espièglerie et à la dérision, domaine où lui et ses compères Aliocha Itovich et Thierry Sauzé excellent. À eux trois (épaulés par Florence Roche en alternance avec Marilou Penne), ils nous offrent un vrai spectacle, décapant, d’une grande tenue. Les inévitables petites faiblesses du texte sont rapidement oubliées grâce à la magie de leurs prestations. En effet, si ce spectacle marque par son originalité et sa drôlerie, on doit surtout en retenir l’extrême qualité de son interprétation. La cause est entendue, ces monologues ne peuvent que vous parler !

 

Philippe Escalier

 

Comédie Bastille : 5 rue Nicolas Appert – niveau 51 bd Richard Lenoir (11e) M° Richard Lenoir – du mardi au samedi à 21h30 – 01 48 07 52 07

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