Le récit poétique, mais pas chiant, d’un amoureux en voyage

Créer un univers et des personnages, interpréter avec brio et une bonne dose de folie, narrer une aventure en se jouant des mots avec gourmandise, manier l’humour en maître, tel est l’exploit réussi par Marc Tournebœuf dans son dernier spectacle, un seul en scène aussi désopilant que surprenant.

Même Molière qui écrivait dans son « Misanthrope », « Il n’appartient qu’aux sots d’admirer et de rire » ne pourra nous retenir d’affirmer à quel point nous avons ri à l’écoute de ce texte et combien nous admirons l’interprétation magistrale d’un jeune comédien surdoué, assez fou et suffisamment sûr de lui pour écrire, à vingt-trois printemps, un troisième opus, un seul en scène d’une tenue exemplaire, où, de surcroit, il se paie le luxe de nous faire rire, à gorge déployée, le plus souvent à ses dépens.
De quoi retourne-t-il ? L’auteur raconte un coup de foudre qui le pousse à rejoindre sa dulcinée en terre portugaise et à vivre là-bas une aventure qui se terminera par une rupture. L’histoire est-elle vraie ou le fruit de son imagination ? La question importe peu, on ne demande pas à la fin du spectacle au magicien de nous livrer ses secrets de fabrication. On se contente de partir en rêvant, envouté par le mystère fascinant de ses tours de passe-passe.
Auto-dérision, petits détours par la littérature, allusions historiques, mini cours de syntaxe et de géographie, calembours et allitérations, esquisses fines de personnages croquignolets, ce texte de Marc Tournebœuf, par sa richesse, ressemble à un roman à épisodes, aussi bien écrit qu’imaginatif, nous invitant au voyage (et à l’amour fou) tout en nous berçant d’anecdotes hilarantes. Et personne ne songera à l’accuser de pérorer tant l’humour est omniprésent, servant de base liante aux nombreux ingrédients du récit, nous montrant à quel point le jeune auteur sait prendre de la distance et de la hauteur, pour notre plus grand bonheur ! La mise en scène de Grétel Delattre apporte l’inventivité permettant de nourrir son énergie débordante et de faire de ce texte un vrai spectacle. On trouvera bien dans « Le récit poétique, mais pas chiant, d’un amoureux en voyage » quelques petits défauts véniels de jeunesse (deux très courts passages qui s’octroient un peu de facilité, détails qui d’ailleurs passeraient inaperçus si l’ensemble n’était si remarquable). Le potentiel de l’artiste nous permet d’être certain qu’ils seront bien vite gommés.
L’auteur de cette critique finira en vous disant de bien retenir le nom de Marc Tournebœuf, et ce, d’autant plus volontiers que l’originalité de son patronyme est une assurance contre l’oubli. Et ne manquez, sous aucun prétexte, ses prochains passages sur scène.
À suivre !

Texte et photos : © Philippe Escalier

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ALEX RAMIRES

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Sensiblement Viril

Alex Ramirès apparait sur scène le visage caché derrière l’une de ses photos. Pourtant, il a décidé de ne pas tricher et a choisi de nous parler de lui. D’entrée de jeu, il annonce la couleur : il est homosexuel. Son portait, il le brosse avec autant d’humour que de subtilité, à partir du contre-exemple : il est tout sauf ce que les caricatures voudraient qu’il soit. Et surtout, il est formidablement bien dans ses baskets. En quelques secondes, nous plongeons dans son monde, où la lucidité est exempte de cruauté, où la générosité d’esprit exclut toute forme de nombrilisme. L’on rit de beaucoup de choses, des salles de gym et du culte du physique, des hétéros et de leurs enfants (un grand moment !), de la vie de couple des homos (et de leurs chiens) et du vertige de la routine (cette maladie frappant sans distinction avec le temps), avec la belle métaphore du bain et de la douche. C’est acéré, mordant, jamais méchant, bref, c’est diablement élégant. On pourrait rester là des heures à l’écouter. Sur la fin, notre artiste, qui est aussi une bête de scène, se paie le luxe de casser les successions ininterrompues de rires qui secouent la salle pour offrir un moment à part, avec la mise en scène d’un personnage, Tatie Martini, (fort gratinée il faut le dire) entourée d’enfants. Un court épisode, quasi théâtral, d’où émergent intensité et gravité, tourné vers ceux que la vie a malmené. Trop captivé pour décrocher, son public continue à boire ses paroles avant de lui offrir une belle ovation. Au delà de l’heure trente de bonheur qu’Alex Ramirès nous sert sur un plateau, nous avons adoré la définition de l’humour qui est la sienne : de la distance, de la finesse, enrobées d’une bonne dose de poésie. C’est du bonheur et l’on valide ! Après cette joyeuse bouffée d’oxygène, ne reste plus qu’à redescendre sur terre, les batteries rechargées à fond !

Comédie des Boulevards : 39 , rue du Sentier 75002 Paris
Tous les mercredis à 20 h – 01 42 36 85 24 – http://www.alexramires.com

Texte et photos : Philippe Escalier

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Gérémy Crédeville, Parfait (et encore, je suis modeste)

Vue avec un peu d’humour, l’affiche de son spectacle semble dire au moins deux choses : c’est un show qui décoiffe et Gérémy Crédeville aime les belles plantes ! Il se trouve que sur scène, on découvre bien d’autres choses, dont un texte parfaitement écrit avec une plume vive et acérée, trempée dans le double encrier de la férocité, (il y va franco le bougre mais en évitant piège de la vulgarité tant lequel tant sont tombés !) et de la tendresse (autodérision et d’absence d’autosatisfaction à la clé !). Car Gérémy Crédeville a l’art, tout en alignant des saillies toujours d’une grande drôlerie, de nous mettre dans sa poche et de faire de nous les compagnons de ses délires auxquels je vous mets au défi de résister. Ces thèmes sont nouveaux ? Non, d’ailleurs, qu’est ce que l’humour sinon une façon différente de voir les mêmes choses. Mais ce qui fait tout le sel de son spectacle, c’est sa façon d’être, à la fois tendre et caustique (mais jamais ni trop l’un ni trop l’autre), infernal et raisonné, de jouer sur son physique, sans une seconde se prendre au sérieux. Et d’être formidablement drôle, ce qui est le minimum syndical pour un humoriste mais parfois loin d’être évident ! Gérémy Crédeville nous laisser voir le monde avec ses propres lunettes (et ce monde devient tout d’un coup bien plus joyeux), ne nous parle pas d’actualité ou de politique ni ne cherche à nous expliquer la vie (c’est reposant ! ). Bref, il nous donne une féroce envie de revenir l’applaudir. Cela tombe bien, car si vous voulez m’en croire, nous n’en avons pas fini avec lui. Et c’est tant mieux !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre du Marais : 37, rue Volta 75003 Paris
Jeudi, vendredi, samedi à 20 h – 01 71 73 97 83
http://www.theatredumarais.fr

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VINCENT C

Si vous aimez les magiciens, c’est le spectacle qu’il faut voir. Si vous n’aimez pas les magiciens et leur côté un peu formaté, c’est aussi le spectacle qu’il faut voir ! Vincent C a une façon bien à lui de présenter sa discipline (lui qui est pourtant fort indiscipliné !) passant par le gag, par un sens aigu de la dérision, par les clowneries (pour rester poli) et le rire. Sa présentation des numéros les plus étonnants se fait par le biais d’une mise scène délirante, avec une énorme déco faite de bric et de broc, des numéros parfois un peu trash (et pourtant j’ai aimé, c’est dire s’il est bon !). Sa façon d’inclure le public dans tout ce qu’il fait est juste magique ! Son spectacle ressemble à un show fait devant une bande de copains et pourtant sa maîtrise de son art reste bluffante. Il nous donne le meilleur de la magie tout en désacralisant, avec quel humour et quelle force, un domaine resté parfois trop compassé. Redécouvrir que l’on peut rire à gorge déployée dans un spectacle de magie digne de ce nom est l’un des exploits de cet artiste venu du Quebec, avec ce petit accent charmant que nous aimons tous. Donnons, pour finir, un coup de chapeau à cet adepte de la casquette et finissons en écrivant : Vincent C le meilleur !

Philippe Escalier
Apollo Théâtre : 18, rue du faubourg du Temple 75011 Paris
Du mercredi au samedi à 21 h 30 – 01 43 38 23 26

Avec les garçons de « Encore un tour de pédalos »

Par Johann Leclercq

Trente ans après Essayez donc nos pédalos, Alain Marcel nous propose une vision actualisée, à la fois mordante, drôle et réaliste de notre milieu gay. Séduit par ce nouveau Tour de pédalos, nous avons rencontré les quatre interprètes de ce spectacle musical au théâtre Marigny, Yoni Amar, Philippe d’Avilla, Steeve Brudey et Djamel Mehnane, un cast interethnique de chanteurs-comédiens, généreux et pétillants !

Sur quels critères Alain Marcel vous a-t-il choisis ?

Steeve Brudey : Alain Marcel voulait une cohérence de groupe, vocale et physique, avec quatre personnages pour l’harmonie des voix. Idéalement, il voulait une vraie multiethnicité par souci d’universalisme et pour des raisons également politiques et religieuses. Il voulait des artistes ayant un niveau équivalent de jeu, de chant et complètement à l’aise avec le propos. Hétéros ou homos, on a bien sûr été jugés sur notre « gayttitude », notre ductilité à paraître gay.

En plus d’être auteur et compositeur, Alain Marcel est également metteur en scène de ce spectacle. Sa direction n’est-elle pas trop perfectionniste ?

Yoni Amar : Il est très technique et sait ce qu’il veut musicalement et scéniquement. Il sait ce que le spectacle doit raconter mais veut également nous voir sur scène. Dès les premières répétitions, il nous a laissé libres. Il arrivait toujours dans un esprit de proposition : « Qu’est-ce que vous en pensez ? Quel est votre avis ? » Il a appris à nous connaître au fur et à mesure. Du coup, les chansons nous ressemblent, ça coule de source. Le jeu vient immédiatement par rapport à la mélodie. Ainsi, Bibi est bi devait durer quelques secondes mais est devenu un numéro pour Steeve. Sex Toy est vraiment devenu une évidence pour Djamel.

Pourquoi avoir monté un deuxième Tour de pédalos ?

Djamel Mehnane : Alain Marcel avait notamment écrit le premier Pédalos suite à la violence qu’il avait ressentie en voyant La Cage aux folles et à l’image de l’homosexualité qui s’en dégageait. Trente ans plus tard, le contexte politique et social a changé. L’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie mais l’homophobie existe toujours. On est passé d’une acceptation à une ghettoïsation. Par ailleurs, la vie de beaucoup de gays ne correspond pas toujours à l’image de fête et de paillettes qu’on peut en avoir. Sans même parler d’Iran ou d’Égypte, il y a encore des gens qui en meurent.

Ce spectacle fait-il de vous des artistes engagés ?

Steeve Brudey : À partir du moment où on a accepté d’incarner la voix d’Alain, ce spectacle fait évidement de nous des artistes militants. Mais ce n’est pas qu’une histoire de militantisme anti-homophobie, il y a plein de choses. Toute la fin se soulève et s’ouvre. C’est un spectacle sur toutes les différences, les discriminations, les persécutions…

Certains critiques reprochent à Alain Marcel de tomber un peu dans le cliché. Qu’en pensez-vous ?

Philippe d’Avilla : Le cliché n’est pas négatif. C’est une photo de quelque chose qui existe. En l’occurrence, j’ai parmi mes amis des folles encore plus exubérantes que celles du spectacle, des pédés de droite abominables qui ne pensent qu’au fric, des fiottes qui crachent leur venin sur tout le monde, des gars qui veulent adopter, etc. Ce sont des gens que l’on croise tous les jours ! Et puis, au théâtre tout personnage dramatique est un cliché, ça marche comme ça. Pour parler d’universalité, il faut chercher la particularité.

Votre scène ou chanson préférée et pourquoi ?

Djamel Mehnane : Le début et la fin. Le début parce que c’est réglé au millimètre vocalement et scéniquement et que ça donne le ton du spectacle. La fin parce que les mélodies sont absolument sublimes avec une gradation des voix du plus grave au plus aigu, et avec des textes très forts fondés sur des faits réels.

Yoni Amar : En règle générale, je préfère les numéros d’ensemble. Il y a une vraie force qui ressort du groupe et que l’on prend en pleine tête. J’ai une légère préférence pour Petite souris de penderie parce que c’est lié à l’enfance et qu’il y a beaucoup de tendresse et d’amour dans ce morceau.

Steeve Brudey : J’aime De cul, de culte et de culture parce que ça chante, ça joue, c’est politique, ça parle de religion. Cette chanson fait réagir et donne une assez bonne idée de ce que fait Alain : l’humour, le côté grinçant…

Philippe d’Avilla : C’est un peu difficile de couper le spectacle en tranches, pour moi, il forme vraiment un tout. Il y en a néanmoins une qui me touche. Il s’agit de la chanson d’un homme qui sourit face à la maladie et qui en remercie un autre de l’y avoir accompagné.

Cette expérience semble vous avoir sincèrement beaucoup apporté !

Philippe d’Avilla : On est effectivement tous devenus très fans du travail d’Alain Marcel. Ce mec a une vraie rigueur dans le travail, une rigueur devenue rare dans le métier. On est également tous spectateurs du travail des autres. Je suis subjugué parce ce que font mes potes sur scène, chose que je n’avais jamais vécue jusqu’ici. C’est aussi un bonheur d’avoir Stan Cramer pour arrangeur et accompagnateur. Si on est tous aussi nickel au niveau vocal c’est grâce à lui, à son travail, à son calme et à sa précision.

Encore un tour de pédalos se joue jusqu’au 24 février au théâtre Marigny : Carré Marigny 75008 Paris, lundi à 20 h 30, du mardi au samedi à 19 h et dimanche à 17 h

01 53 96 70 00 – http://www.theatremarigny.fr

Jean-Luc Lemoine

Par Grégory Moreira Da Silva

Entre sa nouvelle émission  Le bureau des plaintes et son nouveau spectacle  Jean-Luc Lemoine ne chôme guère. À quarante ans, il fait le bilan sur scène et avec nous. Comme il est convaincu d’avoir encore vingt ans, il nous a forcés tout au long de l’interview à le tutoyer. Nous nous sommes bien sûr exécuté. Après tout, on ne sait pas ce qu’il cache sous son ample veste noire…

Ce spectacle, est-ce du vécu  ?
Il y a pas mal de choses qui sont effectivement issues de mes observations personnelles, notamment concernant les enfants puisque je suis moi-même père, ou concernant la vie de couple. Mais je travestis pas mal la vérité dans mes sketchs. Ainsi, quand je dis que je suis avec ma femme depuis quinze ans, en fait, je ne suis avec elle que depuis huit ans.

Justement, comment a-t-elle réagi en découvrant le spectacle ?
J’ai la chance d’avoir une femme qui a beaucoup d’autodérision… Aussi rit-elle lorsque je dis, dans mon spectacle, que si je suis toujours avec elle, c’est parce que je n’ai jamais été sollicité depuis par une autre fille !

En parlant de choses drôles, quels sont les humoristes qui te font particulièrement rire actuellement ?
J’aime surtout les comédiens et les personnes capables de faire des choses très différentes de ce que je fais. J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui font du stand-up, par exemple. Je citerai notamment Tony Saint Laurent ou encore Anne-Sophie Girard. Après, j’ai aussi beaucoup d’empathie pour les grands humoristes comme Timsit. Pour qu’un humoriste me parle, il faut qu’il ait un véritable univers.

Comment définirais-tu ton travail aujourd’hui : humoriste ou animateur télé ?
Mon métier, c’est la scène. Honnêtement, j’espère que c’est comme ça que les gens m’identifient. Quand je suis à la télé, c’est toujours pour faire quelque chose relatif à l’humour. Je n’ai jamais démarché une chaîne pour proposer un projet, sauf la fois où j’avais envoyé ma cassette vidéo à l’émission « La classe » et où je m’étais mangé un râteau !

Et si tu n’avais pas choisi ce métier, qu’aurais-tu fais précisément ?
Un truc en rapport avec mes études, sachant que j’ai fait Sup de pub notamment. J’aurais bien aimé faire de la rédac en publicité. Un métier qui laisse la part belle à la création et à l’humour.

Pourquoi es-tu toujours habillé en noir ? Tu tentes de te déguiser en Thierry Ardisson ou tu as quelques kilos superflus à dissimuler ?

C’est avantageux pour cacher les kilos en trop, c’est vrai. Et même si j’ai beaucoup de respect pour Ardisson, je n’irai pas jusqu’à l’imiter. Disons que c’est surtout par paresse. Ça m’évite de me poser la question de ce que je vais mettre comme couleur chaque matin. Je me sens bien en noir. Sur scène, cela permet aussi de se fondre dans le décor. Et puis je trouve ça classe d’être habillé tout en sobriété pour balancer de grosses conneries !

Enfin, la question que tout notre lectorat de quadras se pose : quel est ton secret de beauté pour paraître toujours aussi jeune à quarante ans ?
Je pense que c’est une question de génétique ! Ma mère est vietnamienne et j’ai hérité de ses traits lisses sur le visage. Il faut avouer aussi que j’ai la chance de faire un travail qui physiquement n’est pas d’une grande pénibilité !

Le bureau des plaintes  : Émission de divertissement bimensuelle en deuxième partie de soirée sur France 2

Lemoine man show au théâtre de la Gaîté-Montparnasse : 26, rue de la Gaîté 75014 Paris
du 6 octobre 2010 au 2 janvier 2011
Du mardi au samedi à 21 h, matinée samedi 16 h 30 – 01 43 22 16 18

La Mégère à peu près apprivoisée

Par Philippe Escalier pour Sensitif : http://www.sensitif.fr

« OMG!* » aurait dit Shakespeare s’il avait assisté à une représentation de cette Mégère peu catholique faisant hurler… de rire un public qui raffole de cette production !

Musical, comique, dansé, chanté, le spectacle d’Alexis Michalik est un cocktail explosif qui réussit la gageure d’être parodique, bourré de références, énergétique, totalement fou et pourtant précis et juste comme les grandes comédies savent l’être. Bref, on ne cachera pas son enthousiasme pour le travail d’Alexis Michalik et sa compagnie Los Figaros que les habitués d’Avignon connaissent bien, ni sa surprise de trouver autant de maîtrise et de talent dans une équipe toute jeune, semblant sortir tout droit d’une dernière année au Cours Florent et qui pourtant détient déjà toutes les recettes permettant de concocter ces spectacles impossibles à oublier.

Dépoussiérer une œuvre n’a rien de nouveau. Mais que ce soit fait avec autant de bonheur, voilà qui est rare. Ce brave William est ici très secoué, sa pièce étant devenue davantage un prétexte qu’un texte, mais à vrai dire, qui s’en plaindra ? Les rimes comme les répliques sont d’une superbe drôlerie, souvent aux limites de l’absurde, les trouvailles sont aussi nombreuses qu’excellentes et l’énergie dépensée sur scène (jamais en pure perte) diablement communicative. Qui plus est, au final, on s’aperçoit que la débauche d’idées sert l’œuvre au moins autant que certaines mises en scène très « comme il faut ». Et ce, pas uniquement parce que le rire ferait oublier certaines faiblesses (ici inexistantes) mais du fait que la pièce a été pensée d’un bout à l’autre, sans l’adjonction d’idées gratuites et autres facilités coupables. Si l’on ajoute que l’interprétation est parfaite, vous comprendrez alors toute la magie de ce spectacle inspiré.

Alexis Michalik, qui porte les trois casquettes de metteur en scène, auteur et compositeur (interviewé il y a quelques mois dans ces colonnes), est un artiste complet (simple et modeste, ce qui ne gâte rien) aussi à l’aise sur scène que devant une caméra. Dans la conception du spectacle, il a été secondé par Régis Vallée et Raphaël Callendreau. Gregory Juppin, Dan Menasche, Fanny Aubin, Leilani Lemmet, Olivier Dote Doevi et Louis Caratini complètent une distribution face à laquelle même les plus grincheux ne trouveront rien à redire d’essentiel.

Sans moyens, presque sans pub, le spectacle, après avoir soulevé l’enthousiasme à Avignon, a triomphé au Vingtième Théâtre. Il est actuellement au Splendid où il pourrait bien rester quelque temps. Mais allez le voir sans tarder, les soirées aussi réussies au théâtre ne sont pas si nombreuses.

Le Splendid : 48, rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris
Du mardi au samedi à 21 h 30 et matinée samedi à 17 h
01 42 08 21 93 – http://www.losfigaros.com

* OMG! : Oh, my God!

L’ARTISHOW

 

En découvrant le nouveau spectacle de l’Artishow conçu par
Xavier Barboteu, on assiste à la transformation réussie d’un café-théâtre ayant
su garder l’esprit convivial et festif qui a fait son succès tout en se hissant
au plus haut niveau. Nouvelle immersion dans l’univers de l’incontournable
cabaret parisien.

 

Depuis des années, l’Artishow a su démontrer que
professionnalisme pouvait se conjuguer avec esprit de troupe et de famille.

C’est la même équipe, légèrement étoffée, que l’on retrouve
au fil des ans avec, pour les habitués, le sentiment de revoir des amis de
longue date. Si l’on découvre l’endroit pour la première fois, l’impression est
toujours la même, un bel étonnement devant ce spectacle unique en son genre.
Dans cette fête, rien de superficiel, tout est généreux et authentique, depuis
l’accueil jusqu’aux remerciements finaux. C’est la troupe qui vous reçoit sur
le perron du cabaret, c’est elle qui assure le service pendant le repas dans
une ambiance déjà un peu survoltée. Avec le pousse-rapière en guise d’apéritif,
tout ce que l’on vous sert est présenté simplement (pas de chichis) mais c’est
indiscutablement bon : du foie gras en entrée, une blanquette de veau avec
des petits légumes et un croustillant au caramel en dessert avec un bon choix
de vins et un pain de campagne bio. Le repas servi, le gong retentit plusieurs
fois : le spectacle peut commencer !

 Loin des numéros qui s’enchaînent, Xavier Barboteu a
toujours voulu s’inscrire dans une thématique et recréer un univers. Que ce soit
ses idées de mise de scène, les costumes (toujours plus riches et plus
étonnants, on pourrait s’imaginer parfois au carnaval de Venise), les
performances des artistes, on devine un travail considérable et le résultat est
(ô combien !) à la hauteur. Les références nombreuses dont chaque épisode
est émaillé plongent, cette fois-ci, leurs racines dans le cinéma. La parodie,
présente avec Framboise (qui unit à jamais Marie-Paule Belle et Sylvie Joly) et
Mamyta (incroyable Bardot et Mme de Fontenay), vient ponctuer des numéros qui
ne sont plus de l’imitation tant l’univers recréé est personnel et fort. Que ce
soit Tina Turner (avec Adam, l’un des deux petits nouveaux), Julie Pietri
(Galipette), Christophe Willem (Antoine), Charles Aznavour (Jean-Yves) ou Marilyn
Monroe, on croit aux personnages avec lesquels on vibre et on salue la
performance. Les danseurs Stéphane, François et Nicolas (qui fait également un
superbe Charlot) servent parfaitement les chorégraphies maison qui allient la
fantaisie, l’humour et la danse sous le regard de Pascal et Gregory, les deux
grooms tout de rouge vêtus, paraissant sortir d’un livre de Tintin et qui
passent de la salle à la scène pour agrémenter la soirée de leurs facéties.

Machine à donner du bonheur, l’Artishow devrait, par les
temps qui courent, être reconnu d’utilité publique ! Un peu caché dans le
XI
e arrondissement, le cabaret transformiste, en quelques années, a
su s’imposer et gagner une notoriété que beaucoup doivent lui envier
aujourd’hui.

Philippe Escalier pour http://www.sensitif.fr


3, cité Souzy 75011 Paris

01 43 48 56 04

http://www.artishowlive.com

Entre Fous émois

 

Avant même que Jarry n’entre en scène, avec sa fougue et son énergie, on comprend que le spectacle ne va pas être comme les autres. Et de fait, avec lui c’est un grand bol d’air pur que nous respirons. Le spectacle est authentique, il retrace une vie avec des mots empreints de beaucoup de sensibilité et une grande drôlerie. Lui qui affirme que la seule fois où il a fait tourner la tête d’une femme c’était dans un manège, entend raconter comment, alors que tout le poussait vers la terre et la vigne, il a pris le chemin de Paris, des planches et des garçons.

Sa différence, il la met en avant avec une infinie délicatesse et un humour décapant. Son spectacle décoiffe, avec un rythme plus que soutenu, toujours émouvant, sans démagogie. On se laisse prendre au jeu et, séduit par sa capacité à changer de personnages, on le suit dans sa promenade autobiographique qui nous fait rire, souvent et de bon cœur.

L’on reproche souvent aux jeunes artistes d’être un peu formatés. Avec Jarry, on est loin de tout ça. On passe avec lui un formidable moment à découvrir l’être humain derrière l’acteur capable de tout donner l’espace d’une soirée.

Nos applaudissements en retour semblent alors une bien maigre récompense pour un si beau travail.

Philippe Escalier 

Théâtre du Gymnase : 38, boulevard Bonne-Nouvelle

M° Bonne-Nouvelle 75010 Paris

Tous les lundis à 20 h 30

01 42 46 79 79

 

Givré !

Show devant !

De drôles
d’idées, une interprétation sidérante, le spectacle dans lequel
Philippe Lelièvre joue une troupe à lui tout seul, ne laissera personne
froid.

Pour une
surprise c’est une surprise ! Certes, le comédien a déjà un beau
parcours devant lui, y compris à la télé (3 ans sur la chaîne « Comédie
! ») mais on le connaît assez peu et un premier one-man-show est
toujours un exercice périlleux. Visiblement pas pour Philippe Lelièvre
incarnant une douzaine de personnages avec une facilité qui rappelle
Philippe Caubère dans ce texte coécrit en compagnie d’Arnaud Lemort et
repris après son récent succès au Ciné 13 Théâtre.

Le sujet :
une petite troupe de théâtre monte "Pataquès", un vaudeville foireux
avec un metteur en scène plutôt pauvre, y compris en bonnes idées. Les
comédiens, tous un peu allumés, sont loin de former un groupe soudé.
L’aubaine d’un gain au loto foot permet à ce petit monde d’aller
travailler et se ressourcer à la campagne. Entre la comédienne à la
voix cassée par le tabac, la jeune fille un peu mièvre, l’alcoolique de
service et celui qui ne jure que par « l’Actors Studio », les divers
personnages héritent, grâce à la finesse de l’interprétation, d’une
véritable crédibilité aux accents croustillants. Mis en appétit, le
spectateur espère bien qu’il ne lui faudra pas attendre le dégel pour
voir la suite de « Givré ! »

Splendid : 48, rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris – M° Strasbourg St-Denis – du mardi au samedi à 19h30 – 01 42 08 21 93

Philippe Escalier

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