GANGWOLF Mozart Stand Up

Studio Hébertot

Une approche de Mozart étonnante faite par un pianiste qui marie parfaitement la musique et l’humour. Un moment frais et plein de surprises. On adore !

La courte vie de Mozart est passionnante. Mais ce n’est pas ce qui fait l’intérêt du spectacle écrit par le pianiste François Moschetta et sa femme Camille. L’exploit de ce stand up tout particulier réside dans le regard à la fois très personnel et très original que les deux auteurs posent sur le compositeur. Un récit didactique serait un peu inutile. Une description uniquement musicale manquerait de sel. Il fallait quelque chose de plus décapant ! Pour ce jeune duo doué, la vie de Mozart est avant tout matière à un résumé plein de vie, éminemment moderne, pimenté de savoureux anachronismes nourrissant quelques parallèles avec l’époque que nous vivons. Ce récit est oxygéné et ponctué par des démonstrations musicales courtes mais virtuoses qu’autorise le talent pianistique de François Moschetta. S’il nous régale au clavier, ce musicien se révèle être un acteur, sa présence sur scène fait merveille, l’attention du spectateur est captée dès la première seconde pour ne plus se relâcher. Dans ce spectacle pétillant, subtil, construit pour le public et avec le public, notre artiste se paie le luxe de nous faire danser les premières notes d’un menuet. Rarement l’amour de la musique aura été aussi bien partagé que dans ce show si vivant, si touchant dont on peut parier qu’il aurait reçu l’agrément du facétieux et divin Mozart lui-même.

Philippe Escalier photo © Anne Bied

Ceci n’est pas une saucisse !

Dans cette comédie burlesque actuellement jouée au Théâtre Pixel-Bayaf durant le Festival OFF d’Avignon, Alexis Chevalier et Grégoire Roqueplo mis en scène par Thibault Truffert continuent à afficher une belle complicité et un sens du comique aussi original que déroutant.

Laissé sur le bord de la route par l’épidémie de Covid, le comédien Plo n’a comme seule chance que de pourvoir squatter le dernier théâtre où il a joué, dirigé par Guigue. Or ce dernier, devant la fermeture des lieux de culture, en bon comptable, n’entrevoit de salut que dans le porc. Devenir boucher lui semble l’unique débouché, capable de relancer les affaires. Pour cela, il convient de déloger Plo afin de transformer sa chambre en vaste frigo. Voilà qui jette un froid ! La lutte s’engage : qui de la boucherie ou de la culture aura le dernier mot ?
Sur cette intrigue parfaitement loufoque et totalement décalée, les deux artistes ont construits un duel clownesque décapant prétexte à tous les détournements et aux blagues les plus insensées. Leur délire autour de la création est l’occasion de lâcher quelques belles vacheries accompagnées de délires que les maîtres de l’absurde ne renieraient pas. Avec leur art consommé de la comédie, Alexis Chevalier et Grégoire Roqueplo confirment que le loufoque à tendance poétique peut continuer à compter sur eux. Ce dernier opus est, en effet capable de fédérer un large public, à commencer par les végétariens et les amateurs de saucisses !

Texte et photo : Philippe Escalier

La Claque

Avec « La Claque » au théâtre de la Gaité, Fred Radix vient nous raconter l’histoire d’une très vieille technique d’applaudissements rémunérés, encore utilisée dans certains théâtres au XIXème siècle. L’excellence de la narration, la complicité avec le public-partenaire, l’humour et la qualité de l’interprétation font de ce spectacle original un moment des plus réussis.

Pour retracer le fonctionnement d’une pratique très ancienne remontant à la Rome antique et consistant à séduire l’auditoire par des réactions enthousiastes artificielles venues de personnes payées pour l’occasion, Fred Radix a imaginé un scénario très riche. Nous voici priés d’assister à la création d’un opéra en 1895 dont le chef de la claque se retrouve subitement dépourvu de complices à quelques heures de la première. Il s’agit donc de reconstituer dare-dare une équipe et ce sont les spectateurs du théâtre de la Gaité qui vont pallier ce manque et recevoir, dans la foulée, l’indispensable formation adéquate. Théâtre dans le théâtre, le procédé fonctionne admirablement. Il permet de découvrir les différentes composantes de la claque, chargées de restituer toutes les réactions possibles d’une véritable assistance subjuguée par le spectacle (rires, étonnements, bravos). Toujours friands de ce genre d’interactions, les spectateurs présents à la Gaité réagissent à la perfection. Ils sont si efficaces que l’on jurerait qu’ils ont bénéficié d’une ou deux répétitions préalables. Le système de collaboration au débotté fonctionnant à merveille, l’on savoure d’autant plus l’histoire croquignolesque et drolatique qui caractérise cet opéra imaginaire, rappelant au passage certains livrets abracadabrantesques ayant marqué l’histoire de l’art lyrique. Le scénario particulièrement bien ficelé de Fred Radix, servi par une interprétation remarquable, en devient irrésistible. Aux côtés de l’auteur, Alice Noureux et Guillaume Collignon font merveille et, avec brio, mettent en valeur tous les aspects comiques et loufoques de cet opéra démentiel propulsé par une toute nouvelle « Claque » magistrale. L’on comprend alors aisément pourquoi, en regardant ce spectacle dans le spectacle si bien orchestré et joué dont ils sont en outre les participants directs, le vrai public de la Gaité soit si euphorique. Quand le divertissement est aussi réussi, subtil et surprenant, nul besoin de claque pour assurer son succès.

Philippe Escalier

Théâtre de la Gaité Montparnasse : 26, rue de la Gaité 75014 Paris – 01 43 20 60 56

Marianne James : tout est dans la voix

Fidèle à elle-même mais capable de se renouveler, Marianne James revient au Théâtre Libre pour un seule en scène musical étonnant qui vient cueillir le public pour une balade faite de surprises, d’humour et d’amour.

Disons le d’entrée, le terme « seule en scène » ne lui convient vraiment pas, tant l’artiste fait son show avec et pour nous. Immédiatement, le public est pris à bras le corps, dans une étreinte faussement sauvage mais vraiment chaleureuse, lui faisant égrener une leçon de chant façon Marianne donnée durant 1 h 30 émaillée de multiples surprises, pendant laquelle le public rit, chante et applaudit, tout cela en même temps et sans temps mort. Pour ce qui pourrait ressembler à une Histoire du chant, de la préhistoire à nos jours, elle évoque l’évolution, les cordes vocales, le corps humain, mais pas que.… Tout ce qu’elle dit est rigoureusement vrai, mais rien n’a l’air sérieux puisque tout est affirmé avec cet humour tranchant et surprenant que Marianne James affectionne. Elle se livre à des imitations irrésistibles, se confie, nous raconte des histoires et, grand moment, nous donne sa version de Guillaume Tell. Face à ces élans de générosité si touchants, le public, transformé en chorale en répétition, séduit et conquis dés les premières secondes, s’abandonne, donne tout et se livre de bon cœur à d’hilarantes vocalises. Impossible à résumer tant il est dense, ce spectacle enchanteur ô combien vivant, dans lequel nous retrouvons un subtil condensé du parcours de Marianne James, est une incarnation parfaite de ce que devrait être tout artiste : un infatigable diffuseur de bonheur !

Scène Libre : 4, bd de Strasbourg 75010 Paris du jeudi au samedi à 19 h et dimanche 15 h – 01 42 38 97 14

Texte et photo : © Philippe Escalier

« Où sont passés vos rêves », stand-up musical d’Alexandre Prévert au Lucernaire

Voir Alexandre Prévert au Lucernaire c’est être sûr de commencer avec cet artiste musicien surdoué à la sensibilité à fleur de peau une histoire d’amour digne de Barbara et de bien d’autres. « Où sont passés vos rêves » est un superbe moment à voir et à revoir !

À 25 ans, Alexandre Prevert peut se flatter d’être un Ovni de la scène, inclassable, capable de proposer un spectacle à nul autre pareil. Ce qui n’étonnera pas qui connait son parcours atypique de musicien, sportif et lettré toujours profondément curieux et sensible. Au départ, tout repose sur ses talents de pianiste chevronné, passé par le Conservatoire et son goût pour la lecture et les mots. Avec ces deux atouts majeurs devenus l’équivalent de deux langues maternelles, il nous donne à entendre un récit aux accents autobiographiques, retraçant son questionnement devant le monde assez primaire et souvent cruel qui nous entoure. L’histoire qu’Alexandre Prévert nous raconte dans « Où sont passés vos rêves », au delà des messages humanistes qu’elle véhicule, est donc forcément ponctuée de passages musicaux et d’extraits littéraires. Les premiers (dont Mozart, Chopin, Bizet, Tozzi) sont remarquables tant par la facilité insolente qui est la sienne devant le clavier que par les enchainement qu’il sait si bien opérer entre les morceaux classiques et la chanson contemporaine, permettant à chacun de s’y retrouver et se s’émerveiller. Les seconds (Molière, Baudelaire, Luther King notamment) sont emblématiques de ce qui a été écrit de meilleur pour célébrer l’homme et la liberté. Les deux alternent au cours de cette balade ayant la douceur d’un largo d’une symphonie de Dvorak, le tout en lien étroit avec le public traité avec tout le respect et l’affection que l’on doit à son confident préféré. À cette proximité avec la salle s’ajoute ce généreux partage de la scène avec, vers la fin, l’arrivée inopinée de Maëlys Robinne, artiste à la voix envoutante, venue nous interpréter, de façon très personnelle, mais particulièrement touchante, une chanson de Barbara à qui Alexandre Prévert a voulu rendre hommage.

Paris a aujourd’hui la chance d’accueillir son quatrième opus. Le Lucernaire doit être remercié pour ces inestimables petits bonheurs qu’il va pouvoir offrir à un public désireux de sortir des sentiers battus, voulant aller à la rencontre d’un artiste d’une incroyable fraîcheur, chez qui la tête et le cœur ne font qu’un, pour qui un show réussi est avant tout un beau moment d’émotion et de partage. Et qui, tel un alchimiste ou un magicien, sait si bien transformer ses accès de mélancolie en joie de vivre.

Texte et photo : Philippe Escalier

Le Lucernaire : 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 Paris

Du mardi au samedi à 21 h et dimanche à 18 h – 01 45 44 57 34

« Vieux Con » au Rond-Point : Christophe Alévêque réveille les consciences !

L’oeil toujours pétillant, la parole acérée, Christophe Alévêque avec « Vieux Con » nous propose une lecture du confinement aussi drôle que réaliste doublée d’un bilan cinglant de notre époque normative et étouffante. Il nous offre un spectacle infiniment drôle, d’une remarquable tenue, qui dynamite dans l’allégresse le monde souvent débilitant qui nous entoure.

On entend en coulisses un bébé pleurer et Christophe Alévêque se demander paternellement de quoi son petit va hériter. Ainsi débute ce spectacle qui part du personnel pour aller vers l’universel en empruntant l’autoroute du rire. Disons le d’entrée, Christophe Alévêque est le digne héritier de cette lignée d’humoristes, si peu nombreux, pour qui la dérision est une thérapie mais aussi un redoutable outil pour faire un bilan cruel des aspects absurdes, injustes et irrationnels de nos sociétés. Réussissant le défi de frapper fort avec une infinie tendresse, il nous fait partager son combat pour une liberté raisonnée, mise à mal par une forme d’intégrisme édictant l’impérieuse nécessité de nous protéger de tout, y compris du vocabulaire. À rebours, ici, les choses sont dites, n’attendez pas des circonvolutions pour éviter tous ces mots bannis au nom d’un politiquement correct devenu fou, plus censeur que protecteur. Alors évidemment, l’artiste s’insurge, s’énerve, vitupère. On lui voit même une tendance nostalgique quand il regrette ce qu’il appelle « le n’importe quoi » et ces moments joyeux où l’on pouvait s’amuser sans être corseté par une myriade d’interdictions. Sa colère tonifiante est rendue profondément humaine par l’absence totale d’envie de classer ou de mettre des étiquettes. Amoureux fou de sa liberté, Christophe Alévêque n’est pas là pour embrigader quiconque, mais pour livrer un constat ô combien lucide, ponctué par les éclats de rires et les applaudissements du public heureux de participer à ce grand débat comique. Mais encore une fois, ce rire n’est pas hors sol et il faut l’entendre résumer (un grand moment parmi tant d’autres) les diverses étapes du premier confinement et les directives qui l’accompagnaient. La démonstration est si irrésistiblement drôle (avec sa chute finale étonnante) et si factuellement exacte qu’elle pourrait convaincre bien des sociologues de se convertir au stand-up !

Christophe Alévêque ne change pas la réalité, mais le regard que l’on peut porter sur elle. Il le fait avec un humour fédérateur, omniprésent et ravageur, d’autant plus irrésistible (et essentiel) qu’au delà de l’expression d’un véritable ras-le-bol, il nous livre un magnifique et retentissant message d’amour.

Texte et photos Philippe Escalier

Théâtre du Rond-Point : 2bis avenue Franklin Delano Roosevelt, 75008 Paris 75008

Du vendredi au dimanche à 18 h 30 – 01 44 95 98 00

Félix Radu dans « Les mots s’improsent »

FELIX RADU 1 Copyright Loris RomanoLa scène des Mathurins, avec Félix Radu, permet la découverte d’un humoriste-comédien de la nouvelle génération, tout en finesse, maître dans l’art de manier le verbe et de créer du rêve.

Il arrive sur scène, dans sa tenue irréprochable, chemise ajustée, pantalon seyant et coiffure parfaite. Grand, avec des allures de jeune premier, il débute par un discours aussi contrôlé que son allure vestimentaire. Mais on sent bien qu’avec lui, il ne faut pas se fier aux apparences. D’entrée, il prend la salle à témoins et des poses d’enfant intimidé, redevient adulte et sage avant de finir par un épisode assez déjanté, le tout sans jamais cesser de nous faire rire. Étonner semble être l’un de ses sports favoris. Et en effet, avec lui, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Dont celle de voir le raffinement s’acoquiner avec la drôlerie. Son dada est de jouer avec les mots et de susciter des rires d’une grande fraicheur. À la manière d’un Raymond Devos ou d’un Stéphane de Groodt, mais avec un style qui lui est bien personnel, il jongle avec le vocabulaire pour nous faire entrer dans son univers où la poésie et la dérision ne font qu’un. Il faut le suivre, activer ses neurones, chaque mot ou presque est trituré dans tous les sens, en appelle un autre qui subit alors le même sort. Et comme les grands maîtres, actuels ou anciens auxquels il nous fait penser, son but, parfaitement atteint, est de nous raconter des histoires et de nous inviter à partager son univers dont la magie et la simplicité aurait plu à Saint-Exupéry, mobilisé pour l’occasion. On salue les trouvailles, les associations d’idées et les jeux de mots qui s’enchainent sans un instant de répit, les côtés joliment absurdes générés par une imagination débridée. Petit péché de jeunesse, le spectateur, une fois ou deux, est sur le point de se perdre dans ce foisonnement verbal ébouriffant. Mais c’est un peu la règle du jeu et l’ensemble est d’une telle tenue, d’une maitrise si remarquable que l’on reste sous le charme de son exploit réalisé à partir d’une extraordinaire faconde parfaitement ciselée. Comme s’il avait fait de longues études de l’être, pour dépeindre des personnages touchants, il appelle à la rescousse des auteurs prestigieux. Son irrésistible résumé du mythe de Sisyphe d’Albert Camus est un délice tout comme le récit imagé et fleuri de la personne qui a su, l’espace d’un instant, le séduire pour ne rien dire de sa rencontre avec un étrange professeur de musique. Félix Radu a la culture joyeuse, jamais pédante, un humour facétieux qui parle des fleurs sans jamais être ras des pâquerettes, une capacité à nous amuser, en mettant la barre haut et en bannissant toute affectation. Ce jeune belge né à Namur est un parfait ambassadeur de la langue française avec laquelle il a scellé un mariage d’amour sous l’auspice d’une tonique originalité sous laquelle se cache une part de romantisme salvateur. Mis en scène avec beaucoup de finesse par Julien Alluguette, il nous tient, plus d’une heure durant, sous le charme de son verbe enchanteur. Parce qu’approcher un talent naissant appelé à marquer durablement le monde de l’humour est un plaisir qui ne saurait se refuser, il est, qui plus est dans les temps assez rugueux que nous connaissons, fortement conseillé d’aller à sa rencontre afin de savourer son spectacle aussi exceptionnel que revigorant.

Philippe Escalier

Théâtre des Mathurins : 36, rue des Mathurins 75008 Paris
Mardi et mercredi à 19 h – 01 42 65 90 00
http://www.theatredesmathurins.com

BD-FELIX-RADU

Homme encadré sur fond blanc

© Fabienne Rappeneau 017 HDPierric Tenthorey, magicien à l’état pur

Le spectacle de Pierric, « Homme encadré sur fond blanc » au Théâtre Tristan Bernard, par sa richesse, son originalité et son humour constitue une surprise de taille. La découverte de ce jeune artiste aux multiples talents et à la personnalité déjà très affirmée est propice à un véritable moment de grâce.

Il y a des films en 3 D. L’univers de Pierric pourrait entrer dans cette catégorie, tellement, avec lui, nous abordons plusieurs dimensions. D’abord la magie qu’il maitrise au point d’avoir été sacré champion du monde en 2015. Ensuite, une belle et réjouissante poésie avec laquelle il raconte une histoire, en nous faisant oublier des techniques de haut niveau, parfaitement maîtrisées, au service d’un lot d’absurdités, de moments drôles et surprenants. Avec lui, tout est suggéré, esquissé, rien n’est jamais surligné et règne en maître cet humour gestuel, omniprésent et subtil qui plonge le spectateur, heureux de tant de légèreté, dans un perpétuel ravissement.

Avec « Homme encadré sur fond blanc », nous entamons une balade loin des sentiers battus, où le noir et blanc caractérisent tout à la fois le fond et la forme. Car cet homme en costume sombre, enfermé entre des murs clairs, nous transplante quasiment dans un de ces anciens films sans paroles et ce ne sont pas les trois mots qu’il lâche qui vont contrarier cette impression. Le récit auquel nous assistons est fait de mimiques, de contorsions savantes et de gags, il serait plus juste de parler de trouvailles, qui nous renvoient au meilleur du septième art, du temps du muet, l’on pense au raffinement d’un Buster Keaton ou à l’inventivité et à la vivacité d’un Tex Avery. Combattant des réalités changeantes quoique répétitives, qui se jouent de lui, l’homme, comme en butte à un destin facétieux, se heurte à des parois, se bat avec des portes qui refusent de le laisser sortir, s’étonne face à des poignets qui apparaissent et disparaissent comme par enchantement. Le cinéma a recours à des effets spéciaux, ici c’est tout le talent de magicien de Pierric qui est appelé à la rescousse pour nous surprendre et nous mener au bout de cette curieuse histoire bien mouvementée. Et parmi les paradoxes d’un spectacle si riche qu’il est bien difficile à cataloguer, comment ne pas applaudir l’opportunité rare et jubilatoire qui nous est donnée de nous évader en assistant à un moment tout entier centré autour de l’enfermement ?

© Fabienne Rappeneau 028 HD
Le titre, l’affiche et la symbolique de la pièce de Pierric Tenthorey renvoie à l’art pictural, (nous pardonnera-t-il de l’appeler Le Tenthorey, même s’il est plus tourné vers Magritte que vers l’artiste vénitien de la Renaissance ?) tant son univers est précis et stylisé, ce qui n’exclut nullement nombre de facéties venant pimenter son show, dont celles de son corps rebelle, redoutablement souple, manifestant des velléités d’indépendance, refusant parfois de lui obéir.
Portant un chapeau, notre artiste n’en a pas moins plusieurs casquettes : comédien, magicien, contorsionniste, mime, c’est aussi un superbe clown, jamais triste. Car avec Pierric Tenthorey, on nage dans l’étonnement, dans l’absurde mais surtout et avant tout dans le bonheur.

Philippe Escalier

Théâtre Tristan Bernard : 64, rue du Rocher 75008 Paris
Jusqu’au 30 août 2019
Du mardi au vendredi à 21 h ; samedi à 18 h et 21 h
01 45 22 08 40 – http://www.theatretristanbernard.fr

image002

CHANCE !

Vous n’imagineriez pas passer un début de soirée dans un cabinet d’avocats ? Nous non plus ! Mais celui que nous propose de visiter Hervé Devolder est musical, joyeux, dansant, plein d’entrain et d’humour. Chance !, ce délicieux spectacle, déjà joué plus de mille fois, continue à enchanter le public actuellement au Théâtre La Bruyère.DSC_4027

Tout commence un lundi matin. L’une des employées est en retard, l’autre ne pense qu’à la fête et au café, le troisième est toujours paniqué à l’idée de plaider quand arrive l’incontournable et timide nouvelle stagiaire. Débarque alors un coursier sexy qui, en scooter, assure le suivi des missives. Sans oublier, en premier de cordée, un patron au caractère bien trempé. Tout ce petit monde a pris l’habitude de jouer au loto en début de semaine. C’est alors qu’intervient la chance !

Sur cet aimable prétexte, suivi de plein de péripéties, nous entendons des paroles irrésistibles accompagnées d’une belle musique aussi simple qu’envoûtante (d’ailleurs, après la représentation, certains airs ne manqueront pas de venir vous hanter). Le but visant à charmer l’oreille et à décontracter vos zygomatiques, est totalement atteint par Hervé Devolder. Cet auteur, musicien acteur et metteur en scène fait partie de ce petit cercle d’artistes français, sachant tout faire et capables d’écrire une comédie musicale digne de ce nom, avec peu de moyens, beaucoup d’imagination et une troupe hors norme. Celle qui joue actuellement, en alternance, est trop nombreuse pour être citée, c’est bien là le seul reproche que l’on puisse lui faire. La fine fleur de nos comédiens-chanteurs, chorégraphiée par Cathy Arondel, est accompagnée par quatre super musiciens, un peu en retrait de la scène, mais néanmoins bien présents. Tous forment un parfait ensemble auquel les grincheux les plus exigeants auront bien du mal à décocher la moindre flèche !

Encenser Chance ! revient un peu à vanter les mérites d’une plage tropicale de sable fin durant une froide journée d’hiver. On s’évitera cette facilité, d’autant que la rencontre avec un public enthousiaste et fidèle prouve à elle seule la qualité de ce spectacle revenant régulièrement à l’affiche depuis des années. Avec Hervé Devolder, il fait partie intégrante de notre patrimoine musical et c’est une sacrée chance !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre La Bruyère : 5, rue La Bruyère 75009 Paris
Du jeudi au samedi à 19 h, lundi 20 h30 et dimanche à 17 h 30
01 48 74 76 99 – http://www.theatrelabruyere.com

DSC_3377DSC_3431DSC_3540

 

Un Bonheur acide !

Au fil de ses différents spectacles, Sébastien Giray s’est construit une image d’humoriste désireux de nous faire rire en nous parlant de notre quotidien. Avec son dernier opus,  Un Bonheur acide ! au Petit Gymnase, il vient traiter, en paroles et en musique, de sujets ô combien sérieux avec une bonne humeur contagieuse.

Comment parler de soi en étant pudique ? Faire rire en étant bienveillant ? Enchaîner les sketches et les chansons ? Parler de l’actu sans être lugubre ? Le spectacle de Sébastien Giray et avec lui, les rires qu’il provoque, est une machine à résoudre des contradictions dont la plus évidente réside dans l’intitulé du spectacle. L’exercice n’est pas simple. Il est plutôt réussi grâce à un mélange de sketches très politiquement correct mais touchants et d’excellents moments musicaux, autour de la défense des minorités, des animaux, avec de multiples coups de griffes bien sentis et revigorants à l’encontre des religions, des lobbies, des réseaux sociaux ou des chasseurs. En conclusion, quand l’envie lui prend de flinguer nos politiques et nos people dans un moment très réussi, assez raccord du coup avec l’actualité révoltée que nous connaissons, non sans nous avoir parlé, toujours avec beaucoup d’humour, des difficultés d’un père célibataire, nous jubilons !
L’univers de Sébastien Giray nous est d’autant plus sensible que l’on ressent, chez lui, une réelle gentillesse, nous donnant envie de suivre ce garçon désireux de jouer sur tout… sauf sur son image (regardez son affiche si vous en doutez !). À le voir heureux de partager avec son public hilare, nous ne pouvons que l’inciter à aller plus loin, à se lâcher davantage encore, tout en développant cet humour musical qui lui réussit si bien et dans lequel il est totalement vrai et percutant.

Texte et photos Philippe Escalier

Petit Gymnase : 38 boulevard Bonne Nouvelle 75010 Paris
Le lundi à 20 h jusque fin décembre 2018 – 01 42 46 79 79DSC_3021DSC_2470Capture d_écran 2018-12-06 à 15.32.24DSC_3056DSC_2722DSC_3016

 

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑