Huckleberry Finn, le musical

Philippe_Escalier_DSC_1547 copieEn adaptant l’un des plus grands romans de la littérature américaine, le Théâtre de la Huchette, entourée d’une équipe de choc, démontre une nouvelle fois sa capacité à nous surprendre et à nous éblouir.

Huit ans après Les Aventures de Tom Sayer, Marc Twain publie ce qui sera le second pilier majeur de son œuvre, inspiré pour partie de sa propre expérience de pilote de bateau à vapeur du Mississippi, Les Aventures de Huckleberry Finn. Dans cette descente du grand fleuve américain, un jeune garçon maltraité par son père et un esclave noir sont en fuite sur un radeau de fortune et ce, en plein milieu du XIXème. L’occasion pour le premier de vivre un grand voyage initiatique, pour le second de tenter d’échapper à sa condition. Les thèmes de l’émancipation, de l’indicible bêtise du racisme et de la férocité qui l’accompagne, sont traités à travers une belle histoire d’amitié ponctuée de nombreux rebondissements et de rencontres multiples au cours desquels leur vie sera mise en danger. En d’autres termes, si l’aventure est bien présente, ce n’est pas au détriment d’une réflexion profonde sur l’injustice établie au cœur des société, en particulier la société américaine et l’éternel combat pour le respect de la dignité humaine, si souvent menacée.

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L’adaptation d’un roman épique est une vraie gageure, plus encore sous sa forme musicale et sur une scène aux dimensions aussi intimistes que celle du théâtre de la Huchette. Le réussite du spectacle tient à l’alignement de quatre planètes. D’une part une mise en scène de Hélène Cohen, aussi inventive que possible, usant de tous les stratagèmes et de toutes les finesses pour incarner le roman, nous transporter dans l’espace et dans le temps, avec une mise en abyme particulièrement subtile à travers un mini théâtre de marionnettes en arrière fond. Ensuite une superbe partition musicale signée Didier Bailly ponctuant de façon très originale et sur de superbes thèmes, le récit, permettant ainsi au talent de parolier d’Eric Chantelauze, qui n’est plus à démontrer, de s’exprimer pleinement. Last but not least, les trois comédiens sont magnifiques : Morgane L’Hostis étonnante, donnant son allure un peu androgyne au jeune héros, Joël O’Cangha, donne à l’esclave sa dimension juste et sensible et Joël O’Cangha est truculent (Maître de cérémonie et autres apparitions). Tous méritent un flot de louanges pour la qualité de leur interprétation et les exploits (joués et chantés) qu’ils réalisent sur scène.
L’occasion d’aller revisiter le roman de Mark Twain et de constater de visu les miracles que peut réaliser le spectacle vivant quand l’imagination et les talents sont au rendez-vous est trop belle pour que nous la laissions passer.

Texte et photos Philippe Escalier

Théâtre de la Huchette : 23, rue de La Huchette,  75005 Paris
Du mardi au vendredi à 21 h et samedi à 16 h et 21 h
01 43 26 38 99 – http://www.theatre-huchette.com

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The importance of being earnest

DSC_8131De ce vaudeville génial et plein de panache comme Oscar Wilde savait si bien en écrire, Gérald Barry a fait un opéra-comique contemporain, sublimé par la mise en scène colorée et délicieusement exubérante de Julien Chavaz à l’Athénée théâtre Louis Jouvet.

« Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéïenne », le triste adage romain n’a jamais paru plus adapté qu’en 1895 quand Oscar Wilde triomphe avec ses deux dernières pièces, « De l’importance d’être constant » et « Un Mari idéal » , immédiatement suivies par une déchéance complète née d’un procès pour atteinte aux bonnes mœurs qui le condamne à deux terribles années de travaux forcés. Avant cette déchéance, son verbe et son goût pour l’aphorisme saillant l’avaient propulsé à un degré de gloire rarement atteint, lui permettant de décrire avec un esprit mordant ces classes supérieures qui vont pourtant l’encenser, avant de le vouer aux gémonies. Et l’on retrouve ses thèmes de prédilection, l’hypocrisie de la bonne société, une frivolité cultivée comme un art de vivre et les inénarrables rapports homme-femme dans « De l’importance d’être Constant », ce vaudeville où deux jeunes hommes s’inventent chacun un alter ego pour échapper à leurs obligations mondaines, avant de payer le prix de leur stratagème.
C’est principalement une commande du Philharmonique de Los Angeles et de son chef, Gustavo Dudamel qui entraine le compositeur irlandais Gerald Barry à composer la musique de cet opéra dont la pièce d’Oscar Wilde sert de livret…

La suite de cet article sur le site d’Un fauteuil pour l’orchestre :

The importance of being earnest, opéra-comique de Gérald Barry, d’après Oscar Wilde, mise en scène de Julien Chavaz à l’Athénée théâtre Louis Jouvet

Du 16 au 24 mai 2019
Mercredi, jeudi, vendredi à 20 h
1h 40
L’Athénée, théâtre Louis Jouvet
Square de l’Opéra Louis-Jouvet
7 rue Boudreau 75009 Paris
01 53 05 19 19
http://www.athenee-theatre.com

Lili Cros et Thierry Chazelle font l’Olympia

© Philippe_Escalier_DSC_5689 copieAprès dix années de scène, ces deux magiciens de la chanson ont imprimé leur marque et créé un magnifique univers. Ils vont fêter une décennie de concerts à l’Olympia le 18 mai 2019 et offrir, pour l’occasion, le meilleur d’un répertoire à la fois poétique, facétieux et pour tout dire, unique !

Pour eux, tout a commencé en 2008. En pleine introspection, ils décident de prendre leurs guitares et de casser leur tirelire pour aller participer au festival de la chanson de Tadoussac, au Québec. Bien leur en a pris ! Le succès est immédiat, ce qui n’étonne nullement l’auteur de ces lignes qui lui, les a découvert, bien plus tard, les yeux émerveillés et les oreilles réjouies, sur la scène du théâtre des Quartiers d’Ivry. Parmi leurs innombrables qualités artistiques, la première chose évidente est qu’avec un naturel et une simplicité touchantes, leur permettant ce contact si proche et si fort qu’ils ont avec le public, ils nous offrent un vrai spectacle, d’une incroyable densité, multipliant les surprises, les trouvailles scéniques et les textes les plus originaux et les plus variés.
Leur répertoire, aux multiples sources d’inspiration, va notamment vous inviter à la désopilante visite d’un sex-shop, vous présenter le concept jubilatoire, aussi moderne qu’absurde, de la chanson française… en anglais, avant de vous embarquer dans un irrésistible moment d’amour, non sans vous avoir auparavant donné tous les conseils pour éviter ce désastre : la rencontre avec l’âme sœur ! Entre temps, Lili, qui vocalise avec une aisance redoutable, vous aura dévoilé sa passion ravageuse pour un certain Clint Eastwood. Les thèmes choisis sont mis en relief grâce à leur façon si particulière et si poignante de les traiter, tant sur le plan musical que littéraire, ce dernier qualificatif étant parfaitement adapté à la qualité de leurs écrits. À chaque note, à chaque chanson, sans effort, avec légèreté, nos deux artisans de grand talent marquent de leur patte authentique et sensible ce spectacle chanté et dansé qui nous emporte. Chacune de leur interprétation nous plonge dans une atmosphère différente, nous donnant l’impression d’assister à une série de clips captivants, tant l’inventivité est forte, tant ils parviennent avec justesse à incarner leurs mots superbes et généreux, épaulés en cela par les idées de mise en scène de Fred Radix et François Pilon « Clown Vulcano ». Les deux compères, en parfaite harmonie avec le couple, font merveille. Comme si cela ne suffisait pas au bonheur ambiant, notre duo a un humour qui ne laisse rien passer, dévoilant un regard aigu sur notre quotidien, mais toujours avec une infinie tendresse. Dans la vingtaine de chansons que comporte leur répertoire actuel, avec beaucoup de modestie et de douceur, ils nous offrent un peu de leur vision du monde et elle fait plaisir à entendre. N’en doutez surtout pas, avec eux, le quotidien, qu’il soit rose ou gris, prend des allures extraordinaires !
Lili Cros et Thierry Chazelle ont déjà décroché de nombreuses récompenses, ils n’attendent plus aujourd’hui que cette consécration : votre visite à l’Olympia. Avec eux et en chansons, vous ferez un voyage dont vous garderez longtemps le souvenir émerveillé!

Texte et photos Philippe Escalier
L’Olympia : 28, boulevard des Capucines 75009 Paris
Samedi 18 mai 2019 à 20 h
http://www.olympiahall.com – 0 892 68 33 68

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Roméo et Juliette

Thomas Willaime (Roméo) et Manon Montel (Juliette) copyright Pierre Colletti_rdcThéâtrale et musicale, l’adaptation réussie signée par Manon Montel au Lucernaire parvient à concentrer en une heure vingt « Roméo et Juliette » en gardant intactes la beauté et la force de l’œuvre, grâce notamment à une superbe distribution.

S’il fallait résumer en deux mots le travail de Manon Montel, deux adjectifs viendraient tout de suite à l’esprit : fidélité et originalité. Si le respect de la pièce est absolu et donne à voir ou à découvrir le drame sans qu’il n’y manque rien d’important, l’originalité est bien présente : avec une bonne dose d’inventivité, elle nous permet de nous replonger, dans la Vérone des deux célèbres amants. Tout est fait pour que nous retrouvions le tourbillon incessant, la poésie et la trivialité, la joie et le drame qui marquent la pièce de William Shakespeare dont la notoriété nous épargne tout résumé. L’on s’amusera, néanmoins, à dénicher dans la richesse de ce texte foisonnant, cette citation intemporelle et cruellement lucide : « L’amour des jeunes gens n’est pas vraiment dans le cœur, il n’est que dans les yeux ». Très jeunes gens en effet puisque Juliette est censée n’avoir que quatorze ans (!) et que Roméo ne fait pas trop de difficultés pour changer de passion, un peu comme de chemise : l’un des drames les plus terribles du répertoire est donc bien, avant tout, une histoire d’adolescents !

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Mais revenons sur l’exploit de Manon Montel qui réside dans le fait de créer un moment de théâtre à part, adaptant sans trahir, restituant la substantifique moelle, en restant, si l’on ose dire, toujours dans la ligne éditoriale ! L’esprit de l’œuvre étant plus que jamais présent ici, on notera le choix ô combien judicieux, pour toujours aller à l’essentiel, de jouer sans décors ni fioritures. Afin de pallier à cette frugalité (permettant au jeu des acteurs de s’épanouir), la metteure en scène a fait appel à un soutien musical de premier ordre, donnant tout son sel à cette création. Samuel Sené, chef d’orchestre et compositeur ayant montré combien il était aussi homme de théâtre avec notamment « Un Chant de Noël » ou « Comédiens ! », a créé pour violoncelle, accordéon, guitare et voix, une superbe partition venant généreusement supporter le récit et nourrir les moments chorégraphiés. Ne restait plus alors pour apprécier cette belle architecture, qu’une troupe au diapason. C’est bien ce que nous avons avec les six comédiens qui occupent le plateau. Claire Faurot, en plus d’accordéoniste, est une nourrice parfaite, chantant et donnant les noms d’animaux les plus doux à sa Juliette qu’incarne avec conviction Manon Montel. Xavier Berlioz montre d’entrée qu’il peut remplacer avantageusement le chœur et surtout, incarne Frère Laurent avec une exceptionnelle vérité. Thomas Willaime est un fougueux et séduisant Roméo, ami, à la vie à la mort de Mercutio, solaire et vibrant Léo Paget maniant aussi bien le verbe que la guitare, ennemi du seul Tybalt, provocant, incisif, le très brun et ténébreux Jean-Baptiste Des Boscs aussi convaincant au poignard qu’à l’archet… de son violoncelle. Tous nous donnent tant de plaisir dans ce moment unique que l’on ne peut, à aucun moment, regretter cette adaptation raccourcie, dont acteurs comme spectateurs sortent grandis !

Texte et photos : Philippe Escalier – Photo de une : Pierre Colletti

Lucernaire, 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 Paris
Jusqu’au 1er juin 2019, du mardi au samedi à 20 h et dimanche à 17 h
01 45 44 57 34 – http://www.lucernaire.fr

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Jeanne Plante est chafouin

DSC_0267Chanteuse, danseuse et actrice, accompagnée par trois musiciens, Jeanne Plante se révèle maîtresse dans l’art de donner plaisirs et émotions à son public. Elle nous offre, tiré de son dernier album, un spectacle musical plein de folie, attachant et drôle, à découvrir à Paris comme en régions.

Son thème principal, c’est l’amour. Pas n’importe lequel. Pour Jeanne Plante, rendue chafouin par cette vie où rien ne se passe comme elle le voudrait, les sentiments sont vrais, forts et ils décoiffent. Et il ne faut pas compter sur elle pour jouer la fille énamourée : ceux qui espèrent Juliette, éperdue, attendant Roméo sur son balcon, passeront leur tour. Avec elle, l’amour est physique. Mais toujours poétique et ludique, dans ce mélange détonnant qui apporte à tous ses textes une beauté originale, rehaussée par les aspects burlesques et baroques d’une mise en scène bien pensée, signée Patrice Thibaud. Qu’elle reprenne un texte de Vincent Rocca « La Bouillabaise » ou qu’elle proclame bien fort, « je jouis et ça fait du bruit », l’humour est son antidote, elle nous parle de la vie, sans manières ni besoin de choquer, en évoquant des états d’âmes parfois mélancoliques mais empreints d’une générosité salvatrice. Difficile de ne pas voir que son cœur est aussi grand que son imagination. Même lorsqu’elle égratigne dans une délicieuse et irrésistible chanson, « La chieuse des vacances ». Pour ses surprenantes et trépidantes romances, au style direct et imagé, elle est accompagnée par trois musiciens, Jérémie Pontier au synthé, Jacques Tellitocci, faisant de la musique avec tout, y compris des casseroles et Philippe Desbois aux cordes. Les trois complices s’en donnent à cœur joie et, en particulier les deux premiers, sont autant accompagnateurs qu’acteurs. L’on assiste donc à un choc musical de personnalités hautes en couleurs. Jeanne arrive sur scène costumée comme une Du Barry punk et finit en collants, façon Zizi Jeanmaire, jouant tout du long avec un art de la comédie, qui fait certes partie de sa formation, mais qu’il est rare de trouver chez une chanteuse. Si elle est capable de tout jouer, c’est sans jamais tricher et son authenticité lui permet de créer cet univers unique dans lequel le spectateur se sent comme dans un cocon, qui, loin de le rendre chafouin, va lui donner la pêche pour un long moment.

Texte et photos : Philippe Escalier

6 avril 2019 à SOTTEVILLE LES ROUENS (76)
19 avril 209 à ANNEMASSE (74)
27 avril 2019 à PORNICHET (44)
10 mai 209 à LUXEY (40)
27 mai 2019 à MEZIDON (14)DSC_0316DSC_0340DSC_0428DSC_0286

La Framboise frivole fête son centenaire

Après des années passées à nous fait rire en musique, La Framboise frivole a démontré qu’elle savait se renouveler, garder la même énergie, une virtuosité intacte et un sens de la dérision inoxydable dont les grands compositeurs et les tubes de la chanson font les frais ! DSC_0464 Trois décennies de métier font-elles un centenaire ? Restons circonspect, la Framboise frivole mélangeant tout, les chiffres comme les notes. Car c’est bien à un ouragan musical auquel nous sommes conviés au théâtre Fontaine. Ses changements de registre se font sur le mode des boites de vitesses des grosses cylindrées : c’est instantanée et fulgurant ! D’ailleurs, les associations musicales proposées sont tellement riches que l’on pourrait penser à ces géniaux travaux de variation auxquels nombre de grands musiciens classiques nous ont habitués. Partir d’un thème et broder. En musique bien sur, mais en nous racontant une histoire. Forcément délirante. Nos amis Belges démarrent, cette fois, sur le récit du mariage royal de leur souverain actuel, avant de bifurquer, sans prévenir, sur Léonard de Vinci et ses inventions. Les meilleurs musiques, allègrement déformées et transformées, sont convoquées pour servir de support à ce récit, comique plus qu’historique, nourri d’une nuée de calembours toujours surprenants et souvent efficaces. Peter Hens n’a pas son pareil pour mélanger délire, rire et virtuosité. Avec lui, le spectateur retombe presque en enfance, tout prêt à écouter une histoire pleine de fantaisie et son ébouriffante transcription musicale, baignée dans un jeu savant de lumière dont il convient de souligner l’efficacité. En duo avec son complice, l’excellent pianiste Bart Van Caenegem, il nous offre les mix les plus savoureux. L’on commence avec Carl Orff et ses « Carmina Burana », l’on enchaîne avec les mélodies martiales de Gustav Holst en passant par Queen ou Jacques Brel, pour n’en citer que quelques-uns. L’ensemble servant de base à toutes les folies que vous allez entendre et les facéties auxquelles vous allez assister. La Framboise, avec frivolité et témérité, mais sans jamais démériter, nous démontre que l’on peut aimer les musiques les plus variées, qui toutes, de Haendel à Dalida, se marient avec bonheur et dans une inaltérable bonne humeur. Alors, ne résistez pas à cette invitation musicale : elle aura le grand mérite de vous réjouir et de vous faire changer d’air !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre fontaine : 10, rue Pierre Fontaine 75009 Paris
Du jeudi au samedi à 19 h sauf le samedi 30 mars à 20 h 30
01 48 74 74 40 – http://www.theatrefontaine.com

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CHANCE !

Vous n’imagineriez pas passer un début de soirée dans un cabinet d’avocats ? Nous non plus ! Mais celui que nous propose de visiter Hervé Devolder est musical, joyeux, dansant, plein d’entrain et d’humour. Chance !, ce délicieux spectacle, déjà joué plus de mille fois, continue à enchanter le public actuellement au Théâtre La Bruyère.DSC_4027

Tout commence un lundi matin. L’une des employées est en retard, l’autre ne pense qu’à la fête et au café, le troisième est toujours paniqué à l’idée de plaider quand arrive l’incontournable et timide nouvelle stagiaire. Débarque alors un coursier sexy qui, en scooter, assure le suivi des missives. Sans oublier, en premier de cordée, un patron au caractère bien trempé. Tout ce petit monde a pris l’habitude de jouer au loto en début de semaine. C’est alors qu’intervient la chance !

Sur cet aimable prétexte, suivi de plein de péripéties, nous entendons des paroles irrésistibles accompagnées d’une belle musique aussi simple qu’envoûtante (d’ailleurs, après la représentation, certains airs ne manqueront pas de venir vous hanter). Le but visant à charmer l’oreille et à décontracter vos zygomatiques, est totalement atteint par Hervé Devolder. Cet auteur, musicien acteur et metteur en scène fait partie de ce petit cercle d’artistes français, sachant tout faire et capables d’écrire une comédie musicale digne de ce nom, avec peu de moyens, beaucoup d’imagination et une troupe hors norme. Celle qui joue actuellement, en alternance, est trop nombreuse pour être citée, c’est bien là le seul reproche que l’on puisse lui faire. La fine fleur de nos comédiens-chanteurs, chorégraphiée par Cathy Arondel, est accompagnée par quatre super musiciens, un peu en retrait de la scène, mais néanmoins bien présents. Tous forment un parfait ensemble auquel les grincheux les plus exigeants auront bien du mal à décocher la moindre flèche !

Encenser Chance ! revient un peu à vanter les mérites d’une plage tropicale de sable fin durant une froide journée d’hiver. On s’évitera cette facilité, d’autant que la rencontre avec un public enthousiaste et fidèle prouve à elle seule la qualité de ce spectacle revenant régulièrement à l’affiche depuis des années. Avec Hervé Devolder, il fait partie intégrante de notre patrimoine musical et c’est une sacrée chance !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre La Bruyère : 5, rue La Bruyère 75009 Paris
Du jeudi au samedi à 19 h, lundi 20 h30 et dimanche à 17 h 30
01 48 74 76 99 – http://www.theatrelabruyere.com

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Barber Shop Quartet dans « Chapitre IV »

Voix au Chapitre

À eux quatre, ils remplacent toute une chorale. Irrésistiblement drôles et excellents acteurs, les membres du Barber Shop Quartet ont construit comme un film à épisodes ce dernier spectacle, véritable petit bijou musical et vocal, installé pour quelques semaines au théâtre Essaïon.

Chapitre IV comme son numéro l’indique est la quatrième opus du Barber Shop Quartet. Autant dire, si on les découvre seulement maintenant, à quel point l’on se sent frustrés (très frustrés) de ne pas avoir vus et entendus leurs précédentes créations. L’humour est fin (très fin), les voix sont belles (très belles), les idées originales (très originales). Dés leur arrivée sur scène, le spectateur est pris dans un mouvement mélodieux, d’une incroyable douceur, plein de facéties et l’on sait que l’on ne va plus les lâcher avant la toute dernière note. Ce quatuor chante des morceaux de sa propre composition mais le plus souvent reprend, à sa façon, des tubes de la chanson ou de la musique classique pour y plaquer leur propres paroles. Si le procédé est souvent usité, le résultat est lui, tout à fait désopilant au point de donner à l’ensemble, une place à part et de choix dans l’univers du spectacle musical. Avec eux, tout est sujet à étonnement. L’histoire drôle à la manière de la Reine de la nuit (avec la magnifique voix de soprano de Marie-Cécile Robin Héraud) est proprement irrésistible. Le récit de l’invention du tire-bouchon est tordant (avec les incroyables bruitages de la basse Xavier Vilsek), le poème du hérisson, à la chute fatale, laisse le public sans voix mais non sans rires ! Dieu est appelé à la rescousse (il fait une apparition !), la vache devient tout à trac une star et Claude François comme Ravel sont de la partie. France Turjman (alto) et Bruno Buijtenhuijs (ténor et non moins guitariste) complètent l’ensemble et apportent leur pierre à cet univers musical, gentiment mais surement déjanté. Pour arriver à un tel point d’harmonie et d’excellence, personne ne sera étonné d’apprendre que ces quatre magiciens de la voix (et du texte) travaillent chaque spectacle pendant plusieurs années. Ils le font pour notre plus grand bonheur et les bravos qui résonnent à l’Essaïon sont aussi mérités que le « Merci ! » qu’ils voudront bien trouver ici !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre Essaïon : 6, rue Pierre au Lard 75004 Paris
Le mardi à 19 h 45
01 42 78 46 42 – http://www.essaion.com

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Un Chant de Noël

Le très attachant « Chant de Noël » de Charles Dickens nous est offert sous une forme musicale à l’Artistic Théâtre. Cette histoire à la moralité touchante, tourne au conte de fées, laissant enfants et adultes sur un nuage !

L’avare imaginé par Charles Dickens est, pour les Anglo-Saxons, aussi célèbre que notre Harpagon national. Ebenezer Scrooge puisqu’il s’agit de lui, marquera si bien les esprits qu’il donnera naissance, quelques décennies plus tard, au fameux Oncle Picsou
Quel magnifique repoussoir ! Grand vieillard au cœur sec, Ebenezer Scrooge a tout sacrifié sur l’autel de la fortune. Il accumule deux choses : les espèces sonnantes et trébuchantes et les tares. Et il ne faudrait pas compter sur Noël pour l’attendrir. Pour chasser le naturel, rien de tel que le surnaturel ! L’apparition d’un esprit, (incarnation de sa conscience enfin réveillée), et sa joyeuse et terrifiante cohorte d’acolytes, va parvenir à l’ébranler en usant d’une imparable méthode : lui proposer un retour vers le futur et lui laisser entrevoir la fin de sa vie. Mis en face d’une terrible réalité, sa mort solitaire et misérable, Ebenezer Scrooge va enfin laisser parler les bons sentiments qu’il a trop longtemps étouffés. En sauvant le jeune enfant malade de son employé, que la pauvreté, conséquence directe de sa pingrerie, a condamné.

Talents êtes-vous là ? La réponse est assurément oui ! La réussite est au rendez-vous grâce d’abord à l’association d’un trio de choc : Éric Chantelauze au livret (bien épaulé par Julien Mouchel et Vincent Merval), Samuel Sené à la mise en scène, et excusez du peu, Michel Frantz à la musique. Tous secondés par l’ingéniosité d’Harold Simon à la création vidéo et les chorégraphies inspirées voire endiablées d’Amélie Foubert.
C’est aussi le résultat d’une distribution irréprochable. Vincent Morisse, dans le rôle principal, Julie Costanza en esprit espiègle et déterminé, June Van der Esch, Inès Amoura et enfin, trois rôles masculins admirablement tenus par Régis Olivier, Mehdi Vigier et Julien Ratel. On ne peut que s’incliner et applaudir l’homogénéité d’une troupe toujours au diapason et parfaitement convaincante.


La qualité de ce spectacle, dont le côté vivant est accentué par la présence de quatre musiciens sur scène, lui permet d’être vu par un public de tous âges, y compris les très petits. Pour les plus grands, le happy end et le côté joyeux et léger du spectacle auquel personne ne résistera, ne les empêchera pas d’être interpelés par la dimension sociale et morale, inhérente à toute l’œuvre du grand Dickens. Autant de raisons de se laisser aller, et avec quel plaisir, aux songes de cette nuit d’hiver !

Texte et photos : Philippe Escalier, tous droits réservés

Artistic Théâtre : 45 bis, rue Richard Lenoir 75011 Paris
Samedi à 18 h, dimanche à 11 h, mercredi à 14 h ; Durant les vacances, jeudi et vendredi à 14 h – 01 43 56 38 32

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Lire la suite « Un Chant de Noël »

Les Sourds-Doués : « Sur un malentendu »

Les Sourds-Doués sont quatre instrumentistes classiques venus nous proposer un voyage à travers un pot-pourri de musiques prétexte à facéties, le tout dans un bel univers de finesse et de poésie. L’on accroche !

Ils ont pour point commun d’avoir fait les meilleures conservatoires, d’être virtuoses d’un instrument à vent et de vouloir faire vivre la musique, toutes les musiques, avec une bonne dose d’humour. Musiciens, acteurs, capables de jouer les magiciens, ils ont su créer un univers un peu déjanté, rappelant celui des grands films muets, ceux là mêmes où l’on n’entendait aucune parole, où l’accompagnement musical venait se juxtaposer à l’interprétation. Dans « Sur un malentendu », chacun d’eux campe un personnage, joue un rôle et une partition pour nous faire participer à une histoire toute en sensibilité et en drôlerie. Le public adhère dès les premières notes, s’amuse et applaudit tout en reconnaissant, avec une certaine délectation, les morceaux interprétés. Musique classique, jazz, tubes de la chanson ou musique de films, notre quatuor a choisi l’éclectisme. Le mariage entre le son et le l’humour est parfaitement réussi. Aucune fausse note, rien n’est pesant, on nage dans un univers léger et subtil, saupoudré par une pincée de folie rendant l’ensemble irrésistible. Le spectateur se laisse entrainer de bonne grâce dans ces épisodes pleins de fantaisie. En chemises noires et cravates oranges, Adrien Besse, Pierre Pichaud, Nicolas Josa, François Pascal, auxquels vient s’adjoindre, en alternance, Colin Peigné, nous offrent un moment musical d’une grande pureté et nous font rire sans jamais se départir d’une touchante élégance. Leur interprétation, portée par la mise en scène subtile de Pierre Cachia, visiblement à l’unisson avec ses quatre musiciens désopilants, ne laisse prise au moindre bémol critique. Quand la musique et le spectacle se rejoignent dans un moment aussi joyeux et enchanteur, il ne nous reste plus qu’à savourer et à dire bravo en réclamant un bis !

Texte et photos : Philippe Escalier, tous droits réservés

Théâtre Trévise : 14, rue Trévise 75009 Paris
Tous les lundis à 19 h 30

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