ALEX RAMIRES

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Sensiblement Viril

Alex Ramirès apparait sur scène le visage caché derrière l’une de ses photos. Pourtant, il a décidé de ne pas tricher et a choisi de nous parler de lui. D’entrée de jeu, il annonce la couleur : il est homosexuel. Son portait, il le brosse avec autant d’humour que de subtilité, à partir du contre-exemple : il est tout sauf ce que les caricatures voudraient qu’il soit. Et surtout, il est formidablement bien dans ses baskets. En quelques secondes, nous plongeons dans son monde, où la lucidité est exempte de cruauté, où la générosité d’esprit exclut toute forme de nombrilisme. L’on rit de beaucoup de choses, des salles de gym et du culte du physique, des hétéros et de leurs enfants (un grand moment !), de la vie de couple des homos (et de leurs chiens) et du vertige de la routine (cette maladie frappant sans distinction avec le temps), avec la belle métaphore du bain et de la douche. C’est acéré, mordant, jamais méchant, bref, c’est diablement élégant. On pourrait rester là des heures à l’écouter. Sur la fin, notre artiste, qui est aussi une bête de scène, se paie le luxe de casser les successions ininterrompues de rires qui secouent la salle pour offrir un moment à part, avec la mise en scène d’un personnage, Tatie Martini, (fort gratinée il faut le dire) entourée d’enfants. Un court épisode, quasi théâtral, d’où émergent intensité et gravité, tourné vers ceux que la vie a malmené. Trop captivé pour décrocher, son public continue à boire ses paroles avant de lui offrir une belle ovation. Au delà de l’heure trente de bonheur qu’Alex Ramirès nous sert sur un plateau, nous avons adoré la définition de l’humour qui est la sienne : de la distance, de la finesse, enrobées d’une bonne dose de poésie. C’est du bonheur et l’on valide ! Après cette joyeuse bouffée d’oxygène, ne reste plus qu’à redescendre sur terre, les batteries rechargées à fond !

Comédie des Boulevards : 39 , rue du Sentier 75002 Paris
Tous les mercredis à 20 h – 01 42 36 85 24 – http://www.alexramires.com

Texte et photos : Philippe Escalier

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Gérémy Crédeville : Parfait (et encore, je suis modeste)

Vue avec un peu d’humour, l’affiche de son spectacle semble dire au moins deux choses : c’est un show qui décoiffe et Gérémy Crédeville aime les belles plantes ! Il se trouve que sur scène, on découvre bien d’autres choses, dont un texte parfaitement écrit avec une plume vive et acérée, trempée dans le double encrier de la férocité, (il y va franco le bougre mais en évitant piège de la vulgarité tant lequel tant sont tombés !) et de la tendresse (autodérision et d’absence d’autosatisfaction à la clé !). Car Gérémy Crédeville a l’art, tout en alignant des saillies toujours d’une grande drôlerie, de nous mettre dans sa poche et de faire de nous les compagnons de ses délires auxquels je vous mets au défi de résister. Ces thèmes sont nouveaux ? Non, d’ailleurs, qu’est ce que l’humour sinon une façon différente de voir les mêmes choses. Mais ce qui fait tout le sel de son spectacle, c’est sa façon d’être, à la fois tendre et caustique (mais jamais ni trop l’un ni trop l’autre), infernal et raisonné, de jouer sur son physique, sans une seconde se prendre au sérieux. Et d’être formidablement drôle, ce qui est le minimum syndical pour un humoriste mais parfois loin d’être évident ! Gérémy Crédeville nous laisser voir le monde avec ses propres lunettes (et ce monde devient tout d’un coup bien plus joyeux), ne nous parle pas d’actualité ou de politique ni ne cherche à nous expliquer la vie (c’est reposant ! ). Bref, il nous donne une féroce envie de revenir l’applaudir. Cela tombe bien, car si vous voulez m’en croire, nous n’en avons pas fini avec lui. Et c’est tant mieux !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre du Marais : 37, rue Volta 75003 Paris
Jeudi, vendredi, samedi à 20 h – 01 71 73 97 83
http://www.theatredumarais.fr

Gérémy CrédevilleDSC_7513DSC_7536

Grâce aux studios Disney, le roman de Rudyard Kipling est devenu mondialement célèbre. La troupe réunie par le metteur en scène Ned Grujic au théâtre des Variétés nous donne à en voir une adaptation musicale réussie.
Il fallait séduire enfants et adultes. Le pari est gagné grâce à une lecture duale de ce spectacle que l’on peut résumer ainsi : un livret plein d’humour (les jeux de mots foisonnent) aux multiples allusions, notamment à l’écologie, propres à réjouir les adultes et des chorégraphies et des scènes de combats faisant la joie des plus petits. Énergie oblige, il convenait de simplifier un peu l’intrigue originelle pour boucler un spectacle en une heure vingt. Tout le monde y gagne, surtout les enfants qui, du coup, vivent pleinement les nombreuses scènes animées, et ce, vous le verrez, de façon touchante. On saluera au passage les très beaux costumes de Corinne Rossi et les chorégraphies de Julia Ledl. Dans de telles conditions, la troupe a toute latitude pour laisser son talent s’exprimer. Tom Almodar est un Mowgli juvénile et convaincant, protégé par une Bagheera interprétée avec beaucoup de classe par Terja Diava. Sébastien Duchange se glisse avec aisance dans la peau d’un Baloo fort amical, forcément plus que le Shere Khan de Cédric Revollon tout en finesse et le très retors Kaa qu’Antoine Lelandais (qui joue aussi le Roi Louis) transforme, avec brio, en grand manipulateur. Autour d’eux, trois excellents chanteurs, danseurs, comédiens qui, tantôt loups, vautours, singes ou éléphants, complètent parfaitement la distribution (Lorna Roudil, Adrian Conquet et Max Carpentier).
Si l’on ajoute une musique pleine d’entrain fort agréable à entendre, signée Raphaël Sanchez, l’on ne s’étonnera pas que le public, jeune ou moins jeune, sorte ravi d’une comédie musicale qui va faire l’unanimité !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre des Variétés : 7, boulevard Montmartre 75002 Paris
Samedi et dimanche à 14 h
Durant les vacances scolaires : tous les jours à 14 h, y compris le lundi – 01 42 33 09 92 – http://www.theatredesvarietes.fr

 

 

VINCENT C

Si vous aimez les magiciens, c’est le spectacle qu’il faut voir. Si vous n’aimez pas les magiciens et leur côté un peu formaté, c’est aussi le spectacle qu’il faut voir ! Vincent C a une façon bien à lui de présenter sa discipline (lui qui est pourtant fort indiscipliné !) passant par le gag, par un sens aigu de la dérision, par les clowneries (pour rester poli) et le rire. Sa présentation des numéros les plus étonnants se fait par le biais d’une mise scène délirante, avec une énorme déco faite de bric et de broc, des numéros parfois un peu trash (et pourtant j’ai aimé, c’est dire s’il est bon !). Sa façon d’inclure le public dans tout ce qu’il fait est juste magique ! Son spectacle ressemble à un show fait devant une bande de copains et pourtant sa maîtrise de son art reste bluffante. Il nous donne le meilleur de la magie tout en désacralisant, avec quel humour et quelle force, un domaine resté parfois trop compassé. Redécouvrir que l’on peut rire à gorge déployée dans un spectacle de magie digne de ce nom est l’un des exploits de cet artiste venu du Quebec, avec ce petit accent charmant que nous aimons tous. Donnons, pour finir, un coup de chapeau à cet adepte de la casquette et finissons en écrivant : Vincent C le meilleur !

Philippe Escalier
Apollo Théâtre : 18, rue du faubourg du Temple 75011 Paris
Du mercredi au samedi à 21 h 30 – 01 43 38 23 26

« The Great Gatsby » de Dwight Rhoden

Ce ballet, d’une formidable énergie, avec une chorégraphie d’une grande richesse, à la fois classique et moderne, mais pouvant aussi, par moments, rappeler le brio des meilleures revues de Broadway, s’est installé pour trois jours dans la belle salle des Folies Bergére. « The Great Gatsby » qui fait actuellement une tournée européenne, est dansé par une troupe de danseurs russes et américains étonnants dont Denis Matvienko (Etoile du Mariinsky Ballet) Clifford Williams Ivan Zhuravlev Ekaterina Alaeva, Ekaterina Kalchenko, Stanislav Skrinnik, Olga Grishenkova. Le tout sur une musique originale de Konstatin Meladze et J. Shepeta.DSC_6349bDSC_6349cDSC_6383DSC_6393DSC_6460DSC_6473DSC_6492

Jean Moulin, Evangile

Aborder la vie de Jean Moulin, et principalement ses trois dernières années, est le défi auquel s’est attelé Jean-Marie Besset. Un texte subtil et limpide, une superbe troupe et un metteur en scène très inspiré (Régis de Martrin-Donos) permettent de voir un spectacle d’une force et d’une originalité rares.
Si l’auteur a qualifié l’œuvre de fiction historique, on en retiendra d’abord la vision acérée sur les années noires d’Occupation et on ne pourra que conseiller la pièce à des professeurs d’Histoire soucieux de sensibiliser leurs élèves à cette période si fondamentale, pendant laquelle l’humanité fut remise en question.
Tout commence en juin 1940. Aux mains des Allemands, le Préfet Moulin préfère le suicide au déshonneur (Arnaud Denis interprète le rôle titre avec la force et la conviction du grand acteur qu’il est déjà). La tentative échoue et l’homme qui a la France chevillée au corps va décider de se battre (à un moment où le pays vaincu, envahi et traumatisé croit trouver en Pétain un sauveur). Sa rencontre avec Charles de Gaulle, qui aurait pu dire à l’époque, « l’Etat c’est moi ! », est alors inéluctable (Stéphane Dausse endosse les habits du général de manière époustouflante). Cette symbiose, (on n’ose pas dire cette collaboration !) est faite d’un grand respect mutuel. Les échanges entre les deux hommes donnent les moments les plus jouissifs de la pièce. La fresque reste précise et Jean-Marie Besset ne manque pas de camper quelques autres grandes figures, telle qu’Henry Fresnay ou Pierre de Bénouville, de décrire les luttes de pouvoir et surtout, de faire du héros de la Résistance, le portrait le plus précis possible, tout en finesse. On y verra la noblesse de Moulin, ses peurs devant un monde barbare qui l’oblige à sacrifier son existence que l’on sait faite d’engagements, de combats moraux, mais aussi, beaucoup le découvriront, d’une très probable attirance pour les hommes que ni la période, ni sa personnalité lui permettent d’assumer.
« Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France… » a dit avec tant d’émotion André Malraux au moment de faire entrer Jean Moulin au Panthéon en 1964. Jean-Marie Besset nous donne à voir le visage de Jean Moulin d’une façon qui fait honneur au personnage et au théâtre. Il convient pour finir de saluer ici les autres membres de la troupe, tous remarquables, Sophie Tellier, Gonzague Van Bervesselès, Laurent Charpentier, Chloé Lambert, Loulou Hanssen, Michael Evans et l’auteur qui incarne un résistant.
Théâtre 14 : 20, avenue Marc Sangnier, 75014 Paris
Mardi, vendredi et samedi à 20 h 30 – Mercredi et jeudi à 19 h et matinée samedi à 16 h
01 45 45 49 77
Texte et photo : Philippe ESCALIERDSC_9412

GREASE

Disons le tout net : « Grease » est du niveau de Broadway. Et ceux qui pouvaient craindre la traduction française (comme moi !) en seront pour leur frais : l’adaptation de Nicolas Engel est une réussite exemplaire, avec un texte percutant où l’humour se taille la part du lion. Personne n’est oublié et des panneaux de surtitrage permettent à nos amis anglophones de se sentir comme à la maison. Résultat : on ne saurait mieux traduire le musical crée à New-York le jour de la Saint-Valentin, en 1972 et adapté au cinéma en 1978 avec John Travolta et Olivia Newton-John. Qui plus est, la troupe, jeune et bourrée de talent, lui apporte une énergie incroyable. Dans « Grease », l’on chante et l’on danse avec un égal bonheur (Martin Michel signe mise et scène et chorégraphie). La salle rit et vibre sans discontinuer au rythme de cette musique entrainante, forcément familière. On notera aussi les quatre moments jubilatoires que sont les intermèdes menés avec beaucoup de drôlerie (et un petit grain de folie) par Céline Groussard et Alexandre Faitrouni. Si l’on ajoute les belles performances d’Alysée Lalande et d’Alexis Loizon, celles de Yanis Si Ah (quelle énergie !) et de Doryan Ben (un nom à suivre), auxquelles il faut ajouter tout le talent d’une large troupe assez exceptionnelle, l’on comprendra que la superbe salle (l’on n’ose pas dire flambant neuf…) de Mogador laisse sortir aux alentours de 22 h 30, une foule de spectateurs qui ne cachent pas leur joie d’avoir passé leur soirée au lycée de Rydell High !
Mogador : 25, rue de Mogador, 75009 Paris
Du mardi au samedi à 20 h, matinées samedi et dimanche à 15 h
01 53 32 32 32 – www.stage-entertainment.fr
Texte et photo : Philippe Escalier

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