Naissance de SENSITIF.FR

Chers amis,

 

J’ai à la fois le plaisir de vous souhaiter une bonne et heureuse année 2006 et de vous annoncer la naissance de :

 

SENSITIF.FR

 

En attendant le magazine (gratuit) qui viendra dans quelques semaines, le site Internet vient tout juste de naître (il n’a que quelques heures) et se développera avec le temps. J’espère qu’il saura retenir votre attention comme ce blog a su le faire.

 

Bonne année à vous et merci d’être présents et fidéles !

 

 

Philippe

 

 

http://www.sensitif.fr

Toi c’est moi

 

Le metteur en scène Stéphan Druet et le chef d’orchestre Benjamin Lévy travaillent de concert dans la compagnie Les Brigands depuis plusieurs années. Après avoir monté trois Offenbach et Ta Bouche, ils sont à nouveau réunis pour présenter sur la scène de l’Athénée, Toi c’est moi, leur nouvelle comédie musicale.

 

Stéphan Druet

 

Ce travailleur infatigable est l’un des metteurs en scène les plus doués de sa génération. Imaginatif, baroque, impertinent, homme de troupe rivé à son indépendance, Stéphan Druet à l’art de rendre formidablement limpides et divertissantes les œuvres auxquelles il s’attaque. Interview d’un homme très attaché au mélange des genres.

 

Je sais que c’est ardu, mais comment pourrait-on résumer vos débuts ?

Après le bac, j’ai été à l’École du Passage chez Niels Arestrup. Ma formation a continué ensuite avec Véra Gregh. J’ai appris le travail des clowns avec la troupe des Octavios que j’ai contribuée à fonder. J’ai suivi d’autres cours, croisé d’autres profs, monté la compagnie Mélocotton en 1993. Puis, j’ai fait le Conservatoire du 10e où, pour les copains qui m’avaient accompagné – car je ne peux travailler qu’avec des gens que j’aime –, j’ai écrit mon propre spectacle, Le Retour sans retard de Martin Tammart. Est venue ensuite la rencontre avec Loïc Boissier et l’équipe qui forme les Brigands. Barbe-Bleue a été notre premier enfant !

 

Revenons au tout dernier : que peut-on dire de Toi c’est moi ?

L’œuvre a été écrite en 1934 par Moïse Simons, un compositeur cubain venu travailler en France. Les lyrics sont d’Albert Willemetz. Elle est étonnante à plus d’un titre : airs de rumba, de conga – on retrouve le fameux duo des Palétuviers chanté par Pauline Carton à la création –, un livret bien écrit, et enfin, le sexe omniprésent. Comme dans Ta Bouche, on constate que l’époque ne connaissait pas de tabous et l’on entend, toujours sous forme d’allusions, des choses incroyablement osées. Pour finir, je dirais que nous l’avons créée dans un festival à Montreuil-sur-Mer et que l’immense travail d’adaptation musicale est signé par Thibault Perrine qui est un vrai petit génie.

 

Régulièrement vous abandonnez Les Brigands pour aller travailler de votre côté. Cette alternance vous enrichit ?

Oui, avec Les Brigands nous formons une équipe soudée, on se connaît très bien (on a monté ensemble plusieurs opérettes) et chacun sait ce que veut l’autre. C’est très agréable. Mais j’ai aussi besoin de travailler de mon côté, sur autre chose que la comédie musicale. Cet été, j’ai monté le Don Juan de Montherlant. En ce moment je travaille sur la mise en scène du prochain concert de Tancrède un chanteur que je trouve extraordinaire (il vient de sortir un nouvel album, voir www.tancrede.com, ndlr). Je m’intéresse à la pièce d’un très jeune auteur, Ariel Kenig. Et puis, j’ai aussi en tête un projet de long-métrage… sans parler du reste !

 

J’ai pu remarquer que perfectionniste, vous étiez sur vos spectacles en permanence !

Cela me semble indispensable. Je suis présent tous les soirs, je prends des notes, le lendemain on se réunit pour corriger le tir, éviter la routine, le décalage ou le cabotinage. Et puis une mise en scène, c’est vivant, cela s’adapte en permanence, c’est un travail de tous les jours !

 

Pour vous, le verbe divertir n’a rien de péjoratif ?

Non, tout au contraire. Je vois beaucoup de spectacles et souvent je m’ennuie. Il faut se rendre compte de ce qu’est notre tâche. Il ne s’agit pas seulement de se faire plaisir ou de satisfaire une petite minorité. Les gens qui viennent nous voir ont bossé, ils ont payé, tout doit être parfait afin que le public passe le meilleur moment possible. Chez moi, cela se traduit par un souci constant du rythme. Inlassablement, je répète aux comédiens «la patate, la patate !», il faut que ça décolle !

 

 

 

Benjamin Levy, chef d’orchestre

 

 

Né en 1974, ce musicien décroche le premier prix de percussion du Conservatoire national supérieur de Musique de Lyon en 1997. Rejoignant celui de Paris, il intègre la classe de Michael Levinas, puis suit des cours de direction d’orchestre avant de partir compléter sa formation à Sienne avec l’Academia Chigiana. Assistant de Marc Minkowski à partir de 2000, il travaille avec lui Pelléas et Mélisande à l’Opéra de Leipzig, Leonore au Théâtre des Champs-Élysées, Mitridate à Salzbourg en 2005 et l’an prochain, Iphigénie en Tauride programmée par l’Opéra de Paris. Sa rencontre avec Loïc Boissier et Stéphan Druet l’amène à diriger toutes les créations musicales des Brigands depuis Barbe-Bleue. Conjointement à ses concerts en province et à l’étranger, il trouve le temps de participer à la fondation de l’Orchestre de chambre Pelléas. Cette formation au fonctionnement différent, foncièrement collégiale s’est produite à quatre reprises lors des Folles Journées de Nantes en 2005. Autre événement, Benjamin Levy va faire ses débuts à l’Opéra de Lyon dans Monsieur Choufleuri d’Offenbach mis en scène par Laurent Pelly.

 

 Philippe Escalier

 

 

Athénée-Louis Jouvet : 4 square de l’Opéra  75009 Paris M° Opéra – du mercredi au samedi à 20h, mardi à 19h matinées samedi 15h & dimanche 16h – 01 53 05 19 19

 

 

Lettres de délation

 

Puisant dans les millions de lettres écrites en grande partie pour dénoncer les juifs durant la seconde guerre mondiale (et publiées dans un livre d’André Halimi*), François Bourcier présente sur la scène de la Comedia un spectacle d’une immense qualité. Ce voyage dans la noirceur humaine s’avère lumineux, édifiant, intense et d’une utilité rarement égalée.

 

 

Durant l’occupation, les « bons Français » avaient la plume facile. Jalousie, stupidité et cupidité, les plus bas instincts, aiguisés par une période de chaos, remontent à la surface et laissent libre cours à une haine irrationnelle contre les juifs, les francs-maçons ou les homosexuels. Toutes les raisons sont bonnes pour s’attaquer à ceux qui sont différents et en premier lieu aux juifs accusés de tous les maux. Cette violence antisémite (exprimée ici avec une froideur effrayante) n’est pas nouvelle, mais elle prend, durant la guerre, des proportions dramatiques que personne, hormis quelques malades, ne peut oublier.

 

Ces lettres, écrites avec un certain soin, pétries d’hypocrisie et de cynisme, lâches et veules, venues de toutes les couches de la société, sont la quintessence de ce que l’esprit humain peut produire de pire, hors la violence physique. On pense, par exemple, à ce père qui dénonce le chirurgien ayant opéré avec succès son jeune fils ou à ce « patriote » qui vient demander des comptes aux Allemands, trouvant que deux ans après sa création, le pourtant sinistre Commissariat aux Questions Juives s’est montré bien complaisant et se demandant ce que fait la police française face à « la juiverie qui tient encore le haut du pavé »…! Comment ne pas être pris d’un profond dégout à l’audition de telles horreurs ? Il est pourtant de notre devoir de les entendre, de nous souvenir, de songer que ces lettres immondes sont aussi (hélas!) dans la nature humaine.

On les entendra d’autant plus volontiers que François Bourcier, en magicien qu’il est, a su transformer ce moment en vrai spectacle. Le texte est allégé et revigoré par une mise en scène riche (en symboles notamment) et mouvementée où le comédien donne vie à plusieurs personnages, soutenu par des extraits musicaux et vocaux (Catherine Allegret, Jean-Claude Dreyfus, Francis Lalanne). Le public, attentif, semble suspendu à ses lettres comme à ses lèvres et l’observe avec une émotion qui jamais ne décroit. L’on ressort de Lettres de délation avec l’envie de comprendre, de parler et surtout de dire autour de soi que rater pareil spectacle serait une bien triste chose !

 

 

Philippe Escalier

 

 

Espace La Comedia : 6 impasse Lamier (angle 8, rue Mont-Louis) 75011 Paris M° Philippe Auguste – dimanche, lundi, mardi et mercredi à 20h45 – 01 58 39 39 15 ou resa@la-comedia.com

 

*La délation sous l’occupation par André Halimi aux Editions L’Harmattan

 

 

Amitiés sincères

 

Sur le thème de l’amitié et des difficultés à communiquer, François Prévôt-Leygonie et Stéphan Archinard ont écrit une pièce foisonnante, tantôt drôle, tantôt poignante, somptueusement interprétée, dont on ressort un peu remué.

 

Jacques, Paul et Walter sont trois amis d’enfance. Le premier est libraire, le second écrivain à succès, le troisième homme d’affaires. Ils ont coutume de se retrouver chez Jacques le premier mercredi du mois, pour un déjeuner. Paul, retardataire chronique, tarde à arriver. Les deux amis l’attendent. Leur discussion est vive, on s’aime et on s’engueule avec la même passion. Entre le livresque assaisonnant ses phrases de formules latines et le pragmatique qui a parfois du mal avec les mots, les rapports ne sont pas simples ! L’absence de Paul finit par trouver son explication et face à une nouvelle qui vient chambouler leur vie, les deux amis se découvrent enfin. L’un se dévoile au grand jour, l’autre tente de comprendre pourquoi son entourage l’a entouré d’un mur de silence.

 

L’intrigue, pleine de rebondissements, se nourrit des personnages forts. Certes, le genre impose qu’ils aillent parfois quelque peu dans la caricature, mais cela est fait avec une telle spontanéité que l’on passe aisément sur ce petit défaut, d’autant que dans cette comédie, les moments importants de la vie sont décrits avec une acuité particulière et une charge émotionnelle forte. Michel Leeb (à voir pour ceux qui auraient oublié quel grand acteur il est) et Bernard Murat (il met en scène également) font un superbe numéro où le brio n’exclut nullement la sensibilité. Les moments de silence profond d’une salle totalement subjuguée en disent long sur la qualité de jeux des deux comédiens, aux côtés de qui se trouvent Élisa Servier, Sophie Mayer, Bernard Dumaine et Eric Viellard. Tous les spectacles n’ont pas la chance de nous faire pleurer et rire à la fois. C’est pourtant ce qui vous attend avec Amitiés sincères.

 

Philippe Escalier

 

Théâtre Édouard VII : 10 place Édouard VII 75009 Paris M° Opéra – du mardi au samedi à 21h, matinées samedi 17h30 et dimanche 15h30 – 01 47 42 59 92

Anne-Louis Girodet (1767-1824)

Étonnante découverte !

 

 

Rarement exposition m’aura autant marqué ! Alors que dans mon esprit l’histoire d’Anne-Louis Girodet (1767-1824) se limitait presque exclusivement au fameux portrait de Chateaubriand et à David, dont il fût l’élève, l’exposition du Louvre permet de découvrir un peintre extraordinaire, original et sensible, à l’esprit rebelle, sans conteste l’un des plus remarquables de l’histoire de l’art français.

 

Dessins, esquisses, portraits, tableaux, tous les aspects de son travail sont là laissant clairement apparaître les qualités de l’artiste. Omniprésentes, sa sensibilité à fleur de peau couplée à sa vision de l’érotisme font la part belle au corps masculin comme le montre La Révolte du Caire (1810) (annonciatrice de Delacroix) commandée douze ans après l’événement. Mais le beau rôle laissé à « l’ennemi » et notamment au jeune Bey d’une grande beauté, tenu mort entre les bras d’un vigoureux esclave maure qui défend le corps de son maître avec acharnement (ou avec amour !) n’eut pas l’heur de plaire à l’Empereur. Indépendant, son esprit ne plia jamais devant Napoléon dont il n’oublia jamais combien il fit couler le sang français pour une gloire bien éphémère. Indomptable, son caractère supportait mal les affronts. Mademoiselle Lange, actrice en vogue au Français, en fera les frais. Ayant eu la mauvaise idée de lui demander de retirer d’une exposition le portrait qu’elle avait commandé – et que, du coup, il détruisit avec rage -, Girodet se remit au travail et donna naissance à Mademoiselle Lange en Danaé (1799). La malheureuse comédienne et son entourage (accusés à juste titre de vanité, de cupidité, et d’infidélité) en prennent pour leur grade dans ce tableau vengeur ! Surprenant, son modernisme est visible dans le choix des couleurs des Quatre Saisons qui ont une centaine années d’avance. Exceptionnel, son art du portrait – il faut admirer celui du chef vendéen Cathelineau – laisse béat d’admiration tant les modèles sont rendus avec un réalisme doublé d’une humanité profonde. Inhabituel, son goût profond pour la littérature antique et les grands auteurs classiques comme Racine qu’il illustra. Réunies, ces qualités rendent cet artiste, trop longtemps ignoré, terriblement envoutant, au point de nous donner, en quittant cette exposition à marquer d’une pierre blanche, le sentiment troublant de nous être fait un nouvel et inséparable ami.

 

 

Philippe Escalier

 

 

"Girodet 1767-1824" : Musée du Louvre, hall Napoléon, 75001 Paris M°Louvre – Jusqu’au 2 janvier 2006 du mercredi au lundi de 9 h à 17h30 et jusqu’à 21h30 les mercredis et vendredis – 8,50 € – 01 40 20 53 17

 

L’affiche de l’expo est tirée du tableau Atala au tombeau (1808), dont le thème est puisé dans le roman de Chateaubriand.

 

Livre : Girodet (1767-1824) Sous la direction de Sylvain Bellenger – Collection Livres d’Art – Gallimard – Musée du Louvre

Toi zé Moi

Avec la reprise de leur spectacle de choc à la Comédie-Caumartin, ils s’affirment comme le couple comique de l’année !

Elle est brune et bien roulée, il est châtain plutôt bo gosse : Marie Blanche et Alain Chapuis forment un duo modèle. D’où l’idée de se glisser dans la peau d’autres couples placés dans des situations de la vie quotidienne, un jour de grève nationale. Le résultat est surprenant : chaque sketch est un moment privilégié. Savoureux, les deux grévistes promettant devant une banderole, d’ouvrir un nouveau millénaire «qui dure des décennies» ! Hargneux et vicieux, Jonathan et Mareva, présentateurs ratés d’émissions nulles faisant passer un casting de sosies. Pouilleux, les deux clochards anciennes vedettes oubliées d’un loft débile, prêts à tout pour revoir le bout d’une caméra. Peu chaleureux, le pédicure gay préférant prendre son pied plutôt que celui de sa cliente ! Vaniteux, ce père apprenant l’anglais à sa gamine pour en faire une pro de Windows : «Mais enfin, elle n’a que 27 mois !» Merveilleuse, cette traduction simultanée dans un anglais, d’abord approximatif, puis totalement délirant, permettant de finir le spectacle en beauté.

Il n’y a pas à tortiller : leurs textes construits font mouche grâce à un humour explosif bâti sur un sens aigu de l’observation. En bons Lyonnais, Marie Blanche et Alain Chapuis savent ne pas pousser le bouchon trop loin (!) et leur art de la caricature reste empreint de finesse. Avec une insolente facilité, ils entraînent la salle dans une série de fous rires immédiats et sans interruption. Durant une heure vingt, l’ambiance est celle des grands jours. De vous à moi, les Toi zé Moi vont vous doper le moral pour les trois mois à venir. Ils sont à découvrir de toute urgence !

Comédie Caumartin : 25 rue Caumartin 75009 Paris M° Havre Caumartin – du mardi au samedi à 21h30, matinée samedi 17h – 01 47 42 43 41

L’interview flash

Ils étaient visiblement faits pour se rencontrer : tous deux débutent dans les années 90 à Lyon où ils créent leur propre café-théâtre, avant d’aller jouer les aventuriers en France et à l’étranger. Ils ont aussi participé à quelques films et animé des émissions de télé ou de radio.

Quel a été votre parcours ?

Un sans-faute ! Et Dieu sait si le terrain n’est pas favorable ! On vient directement du Théâtre en passant par la Comédie au carrefour de l’Humour en direction du Rire ! Et sans GPS, tout au pif !

Comment vous êtes-vous rencontrés ? Dans une manifestation ?

Effectivement sur une barricade en 1871, pendant la Commune de Paris ! Ah, on savait revendiquer à cette époque ! Ensuite, échanges de regards pendant les grèves de 1936, tentatives de rapprochements lors des accords de Grenelle en 68, premier baiser en 86 lors des manifs étudiantes, déclaration d’humour en 95 et depuis le mouvement se durcit tous les jours !

Quels autres projets, mis à part payer moins d’impôts, le succès du spectacle vient-il nourrir ?

Payer plus d’impôts, on est partants ! Mais on caresse aussi le projet de monter un nouveau spectacle à deux… sur les bobos ! Oui, c’est un peu nous finalement, on dépeint bien que ce que l’on connaît bien ! Le titre provisoire serait « Bobos et cons à la fois ! » Tout un programme !

Philippe Escalier 

www.toizemoi.com

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