Journaliste culturel et photographe, fondateur de Sensitif.org. Spécialiste du spectacle vivant, du cirque contemporain et de la danse, je parcours les scènes pour partager mon regard sur le spectacle vivant. Je réalise également des photos de spectacle à destination de la presse.
Stéphanie Slimani, au Théâtre du Rempart à Avignon, propose une vision de l’œuvre de Kafka particulièrement esthétique que Killian Chapput incarne avec une vérité et une force troublantes.
Le chef d’œuvre de Kafka réunit toutes les conditions pour être impossible à adapter. La Métamorphose est surréaliste, allégorique et exige un parti pris puissant afin d’éviter une simple et réductrice mise en images. Stéphanie Slimani a choisi d’incarner le drame de Gregor Samsa, son inaptitude à affronter un monde qui le détruit, en lui donnant une forme quasi chorégraphique. C’est en humanisant le héros qu’elle nous fait toucher son haut degré de déshumanisation. Un simple lit sur lequel une couverture bouge, un pied puis des jambes qui s’en extraient, dés les premiers instants, le drame se noue. Une part est laissée à l’imagination du spectateur et un geste suffit pour l’interroger. Quelle bête va enfin montrer le bout de sa carapace ? Quel mal être s’entête ainsi à se dissimuler ? Killian Chapput a le corps d’un danseur. Ses gestes rapides et saccadés expriment son trouble, sa démission face au monde. Aérien mais aussi ancré au sol, il nous offre un ballet de l’angoisse, aussi terrifiant qu’agréable à regarder d’autant que la remarquable bande son de Benoît Olive le porte avec légèreté. Parcimonieusement, une voix off se fait entendre, mais si les mots sont rares, l’on comprend tout et rien ne nous échappe. Cette métamorphose est une brillante illustration d’un texte majeur servi par une imagination féconde et un formidable comédien. Ce magnifique travail artistique, pétri d’originalité, permet de saisir toute la richesse et la subtilité d’une œuvre complexe. Un vrai tour de force !
Dans cette comédie burlesque actuellement jouée au Théâtre Pixel-Bayaf durant le Festival OFF d’Avignon, Alexis Chevalier et Grégoire Roqueplo mis en scène par Thibault Truffert continuent à afficher une belle complicité et un sens du comique aussi original que déroutant.
Laissé sur le bord de la route par l’épidémie de Covid, le comédien Plo n’a comme seule chance que de pourvoir squatter le dernier théâtre où il a joué, dirigé par Guigue. Or ce dernier, devant la fermeture des lieux de culture, en bon comptable, n’entrevoit de salut que dans le porc. Devenir boucher lui semble l’unique débouché, capable de relancer les affaires. Pour cela, il convient de déloger Plo afin de transformer sa chambre en vaste frigo. Voilà qui jette un froid ! La lutte s’engage : qui de la boucherie ou de la culture aura le dernier mot ? Sur cette intrigue parfaitement loufoque et totalement décalée, les deux artistes ont construits un duel clownesque décapant prétexte à tous les détournements et aux blagues les plus insensées. Leur délire autour de la création est l’occasion de lâcher quelques belles vacheries accompagnées de délires que les maîtres de l’absurde ne renieraient pas. Avec leur art consommé de la comédie, Alexis Chevalier et Grégoire Roqueplo confirment que le loufoque à tendance poétique peut continuer à compter sur eux. Ce dernier opus est, en effet capable de fédérer un large public, à commencer par les végétariens et les amateurs de saucisses !
Le texte de Matéi Visniec décrit la condition des migrants en mêlant la dérision avec la dénonciation. L’impact est d’autant plus fort qu’il est servi à l’Albatros par une jeune troupe talentueuse.
« Migraaaants » est une belle surprise comme le festival OFF d’Avignon sait nous en offrir. La plume de Matéi Visniec est d’autant plus efficace que s’il dénonce avec force, mais sans pathos, l’exploitation éhontée de ces exilés qui ont tout donné pour échapper à leur enfer, il oxygène son texte par des moments très caustiques construits comme des virgules publicitaires hilarantes. Il se trouve que même avec beaucoup d’humour, la charge est rude. La Compagnie Out of Artefact que Caroline Raux a mis en scène avec beaucoup d’imagination (avec trois fois rien, elle fait tout!) donne le meilleur pour incarner, tantôt le requin implacable à la recherche de dons d’organes, tantôt le chef de famille généreux qui veut tout faire pour agrandir son espace et accueillir davantage. En quelques portraits, la condition humaine est là résumée, décrite dans un peu tous ses composantes, du plus abject au plus généreux, en passant par le politique soumis à ses équipes de communication qui travaillent à dire, sans le dire mais tout en le disant. La petite salle comble de l’Albatros écoute ce texte dans un silence religieux et réserve au final une belle ovation à ces comédiens* qui font là des débuts remarqués. C’est dire que les raisons d’aller voir « Migraaaants » ne manquent pas.
Texte et photo : Philippe Escalier
* »Migraaaants » avec : Josselin Carsin Andréa Colaciuri Hugo Combes Lilou Cortes Inès de la Cot’ Faustine Jallon Nathan Maitre Alvaro Nunes Timéo Ponzio Pyrène Saint-Picq Sophie Schoendorf
Ce trentenaire que l’on peut voir actuellement au Théâtre de l’Oeuvre dans « Smile », la pièce deux fois nommée aux Molières de Nicolas Nebot et Dan Menasche qu’il joue aussi au festival d’Avignon 2024 (au Théâtre Actuel), a prouvé qu’il excellait dans de nombreux domaines (il met en scène, toujours pour Avignon 2024, Olivier Ruidavet dans « La Joie » de Charles Pépin). Nous revenons sur un parcours dont la richesse ne manque pas d’étonner et qui préfigure de belles choses à venir.
Tout commence pour lui par une formation en 2004 dans sa région d’origine au Studio Théâtre de Nantes, dirigé à l’époque par Jacques Guillou. À la question de savoir s’il a toujours voulu devenir comédien, l’on s’attendrait bien sûr à une réponse affirmative. Pas si sûr ! Car après cette première formation, Tristan Robin échoue de peu à une autre grande école de théâtre et s’entend dire « qu’il n’est pas assez construit humainement ! ». Son orgueil en prend un coup, la moutarde lui monte au nez, il décide de tout abandonner et de devenir maréchal ferrant. Au début tout va bien mais cela se complique rapidement : n’avoir jamais côtoyé les chevaux rend le contact avec ces animaux un peu difficile. Il frôle un jour la catastrophe : d’un coup de sabot, un cheval défonce un mur et manque de peu de lui percuter le crâne. Cette brave bête un peu soupe au lait lui donne aussitôt l’envie de mettre les voiles et de retourner au théâtre pour y affronter les metteurs en scène les plus exigeants !
Retour au théâtre
Très vite il décroche le rôle titre dans « Roméo et Juliette » mis en scène par Georges Richardeau au Théâtre Universitaire de Nantes (le T.U.) avant de participer à l’aventure « Cabaret » aux Folies Bergère. Il fait partie des barmen du Kit Kat Club que l’on a reconstitué pour immerger les spectateurs dans l’ambiance du spectacle et donc du Berlin des années 30. Il assiste à toutes les représentations, un peu frustré néanmoins de ne pas être sur scène. Un soir, il rencontre Jacques Collard l’adaptateur du show qui lui dit tout de go « Vous n’êtes pas serveur, vous êtes comédien n’est ce pas ? ». L’homme du tout Paris, qui est avant tout un homme de spectacle bienveillant, lui ouvre de nouvelles perspectives et il n’en faut pas plus pour remettre Tristan Robin en selle et lui donner le désir de terminer sa formation. Belle revanche, il réussit le concours et intègre le TNBA de Bordeaux entre 2007 et 2011, moment où il reçoit un appel de Jacques Collard lui annonçant que « Cabaret » de Sam Mendes se remonte au Théâtre Marigny et lui conseillant de venir participer aux auditions. Il suit le conseil et le voilà en charge du rôle de Bobby que jouait Dan Menasche dans la version précédente, Dan avec qui Tristan alterne actuellement dans « Smile ». Dans la foulée, il sera recruté pour « Les Amants d’un jour » qui ne se monteront pas suite au scandale provoqué par le départ de la productrice avec la caisse. Les artistes, certains de jouer, ayant refusé toutes autres propositions, subissent la double peine : spectacle annulé et une année blanche à venir.
Londres, nous voilà !
C’est le moment que choisit Tristan Robin pour partir à Londres où il passe quatre années. À son arrivée, s’il est sans travail, il connait pourtant quelques bons moments comme quand il décide de prendre sa guitare, de se poser et de jouer dans une rue passante, « avec une peur de fou ! ». Il confie : « Les piétons s’arrêtaient et j’ai touché du doigt la magie de ce métier, il n’est nul besoin d’avoir une scène, de vendre des places, il suffit d’être là et d’avoir envie de partager ». Plus tard, les contacts venant, Tristan Robin alternera comme il l’a toujours fait, théâtre, comédie musicale et séries télé. L’un de ses meilleurs souvenirs reste la pièce « In the dead of night » un hommage au film noir dans une mise en scène chorégraphiée de l’auteur, Claudio Macor.
A Paris, sur scène
En 2016, un coup de fil le fait revenir à Paris. Dominique Pitoiset, l’ancien directeur du TNBA lui propose de participer à la reprise de « Cyrano de Bergerac » avec Philippe Torreton à la Porte Saint-Martin pour six mois. Cette belle expérience sera suivie d’une pièce écrite et mise en scène par Mathilda May « Le Banquet » jouée sur deux ans, au Rond-Point d’abord puis au Théâtre de Paris avec deux tournées et 2 Molières à la clé. Dans le même temps, le comédien jouera dans « 2 mensonges & 1 vérité » mis en scène par Jean-Luc Moreau. Dans tous ses rôles, on découvre une belle présence, une étonnante facilité à incarner, à donner vie à des personnages et ce, toujours avec une grande justesse : « Je me sens très à l’aise dans le théâtre physique, j’ai fait des arts martiaux et cette implication du corps me parle beaucoup » précise-t-il. La richesse de ses interprétations qui relève du don est aussi le fruit d’une grande curiosité doublée d’une volonté de continuer sans cesse à perfectionner ses techniques, qu’elles soient vocales ou corporelles, bien certain que, comme il le dit, « s’améliorer est une quête sans fin ».
Dans le domaine musical, il bénéficie d’une véritable antériorité familiale son arrière grand-père étant professeur de violon. Son père, très mélomane, amateur de jazz, demandait à ses enfants, de choisir à 6 ans, un instrument et un sport. Pour lui, ce sera le violon et le judo. Ses deux frères, John et Max, profiteront pleinement de leur formation et trouveront le succès en 2008 en fondant le groupe pop rock electro, « Elephanz ».
Devant la caméra
L’on peut voir Tristan Robin un peu sur tous les fronts : dans des pubs, véritables laboratoires pour réalisateurs qui produisent parfois de très bonnes surprises en faisant preuve d’une d’inventivité remarquable, à la télé dans de nombreuses séries. Il a pu incarner récemment Louis XIV dans « La Guerre des trônes » de Bruno Solo. L’on pourrait citer aussi « Cannes Confidential » de Camille Delamarre, « Les Petits meurtres d’Agatha Christie », les séries britanniques « Transporteur » et « Agent Hamilton ». Les réalisateurs l’ont remarqué et le font travailler comme Luc Besson dans son « Valerian and the City of a Thousand Planets » où il joue en anglais. Il est actuellement à l’affiche du film de Robin Sykes « Sexygénaires » avec Thierry Lhermitte et Patrick Timsit où il incarne le fils de Marie Bunel. Pour lui, l’aventure cinématographique a commencé avec Volker Schlöndorff qui tournait à Nantes. Pendant qu’il donnait la réplique en allemand, il est repéré par le grand cinéaste qui le fait jouer dans « Diplomatie » mais aussi dans son téléfilm « La Mer à l’aube ».
Pour conclure
Sur un plan plus personnel, c’est en allant voir jouer Claire Pérot, une collègue de travail, qu’il rencontre en 2018, Cécilia Cara avec laquelle il partage un véritable coup de foudre. Cécilia fait actuellement une brillante tournée de quatre mois en Chine avec « Roméo et Juliette » dans le rôle titre qu’elle a créé en 1999. Une absence rendue moins pesante par la participation de Tristan Robin à « Smile » au Théâtre de l’œuvre où il convient d’aller le découvrir jusque fin juillet, non sans s’amuser du titre de cette pièce qui colle si bien à ce comédien doué, connu pour avoir un irrésistible sourire !
Cette pièce en noir et blanc de Nicolas Nebot et Dan Menasche, d’une folle originalité, à la narration étonnante, après son succès à La Nouvelle Eve, apporte une bouffée de bonheur aux spectateurs du Théâtre de l’œuvre et ce, jusqu’au 30 juillet 2023.
Le noir et blanc a été logiquement choisi, pour nous transporter au début du XXème siècle et nous replonger dans un épisode de la vie du jeune Charlie Chaplin. Ce choix de mise en scène exigeant fonctionne admirablement et nous permet de voyager à travers le temps tout en balayant quelques souvenirs. C’est une première surprise. La narration, déroulant l’histoire grâce à la répétition de scènes, jouées sous des angles différents, en constitue une seconde. Elle nous laisse découvrir l’intrigue, par fragments. C’est dire que dans « Smile », tout est différent et contribue à envelopper le public d’un voile fait d’un peu de mystère et de beaucoup de poésie. Grimés, drôles et toujours justes, les comédiens s’emparent de ce petit bijou comme s’ils l’avaient confectionné eux-mêmes et jouent avec la richesse d’expression qui n’est pas sans nous rappeler les grands moments du muet. Alexandre Faitrouni donne vie avec sa douceur et sa subtilité habituelles au héros de l’histoire. Face à lui, Pauline Bression est d’une vérité et d’une élégance touchantes et Tristan Robin (en alternance avec Dan Menasche) rejoint cette distribution avec une facilité qui ne manque jamais d’étonner. Ce trio parfaitement homogène est le troisième atout majeur d’un spectacle envoutant qui nous séduit par sa légèreté. Dans le bel écrin du Théâtre de l’œuvre, « Smile » n’est pas seulement un excellent spectacle, c’est aussi et surtout le parfait résumé de ce que le théâtre nous offre de meilleur.
Sur la scène du Théâtre de la Huchette, Geoffrey Callènes se glisse dans la peau d’une dizaine de personnages pour nous faire revivre le drame d’un célèbre naufrage. Cette petite leçon d’Histoire passionnante est d’abord et surtout une grande performance d’acteur.
Dés les premières secondes, dans une mise en scène très épurée, jouant sur les lumières et l’ambiance, l’on comprend que tout va reposer sur le talent de Geoffrey Callènes. De fait, ce récit polyphonique permet d’entendre quelques-uns des passagers et de comprendre ce qui a provoqué l’ensablement fatal de la frégate au large de la Mauritanie. Nous le comprenons d’autant mieux que l’aisance phénoménale de l’acteur nous permet d’assister à la montée en tension et à ces scènes effarantes de survie sur le radeau comme si nous avions dix comédiens sous les yeux déclamant le texte plein de vie et de rebondissements écrit par Antoine Guiraud (qui en est aussi le metteur en scène) et Geoffrey Callènes. Ils nous donnent avec brio tout le background de cette histoire alors que le tableau illustre de Théodore Géricault a préempté les circonstances de ce naufrage responsable de 160 morts dus à l’incompétence d’un aristocrate resté plus de vingt cinq ans sans avoir navigué, affecté à ce commandement par favoritisme quelques mois après l’effondrement du Premier empire. Ce spectacle, qui nous tient en haleine sans discontinuer, se montre digne du chef-d’œuvre peint par Géricault à vingt-huit ans, soit quatre ans avant de disparaitre prématurément. La subtilité de Geoffrey Callènes, sa faconde, son physique font de lui un acteur taillé pour les personnages d’époque. Son talent explosait déjà dans « Les Trois Mousquetaires » mis en scène par Charlotte Matzneff ou dans le « Cyrano de Bergerac » monté par Jean-Philippe Daguerre. Cette création qui lui tient visiblement à cœur lui permet de retracer l’histoire d’un tableau, lui qui est aussi doué pour la peinture et qui expose régulièrement. Cet acteur haut en couleur amoureux de la peinture était donc bien le mieux placé pour nous offrir une traversée que nous ne sommes pas prêts d’oublier.
Dans la petite salle voutée des Déchargeurs, « Le Garçon Nuage » création de Ethan Oliel, comédien époustouflant, est un plaisir rare qui ne peut se refuser.
C’est au moment où vous entendez un texte, sans pouvoir le classer ou la cataloguer, quand il vous étonne et vous fait voyager en changeant d’histoire et de ton, que vous comprenez que vous avez affaire à un écrit abouti qui se fiche bien de l’air du temps. « Le Garçon Nuage » mis en scène par Charly Coïc est un récit formidablement écrit dans un style aux accents classiques (vous aurez même droit à quelques alexandrins) mais carburant à l’énergie et plein de vie. Il est du reste si bien construit autour du thème de l’amour qu’il commence par séduire son auditoire pour ne plus le lâcher. Son auteur, Ethan Oliel, est un poète des temps modernes qui joue avec une force et un brio forçant l’admiration. Tout commence par un besoin d’abandon, une envie de fuir la réalité tout en se laissant aller à ne rien faire. Une envie d’abdiquer après une blessure amoureuse. La citation de Nietzsche citée en épigraphe : « En amour, il y en a toujours un qui joue et l’autre qui est joué ; Cupidon n’est qu’un petit régisseur de théâtre » n’est pas là par hasard. Mais ne comptez pas sur nous pour dévoiler davantage ce que Ethan Oliel raconte si bien et qu’il a sous-titré « Itinéraire d’un mécontemporain énamouré » d’autant que la trame est ici moins importante que la forme. Attendez-vous simplement à rencontrer une surprise à chaque phrase, de la poésie dans chaque mot. Sommes nous dans le réel ou dans l’imaginaire ? Peu importe la réponse, suivez ce garçon sur son nuage et si vous éprouvez un certain vertige, ce sera celui des cimes balayées par le souffle puissant du talent. Merci à lui de nous portez si haut, avec juste quelques mots ! Merci à lui de nous offrir une heure de rêve !
L’adaptation de l’œuvre de Jules Verne par Christian Hecq et Valérie Lesort au Théâtre de la Porte Saint-Martin fait revivre les fonds marins grâce à la magie des marionnettes tout en faisant la part belle à l’humour dans ce magnifique spectacle largement plébiscité.
L’histoire du Capitaine Nemo et de son Nautilus est mythique. Adaptée au cinéma et en bandes dessinées, il fallait tout l’art du célèbre duo de metteurs en scène (Moliérisé 3 fois en 2023) pour recréer la magie du roman sur scène et transporter le spectateur dans cette aventure, en lui réservant une succession de surprises. La première d’entre elles se révèle être la reconstitution du milieu aquatique par le jeu, plein de facéties, des marionnettes très travaillées dont Valérie Lesort a le secret et qui nécessite de plonger la salle dans le noir complet. Cette réalisation sans faille apporte cette touche d’humour et de dérision qui fait l’un des charmes de ce spectacle. Drôlerie qui caractérise également les personnages, notamment l’ineffable et hilarant Flippos, second brillamment interprété par Pauline Tricot et le désopilant sauvage énergiquement incarné par le danseur et comédien Mikaël Fau. En compagnie du sévère Capitaine Nemo (Éric Verdin), du Professeur Aronnax (Éric Prat) toujours suivi de son serviteur (Laurent Natrella) et du harponneur bagarreur (Rodolphe Poulain) nous faisons une traversée à la fois burlesque et stylisée, racontée avec une originalité et une poésie enchanteresses, séduisant tous les publics. Quand au bout d’une heure trente que l’on ne voit pas passer nous touchons terre, c’est avec regret que nous quittons cette mémorable équipe, non sans l’avoir auparavant engloutie sous des vagues d’applaudissements.
La magnifique lettre d’Oscar Wilde écrite en prison et destinée à Lord Alfred Douglas est restituée magnifiquement par Josselin Girard au Studio Hébertot. Un superbe moment d’une grande intensité.
« Notre lamentable et fatale amitié s’est terminée pour moi par la ruine et la honte publique » : dés les premières phrases, le décor est planté, la vérité énoncée. De profundis est écrit alors qu’Oscar Wilde purge une peine infamante de deux ans à la prison de Reading. Dans le dénuement et la souffrance de cet enfermement injuste, ayant mis fin de la pire manière à une carrière auréolée d’un succès éclatant et envié, Oscar Wilde dans le style raffiné qui a toujours été le sien, fait un bilan quasi clinique de sa relation de 4 ans avec le fils du marquis de Queensberry qui s’est servi de son illustre ami pour engager un combat à mort avec son père. De cette terrible lutte familiale, c’est l’auteur du « Portrait de Dorian Gray » qui en fera seul les frais. Condamné aux travaux forcés pour homosexualité, Oscar Wilde, déchu et honni, pour la première fois ouvre les yeux et décrit cette relation inégale, toxique avec un jeune homme sans culture, égoïste et tyrannique dont il fut pourtant amoureux et qu’il souhaite mettre devant ses responsabilités. C’est une véritable addiction fatale qu’il décrit dans le détail, avec le langage poétique et fleuri qui est le sien, porté par le désir de ne pas ajouter à son infernale vie le poids des chaines de la haine. Ce discours superbe et émouvant où l’humanité et la souffrance ne font qu’un, a été parfaitement concentré pour donner 1 h 10 de spectacle. L’on ne perd pourtant rien à la force de cette œuvre d’autant que Josselin Girard avec sincérité et sobriété, s’avère être un interprète hors pair, d’une précision et d’une subtilité remarquables. Il fait tant et si bien que dans la mise en scène particulièrement épurée de Bruno Dairou, il nous donne à entendre ce texte de la plus belle des manières. Le public du Studio Hébertot assiste dans un silence religieux à cette magistrale interprétation.
Après le succès au Casino de Paris, « Flashdance » reprend actuellement à Bobino du 31 mars au 30 avril 2023. Cette comédie musicale tonique, servie par une belle troupe, est l’occasion de revoir sur scène le danseur souriant et talentueux qu’est Rémy Marchant.
Ce Picard commence à Lille une formation de sports-études à 14 ans. Deux ans plus tard, il arrive au CNSM de Paris où il débute sa formation en danse contemporaine, en horaires aménagés afin de poursuivre sa scolarité. Il décroche son premier contrat de danseur à Disneyland Paris avant de travailler pour le chorégraphe contemporain Faizal Zeghoudi avec qui il donne « Le Sacre du printemps » et « La Belle Hélène » à l’Opéra de Bordeaux. Dans le même temps, il intervient sur beaucoup d’événementiels festifs, auxquels il n’a jamais renoncé, toujours très attiré par le mystère et l’ambiance entourant milieu de la nuit. Il participe à « Panorama » en 2012, qui retrace la vie de la compagnie Philippe Decouflé, une belle expérience s’étalant sur deux ans avec notamment une tournée internationale. En 2015, il danse dans « La Légende du Roi Arthur » de Dove Attia, chorégraphiée par Giuliano Peparini qui travaillera aussi avec les danseurs des « Amants de la Bastille ». Rémy part ensuite un an avec Giuliano Peparini en Italie pour l’émission télé de Maria De Filippi, « Amici » où il fait partie des danseurs professionnels de l’équipe, participant aux shows et apportant leur aide aux danseurs candidats. L’expérience italienne se passe bien, mais elle est compliquée par le fait que Rémy a été victime d’un accident du genou lors d’une répétition du « Roi Arthur ». Il met à profit son retour à Paris pour devenir assistant metteur en scène à Disney, une période très formatrice qui lui permet de participer à l’organisation des spectacles phares du parc, dont le nouveau « Jungle Book Jive » créé en 2019, et ce, tout en soulageant un genou encore un peu fragile. Rémy profite de la période Covid pour passer en 2021 un diplôme de coach sportif. Avec la maturité, Rémy Marchant dit ne plus redouter les périodes un peu calmes qui alternent avec ses contrats. Elles sont devenues pour lui des moments propices à l’observation de l’actualité artistique mais aussi lui permettent de se ressourcer, lui qui pour rien au monde n’abandonnerait le havre de paix qu’il s’est construit avec l’amour de sa vie, dans le sud de la France, à Montpellier.