Dominique Dimey : chanson, filiation et émotion au Théâtre Essaïon

Dans « Bernard Dimey père et fille, une incroyable rencontre » Dominique Dimey raconte en chansons sa découverte émouvante d’un père qu’elle ne connaissait pas.

Le pianiste Charles Tois accompagnant Dominique Dimey © Bernard LEGOFF

Jeune fille venue de Châteauroux, élevée par une mère célibataire qui ne lui a jamais parlé de son père, Dominique Dimey s’installe dans une chambre de bonne à Montmartre afin de suivre les cours de Jean-Laurent Cochet. Dans les bars et les petits restos de son quartier, elle y croise à de nombreuses reprises un quinquagénaire barbu, peu soucieux de sa personne, qu’elle prend pour un artiste peintre. C’est une affiche de concert qui lui révèle qu’il s’agit en fait d’un auteur interprète qu’elle salue à la fin d’un récital qu’il vient de donner salle Pleyel. L’artiste s’intéresse à la jeune fille blonde venue le féliciter et lui apprendre qu’ils sont voisins. Le courant passe. Les confidences faites autour d’un verre ou d’un bon repas en compagnie des acolytes du poète vont amener rapidement Dominique Dimey à entendre cette phrase qui provoquera chez elle le choc que l’on peut imaginer et qui sera confirmée par sa mère « C’est con, mais je crois que je pourrais être ton père ! ». Après les quelques semaines nécessaires pour digérer cette révélation, Dominique Dimey continuera à le fréquenter durant les quelques années qui lui restent à vivre.

La notoriété est parfaitement injuste avec les auteurs de chansons. Ceux qui rendent célèbres ceux qui les chantent sont toujours restés désespérément dans l’ombre. Qui sait que « Syracuse » chantée par Henri Salvador (un autre artiste ayant eu des difficultés avec sa filiation !) est signée Bernard Dimey ? Le poète écrivait de superbes alexandrins avec une facilité déconcertante et ses textes poignants et poétiques ont été choisis par les plus grands parmi lesquels Charles Aznavour, Serge Reggiani, Zizi Jeanmaire, Juliette Greco, Les Frères Jacques ou Yves Montand.
Dominique Dimey retrace cette rencontre qui va marquer sa vie avec ce père inconnu, vivant à Montmartre, à deux pas du métro Pigalle, en artiste digne du XIXème siècle, tout entier centré sur son art et ses amis. Son hédonisme, marqué par un goût prononcé pour le tabac, la boisson et le bonne chère, sera responsable d’une vie écourtée puisqu’il meurt alors qu’il allait avoir cinquante ans en 1981 mais après les quelques années de bonheur apportées par sa fille retrouvée.
Avec la finesse et la générosité qu’on lui connait (bon sang ne saurait mentir, l’artiste engagée a mis ses albums au service des combats en faveur de la protection de l’enfance et de la planète) Dominique Dimey vient porter témoignage de qui fut son père, ce bon vivant à la personnalité désintéressée dilapidant tout ce qu’il gagnait au profit de ses amis plus nécessiteux que lui et inspiré par les thèmes de la nuit, du temps qui passe ou de l’enfance perdue. Elle le fait avec les chansons du poète auquel Richard Bohringer prête sa belle voix grave, accompagnée au piano par Charles Tois ou à l’accordéon par Laurent Derache, dans une mise en scène de Bruno Laurent.
« Bernard Dimey père et fille » au Théâtre Essaïon, met en avant l’un de nos plus grands paroliers et une chanteuse terriblement attachante. Impossible par ces temps de froidure d’ignorer ce spectacle qui nous fait chaud au cœur !

Philippe Escalier

Bernard Dimey, père et fille se joue au Théâtre Essaïon : https://www.essaion-theatre.com/

Pascal Nowak en concert au Zèbre de Belleville

DSC_8903Pascal Nowak est d’abord une voix, l’on en veut pour preuve ses nombreux doublages de grandes série comme Desperate Housewives, Game of Thrones ou de films dont le récent Mary Poppins de Walt Disney (rôle de Lin Manuel Miranda). En parallèle, la musique pop soul reste sa passion comme le montrent les concerts qu’il a donnés, notamment au cours des derniers mois. Le prochain, celui du 15 novembre 2019 sonne comme une récompense après une série de dates parisiennes. C’est aussi un nouveau départ avec un groupe légèrement réorganisé, composé de 6 artistes, un guitariste, un pianiste, un batteur, une basse et deux choristes, qui s’est consolidé avec l’arrivée de Stéphane Bertin, directeur musical et arrangeur. Ensemble, ils préparent un nouvel album d’une quinzaine de chansons, annoncé pour 2020 et suivi d’une tournée. Si l’on trouvera toujours ce qui est un peu sa marque de fabrique, de belles ballades, pimentées d’humour, répertoire idéal pour sa belle voix puissante et chaude, on notera une évolution vers des tonalités plus modernes et plus électro. Et toujours une écriture et des musiques sortant des sentiers battus, à la fois originales et percutantes, émanation d’une vraie personnalité artistique. Le concert du vendredi 15 novembre 2019 qui bénéficiera de la direction scénique du batteur Jean-Luc Dhayes et de la collaboration, à la fois ancienne et fidèle avec le guitariste auteur-compositeur Gérald Odile, débutera à 20 heures. En première partie, la chanteuse « Mill » sera accompagnée d’une guitare et d’un piano, le groupe Nowak prenant place vers 21 h. Pouvait-on rêver mieux que Le Zèbre de Belleville pour découvrir la bête de scène qu’est Pascal Nowak, ses nouveaux titres et son groupe ?!

Texte et photos : Philippe Escalier
Le Zèbre de Belleville : 63 Boulevard de Belleville, 75011 Paris
Vendredi 15 novembre à 20 h
01 43 55 55 55 – http://www.nowak-officiel.com

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Un jardin du silence – Barbara

136A1068_1 copieL’évocation de Barbara proposée par Raphaëlle Lannadère, accompagnée par le pianiste Babx, mis en scène par Thomas Jolly dans Un jardin du silence à La Scala est une délicate conversation musicale laissant apparaitre la chanteuse dans sa plus profonde authenticité.
Barbara dans toute sa splendeur, c’est avant tout Barbara dans toute sa pudeur, sa sensibilité et sa sincérité. Barbara, belle, charismatique mais surtout d’une touchante simplicité. Bien loin d’une forme de biopic, sans aucune intention d’imiter ni de tomber dans la facilité émotionnelle que pourrait générer l’écoute de ses plus grands succès, Raphaëlle Lannadère et Thomas Jolly nous offrent un spectacle profondément original, fruit de leur vision très personnelle de la chanteuse. En nous livrant leur vérité, ils nous donnent à voir la Dame en noir, telle qu’en elle même, grande artiste engagée, figure magique et mystérieuse s’il en fut, fuyant le star-système et désireuse de préserver de son hyper sensibilité. Quelques extraits de chansons pour rappeler son univers, des bribes d’interviews pour laisser apparaitre la femme, la mention de ses actions courageuses et militantes comme son combat contre le sida notamment, cette générosité toujours passée sous silence et puis et surtout, l’humour de Thomas Jolly venu apporter un regard extérieur et un grain de folie pendant que la voix de L. chante à l’oreille de chacun d’entre nous avec une infinie délicatesse.
C’est une rencontre inopinée en 2014 entre Raphaëlle Lannadère (qui nous a offert en 2018 Chansons, son dernier album) et Thomas Jolly, le surdoué de la mise en scène (créateur de Thyeste au festival d’Avignon en 2018, salué et reconnu pour son extraordinaire travail sur Shakespeare notamment) qui va donner naissance à ce spectacle créé au festival Les émancipés de Vannes. Dans un magnifique jeu de lumières, un décor fleuri dont le côté un peu kitsch se perd dans une semi-pénombre, accompagné au piano (noir) par les doigts magiques de BabX, Raphaëlle Lannadère reste fidèle à elle-même et pourtant, Barbara est bel et bien là. Une interprétation si réussie que l’on ressent la magie de sa présence reliant les spectateurs comme par un fil invisible.
Un jardin du silence est l’expression de histoire d’amour de L. pour la chanteuse qui a marqué la scène française pendant quarante ans et l’on s’amusera à constater que le début de sa carrière a été marqué par la remise d’un Prix Barbara par le Ministère de la Culture en 2011. Dans une forme de mise en abime, L. se dépeint en creux, en même temps qu’elle laisse entrevoir ses liens avec sa magnifique aînée avec qui elle partage cette passion pour les mots et cette poésie qui leur permet de magnifier la vie.
Un jardin du silence, spectacle musical théâtralisé tout à l’opposé d’un hommage calculé et mercantile est le plus beau salut que l’on puisse adresser à l’une des nos plus grandes chanteuses, qui a toujours voulu donner, sans tricher, le meilleur d’elle-même. Il nous permet aussi de retrouver sur scène trois artistes merveilleux.

Philippe Escalier

La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
Paris, 75010
Jusqu’au 3 novembre 2019, du mardi au samedi à 21 h ; dimanche à 15 h
Relâche les 29 et 31 octobre 2019

Réservation : +33 (0)1 40 03 44 30
billetterie@lascala-paris.com

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Barber Shop Quartet dans « Chapitre IV »

Voix au Chapitre

À eux quatre, ils remplacent toute une chorale. Irrésistiblement drôles et excellents acteurs, les membres du Barber Shop Quartet ont construit comme un film à épisodes ce dernier spectacle, véritable petit bijou musical et vocal, installé pour quelques semaines au théâtre Essaïon.

Chapitre IV comme son numéro l’indique est la quatrième opus du Barber Shop Quartet. Autant dire, si on les découvre seulement maintenant, à quel point l’on se sent frustrés (très frustrés) de ne pas avoir vus et entendus leurs précédentes créations. L’humour est fin (très fin), les voix sont belles (très belles), les idées originales (très originales). Dés leur arrivée sur scène, le spectateur est pris dans un mouvement mélodieux, d’une incroyable douceur, plein de facéties et l’on sait que l’on ne va plus les lâcher avant la toute dernière note. Ce quatuor chante des morceaux de sa propre composition mais le plus souvent reprend, à sa façon, des tubes de la chanson ou de la musique classique pour y plaquer leur propres paroles. Si le procédé est souvent usité, le résultat est lui, tout à fait désopilant au point de donner à l’ensemble, une place à part et de choix dans l’univers du spectacle musical. Avec eux, tout est sujet à étonnement. L’histoire drôle à la manière de la Reine de la nuit (avec la magnifique voix de soprano de Marie-Cécile Robin Héraud) est proprement irrésistible. Le récit de l’invention du tire-bouchon est tordant (avec les incroyables bruitages de la basse Xavier Vilsek), le poème du hérisson, à la chute fatale, laisse le public sans voix mais non sans rires ! Dieu est appelé à la rescousse (il fait une apparition !), la vache devient tout à trac une star et Claude François comme Ravel sont de la partie. France Turjman (alto) et Bruno Buijtenhuijs (ténor et non moins guitariste) complètent l’ensemble et apportent leur pierre à cet univers musical, gentiment mais surement déjanté. Pour arriver à un tel point d’harmonie et d’excellence, personne ne sera étonné d’apprendre que ces quatre magiciens de la voix (et du texte) travaillent chaque spectacle pendant plusieurs années. Ils le font pour notre plus grand bonheur et les bravos qui résonnent à l’Essaïon sont aussi mérités que le « Merci ! » qu’ils voudront bien trouver ici !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre Essaïon : 6, rue Pierre au Lard 75004 Paris
Le mardi à 19 h 45
01 42 78 46 42 – http://www.essaion.com

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Un Bonheur acide !

Au fil de ses différents spectacles, Sébastien Giray s’est construit une image d’humoriste désireux de nous faire rire en nous parlant de notre quotidien. Avec son dernier opus,  Un Bonheur acide ! au Petit Gymnase, il vient traiter, en paroles et en musique, de sujets ô combien sérieux avec une bonne humeur contagieuse.

Comment parler de soi en étant pudique ? Faire rire en étant bienveillant ? Enchaîner les sketches et les chansons ? Parler de l’actu sans être lugubre ? Le spectacle de Sébastien Giray et avec lui, les rires qu’il provoque, est une machine à résoudre des contradictions dont la plus évidente réside dans l’intitulé du spectacle. L’exercice n’est pas simple. Il est plutôt réussi grâce à un mélange de sketches très politiquement correct mais touchants et d’excellents moments musicaux, autour de la défense des minorités, des animaux, avec de multiples coups de griffes bien sentis et revigorants à l’encontre des religions, des lobbies, des réseaux sociaux ou des chasseurs. En conclusion, quand l’envie lui prend de flinguer nos politiques et nos people dans un moment très réussi, assez raccord du coup avec l’actualité révoltée que nous connaissons, non sans nous avoir parlé, toujours avec beaucoup d’humour, des difficultés d’un père célibataire, nous jubilons !
L’univers de Sébastien Giray nous est d’autant plus sensible que l’on ressent, chez lui, une réelle gentillesse, nous donnant envie de suivre ce garçon désireux de jouer sur tout… sauf sur son image (regardez son affiche si vous en doutez !). À le voir heureux de partager avec son public hilare, nous ne pouvons que l’inciter à aller plus loin, à se lâcher davantage encore, tout en développant cet humour musical qui lui réussit si bien et dans lequel il est totalement vrai et percutant.

Texte et photos Philippe Escalier

Petit Gymnase : 38 boulevard Bonne Nouvelle 75010 Paris
Le lundi à 20 h jusque fin décembre 2018 – 01 42 46 79 79DSC_3021DSC_2470Capture d_écran 2018-12-06 à 15.32.24DSC_3056DSC_2722DSC_3016

 

LES FRANGLAISES

Il n’est pas faux de dire (et vous verrez pourquoi) que cette troupe met le feu à Bobino ! Parti d’un simple jeu entre amis, l’idée de départ s’est révélée diablement efficace. Le principe est simple : traduire littéralement et mot à mot les grands tubes anglo-saxons de la chanson en français. Ce qui donne des textes absurdes (mais fidèles) d’une drôlerie incroyable d’autant que ce spectacle fourmille d’idées. Chant, cirque, théâtre, danse, (et j’en passe!) ces quatre filles et huit garçons un peu déjantés savent tout faire (et ils font tout, ou presque) et le spectateur sans cesse étonné, passe par mille ambiances plus originales et drôles les unes que les autres. La parodie du western sur l’air de Hôtel California est absolument délirante à l’image du spectacle tout entier. Rarement salle aura vu pareille ambiance survoltée et troupe aussi énergique et enthousiasmante. Les Franglaises ont reçu le Molière 2015 du spectacle musical. Vous constaterez vous-même que cette récompense n’était pas usurpée. Alors un conseil : allez vivre ces moments d’euphorie que Bobino vous offre avec les Franglaises ! Et réservez un peu avant, le spectacle est souvent complet.

Texte et photos © Philippe Escalier

Bobino : 14-20 rue de la Gaîté 75014 Paris 
Du mercredi au samedi à 21 h et samedi matinale à 16 h 30
http://www.bobino.fr – 01 43 27 24 24

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