Adapté par Stéphane Laporte et Virginie Lemoine, le premier roman posthume Irène Némirovsky consacré à la seconde guerre mondiale donne lieu, au théâtre La Bruyère, à un spectacle d’une incroyable force porté par l’interprétation virtuose de Franck Desmedt.
Irène Némirovsky, nait en 1903 à Kiev. La révolution russe la pousse, avec sa famille, vers l’exil. Baignée de culture française depuis son enfance, elle finit par s’installer à Paris, s’inscrit à la Sorbonne avant de publier ses premiers livres. Déportée en 1942 à Auschwitz où elle meurt du typhus, elle détient la particularité d’être le seul écrivain à recevoir un Prix, (le Renaudot) à titre posthume. Son premier opus, Tempête en juin, retrace le cataclysme que furent la défaite de 1940 et l’exode qui s’en suivit, considéré comme l’un des plus importants mouvement de population en Europe au XXème siècle.
Il est difficile aujourd’hui de réaliser l’ampleur du traumatisme que fut la capitulation de 1940. La France s’effondre en trois semaines. La percée allemande, aussi rapide que fatale, met des millions de français, belges et néerlandais en fuite, sur les routes. Irène Némirovsky décrit l’événement à travers les vicissitudes traversées par trois familles, celle d’un grand bourgeois, conservateur de musée, le duo formé par un auteur célèbre et sa compagne et enfin, un couple d’employés de banque. Avec eux, nous allons vivre l’émoi, l’urgence, la désorganisation et la fuite. Les routes sont encombrées, les avions bombardent, l’essence et la nourriture font défaut. Le talent de l’écrivain consiste à nous retracer l’épopée avec un mélange de détails, historiques et psychologiques, et un art consommé de toujours laisser poindre le côté désopilant que ces situations, aussi dramatiques soient-elles, laissent parfois apparaitre. Si l’écriture est toujours légère, la précision et le sens ne font jamais défaut. Quelques mots suffisent à Irène Némirovsky, qui va toujours à l’essentiel, pour camper un personnage ou rendre bien vivantes ces heures bouleversantes.
Stéphane Laporte et Virginie Lemoine, adaptateurs et metteurs en scène, ont fait un travail tout aussi remarquable. Ils ont su conserver la qualité littéraire mais aussi la force et l’extrême tension dont le texte est imprégné, en nous permettant de revivre, comme en direct, l’épouvantable débandade. Ne manquait plus alors que le brio d’un comédien pour donner vie à la quarantaine de personnages, ce que Franck Desmedt fait avec une vérité, une maestria étonnantes. Avec quelle facilité déconcertante passe-t-il, en un instant, d’un personnage à l’autre, tantôt la mère de famille inquiète mais responsable, le vieillard impotent, l’adolescent attiré par le danger ou encore l’écrivain plein de morgue ! Avec lui, nous traversons tous les stades de l’émotion sans rien perdre de cet humour si particulier qui caractérise le style pétillant d’Irène Némirovsky. Devant ce travail d’orfèvre, le spectateur est happé, séduit, surpris. L’espace d’un moment, nous oublions que nous sommes sous les bombes pour nager dans le bonheur !
Philippe Escalier
Théâtre La Bruyère : 5, rue La Bruyère 75009 Paris
Du mardi au samedi à 19 h ; matinée le samedi à 15 h
http://www.theatrelabruyere.com – 01 48 74 76 99
À noter que Tempête en juin est suivie d’une seconde représentation consacrée au second opus de l’œuvre, Suite Française qui se joue à 21 h. Le 17 octobre 2019 aura lieu, à l’issue des deux représentations, une rencontre avec les comédiens, les adaptateurs et metteurs en scène.


C’est à une belle et douce ballade sur les chemins de la curiosité et de l’amour des livres que nous invite Cliff Paillé à l’Essaïon. En compagnie de Pauline Phélix, son histoire est écoutée et vécue par le spectateur avec curiosité et gourmandise.
Une mise en scène imaginative et loufoque de Ladislas Chollat et une troupe remarquable rajeunissent cette pièce d’Agatha Christie, donnée à La Pépinière théâtre, pour en faire un moment jouissif et plein d’humour auquel on adhère sans réserve.

Ce spectacle, à l’affiche des Mathurins, qui pourrait être sous-titré « Mémoires d’une jeune fille dérangée » mêle histoire familiale et histoires d’amour, psychoses et folie douce, avec une bonne dose de délire et d’humour noir.

Ce roman d’Alexandre Jardin a donné lieu à une superbe adaptation de Fannie Lineros qui met en scène une jeune troupe talentueuse et dynamique venue nous offrir avec une générosité sans limite un moment de théâtre jubilatoire.




La découverte de ce texte, magistralement joué au Théâtre des Barriques par son auteur, Geoffrey Rouge-Carrassat, est un formidable choc ! Du théâtre à l’état pur !

Deux jeunes comédiens ont choisi d’adapter une nouvelle peu connue de Stefan Zweig. « Le Voyage dans le passé » qu’Anysia Deprele et Tristan Impellizzeri nous proposent au Théâtre de L’Observance à Avignon, est une belle ode à l’amour, sensible et romantique.

Le festival d’Avignon fourmille de possibilités. Finir une journée de spectacles par une comédie enlevée, désopilante et bien écrite est un plaisir qui ne se refuse pas. « Le Secret de Sherlock Holmes » au Théâtre Notre-Dame à 22 h 15 est donc un passage obligé qui en ravira plus d’un !
Michel Heim est passé maître dans l’art de raconter l’Histoire à sa façon, en alexandrins et avec une bonne dose d’humour. Madame est morte !, qui se joue aux Corps Saints durant le festival d’Avignon, ne déroge pas à la règle et nous laisse entendre un texte aussi bien écrit que désopilant.
Dans Madame est morte ! Michel Heim reste fidèle à l’Histoire la plus classique qu’il n’hésite pourtant pas à violer au passage afin de lui faire, pour reprendre la formule d’Alexandre Dumas, de beaux enfants. Il en découle que ce moment de théâtre passionnera autant ceux qui aiment Stéphane Bern que les aficionados des chansonniers. Les dialogues qu’échangent nos trois personnages, sont croustillants. Grand connaisseur de la chanson française, l’auteur n’hésite jamais à émailler son propos de phrases empruntées à la variété française la plus connue, ni à manier les anachronismes, effet comique garanti ! Le sérieux côtoie donc les moments les plus cocasses, sans compter les innombrables allusions sexuelles qui pimentent le texte, toujours avec beaucoup de finesse, Michel Heim pouvant légitimement revendiquer le titre de Prince sans rire tant son humour sait rester percutant et délicat.