Huckleberry Finn, le musical

Philippe_Escalier_DSC_1547 copieEn adaptant l’un des plus grands romans de la littérature américaine, le Théâtre de la Huchette, entourée d’une équipe de choc, démontre une nouvelle fois sa capacité à nous surprendre et à nous éblouir.

Huit ans après Les Aventures de Tom Sayer, Marc Twain publie ce qui sera le second pilier majeur de son œuvre, inspiré pour partie de sa propre expérience de pilote de bateau à vapeur du Mississippi, Les Aventures de Huckleberry Finn. Dans cette descente du grand fleuve américain, un jeune garçon maltraité par son père et un esclave noir sont en fuite sur un radeau de fortune et ce, en plein milieu du XIXème. L’occasion pour le premier de vivre un grand voyage initiatique, pour le second de tenter d’échapper à sa condition. Les thèmes de l’émancipation, de l’indicible bêtise du racisme et de la férocité qui l’accompagne, sont traités à travers une belle histoire d’amitié ponctuée de nombreux rebondissements et de rencontres multiples au cours desquels leur vie sera mise en danger. En d’autres termes, si l’aventure est bien présente, ce n’est pas au détriment d’une réflexion profonde sur l’injustice établie au cœur des société, en particulier la société américaine et l’éternel combat pour le respect de la dignité humaine, si souvent menacée.

Philippe_Escalier_DSC_1422 copie
L’adaptation d’un roman épique est une vraie gageure, plus encore sous sa forme musicale et sur une scène aux dimensions aussi intimistes que celle du théâtre de la Huchette. Le réussite du spectacle tient à l’alignement de quatre planètes. D’une part une mise en scène de Hélène Cohen, aussi inventive que possible, usant de tous les stratagèmes et de toutes les finesses pour incarner le roman, nous transporter dans l’espace et dans le temps, avec une mise en abyme particulièrement subtile à travers un mini théâtre de marionnettes en arrière fond. Ensuite une superbe partition musicale signée Didier Bailly ponctuant de façon très originale et sur de superbes thèmes, le récit, permettant ainsi au talent de parolier d’Eric Chantelauze, qui n’est plus à démontrer, de s’exprimer pleinement. Last but not least, les trois comédiens sont magnifiques : Morgane L’Hostis étonnante, donnant son allure un peu androgyne au jeune héros, Joël O’Cangha, donne à l’esclave sa dimension juste et sensible et Joël O’Cangha est truculent (Maître de cérémonie et autres apparitions). Tous méritent un flot de louanges pour la qualité de leur interprétation et les exploits (joués et chantés) qu’ils réalisent sur scène.
L’occasion d’aller revisiter le roman de Mark Twain et de constater de visu les miracles que peut réaliser le spectacle vivant quand l’imagination et les talents sont au rendez-vous est trop belle pour que nous la laissions passer.

Texte et photos Philippe Escalier

Théâtre de la Huchette : 23, rue de La Huchette,  75005 Paris
Du mardi au vendredi à 21 h et samedi à 16 h et 21 h
01 43 26 38 99 – http://www.theatre-huchette.com

Affiche_HUCK-40x60-BD

Good Night

DSC_5886Le thriller de Romain Poli, à l’affiche de l’Arrache-Cœur, plonge le spectateur dans une histoire prenante et énigmatique. Superbement joué et parfaitement construit, Good Night génère une montée en tension source d’émotions fortes.

Paris, la nuit. Un jeune homme s’introduit dans un appartement par une fenêtre laissée entrouverte quand il est découvert par la propriétaire des lieux qui s’empare d’un revolver. Prise de panique, elle lui ordonne de s’enchaîner à un lit. Commence alors un interrogatoire pendant lequel nous irons de surprises en surprises. La pièce de Romain Poli, construite sur de nombreux rebondissements, ne peut être racontée davantage, au risque d’amputer sérieusement le plaisir que l’on prend en voyant ce spectacle. Le scénario est captivant, il va crescendo et ne laisse aucun répit avant de s’achever sur un véritable coup de théâtre. Mais avant l’étonnant final, l’auditoire va entendre deux histoires, découvrir deux vies, deux personnalités avec leurs faiblesses, leurs amours, leurs interrogations et leurs blessures dans un moment où il n’y a d’autre issue que d’aller au bout et laisser tomber les masques Les apparences sont trompeuses, les situations peuvent se retourner, celui qui est menotté n’est pas le moins libre, celle qui détient une arme n’est pas la plus menaçante. Les moments de vie que nous offre Good Night sont profondément humains. La façon dont l’auteur laisse ses personnages se raconter, en mettant à jour leurs failles les plus profondes, est terriblement touchante. Embarqué dés les premières minutes, l’attention du public, ne fléchira pas.

L’intensité et l’émotion sont d’autant plus imparables que les deux acteurs ont un jeu d’une force et d’une richesse permettant de donner toute sa dimension au texte. Mis en scène par Guillaume Mélanie, Nouritza Emmanuelian et Romain Poli donnent le meilleur d’eux-mêmes. Et le brio de leur interprétation n’est pas pour rien dans les multiples sensations qui nous étreignent durant la pièce.

Texte et photo : Philippe Escalier

Good Night à L’Arrache-Cœur : 18, rue du 58éme Régiment d’infanterie 84000 Avignon
16 h 50 salle Vian – du 5 au 28 juillet (relâche 15 et 22 juillet) 1h 15
04 86 81 76 97

GOOD NIGHT Avignon 2019 affiche.jpg

Homme encadré sur fond blanc

© Fabienne Rappeneau 017 HDPierric Tenthorey, magicien à l’état pur

Le spectacle de Pierric, « Homme encadré sur fond blanc » au Théâtre Tristan Bernard, par sa richesse, son originalité et son humour constitue une surprise de taille. La découverte de ce jeune artiste aux multiples talents et à la personnalité déjà très affirmée est propice à un véritable moment de grâce.

Il y a des films en 3 D. L’univers de Pierric pourrait entrer dans cette catégorie, tellement, avec lui, nous abordons plusieurs dimensions. D’abord la magie qu’il maitrise au point d’avoir été sacré champion du monde en 2015. Ensuite, une belle et réjouissante poésie avec laquelle il raconte une histoire, en nous faisant oublier des techniques de haut niveau, parfaitement maîtrisées, au service d’un lot d’absurdités, de moments drôles et surprenants. Avec lui, tout est suggéré, esquissé, rien n’est jamais surligné et règne en maître cet humour gestuel, omniprésent et subtil qui plonge le spectateur, heureux de tant de légèreté, dans un perpétuel ravissement.

Avec « Homme encadré sur fond blanc », nous entamons une balade loin des sentiers battus, où le noir et blanc caractérisent tout à la fois le fond et la forme. Car cet homme en costume sombre, enfermé entre des murs clairs, nous transplante quasiment dans un de ces anciens films sans paroles et ce ne sont pas les trois mots qu’il lâche qui vont contrarier cette impression. Le récit auquel nous assistons est fait de mimiques, de contorsions savantes et de gags, il serait plus juste de parler de trouvailles, qui nous renvoient au meilleur du septième art, du temps du muet, l’on pense au raffinement d’un Buster Keaton ou à l’inventivité et à la vivacité d’un Tex Avery. Combattant des réalités changeantes quoique répétitives, qui se jouent de lui, l’homme, comme en butte à un destin facétieux, se heurte à des parois, se bat avec des portes qui refusent de le laisser sortir, s’étonne face à des poignets qui apparaissent et disparaissent comme par enchantement. Le cinéma a recours à des effets spéciaux, ici c’est tout le talent de magicien de Pierric qui est appelé à la rescousse pour nous surprendre et nous mener au bout de cette curieuse histoire bien mouvementée. Et parmi les paradoxes d’un spectacle si riche qu’il est bien difficile à cataloguer, comment ne pas applaudir l’opportunité rare et jubilatoire qui nous est donnée de nous évader en assistant à un moment tout entier centré autour de l’enfermement ?

© Fabienne Rappeneau 028 HD
Le titre, l’affiche et la symbolique de la pièce de Pierric Tenthorey renvoie à l’art pictural, (nous pardonnera-t-il de l’appeler Le Tenthorey, même s’il est plus tourné vers Magritte que vers l’artiste vénitien de la Renaissance ?) tant son univers est précis et stylisé, ce qui n’exclut nullement nombre de facéties venant pimenter son show, dont celles de son corps rebelle, redoutablement souple, manifestant des velléités d’indépendance, refusant parfois de lui obéir.
Portant un chapeau, notre artiste n’en a pas moins plusieurs casquettes : comédien, magicien, contorsionniste, mime, c’est aussi un superbe clown, jamais triste. Car avec Pierric Tenthorey, on nage dans l’étonnement, dans l’absurde mais surtout et avant tout dans le bonheur.

Philippe Escalier

Théâtre Tristan Bernard : 64, rue du Rocher 75008 Paris
Jusqu’au 30 août 2019
Du mardi au vendredi à 21 h ; samedi à 18 h et 21 h
01 45 22 08 40 – http://www.theatretristanbernard.fr

image002

Interview Joseph Gorgoni alias Marie-Thérèse Porchet

photo portrait Joseph 2017Nathalie Rendu.La découverte, à Paris en 1999, de Joseph Gorgoni dans Marie-Thérèse Porchet, fait l’effet d’une bombe. Son spectacle coécrit avec Pierre Naftule, donnera lieu à 350 représentations mémorables suivies de 5 soirées à l’Olympia. Vingt ans après, «La truie est en moi» est à l’affiche de la Gaîté Montparnasse pour le plus grand bonheur du public visiblement ravi de retrouver, enfin, son personnage fétiche.

Joseph Gorgoni, avoir attendu vingt ans, était-ce pour créer un manque ? Si oui, c’est réussi !
Non (rires). D’ailleurs, J’imaginais bien qu’il y aurait des gens contents de me voir mais je n’imaginais pas un tel enthousiasme. C’est assez fou. J’ai toujours eu cette envie de revenir mais il fallait le théâtre adéquat, les bons partenaires. Trouver cette alchimie tout en travaillant beaucoup a demandé du temps.

Comment a été fait le choix de la Gaîté Montparnasse ?
Le directeur que je connais depuis longtemps était venu me voir, à l’époque, à Caumartin. Il n’avait déjà proposé son théâtre mais quand je suis revenu avec « Marie-Thérèse amoureuse », en 2003, la Gaîté étant trop petite, ce sont les Bouffes Parisiens qui nous ont fait le plaisir de nous accueillir. Ici aussi, je me sens très bien. J’adore ce théâtre, le public est vraiment autour de moi, je suis comme dans une bonbonnière. Je ne peux pas rêver meilleure ambiance, depuis le début, chaque spectacle se termine avec les gens applaudissant debout !

© Philippe_Escalier_DSC_0376 (1).jpg

C’était une évidence que ce retour se fasse avec « La truie est en moi » ?
Pierre Naftule me l’a suggéré en me disant que beaucoup ne l’avaient pas vue. Personnellement j’en avais pas trop envie, je craignais que le texte ait un peu vieilli, j’ai toujours été persuadé que l’humour se démodait. Je l’ai repris pour le relire et j’ai ri, alors j’ai dit banco !

On sent le côté un peu nostalgique avec un public qui connait bien le texte et ses meilleures réparties !
Oui, il y a des fans, et c’est un grand plaisir. Je ne dis pas cela par fausse modestie, mais je ne pensais pas que Marie-Thérèse serait restée autant dans l’esprit des gens, cela m’épate. Mais on a passé les deux premières semaines et ça commence à changer. Maintenant je sens que c’est plus mélangé, avec une partie plus importante de spectateurs pour qui c’est une découverte.

Marie-Thérèse revient avec les mêmes vêtements…
… Quasiment oui !

Question vache pour Marie-Thérèse : a-t-il fallu les ajuster ?
Je vais être tout à fait honnête : oui bien sûr, à l’époque, je dansais encore, j’étais une crevette. J’ai pris vingt ans quand même ! Mais à bien y regarder, pas tant que ça en fait. On a juste dû adapter quelques ceintures, le tablier pour que je sois à l’aise. La robe de fin est nouvelle. Pour le reste, les costumes ont l’âge du spectacle. Ils ont été bien conservés.

N’est-ce pas trop difficile quand on crée un tel personnage d’en être un peu prisonnier ? Vous avez dit un jour que vous aimeriez que Marie-Thérèse parle moins et vous un peu plus !
Non, je n’ai pas le sentiment d’être prisonnier. D’abord je n’ai aucun problème avec le fait que les gens m’appellent Marie-Thérèse dans la rue. Ensuite, j’ai écrit avec Pierre Naftule « De A à Zouc », où j’apparais pour raconter l’impact du personnage sur ma vie, un spectacle avec lequel nous avons décroché beaucoup de récompenses. Mais au final, ce n’est pas compliqué d’être Marie-Thérèse tout le temps. Je me suis un peu embarqué dans cette aventure sans faire de plan de carrière, c’est un accident heureux si je puis dire. Je ne vais pas m’en plaindre !

© Philippe_Escalier_DSC_0411 copie

Il y a eu plusieurs suites que vous avez jouées essentiellement en Suisse !
Oui, la dernière était « Marie-Thérèse Porchet, 20 ans de bonheur ! » pour les 20 ans en 2013. Je voulais raconter les deux décennies du personnage. On a rencontré un succès énorme, c’est un spectacle moins « dramatique » et plus en stand-up que je pourrais adapter à Paris. Des huit suites que nous avons faites depuis, c’est peut-être celle que je reprendrais, car je ne compte pas attendre vingt ans pour revenir !

Vous dites tellement de choses sur la Confédération, vous pourriez presque être la Marianne Helvète !
De la Suisse romande ! Ceci dit, j’ai fait plusieurs tournées, en Suisse alémanique, avec « Uf Düütsch ! » en bernois qui plus est, qui se sont très bien passées. Ils avaient juste un peu de mal à comprendre, les cinq premières minutes, pourquoi je me moquais d’eux et de leur langue tellement particulière, car eux, ne se moquent pas de nous, ils disent que nous sommes un peu fainéants, mais cela ne va pas plus loin. Comme nous, les francophones, sommes une minorité, on ne se moque pas des minorités !

On ne le dira jamais assez mais Marie-Thérèse est une aventure extraordinaire !
Oui, c’est fou, c’est un peu inexplicable même si nous avons beaucoup travaillé. Pourquoi ce personnage a fonctionné tout de suite, je n’ai pas la réponse, cela m’échappe un peu mais j’en suis très content.

C’est un personnage unique, n’y a pas tellement d’exemples, et puis toujours en duo, Marianne James, les Vamps, Catherine et Liliane.
Je crois que ce qui fonctionne c’est que l’on est dans une pièce, pas du stand-up, devenu un exercice très courant. Marianne quand elle faisait « Ultima Récital », c’est un peu la même famille, d’ailleurs, on avait la même production.

© Philippe_Escalier_ DSC_0425 copie

La collaboration continue toujours avec Pierre Naftule ?
Oui, un peu ralentie parce que Pierre est assez malade. Mais c’est quelqu’un de très important, on ne le voit pas et pourtant il est la seconde moitié du spectacle. Je suis Marie, il est Thérèse !

Une question personnelle pour finir : peut-on travailler autant et avoir une vie sentimentale ?
Il faut croire que oui, je suis en couple depuis vingt ans avec Florian. Et tout se passe très bien. Il est comédien et nos occupations séparées nous aident à rester un couple soudé.

Propos recueillis par Philippe Escalier

Théatre de la Gaîté Montparnasse : 26, rue de la Gaîté 75014 Paris
Du mercredi au samedi à 21 h et dimanche à 16 h 
01 43 20 60 56 – http://www.gaite.fr

AFFICHE MARIE THERESE PORCHET

BRONX

de - Mise en scene - Decor - Lumieres - Costumes - Theatre - 2018 - avec :Nous ramenant dans le Bronx des années 60, Chazz Palminteri retrace le cheminement d’un gamin tiraillé entre le monde de la mafia et sa famille, à travers un récit riche en rebondissements que Francis Huster nous fait vivre au Poche Montparnasse avec une remarquable intensité.

La pièce autobiographique écrite par Chazz Palminteri est un petit bijou auquel personne n’a résisté, surtout pas Robert de Niro qui l’adapte au cinéma. En 1993, son « Il était une fois le Bronx » contribue à populariser l’histoire de Cologio, un jeune garçon témoin d’un meurtre mais refusant d’en dénoncer l’auteur, qu’il connait et qui le fascine. Sunny, le maffieux responsable du crime, chef de bande particulièrement puissant, prend alors le gamin sous son aile, le traite comme un fils, au grand dam de son père, chauffeur de bus italien, très à cheval sur les principes, ayant toujours refusé de se compromettre avec ses compatriotes vivant dans la facilité et la délinquance. Cologio sera alors partagé entre ces deux hommes jusqu’à ce que le destin vienne régler cet étrange conflit de paternité.

Les deux éléments constitutifs d’un inoubliable moment de théâtre sont ici réunis. D’une part, un texte brillant, imagé, plein d’humour, décrivant parfaitement le milieu des malfrats italiens, insistant sur le personnage principal, le truculent Sunny, capo di tutti capi. L’argent qui coule à flot, le respect et surtout la crainte qu’il inspire ne peuvent qu’éblouir son protégé, issu d’un milieu où l’argent manque cruellement. Au contact de ce père adoptif, il apprend que les ouvriers, comme son paternel, acceptant de tirer le diable par la queue, sont des tocards. Comme par enchantement, tout ce qui était compliqué devient d’une facilité déconcertante grâce à la protection soudaine dont il bénéficie. L’entourage du caïd, servile à souhait, à la fois sauvage pour la concurrence et fraternel avec les affidés, fait partie de son nouveau monde. Pour incarner ces personnages, il fallait, d’autre part, un acteur hors pair, capable de jongler avec les différents rôles, en donnant vie à ces figures diverses et hautes en couleurs, pouvant passer très vite du rire aux armes ! Francis Huster, avec cette facilité qui caractérise les très grands, campe magistralement les acteurs du drame, tout en recréant l’ambiance toujours tendue et atypique d’une banlieue gangrénée par la pègre où règne le droit du plus fort. Un geste, une pose, une intonation et il nous offre sur la petite scène intimiste du Poche Montparnasse toute la richesse du texte adapté par Alexia Perimony, mis en scène par Steve Suissa qui sait parfaitement illustrer ce récit par de délicates touches sonores ou lumineuses. Francis Huster porte son art à des niveaux insoupçonnés et nous plonge, avec une infinie délicatesse, dans ce monde de brutes d’où nous ressortons submergés de sensations et d’émotions.

Philippe Escalier

Théâtre de Poche Montparnasse : 75, boulevard du Montparnasse 75006 Paris
Du mardi au samedi à 21 h et dimanche à 17 h 30
01 45 44 50 21 – wwwtheatredepoche-montparnasse.com

DSC_8152

The importance of being earnest

DSC_8131De ce vaudeville génial et plein de panache comme Oscar Wilde savait si bien en écrire, Gérald Barry a fait un opéra-comique contemporain, sublimé par la mise en scène colorée et délicieusement exubérante de Julien Chavaz à l’Athénée théâtre Louis Jouvet.

« Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéïenne », le triste adage romain n’a jamais paru plus adapté qu’en 1895 quand Oscar Wilde triomphe avec ses deux dernières pièces, « De l’importance d’être constant » et « Un Mari idéal » , immédiatement suivies par une déchéance complète née d’un procès pour atteinte aux bonnes mœurs qui le condamne à deux terribles années de travaux forcés. Avant cette déchéance, son verbe et son goût pour l’aphorisme saillant l’avaient propulsé à un degré de gloire rarement atteint, lui permettant de décrire avec un esprit mordant ces classes supérieures qui vont pourtant l’encenser, avant de le vouer aux gémonies. Et l’on retrouve ses thèmes de prédilection, l’hypocrisie de la bonne société, une frivolité cultivée comme un art de vivre et les inénarrables rapports homme-femme dans « De l’importance d’être Constant », ce vaudeville où deux jeunes hommes s’inventent chacun un alter ego pour échapper à leurs obligations mondaines, avant de payer le prix de leur stratagème.
C’est principalement une commande du Philharmonique de Los Angeles et de son chef, Gustavo Dudamel qui entraine le compositeur irlandais Gerald Barry à composer la musique de cet opéra dont la pièce d’Oscar Wilde sert de livret…

La suite de cet article sur le site d’Un fauteuil pour l’orchestre :

The importance of being earnest, opéra-comique de Gérald Barry, d’après Oscar Wilde, mise en scène de Julien Chavaz à l’Athénée théâtre Louis Jouvet

Du 16 au 24 mai 2019
Mercredi, jeudi, vendredi à 20 h
1h 40
L’Athénée, théâtre Louis Jouvet
Square de l’Opéra Louis-Jouvet
7 rue Boudreau 75009 Paris
01 53 05 19 19
http://www.athenee-theatre.com

La Boule rouge

Philippe_Escalier_DSC_7117Construite essentiellement sur un jazz band accompagnant une troupe nombreuse et talentueuse, « La Boule rouge » offre au public du théâtre des Variétés un moment original et agréable à découvrir.

Nous voici durant les années 20, cette période qualifiée de « folle » tant l’on mettait alors d’énergie et d’exubérance à vivre pour oublier les horreurs de la guerre. Charles de l’Arquebuse, (l’excellent Maxime Guerville), un jeune bourgeois émoustillé par une serveuse de cabaret, va pousser ses deux amis à l’imiter et à placer leurs économies dans la refonte de ce lieu en difficulté où l’on vient aimer, boire et danser. Passer de fils à papa à directeur d’une quasi boite de nuit n’est pas de nature à faciliter ses relations familiales, mais qu’importe si cette aventure lui permet de larguer les amarres et de rencontrer l’amour. Pour nourrir ce scénario assez classique, Constance Dollfus et Clément Henaut ont eu la bonne idée de faire appel à un jazz band de quatre musiciens et à une troupe de seize jeunes artistes, tous excellents.
La particularité de ce spectacle musical est de surprendre en mettant en décalage et en opposition la période de référence et les chansons venant raconter l’histoire en s’emparant de tubes bien plus contemporains (un bon demi-siècle les sépare) dont les paroles sont allègrement détournées. Parmi eux, on notera « I’m so excited », « Je suis malade » ou encore « Feeling good ». Cette opération de piratage, consistant à garder la musique mais à changer les paroles, une technique aux effets garantis, n’est pas, ici, toujours parfaitement réussie et la première partie en particulier donne lieu à quelques moments de flottement, le show prenant aussi un peu de temps pour se mettre en place. La seconde partie, plus dynamique, vient faire oublier ses petites imperfections. Après notamment un duo très drôle, dans le style années 40, interprété devant le rideau baissé et dans deux cercles de lumière par Rémi Palazy et Guillaume Sorel, la comédie musicale s’achève sur un feu d’artifice parfaitement chorégraphié par Eva Tesiorowski, éblouissant et euphorisant. Comme pendant tout le spectacle, la troupe, sans faiblesse aucune, avec une homogénéité, une énergie et un savoir-faire remarquables, donne le meilleur, accompagnée par quatre musiciens hors pair, menés par le pianiste Simon Froget-Legendre. Dans ces conditions, l’ensemble ne peut qu’atteindre son but, divertir musicalement et offrir de très beaux tableaux chantés et dansés, en présentant une brochette de jeunes artistes qui méritent notre soutien et votre visite.

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre des Variétés : 7 Boulevard Montmartre 75002 Paris
Jusqu’au 22 juin 2019, jeudi,vendredi et samedi à 20 h
01 42 33 09 92 – http://www.theatre-des-varietes.fr

Philippe_Escalier_DSC_6911DSC_6844

Lili Cros et Thierry Chazelle font l’Olympia

© Philippe_Escalier_DSC_5689 copieAprès dix années de scène, ces deux magiciens de la chanson ont imprimé leur marque et créé un magnifique univers. Ils vont fêter une décennie de concerts à l’Olympia le 18 mai 2019 et offrir, pour l’occasion, le meilleur d’un répertoire à la fois poétique, facétieux et pour tout dire, unique !

Pour eux, tout a commencé en 2008. En pleine introspection, ils décident de prendre leurs guitares et de casser leur tirelire pour aller participer au festival de la chanson de Tadoussac, au Québec. Bien leur en a pris ! Le succès est immédiat, ce qui n’étonne nullement l’auteur de ces lignes qui lui, les a découvert, bien plus tard, les yeux émerveillés et les oreilles réjouies, sur la scène du théâtre des Quartiers d’Ivry. Parmi leurs innombrables qualités artistiques, la première chose évidente est qu’avec un naturel et une simplicité touchantes, leur permettant ce contact si proche et si fort qu’ils ont avec le public, ils nous offrent un vrai spectacle, d’une incroyable densité, multipliant les surprises, les trouvailles scéniques et les textes les plus originaux et les plus variés.
Leur répertoire, aux multiples sources d’inspiration, va notamment vous inviter à la désopilante visite d’un sex-shop, vous présenter le concept jubilatoire, aussi moderne qu’absurde, de la chanson française… en anglais, avant de vous embarquer dans un irrésistible moment d’amour, non sans vous avoir auparavant donné tous les conseils pour éviter ce désastre : la rencontre avec l’âme sœur ! Entre temps, Lili, qui vocalise avec une aisance redoutable, vous aura dévoilé sa passion ravageuse pour un certain Clint Eastwood. Les thèmes choisis sont mis en relief grâce à leur façon si particulière et si poignante de les traiter, tant sur le plan musical que littéraire, ce dernier qualificatif étant parfaitement adapté à la qualité de leurs écrits. À chaque note, à chaque chanson, sans effort, avec légèreté, nos deux artisans de grand talent marquent de leur patte authentique et sensible ce spectacle chanté et dansé qui nous emporte. Chacune de leur interprétation nous plonge dans une atmosphère différente, nous donnant l’impression d’assister à une série de clips captivants, tant l’inventivité est forte, tant ils parviennent avec justesse à incarner leurs mots superbes et généreux, épaulés en cela par les idées de mise en scène de Fred Radix et François Pilon « Clown Vulcano ». Les deux compères, en parfaite harmonie avec le couple, font merveille. Comme si cela ne suffisait pas au bonheur ambiant, notre duo a un humour qui ne laisse rien passer, dévoilant un regard aigu sur notre quotidien, mais toujours avec une infinie tendresse. Dans la vingtaine de chansons que comporte leur répertoire actuel, avec beaucoup de modestie et de douceur, ils nous offrent un peu de leur vision du monde et elle fait plaisir à entendre. N’en doutez surtout pas, avec eux, le quotidien, qu’il soit rose ou gris, prend des allures extraordinaires !
Lili Cros et Thierry Chazelle ont déjà décroché de nombreuses récompenses, ils n’attendent plus aujourd’hui que cette consécration : votre visite à l’Olympia. Avec eux et en chansons, vous ferez un voyage dont vous garderez longtemps le souvenir émerveillé!

Texte et photos Philippe Escalier
L’Olympia : 28, boulevard des Capucines 75009 Paris
Samedi 18 mai 2019 à 20 h
http://www.olympiahall.com – 0 892 68 33 68

© Philippe_Escalier_DSC_5721 copie© Philippe_Escalier_DSC_5737 copie© Philippe_Escalier_DSC_5846 copie© Philippe_Escalier_DSC_5908 copie

Silence, on tourne !

Bernard Richebé-2016-11-24_I7I9484La réputation de faiseur de comédies aussi irrésistibles que délicieuses de Patrick Haudecoeur n’est pas prête de se ternir tant « Silence on tourne! », co-écrit avec Gérald Sibleyras génère dans le public du théâtre Fontaine l’enthousiasme et les rires les plus généreux.

À peine installé dans son fauteuil, l’on comprend que la soirée sera à nulle autre pareille. Pour accueillir une salle pleine à craquer, trois instrumentistes installent une ambiance musicale et festive, qui laisse présager que nous allons être amenés à jouer un rôle durant cette soirée. Une intuition vite confirmée, le grand art de nos deux auteurs résidant dans cette communion totale avec ceux qui sont venus les voir. Du reste, l’on apprend, d’entrée de jeu que, pour les besoins du film sur le point de se tourner, nous sommes des figurants, rassemblés dans un grand théâtre. Bon enfant, le public confiant, se prête aux jeux des premières recommandations qui lui sont adressées et aux tests de réactions qui lui sont demandés, avant d’assister à ce tournage pendant lequel, rien ne va se passer comme prévu. Les gags et les catastrophes vont se succéder, nous allons voir se décliner des histoires d’ambition et de passion, où les amours sont contrariées (marié trompé à la clé) tandis que vont s’enchaîner toute une série de clichés sur les acteurs, toujours brillamment détournés, ici l’on fait dans la dentelle, pas dans la facilité ! Nous n’allons pas vous dévoiler un scénario que vous allez découvrir et qui finalement importe peu car l’essentiel réside dans le talent de Patrick Haudecoeur (on lui doit notamment « Thé à la menthe ou t’es au citron » et « Frou-Frou les Bains »). Lui qui a gardé la frimousse d’un grand adolescent farceur au grand cœur, a un humour qui lui ressemble, aussi percutant, efficace que généreux, l’on oserait presque ajouter, light et bio. Car l’on serait bien en peine de trouver chez lui et chez son compère Gérald Sibleyras, la moindre once de vulgarité. Tous deux ont la grâce : sans aller chercher des effets impossibles, avec beaucoup de naturel et de simplicité, tout ce qu’ils imaginent et mettent en place fonctionne admirablement. Séduite dès les premiers instants, la salle toute entière se laisse entrainer sans la moindre résistance. Et lorsqu’arrive l’épisode du spectateur appelé à la rescousse et prié de monter rejoindre les acteurs, pour une scène toute particulière, ce ne sont plus des rires mais des fous-rires qui se font entendre. Nul besoin de faire de coupures dans un tournage où tout tourne à l’hilarité générale, grâce aussi à une troupe plus que parfaite : trop nombreuse pour être citée, elle mérite un grand coup de chapeau. Les occasions de s’amuser avec autant de plaisir au théâtre n’étant pas si fréquentes, l’on décernerait bien à « Silence on tourne ! » le label de « comédie de l’année », si ce spectacle ne triomphait déjà depuis deux ans !

Philippe Escalier -photos @Bernard Richebé 

Théâtre Fontaine : 10, rue Pierre Fontaine 75009 Paris
Du 12 mars au 25 mai 2019 : 
jeudi et vendredi 20 h 45, le samedi 16 h 30 et 20 h 45 ; le dimanche 16 h.

Du 14 juin au 30 juin 2019 :
Mercredi, jeudi et vendredi 20 h 30, le samedi 17 h et 20 h 30 ; le dimanche 16 h.
01 48 74 74 40 – http://www.theatrefontaine.com

Capture d’écran 2019-04-24 à 12.20.24Bernard Richebé-2016-11-24_I7I9336

 

 

Roméo et Juliette

Thomas Willaime (Roméo) et Manon Montel (Juliette) copyright Pierre Colletti_rdcThéâtrale et musicale, l’adaptation réussie signée par Manon Montel au Lucernaire parvient à concentrer en une heure vingt « Roméo et Juliette » en gardant intactes la beauté et la force de l’œuvre, grâce notamment à une superbe distribution.

S’il fallait résumer en deux mots le travail de Manon Montel, deux adjectifs viendraient tout de suite à l’esprit : fidélité et originalité. Si le respect de la pièce est absolu et donne à voir ou à découvrir le drame sans qu’il n’y manque rien d’important, l’originalité est bien présente : avec une bonne dose d’inventivité, elle nous permet de nous replonger, dans la Vérone des deux célèbres amants. Tout est fait pour que nous retrouvions le tourbillon incessant, la poésie et la trivialité, la joie et le drame qui marquent la pièce de William Shakespeare dont la notoriété nous épargne tout résumé. L’on s’amusera, néanmoins, à dénicher dans la richesse de ce texte foisonnant, cette citation intemporelle et cruellement lucide : « L’amour des jeunes gens n’est pas vraiment dans le cœur, il n’est que dans les yeux ». Très jeunes gens en effet puisque Juliette est censée n’avoir que quatorze ans (!) et que Roméo ne fait pas trop de difficultés pour changer de passion, un peu comme de chemise : l’un des drames les plus terribles du répertoire est donc bien, avant tout, une histoire d’adolescents !

DSC_4277

Mais revenons sur l’exploit de Manon Montel qui réside dans le fait de créer un moment de théâtre à part, adaptant sans trahir, restituant la substantifique moelle, en restant, si l’on ose dire, toujours dans la ligne éditoriale ! L’esprit de l’œuvre étant plus que jamais présent ici, on notera le choix ô combien judicieux, pour toujours aller à l’essentiel, de jouer sans décors ni fioritures. Afin de pallier à cette frugalité (permettant au jeu des acteurs de s’épanouir), la metteure en scène a fait appel à un soutien musical de premier ordre, donnant tout son sel à cette création. Samuel Sené, chef d’orchestre et compositeur ayant montré combien il était aussi homme de théâtre avec notamment « Un Chant de Noël » ou « Comédiens ! », a créé pour violoncelle, accordéon, guitare et voix, une superbe partition venant généreusement supporter le récit et nourrir les moments chorégraphiés. Ne restait plus alors pour apprécier cette belle architecture, qu’une troupe au diapason. C’est bien ce que nous avons avec les six comédiens qui occupent le plateau. Claire Faurot, en plus d’accordéoniste, est une nourrice parfaite, chantant et donnant les noms d’animaux les plus doux à sa Juliette qu’incarne avec conviction Manon Montel. Xavier Berlioz montre d’entrée qu’il peut remplacer avantageusement le chœur et surtout, incarne Frère Laurent avec une exceptionnelle vérité. Thomas Willaime est un fougueux et séduisant Roméo, ami, à la vie à la mort de Mercutio, solaire et vibrant Léo Paget maniant aussi bien le verbe que la guitare, ennemi du seul Tybalt, provocant, incisif, le très brun et ténébreux Jean-Baptiste Des Boscs aussi convaincant au poignard qu’à l’archet… de son violoncelle. Tous nous donnent tant de plaisir dans ce moment unique que l’on ne peut, à aucun moment, regretter cette adaptation raccourcie, dont acteurs comme spectateurs sortent grandis !

Texte et photos : Philippe Escalier – Photo de une : Pierre Colletti

Lucernaire, 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 Paris
Jusqu’au 1er juin 2019, du mardi au samedi à 20 h et dimanche à 17 h
01 45 44 57 34 – http://www.lucernaire.fr

DSC_4278

DSC_4289DSC_4283DSC_4294DSC_4301DSC_4319

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑