Sur le thème de la quête d’emploi, Anne Bourgeois a écrit un spectacle original qu’elle met en scène, interprété avec beaucoup de sensibilité par Laurence Fabre. Ensemble, à l’Essaïon, les deux artistes nous offrent un moment drôle et émouvant.
Tout a été dit sur ce thème : qu’il soit synonyme de corvée (« l’homme qui travaille perd un temps précieux » Cervantès) ou d’épanouissement (« La vie fleurit par le travail » Rimbaud), le labeur reste une valeur cardinale, celle qui donne un sens à toute vie. Pour certains, la recherche d’une entreprise peut être longue, douloureuse, voire tourner au cauchemar. Pour décrire les tourments de ceux pour qui chercher un emploi est un job à plein temps, Anne Bourgeois a écrit ces saynètes pleine de dérision, si bien jouées par la comédienne Laurence Fabre.
Pour bien comprendre à quel point cette obsession vient de loin, Entretiens d’embauche et autres demandes excessives débute par les questions rituelles posées à un enfant, en l’occurence ici, une petite fille : que veux-tu faire plus tard ? Le ton est donné mais, très vite, nous allons dépasser Pole Emploi pour aller vers une vision des rapports employeurs-employés, sous l’angle de la lucidité, de l’âpreté et de l’hilarité. Laurence Fabre, à mesure qu’elle avance dans sa démarche pour décrocher un poste, change de comportement, de tenue. Elle subit, se rebelle parfois, mais surtout désespère de ne se voir opposer que des refus. Avec elle, l’on décrypte le langage anglo-barbare de l’entreprise, l’on ressasse les codes et les expressions les plus à même de séduire le recruteur. L’on passe de l’univers du coach d’entreprise et de ses conseils avisés « dynamique, mais pas hystérique, motivée, mais pas affamée, émue mais pas cucul ! » à la déprime de la jeune femme trop tendre qui s’enfonce par ses réponses maladroites aussi fatalement que dans des sables mouvants. Pire encore, il lui arrive de s’ émouvoir à l’idée de prendre un job qui fera défaut à une autre. L’on assiste à de croquignolesques extraits d’entretiens, reconnaissant au passage le journaliste de France-Inter, Fabrice Drouelle qui a prêté sa voix chaude et familière, à l’invisible recruteur retors. La comédienne excelle à dépeindre son personnage tout en naïveté, victime de désillusions placées sous la dominante de la maladresse et du refus du cynisme ou du carriérisme. Et en même temps que nous suivons son parcours du combattant en quête d’un salaire, nous assistons à une critique en règle mais subtile du monde de l’entreprise. Seul petit bémol, ces deux thèmes majeurs se concurrencent un peu l’un l’autre. Néanmoins, le texte savoureux comme l’interprétation magistrale et pleine d’humanité de Laurence Fabre emportent l’adhésion. À défaut d’un boulot, nous aurons trouvé, avec ce spectacle, de la tendresse et beaucoup d’humour, en clair, tout ce que le monde du travail ne pourra jamais nous apporter !
Philippe Escalier
Essaïon : 6, rue Pierre au Lard 75004 Paris
Les lundis et mardis à 21 h
http://www.essaion.com – 01 42 78 46 42

Une mise en scène imaginative et loufoque de Ladislas Chollat et une troupe remarquable rajeunissent cette pièce d’Agatha Christie, donnée à La Pépinière théâtre, pour en faire un moment jouissif et plein d’humour auquel on adhère sans réserve.

Ce spectacle, à l’affiche des Mathurins, qui pourrait être sous-titré « Mémoires d’une jeune fille dérangée » mêle histoire familiale et histoires d’amour, psychoses et folie douce, avec une bonne dose de délire et d’humour noir.

Mélangeant allègrement tous les codes, musical hall, opérette, théâtre, construit aussi bien pour un public jeune que pour les adultes les plus exigeants, L’Amour vainqueur est l’un des moments les plus euphorisants du 73e festival d’Avignon.
La découverte de ce texte, magistralement joué au Théâtre des Barriques par son auteur, Geoffrey Rouge-Carrassat, est un formidable choc ! Du théâtre à l’état pur !

Deux jeunes comédiens ont choisi d’adapter une nouvelle peu connue de Stefan Zweig. « Le Voyage dans le passé » qu’Anysia Deprele et Tristan Impellizzeri nous proposent au Théâtre de L’Observance à Avignon, est une belle ode à l’amour, sensible et romantique.

Le festival d’Avignon fourmille de possibilités. Finir une journée de spectacles par une comédie enlevée, désopilante et bien écrite est un plaisir qui ne se refuse pas. « Le Secret de Sherlock Holmes » au Théâtre Notre-Dame à 22 h 15 est donc un passage obligé qui en ravira plus d’un !
Michel Heim est passé maître dans l’art de raconter l’Histoire à sa façon, en alexandrins et avec une bonne dose d’humour. Madame est morte !, qui se joue aux Corps Saints durant le festival d’Avignon, ne déroge pas à la règle et nous laisse entendre un texte aussi bien écrit que désopilant.
Dans Madame est morte ! Michel Heim reste fidèle à l’Histoire la plus classique qu’il n’hésite pourtant pas à violer au passage afin de lui faire, pour reprendre la formule d’Alexandre Dumas, de beaux enfants. Il en découle que ce moment de théâtre passionnera autant ceux qui aiment Stéphane Bern que les aficionados des chansonniers. Les dialogues qu’échangent nos trois personnages, sont croustillants. Grand connaisseur de la chanson française, l’auteur n’hésite jamais à émailler son propos de phrases empruntées à la variété française la plus connue, ni à manier les anachronismes, effet comique garanti ! Le sérieux côtoie donc les moments les plus cocasses, sans compter les innombrables allusions sexuelles qui pimentent le texte, toujours avec beaucoup de finesse, Michel Heim pouvant légitimement revendiquer le titre de Prince sans rire tant son humour sait rester percutant et délicat.


