Le Bossu de Notre-Dame

Quand Victor Hugo est adapté et mis en scène par Olivier Solivérès au Théâtre de la Gaité, on obtient un spectacle jeune public de belle facture où les enfants rient beaucoup et les adultes tout autant.

Olivier Solivérès est devenu, au fil de ses créations, en particulier « Ados » qui a connu un succès retentissant, spécialiste du spectacle pour enfants. « Le Bossu », en ce moment à l’affiche de la Gaité, est particulièrement bien écrit et ficelé. Tout commence par un prélude pendant lequel, devant un rideau baissé, trois des comédiens viennent faire rire le public. Puis le rideau se lève sur un beau décor en carton-pâte et d’entrée l’auditoire est captivé. Les dialogues comme les gags sont drôles et bien travaillés, les références en tous genre (surtout musicales) et autres anachronismes sont particulièrement efficaces avec un double degré de lecture faisant que les parents rient au moins autant que leur progéniture. Le terrible Frollo ne parviendra pas à s’emparer du cœur d’Esméralda qui pourra rejoindre les bras protecteurs du chevalier Phoebus sous le regard attendri de Quasimodo. Les excellents comédiens sur le plateau (Laura Favie, Augustin de Monts, Tristan Robin et Benjamin Cohen) prennent un plaisir évident à jouer et chanter ce texte plein de surprises, dopés qu’ils sont par les rires du public qui confirme qu’un bon spectacle pour enfants est aussi un bon moment pour les plus grands. Quel meilleur moyen de découvrir l’univers de Hugo et de donner aux plus jeunes l’envie d’en découvrir davantage (et de retourner au théâtre !) que ce beau spectacle tonique et hilarant, joyeux mariage entre la comédie musicale et la commedia dell’arte, à voir presque tous les jours durant cette période de vacances !

Texte et photo © Philippe Escalier

26, rue de la Gaîté 75014 Paris
M° Gaîté / Edgar Quinet
01 43 20 60 56 –  www.gaite.com

Marianne James : tout est dans la voix

Fidèle à elle-même mais capable de se renouveler, Marianne James revient au Théâtre Libre pour un seule en scène musical étonnant qui vient cueillir le public pour une balade faite de surprises, d’humour et d’amour.

Disons le d’entrée, le terme « seule en scène » ne lui convient vraiment pas, tant l’artiste fait son show avec et pour nous. Immédiatement, le public est pris à bras le corps, dans une étreinte faussement sauvage mais vraiment chaleureuse, lui faisant égrener une leçon de chant façon Marianne donnée durant 1 h 30 émaillée de multiples surprises, pendant laquelle le public rit, chante et applaudit, tout cela en même temps et sans temps mort. Pour ce qui pourrait ressembler à une Histoire du chant, de la préhistoire à nos jours, elle évoque l’évolution, les cordes vocales, le corps humain, mais pas que.… Tout ce qu’elle dit est rigoureusement vrai, mais rien n’a l’air sérieux puisque tout est affirmé avec cet humour tranchant et surprenant que Marianne James affectionne. Elle se livre à des imitations irrésistibles, se confie, nous raconte des histoires et, grand moment, nous donne sa version de Guillaume Tell. Face à ces élans de générosité si touchants, le public, transformé en chorale en répétition, séduit et conquis dés les premières secondes, s’abandonne, donne tout et se livre de bon cœur à d’hilarantes vocalises. Impossible à résumer tant il est dense, ce spectacle enchanteur ô combien vivant, dans lequel nous retrouvons un subtil condensé du parcours de Marianne James, est une incarnation parfaite de ce que devrait être tout artiste : un infatigable diffuseur de bonheur !

Scène Libre : 4, bd de Strasbourg 75010 Paris du jeudi au samedi à 19 h et dimanche 15 h – 01 42 38 97 14

Texte et photo : © Philippe Escalier

Coscoletto

Avis de tempête aux Gémeaux : le « Coscoletto » de la compagnie Les Zolibrius fait souffler un vent de folie sur le festival OFF d’Avignon. Une belle découverte aussi surprenante qu’hilarante !

© Cédric Vasnier

Après « Monsieur Choufleuri » et « L’Ile de Tulipatan », les Zolibrius ont eu la bonne idée de ressusciter une courte opérette de Jacques Offenbach en deux actes datant de 1865. Le livret et la partition ayant totalement disparu en France, il ne subsistait qu’une version allemande qui a servi de base à cette remarquable renaissance. Tout ce qui est signé du maître de l’opérette, chouchou du Second Empire, portant l’assurance d’une qualité musicale, bien leur en a pris ! Ce vaudeville loufoque à souhait, est construit autour d’un marchand de macaronis marié à une femme que tout son entourage lui envie. Maladivement jaloux, il entre en guerre contre tous les hommes amoureux du quartier avant qu’un réveil du Vésuve ne vienne rappeler ce petit monde à plus de réalisme. La mise en scène de Guillaume Nozach, qui signe l’excellente adaptation particulièrement riche et inventive avec Vinh Giang Vovan, contribue à faire de cette délirante tornade musicale, très retravaillée mais fidèle à l’esprit d’Offenbach, un petit bijou. Cet hymne à l’amour aux multiples péripéties et aux personnages cocasses est mené tambour battant par une troupe exemplaire accompagnée par un pianiste et une violoncelliste (Jeyran Ghiaee et Maëlise Parisot). Alexis Meriaux, magnifique dans le rôle titre et dont on jurerait lors de la bacchanale finale qu’il a le diable au corps, est entouré de Laetitia Ayrès, Nicolas Bercet, Dorothée Thivet, Hervé Roibin et Alexandre Martin-Varroy Tous se donnent entièrement, avec autant de justesse que de talent pour nous offrir 1 h 10 de pur plaisir. Le final étant grandiose, le public subjugué et quasi envouté n’hésite pas une seconde à se lever pour leur faire une généreuse ovation amplement méritée.

Philippe Escalier

Les Gémeaux à 16 h 40 : 10, rue du Vieux Sextier, 84000 Avignon – 09 87 78 05 58

© Philippe Escalier

Britannicus Tragic Circus

La nouvelle création des Épis Noirs fait salle comble au Théâtre du Balcon faisant souffler un vent de folie dans le OFF 2022 avec un spectacle délirant et haut en couleurs.

BRITANNICUS PHOTO : OLIVIER. BRAJON

L’une des traditions des Épis Noirs est de s’attaquer à nos grands mythes fondateurs. Avec visiblement un goût particulier pour Racine. Après « Andromaque », les voici en train de revisiter « Britannicus ». De fond en comble. Poésie, burlesque et musical sont les armes avec lesquelles Pierre Lericq (auteur, metteur en scène assisté de Bérangère Magnani) et sa troupe dézinguent celui qui, avec Corneille, est le plus grand de nos classiques. L’œuvre de Racine n’est qu’un prétexte à plus d’une heure de spectacle absolument déjanté. Certes, les personnages de la tragédie sont là mais ils disent leur propre texte pimenté de quelques alexandrins dans une ambiance de cirque assez fellinienne, où le clown serait roi. Imaginez-vous en mai 68 après JC. Si l’on résume l’intrigue, vous allez dire : « Mais c’est quoi ce cirque ? ». Et c’est là que les Epis Noirs interviennent. Pierre Lericq installe le théâtre dans le théâtre et, en Monsieur Loyal, conduit son petit monde, association d’intermittents du spectacle ratés, à coups de fouet, vantant auprès du public ses qualités de dresseur. Une dureté indispensable pour tenir ces artistes enivrés par la scène, toujours prêt à donner le bras quand on ne leur demande que la main. Tout est massivement surligné et pourtant, rien n’est excessif. Il n’est pas si exagéré de penser que cet ouragan rock et circassien pourrait être bien plus proche de l’auteur qu’on ne le croit. Mais oublions Racine, devenu ici roi des Punks et restons avec nos personnages lunaires et loufoques. Britannicus reste séduisant, pas seulement parce qu’il a l’apparence de l’excellent Jules Fabre mais parce qu’il touchant en grand ado inconscient, trop cool, amoureux de Junie qu’il préfère au pouvoir. Face à lui, Néron prend les traits de Tchavdar Pentchev qui est au centre du show auquel il contribue à donner avec brio, toute son intensité. Inquiétant maître chanteur, inhumain, rendu narcissique et violent par l’amère Agrippine que Marie Réache transforme avec talent en folle furieuse, sorte de mante religieuse incestueuse, obsédée par l’idée de mettre son fils sur le trône. Pour cela, elle prépare une omelette empoisonnée pour le malheureux Claude. Morale : on ne fait pas de coup d’État sans casser des œufs. Mais Néron veut, quoique marié, être aussi uni à Junie à laquelle Julie de Ribaucourt prête son art et sa grâce pendant que Gilles Nicolas, serviteur obséquieux est occupé à décrire tout haut le moindre de ses mouvements.

Cette troupe de comédiens musiciens danseurs sait tout faire, depuis tenir le public en haleine et en joie jusqu’à transformer un grand désordre apparent en monumentale réussite scénique. Ce théâtre populaire contribue à donner ses lettres de noblesse au spectacle vivant et du bonheur à ses spectateurs. Que demande le peuple ?

Texte : Philippe Escalier – Photos © Olivier Brajon

Théâtre du Balcon : 38, rue Guillaume Puy 84000 Avignon – Tlj sauf le mardi à 19 h 55

BRITANNICUS PHOTO : OLIVIER. BRAJON

Pomme d’Api

Qu’elles fassent partie du grand répertoire où qu’elles se présentent sous une forme plus courtes et plus modestes, les opérettes de Jacques Offenbach sont toutes irrésistibles et délicieuses. Quand elles sont jouées avec la distribution qui s’affiche au Girasole, le plaisir est total.

© Philippe Escalier

Dans « Pomme d’Api », le personnage principal répond au doux nom d’Amilcar Rabastens. Ce célibataire endurci, adepte des amours ancillaires, n’entend pas s’ennuyer et réclame une belle jeune fille en guise de domestique à un bureau de placement. Dans le même temps, il recueille chez lui son jeune et charmant neveu à qui il a demandé de rompre sa relation qui, selon lui, était trop durable. Le pauvre garçon arrive donc totalement désespéré. Or, il se trouve que la jeune domestique n’est autre que…Vous pouvez imaginer la suite.
Comme à son habitude, Offenbach surfe sur les situations les plus absurdes qu’il magnifie par des airs d’une qualité musicale irréprochable tranchant avec les textes loufoques à souhait de Ludovic Halévy, son librettiste attitré. Parmi les tubes de cette œuvre assez courte, l’on retiendra l’inénarrable « Va donc, va donc chercher le grill », permettant d’aborder ainsi, en cette période estivale, le thème majeur, trop souvent oublié…de la côtelette ! Tout est léger, totalement déjanté et d’une drôlerie sans nom. Cerise sur le gâteau, cette production se caractérise par un professionnalisme remarquable. La mise en scène d’Olivier Broda, un petit bijou, est aussi raffinée que stylisée, décuplant les effets comiques de ce scénario fou et mettant en valeur les qualités artistiques des trois comédiens chanteurs vocalement et scéniquement parfaits. Alice Fagard (on ne repousse pas une fiancée avec une voix pareille !), Frank Vincent, magistral comme toujours et Joris Conquet parfait dans tous les aspects comiques de son personnage tout en assurant avec brio sa partie chantée. La pianiste Delphine Dussaux accompagne ce trio infernal non sans démontrer qu’elle peut, elle aussi, jouer la comédie. Tous quatre nous font passer un inoubliable moment d’une gaieté et d’une fraicheur indispensables par les temps qui courent.

Philippe Escalier

Théâtre du Girasole : 24 bis rue Guillaume Puy, 84000 Avignon – tous les soirs à 21 h 15 sauf le lundi

Rock The Ballet : une tournée triomphale pour son dixième anniversaire !

À Paris, c’est la salle Pleyel qui accueille le 13 mai 2022 les danseurs de Rock the Ballet pour une soirée anniversaire qui s’annonce inoubliable !

Il y a dix ans, les danseurs et chorégraphes Adrienne Canterna et Rasta Thomas ont trouvé la recette du succès. Ils ont marié, avec un sens inné du spectacle, des danseurs professionnels venus de la danse classique avec des chorégraphies ultra modernes bourrées d’énergie et boostées par des tubes musicaux empruntés aux plus grandes stars de la pop. Cet ouragan a modernisé la danse et changé le regard que le public pouvait porter sur cette discipline. Il a permis à la troupe de Rock The Ballet de multiplier à l’envi les manifestations prestigieuses. Au fil des ans, c’est plus d’un million de spectateurs dans une vingtaine de pays qui ont participé aux tournées d’une compagnie glanant au passage une myriade de prix internationaux.
Pleyel s’avère être le lieu idéal pour ce concert anniversaire. La troupe s’y est, en effet, déjà produite en mars 2020 au cours de trois soirées marquantes. Ce retour aux sources se fait avec la présentation d’un nouveau spectacle signé Adrienne Canterna et construit sur une série de tableaux consacrés à la jeunesse. Cet hymne à l’amour et à la vie s’opère sur la base d’une trentaine de tubes signés Adele, Queen, Mickael Jackson, Madonna, Rihanna et Elton John pour n’en citer que quelques-uns. Sur ces musiques au pouvoir fédérateur incomparable, les dix danseurs de Rock The Ballet (3 filles et 7 garçons) vont venir séduire et enthousiasmer les spectateurs. Ensemble, ils vont nous rappeler que lorsqu’elle s’exprime avec autant de force et de talent, la danse, comme Paris, est une fête !

Philippe Escalier

La Truite

Au Théâtre du Gymnase, une séquence magnifiquement consTruite !

Ce petit bijou élaboré par Éric Bouvron et le groupe Accordzéâm autour de variations sur « La Truite » nous entraine dans un trépidant voyage musical en compagnie de cinq instrumentistes aussi talentueux que facétieux.

Sur le thème célébrissime du quintette de Schubert (popularisé par les détournements des Quatre barbus ou des Frères Jacques notamment), le groupe Accordzéâm a composé une série de variations aussi riches que raffinées, aux tonalités souvent espiègles, construites sur des parodies des grands styles musicaux classiques et populaires. Cette balade sonore inventive, drôle et originale nous fait passer par toutes les tonalités à travers tous les continents. Extrêmement rythmée, avec des enchainements enchanteurs, cette mosaïque musicale d’une homogénéité remarquable se termine, en toute logique, après nous avoir fait faire le tour de la planète, par de somptueuses variations sur la « Symphonie du Nouveau Monde ».

Cette partition est mise en scène avec une imagination sans limite et un irrésistible humour par Éric Bouvron qui orchestre magistralement la partie musicale à laquelle viennent s’ajouter des moments parlés faisant la part belle aux jeux de mots et autres calembours autour du poisson magnifié par Schubert, le tout en parfaite harmonie avec la subtilité des sons. L’humour régnant en maître, nous ne pouvons que constater à quel point, lorsqu’elle est, comme ici, tout en finesse, la parodie musicale peut être portée à des sommets. Franck Chenal à la batterie, Julien Gonzales à l’accordéon, Raphaël Maillet au violon, Jonathan Malnoury (hautbois et guitare) et Nathanaël Malnoury (contrebasse) font preuve d’une virtuosité rare à laquelle ils ajoutent un jeu d’acteur irréprochable. Le concert et la comédie s’épousent donc dans l’allégresse et le mélange des genres se fait avec une facilité déconcertante permettant d’offrir les joies de ce spectacle jubilatoire et délicat à tous les publics. Cette « Truite » vous fera nager dans le bonheur. Elle vous démontrera de quoi des musiciens sont capables sur scène en vous offrant cet inoubliable moment.

Texte et photo © Philippe Escalier

  • Théâtre du Gymnase Marie-BELL  : 38, boulevard de Bonne Nouvelle 75010 Paris
  • Du 24 Mars au 14 Mai 2022
  • Jeudi, vendredi, samedi à 19 h – 01 42 46 79 79

« Où sont passés vos rêves », stand-up musical d’Alexandre Prévert au Lucernaire

Voir Alexandre Prévert au Lucernaire c’est être sûr de commencer avec cet artiste musicien surdoué à la sensibilité à fleur de peau une histoire d’amour digne de Barbara et de bien d’autres. « Où sont passés vos rêves » est un superbe moment à voir et à revoir !

À 25 ans, Alexandre Prevert peut se flatter d’être un Ovni de la scène, inclassable, capable de proposer un spectacle à nul autre pareil. Ce qui n’étonnera pas qui connait son parcours atypique de musicien, sportif et lettré toujours profondément curieux et sensible. Au départ, tout repose sur ses talents de pianiste chevronné, passé par le Conservatoire et son goût pour la lecture et les mots. Avec ces deux atouts majeurs devenus l’équivalent de deux langues maternelles, il nous donne à entendre un récit aux accents autobiographiques, retraçant son questionnement devant le monde assez primaire et souvent cruel qui nous entoure. L’histoire qu’Alexandre Prévert nous raconte dans « Où sont passés vos rêves », au delà des messages humanistes qu’elle véhicule, est donc forcément ponctuée de passages musicaux et d’extraits littéraires. Les premiers (dont Mozart, Chopin, Bizet, Tozzi) sont remarquables tant par la facilité insolente qui est la sienne devant le clavier que par les enchainement qu’il sait si bien opérer entre les morceaux classiques et la chanson contemporaine, permettant à chacun de s’y retrouver et se s’émerveiller. Les seconds (Molière, Baudelaire, Luther King notamment) sont emblématiques de ce qui a été écrit de meilleur pour célébrer l’homme et la liberté. Les deux alternent au cours de cette balade ayant la douceur d’un largo d’une symphonie de Dvorak, le tout en lien étroit avec le public traité avec tout le respect et l’affection que l’on doit à son confident préféré. À cette proximité avec la salle s’ajoute ce généreux partage de la scène avec, vers la fin, l’arrivée inopinée de Maëlys Robinne, artiste à la voix envoutante, venue nous interpréter, de façon très personnelle, mais particulièrement touchante, une chanson de Barbara à qui Alexandre Prévert a voulu rendre hommage.

Paris a aujourd’hui la chance d’accueillir son quatrième opus. Le Lucernaire doit être remercié pour ces inestimables petits bonheurs qu’il va pouvoir offrir à un public désireux de sortir des sentiers battus, voulant aller à la rencontre d’un artiste d’une incroyable fraîcheur, chez qui la tête et le cœur ne font qu’un, pour qui un show réussi est avant tout un beau moment d’émotion et de partage. Et qui, tel un alchimiste ou un magicien, sait si bien transformer ses accès de mélancolie en joie de vivre.

Texte et photo : Philippe Escalier

Le Lucernaire : 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 Paris

Du mardi au samedi à 21 h et dimanche à 18 h – 01 45 44 57 34

Fantasio

Emmanuel Besnault et la troupe de L’Éternel Été dépoussière « Fantasio » en offrant aux spectateurs du Lucernaire un spectacle aussi joyeux qu’énergique et original.

Un peu comme la jeunesse juste avant mai 68, Fantasio s’ennuie. Pour vaincre la mini-déprime qui le frappe, n’ayant plus rien à perdre (le brave garçon est perclus de dettes) il va faire sa petite révolution et jeter quelques pavés dans la mare. Voyant passer le cercueil du fou de la Cour, il décide de prendre sa place. Cette usurpation lui permet de faire dérailler le mariage princier qui s’annonce et ce faisant, sauver la fille du roi d’un désastre annoncé. Curieux scénario écrit dans cette langue belle, douce et précise de Musset venu brosser le portrait d’une jeunesse passionnée, dans laquelle l’auteur ne pouvait que se reconnaître, en butte aux bourgeois prétentieux, socle du régime de Louis-Philippe resté dans l’Histoire comme le Roi-Bourgeois dont le règne sans passion commence en 1830, trois ans avant la publication de la pièce.

Pas de moment de théâtre réussi sans la coexistence de deux créateurs, un auteur et un metteur en scène, de préférence à la tête d’une belle troupe. C’est peu dire que Emmanuel Besnault nous donne à voir une œuvre dans l’œuvre. Avec panache, en musique, il additionne les saveurs qui viennent donner à son spectacle ce goût si relevé et si particulier. Entre le concert rock romantique, la flopée de références cinématographiques, théâtrales, les costumes magnifiques et le jeu des acteurs, cette ébouriffante folie scénique emporte tout sur son passage, à commencer par l’adhésion des spectateurs. Ce travail parfaitement pensé et structuré donne à ce mélange de comédie et de conte exalté qu’est « Fantasio », toute sa signification, avec une légèreté et une fougue rares. Il fallait le talent et l’expérience d’une troupe qui existe depuis plus de douze ans (répondant au joli nom de L’Éternel Été) pour incarner une pièce marquée du sceau de la jeunesse et de sa folie perturbatrice. Benoît Gruel dans le rôle titre est bluffant. Spark, l’ami fidèle est joué avec talent par la comédienne Deniz Türkmen qui abandonne son personnage travesti pour donner vie à la gouvernante de la princesse (magnifique Élisa Oriol) alors que Lionel Fournier est un séduisant valet prenant l’identité de son maître Manuel Le Velly, sombre et hystérique à souhait, désireux de se faire passer pour un autre afin d’observer son monde. Tout à la fois acteurs, instrumentistes et chanteurs, nos admirables comédiens partagent la scène avec la certitude de nous donner un incroyable moment festif. Ils sont jeunes et pourtant ils nous donnent avec une remarquable virtuosité ce que Musset aurait probablement adoré voir sur scène : un « Fantasio » vivant et coloré, superbement moderne et réjouissant.

Philippe Escalier – Photo © Valentin Perrin

L’Affaire de la rue de Lourcine

Il ne faut guère plus d’une heure à Eugène Labiche pour nous raconter, au Lucernaire, une histoire totalement déjantée, servie par une troupe survitaminée.

Se retrouver, quand on est un bon bourgeois rentier, avec un homme dans son lit, après une nuit de beuverie, passe encore, mais apprendre, suite à un quiproquo, que l’on aurait, avec lui, perpétré un assassinat armé d’un parapluie, voilà qui est de nature à semer la panique au foyer d’Oscar Lenglumé. Pour faire taire ceux qui pourraient dévoiler l’horrible crime, ce dernier envisage toutes les solutions.

Cette comédie chantée, créée à Paris en mars 1857 est avant tout profondément loufoque. Rien n’a de sens et l’on nage en plein délire. Quel intérêt alors me direz-vous ? Il se trouve que le spectacle est court, que l’intrigue, si délirante soit-elle, est parfaitement rythmée et l’occasion de mi-portraits croustillants. Les comédiens se donnent à fond et s’appuient sur la mise en scène millimétrée de Justine Vultaggio qui outre l’incarnation de l’épouse au foyer, introduit ses propres délires rythmés par quelques délicieuses chansons permettant de retrouver « C’est pas l’homme qui prend la mer » de Renaud ou encore un désopilant « Lavons-nous les mains » (qui pourrait servir à une campagne pro-gestes barrières !). Bref, menée tambour battant, cette folle comédie se révèle irrésistible avec quatre acteurs qui prennent visiblement un plaisir fou à jouer. Oscar Voisin, Reynold de Guenyveau, (magnifiques interprètes des deux personnages principaux) Gabriel Houdou et Maxime Seynave entrent dans la danse avec une énergie et une joie communicatives, nous offrant une heure formidablement récréative. Par les temps qui courent, cela ne se refuse pas !

Philippe Escalier

Lucernaire : 53 Rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris

Du mardi au samedi à 20 h et dimanche 15 h – 01 45 44 57 34

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