En moins de trois heures, Oliver Stone a retracé l’incroyable destin du plus grand mythe de l’Histoire occidentale.
Parti d’un petit royaume grec, la Macédoine, Alexandre se taille un empire colossal, mettant à genoux la puissante Perse. Général de génie, administrateur avisé, l’homme s’empare des nombreux territoires qu’il traverse durant les treize années d’une conquête insatiable. Il disparaît à 33 ans (si le Christ meurt au même âge, cela n’a rien d’un hasard !) et son Empire est partagé entre ses compagnons d’armes.
Il y a au moins deux raisons d’aller voir ce film non exempt de défauts, un certain goût pour le bavardage et d’horribles décors flambants neufs, faisant plus penser au Louvre des Antiquaires qu’à l’Antiquité ! D’abord, qui peut résister à l’incroyable prestation de Colin Farrell ? Capable de jouer sur des registres très différents, il est tout aussi crédible lorsqu’il regarde Hephaïstion avec des yeux de biche que lorsqu’il charge, couvert de sang et fou furieux, la cavalerie perse. Dans «Alexandre», le grand Colin Farrell confirme sa capacité à égaler les meilleurs. Avec un peu d’ironie, on notera que l’acteur, à l’image de celui qu’il incarne, est parti d’un petit pays européen (en l’occurrence l’Irlande) pour conquérir le plus puissant cinéma du monde.
Ensuite, si incertaine qu’elle soit parfois, Oliver Stone a choisi de scrupuleusement respecter la vérité historique. Cette attitude est trop rare, notamment dans un film américain, pour ne pas être applaudie. Respectueux des faits, le réalisateur n’a pas éludé l’homosexualité et la passion pour Hephaïstion, l’ami unique, l’alter ego à la mort duquel Alexandre ne survivra que quelques mois. Avec ses cheveux longs et ses regards tendres, Jared Leto, vu récemment dans «La Ligne rouge» et «Panic Room», donne au personnage une troublante véracité. On pourra pinailler en notant que cette relation est davantage montrée sous l’angle de la complicité virile. Mais d’évidence, pour un film très grand public, il y a là une heureuse nouveauté qui nous fait oublier le discours un peu embrouillé sur la tri sexualité du macédonien tenu par Oliver Stone durant le lancement du film. Sur ce sujet, nous préférons retenir que Colin Farrell « récidive » avec «La Maison au bout du monde» (sortie courant 2005) où il interprète un rôle d’homo.
Avec une belle distribution, Antony Hopkins, Angelina Jolie, Val Kilmer (surprenant dans le rôle de Philippe de Macédoine), «Alexandre» mérite d’être vu. Les américains l’ont un peu boudé, au motif qu’il était trop long, trop didactique et pas assez romancé. Parions que «la vieille Europe» saura se montrer plus subtile !
Philippe Escalier
