OCD Love

Capture d’écran 2019-06-10 à 13.04.39L-E-V Dance Company présente à Chaillot jusqu’au 13 juin, OCD Love, la nouvelle création de la chorégraphe israélienne, Sharon Eyal, provoquant ainsi la rencontre avec ce que la danse contemporaine offre de plus troublant et de plus innovant.

Elle a collaboré avec de nombreuses compagnies (Batsheva Dance Company, Carte Blanche Dance de Norvège ou la ), avant de fonder la sienne en 2013, en collaboration avec son compagnon, le musicien Gai Behar, à propos duquel elle dit : « Mes créations les plus importantes sont celles qui ont été faites après ma rencontre avec Gai. Celles d’avant ne comptent pas ». Profondément connectée au monde qui l’entoure et s’intéressant aux troubles qu’il génère, Sharon Eyal est attachée au signifiant. Son œuvre est là pour ressentir, témoigner et transcrire.

OCD Love est inspiré par un poème du slamer américain Neil Hilborn qui en 2013 accapare l’intérêt de la planète, par le biais d’Internet, avec un texte puissant traitant des troubles du comportements, en l’occurrence les fameux Troubles Obsessionnels Compulsifs dont il est lui-même atteint et qui vont bouleverser une rencontre amoureuse essentielle : « La première fois que je l’ai vue…Tout s’est calmé dans ma tête.. ». Ainsi débute le récit d’un dysfonctionnement radical qui ne pouvait que parler au talent créatif de Sharon Eyal. Elle reconnait avoir été accaparée, hypnotisée par cette lecture. « Je ne pouvais m’arrêter de lire assure-elle, je voyais déjà ce texte comme une chorégraphie ou un moule dans lequel on pourrait verser son inspiration et une part de soi ». De fait, c’est une danseuse (Mariko Kakizaki )qui est au centre d’OCD Love dont elle assure les longues premières minutes introductives. Très lentement, presque au ralenti, elle entre sur scène, avec des mouvements cassés, saccadés, erratiques, on l’imagine prisonnière d’un démon intérieur ne lui laissant aucun répit et dont elle ne peut s’affranchir. Tout dans ses gestes exprime le mal-être. À l’écoute des tics-tacs binaires, envoutants et stridents d’une horloge bruyante, l’on voit se démener cet humain aussi inadapté à son monde que l’albatros de Baudelaire peut l’être au sien. Arrivent ensuite les cinq autres danseurs sur la musique du DJ Ori Lichtik, répétitive comme l’est par excellence la musique techno, à l’image des troubles, placés au cœur du sujet de cette chorégraphie.

La suite de l’article ici, sur le site de Un fauteuil pour l’orchestre :

OCD Love, L-E-V Dance Company, chorégraphie de Sharon Eyal, musique Ori Lichtik, Chaillot-Théâtre National de la Danse

NEAR

IMG_2881.rdjpgLe riche programme des rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis se terminant le 22 juin 2019 a donné l’occasion au public de découvrir le ballet Cullberg, dans la première française de Near, signée Eleanor Bauer.

S’il fallait associer un chorégraphe à un peintre, sans nul doute, le nom d’Eleanor Bauer, installée à Stockholm depuis 2017, devrait être accolé à celui de Jérôme Bosch, tant son travail est dense, foisonnant, onirique et étonnant. Car ce qui préside d’abord à la vision de son œuvre, c’est la surprise au sens où rien de ce qui se passe n’est attendu et rien de ce que vous allez voir n’a déjà été vu. D’ailleurs, il n’est pas inutile de préciser d’entrée de jeu que la jeune chorégraphe, originaire du Nouveau-Mexique, est avant tout une performeuse. Ses tableaux, occupant généreusement la totalité de la scène sur laquelle est disposée un décor disparate, figurant une sorte de squat urbain, fait de bric et de broc, où la clarté obtenue par des tubes de néons incandescents parvient à gagner quelques espaces sur l’obscurité ambiante, font penser à des scènes de cinéma underground.

La suite de l’article sur :

Near, Ballet Cullberg, chorégraphie Eleanor Bauer, conception Eleanor Bauer et Jonatan Leandoer Håstad alias Yung Lean, MC 93, Bobigny

Near
Eleanor Bauer – Ballet Cullberg Conception Eleanor Bauer et Jonatan Leandoer Håstad/Yung Lean
Chorégraphie : Eleanor Bauer
Avec : Adam Schütt, Anand Bolder, Camille Prieux, Daniel Sjökvist, Eleanor Campbell, Gesine Moog, Giacomo Citton, Katie Jacobson, Mohamed Y. Shika, Suelem de Oliveira da Silva, Sylvie Gehin Karlsson, Unn Faleide
Musique : Jonatan Leandoer Håstad/Yung Lean en collaboration avec Frederik Valentin
Décors : Josefin Hinders
Création lumières : Jonatan Winbo
Création costumes : Pontus Pettersson
Répétitions : Lisa Drake
Assistant décors : Linnea Birkelund
Dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis.
www.rencontreschoregraphiques.com

Durée : 1 h

MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis
9, boulevard Lénine
93000 Bobigny
01 41 60 72 72
https://www.mc93.com/

BRONX

de - Mise en scene - Decor - Lumieres - Costumes - Theatre - 2018 - avec :Nous ramenant dans le Bronx des années 60, Chazz Palminteri retrace le cheminement d’un gamin tiraillé entre le monde de la mafia et sa famille, à travers un récit riche en rebondissements que Francis Huster nous fait vivre au Poche Montparnasse avec une remarquable intensité.

La pièce autobiographique écrite par Chazz Palminteri est un petit bijou auquel personne n’a résisté, surtout pas Robert de Niro qui l’adapte au cinéma. En 1993, son « Il était une fois le Bronx » contribue à populariser l’histoire de Cologio, un jeune garçon témoin d’un meurtre mais refusant d’en dénoncer l’auteur, qu’il connait et qui le fascine. Sunny, le maffieux responsable du crime, chef de bande particulièrement puissant, prend alors le gamin sous son aile, le traite comme un fils, au grand dam de son père, chauffeur de bus italien, très à cheval sur les principes, ayant toujours refusé de se compromettre avec ses compatriotes vivant dans la facilité et la délinquance. Cologio sera alors partagé entre ces deux hommes jusqu’à ce que le destin vienne régler cet étrange conflit de paternité.

Les deux éléments constitutifs d’un inoubliable moment de théâtre sont ici réunis. D’une part, un texte brillant, imagé, plein d’humour, décrivant parfaitement le milieu des malfrats italiens, insistant sur le personnage principal, le truculent Sunny, capo di tutti capi. L’argent qui coule à flot, le respect et surtout la crainte qu’il inspire ne peuvent qu’éblouir son protégé, issu d’un milieu où l’argent manque cruellement. Au contact de ce père adoptif, il apprend que les ouvriers, comme son paternel, acceptant de tirer le diable par la queue, sont des tocards. Comme par enchantement, tout ce qui était compliqué devient d’une facilité déconcertante grâce à la protection soudaine dont il bénéficie. L’entourage du caïd, servile à souhait, à la fois sauvage pour la concurrence et fraternel avec les affidés, fait partie de son nouveau monde. Pour incarner ces personnages, il fallait, d’autre part, un acteur hors pair, capable de jongler avec les différents rôles, en donnant vie à ces figures diverses et hautes en couleurs, pouvant passer très vite du rire aux armes ! Francis Huster, avec cette facilité qui caractérise les très grands, campe magistralement les acteurs du drame, tout en recréant l’ambiance toujours tendue et atypique d’une banlieue gangrénée par la pègre où règne le droit du plus fort. Un geste, une pose, une intonation et il nous offre sur la petite scène intimiste du Poche Montparnasse toute la richesse du texte adapté par Alexia Perimony, mis en scène par Steve Suissa qui sait parfaitement illustrer ce récit par de délicates touches sonores ou lumineuses. Francis Huster porte son art à des niveaux insoupçonnés et nous plonge, avec une infinie délicatesse, dans ce monde de brutes d’où nous ressortons submergés de sensations et d’émotions.

Philippe Escalier

Théâtre de Poche Montparnasse : 75, boulevard du Montparnasse 75006 Paris
Du mardi au samedi à 21 h et dimanche à 17 h 30
01 45 44 50 21 – wwwtheatredepoche-montparnasse.com

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The importance of being earnest

DSC_8131De ce vaudeville génial et plein de panache comme Oscar Wilde savait si bien en écrire, Gérald Barry a fait un opéra-comique contemporain, sublimé par la mise en scène colorée et délicieusement exubérante de Julien Chavaz à l’Athénée théâtre Louis Jouvet.

« Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéïenne », le triste adage romain n’a jamais paru plus adapté qu’en 1895 quand Oscar Wilde triomphe avec ses deux dernières pièces, « De l’importance d’être constant » et « Un Mari idéal » , immédiatement suivies par une déchéance complète née d’un procès pour atteinte aux bonnes mœurs qui le condamne à deux terribles années de travaux forcés. Avant cette déchéance, son verbe et son goût pour l’aphorisme saillant l’avaient propulsé à un degré de gloire rarement atteint, lui permettant de décrire avec un esprit mordant ces classes supérieures qui vont pourtant l’encenser, avant de le vouer aux gémonies. Et l’on retrouve ses thèmes de prédilection, l’hypocrisie de la bonne société, une frivolité cultivée comme un art de vivre et les inénarrables rapports homme-femme dans « De l’importance d’être Constant », ce vaudeville où deux jeunes hommes s’inventent chacun un alter ego pour échapper à leurs obligations mondaines, avant de payer le prix de leur stratagème.
C’est principalement une commande du Philharmonique de Los Angeles et de son chef, Gustavo Dudamel qui entraine le compositeur irlandais Gerald Barry à composer la musique de cet opéra dont la pièce d’Oscar Wilde sert de livret…

La suite de cet article sur le site d’Un fauteuil pour l’orchestre :

The importance of being earnest, opéra-comique de Gérald Barry, d’après Oscar Wilde, mise en scène de Julien Chavaz à l’Athénée théâtre Louis Jouvet

Du 16 au 24 mai 2019
Mercredi, jeudi, vendredi à 20 h
1h 40
L’Athénée, théâtre Louis Jouvet
Square de l’Opéra Louis-Jouvet
7 rue Boudreau 75009 Paris
01 53 05 19 19
http://www.athenee-theatre.com

La Boule rouge

Philippe_Escalier_DSC_7117Construite essentiellement sur un jazz band accompagnant une troupe nombreuse et talentueuse, « La Boule rouge » offre au public du théâtre des Variétés un moment original et agréable à découvrir.

Nous voici durant les années 20, cette période qualifiée de « folle » tant l’on mettait alors d’énergie et d’exubérance à vivre pour oublier les horreurs de la guerre. Charles de l’Arquebuse, (l’excellent Maxime Guerville), un jeune bourgeois émoustillé par une serveuse de cabaret, va pousser ses deux amis à l’imiter et à placer leurs économies dans la refonte de ce lieu en difficulté où l’on vient aimer, boire et danser. Passer de fils à papa à directeur d’une quasi boite de nuit n’est pas de nature à faciliter ses relations familiales, mais qu’importe si cette aventure lui permet de larguer les amarres et de rencontrer l’amour. Pour nourrir ce scénario assez classique, Constance Dollfus et Clément Henaut ont eu la bonne idée de faire appel à un jazz band de quatre musiciens et à une troupe de seize jeunes artistes, tous excellents.
La particularité de ce spectacle musical est de surprendre en mettant en décalage et en opposition la période de référence et les chansons venant raconter l’histoire en s’emparant de tubes bien plus contemporains (un bon demi-siècle les sépare) dont les paroles sont allègrement détournées. Parmi eux, on notera « I’m so excited », « Je suis malade » ou encore « Feeling good ». Cette opération de piratage, consistant à garder la musique mais à changer les paroles, une technique aux effets garantis, n’est pas, ici, toujours parfaitement réussie et la première partie en particulier donne lieu à quelques moments de flottement, le show prenant aussi un peu de temps pour se mettre en place. La seconde partie, plus dynamique, vient faire oublier ses petites imperfections. Après notamment un duo très drôle, dans le style années 40, interprété devant le rideau baissé et dans deux cercles de lumière par Rémi Palazy et Guillaume Sorel, la comédie musicale s’achève sur un feu d’artifice parfaitement chorégraphié par Eva Tesiorowski, éblouissant et euphorisant. Comme pendant tout le spectacle, la troupe, sans faiblesse aucune, avec une homogénéité, une énergie et un savoir-faire remarquables, donne le meilleur, accompagnée par quatre musiciens hors pair, menés par le pianiste Simon Froget-Legendre. Dans ces conditions, l’ensemble ne peut qu’atteindre son but, divertir musicalement et offrir de très beaux tableaux chantés et dansés, en présentant une brochette de jeunes artistes qui méritent notre soutien et votre visite.

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre des Variétés : 7 Boulevard Montmartre 75002 Paris
Jusqu’au 22 juin 2019, jeudi,vendredi et samedi à 20 h
01 42 33 09 92 – http://www.theatre-des-varietes.fr

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Lili Cros et Thierry Chazelle font l’Olympia

© Philippe_Escalier_DSC_5689 copieAprès dix années de scène, ces deux magiciens de la chanson ont imprimé leur marque et créé un magnifique univers. Ils vont fêter une décennie de concerts à l’Olympia le 18 mai 2019 et offrir, pour l’occasion, le meilleur d’un répertoire à la fois poétique, facétieux et pour tout dire, unique !

Pour eux, tout a commencé en 2008. En pleine introspection, ils décident de prendre leurs guitares et de casser leur tirelire pour aller participer au festival de la chanson de Tadoussac, au Québec. Bien leur en a pris ! Le succès est immédiat, ce qui n’étonne nullement l’auteur de ces lignes qui lui, les a découvert, bien plus tard, les yeux émerveillés et les oreilles réjouies, sur la scène du théâtre des Quartiers d’Ivry. Parmi leurs innombrables qualités artistiques, la première chose évidente est qu’avec un naturel et une simplicité touchantes, leur permettant ce contact si proche et si fort qu’ils ont avec le public, ils nous offrent un vrai spectacle, d’une incroyable densité, multipliant les surprises, les trouvailles scéniques et les textes les plus originaux et les plus variés.
Leur répertoire, aux multiples sources d’inspiration, va notamment vous inviter à la désopilante visite d’un sex-shop, vous présenter le concept jubilatoire, aussi moderne qu’absurde, de la chanson française… en anglais, avant de vous embarquer dans un irrésistible moment d’amour, non sans vous avoir auparavant donné tous les conseils pour éviter ce désastre : la rencontre avec l’âme sœur ! Entre temps, Lili, qui vocalise avec une aisance redoutable, vous aura dévoilé sa passion ravageuse pour un certain Clint Eastwood. Les thèmes choisis sont mis en relief grâce à leur façon si particulière et si poignante de les traiter, tant sur le plan musical que littéraire, ce dernier qualificatif étant parfaitement adapté à la qualité de leurs écrits. À chaque note, à chaque chanson, sans effort, avec légèreté, nos deux artisans de grand talent marquent de leur patte authentique et sensible ce spectacle chanté et dansé qui nous emporte. Chacune de leur interprétation nous plonge dans une atmosphère différente, nous donnant l’impression d’assister à une série de clips captivants, tant l’inventivité est forte, tant ils parviennent avec justesse à incarner leurs mots superbes et généreux, épaulés en cela par les idées de mise en scène de Fred Radix et François Pilon « Clown Vulcano ». Les deux compères, en parfaite harmonie avec le couple, font merveille. Comme si cela ne suffisait pas au bonheur ambiant, notre duo a un humour qui ne laisse rien passer, dévoilant un regard aigu sur notre quotidien, mais toujours avec une infinie tendresse. Dans la vingtaine de chansons que comporte leur répertoire actuel, avec beaucoup de modestie et de douceur, ils nous offrent un peu de leur vision du monde et elle fait plaisir à entendre. N’en doutez surtout pas, avec eux, le quotidien, qu’il soit rose ou gris, prend des allures extraordinaires !
Lili Cros et Thierry Chazelle ont déjà décroché de nombreuses récompenses, ils n’attendent plus aujourd’hui que cette consécration : votre visite à l’Olympia. Avec eux et en chansons, vous ferez un voyage dont vous garderez longtemps le souvenir émerveillé!

Texte et photos Philippe Escalier
L’Olympia : 28, boulevard des Capucines 75009 Paris
Samedi 18 mai 2019 à 20 h
http://www.olympiahall.com – 0 892 68 33 68

© Philippe_Escalier_DSC_5721 copie© Philippe_Escalier_DSC_5737 copie© Philippe_Escalier_DSC_5846 copie© Philippe_Escalier_DSC_5908 copie

Proust en clair

Homme de théâtre et fin lettré, Jacques Mougenot met au théâtre de la Huchette son subtil talent de conteur dans une présentation passionnante aussi sensible que touchante de Marcel Proust, permettant de découvrir, non sans humour, à quel point l’homme et l’œuvre ne faisaient qu’un.

Celui qui figure parmi les plus grands écrivains français, avec son style ô combien littéraire, dont les phrases aux parenthèses interminables sont restées légendaires, fait, avec sa « Recherche », disons les choses comme elles sont, parfois peur. Ceux qui l’ont lu en entier l’adorent, les autres (les plus nombreux) le regardent comme une pièce de musée fragile qu’il convient de regarder de loin, sans la toucher. Jacques Mougenot a décidé de s’attaquer à ce monstre sacré, il le fait de manière incroyablement pédagogique, drôle et attachante. Son seul en scène commence à la façon d’un Alain Decaux raconte. Une bonne quinzaine de minutes pour nous dire, à travers des anecdotes savoureuses, qui était l’homme, sa maladie et sa vie (l’attachement maternel quasi pathologique, la nécessité de vivre le plus souvent alité, dans une chaleur aseptisée, ses sorties mondaines et nocturnes…). Pensez que le plus bel esprit de France, foudroyé par l’asthme dés son enfance, passa les quinze premières années de sa vie d’homme à ne rien faire d’autre qu’à courir le soir les plus grands salons aristocratiques pour observer, scruter, écouter et accessoirement, dépenser avec générosité les moyens que la fortune familiale lui avait apportés. Son don pour la mémorisation et l’étude des détails seront ses premiers atouts pour décrire une société huppée, insouciante et frivole, qu’il peindra avec tant de détails et de bonheur dans les tomes de « à la recherche du temps perdu », mêlant si subtilement sociologie, psychologie et philosophie, avec cet intérêt pour la notion du temps, celui qui s’écoule, nous échappe et que l’on s’échine à rattraper. Appelant à la rescousse Paul Morand, Stefan Zweig, André Gide ou Jean Cocteau, Jacques Mougenot apporte des témoignages extérieurs précieux, avant de nous donner, ponctués par quelques notes de musique d’Hervé Devolder, trois extraits de l’œuvre, particulièrement éclairant. Grand acteur, c’est avec peu de gestes qu’il sait donner vie à cette prose magnifique, nous faisant passer, en un clin d’œil, de l’étonnement à l’émotion, laissant transparaitre dans son jeu une affectueuse et respectueuse admiration. C’est donc bien à un tour de force que se livre avec sobriété mais non sans brio, Jacques Mougenot. Son « Proust en clair » nous enchante au point de nous laisser sortir de son spectacle avec la furieuse envie de lire ou relire notre grand auteur national !

Philippe Escalier

Théâtre de la Huchette : 23, rue de la Huchette 75005 Paris
Du mardi au samedi à 21 h – matinée samedi à 16 h 30
http://www.theatre-huchette.com – 01 43 26 38 99

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Silence, on tourne !

Bernard Richebé-2016-11-24_I7I9484La réputation de faiseur de comédies aussi irrésistibles que délicieuses de Patrick Haudecoeur n’est pas prête de se ternir tant « Silence on tourne! », co-écrit avec Gérald Sibleyras génère dans le public du théâtre Fontaine l’enthousiasme et les rires les plus généreux.

À peine installé dans son fauteuil, l’on comprend que la soirée sera à nulle autre pareille. Pour accueillir une salle pleine à craquer, trois instrumentistes installent une ambiance musicale et festive, qui laisse présager que nous allons être amenés à jouer un rôle durant cette soirée. Une intuition vite confirmée, le grand art de nos deux auteurs résidant dans cette communion totale avec ceux qui sont venus les voir. Du reste, l’on apprend, d’entrée de jeu que, pour les besoins du film sur le point de se tourner, nous sommes des figurants, rassemblés dans un grand théâtre. Bon enfant, le public confiant, se prête aux jeux des premières recommandations qui lui sont adressées et aux tests de réactions qui lui sont demandés, avant d’assister à ce tournage pendant lequel, rien ne va se passer comme prévu. Les gags et les catastrophes vont se succéder, nous allons voir se décliner des histoires d’ambition et de passion, où les amours sont contrariées (marié trompé à la clé) tandis que vont s’enchaîner toute une série de clichés sur les acteurs, toujours brillamment détournés, ici l’on fait dans la dentelle, pas dans la facilité ! Nous n’allons pas vous dévoiler un scénario que vous allez découvrir et qui finalement importe peu car l’essentiel réside dans le talent de Patrick Haudecoeur (on lui doit notamment « Thé à la menthe ou t’es au citron » et « Frou-Frou les Bains »). Lui qui a gardé la frimousse d’un grand adolescent farceur au grand cœur, a un humour qui lui ressemble, aussi percutant, efficace que généreux, l’on oserait presque ajouter, light et bio. Car l’on serait bien en peine de trouver chez lui et chez son compère Gérald Sibleyras, la moindre once de vulgarité. Tous deux ont la grâce : sans aller chercher des effets impossibles, avec beaucoup de naturel et de simplicité, tout ce qu’ils imaginent et mettent en place fonctionne admirablement. Séduite dès les premiers instants, la salle toute entière se laisse entrainer sans la moindre résistance. Et lorsqu’arrive l’épisode du spectateur appelé à la rescousse et prié de monter rejoindre les acteurs, pour une scène toute particulière, ce ne sont plus des rires mais des fous-rires qui se font entendre. Nul besoin de faire de coupures dans un tournage où tout tourne à l’hilarité générale, grâce aussi à une troupe plus que parfaite : trop nombreuse pour être citée, elle mérite un grand coup de chapeau. Les occasions de s’amuser avec autant de plaisir au théâtre n’étant pas si fréquentes, l’on décernerait bien à « Silence on tourne ! » le label de « comédie de l’année », si ce spectacle ne triomphait déjà depuis deux ans !

Philippe Escalier -photos @Bernard Richebé 

Théâtre Fontaine : 10, rue Pierre Fontaine 75009 Paris
Du 12 mars au 25 mai 2019 : 
jeudi et vendredi 20 h 45, le samedi 16 h 30 et 20 h 45 ; le dimanche 16 h.

Du 14 juin au 30 juin 2019 :
Mercredi, jeudi et vendredi 20 h 30, le samedi 17 h et 20 h 30 ; le dimanche 16 h.
01 48 74 74 40 – http://www.theatrefontaine.com

Capture d’écran 2019-04-24 à 12.20.24Bernard Richebé-2016-11-24_I7I9336

 

 

São Paulo Dance Company, Uwe Scholz, Marco Goecke, Joëlle Bouvier

São Paulo Dance Company, chorégraphies de Uwe Scholz, Marco Goecke et Joëlle Bouvier, Théâtre National de la Danse, Chaillot

DSC_6333À les voir à l’œuvre sur scène comment ne pas regretter qu’il s’agisse de leur tout premier passage à Paris ? Pour leur anniversaire, ils fêtent leurs dix ans, c’est bien la São Paulo Dance Company dirigée par Inês Bogéa, grande figure de la danse brésilienne, qui nous fait le précieux cadeau de trois pièces chorégraphiques dont la créativité et la diversité ont enchanté la salle du théâtre National de la Danse durant trois soirs.

SUITE FOR TWO PIANOS 
CHORÉGRAPHIE, DÉCOR ET COSTUMES Uwe Scholz

L’OISEAU DE FEU – PAS DE DEUX
CHORÉGRAPHIE, SCÉNOGRAPHIE, COSTUMES Marco Goecke

ODISSEIA 
CHORÉGRAPHIE Joëlle Bouvier

Les photos des saluts  © Philippe Escalier

L’article intégral sur :

http://www.unfauteuilpourlorchestre.com/sao-paulo-dance-company-choregraphies-de-uwe-scholz-marco-goecke-et-joelle-bouvier-chaillot-theatre-national-de-la-danse/

 

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Roméo et Juliette

Thomas Willaime (Roméo) et Manon Montel (Juliette) copyright Pierre Colletti_rdcThéâtrale et musicale, l’adaptation réussie signée par Manon Montel au Lucernaire parvient à concentrer en une heure vingt « Roméo et Juliette » en gardant intactes la beauté et la force de l’œuvre, grâce notamment à une superbe distribution.

S’il fallait résumer en deux mots le travail de Manon Montel, deux adjectifs viendraient tout de suite à l’esprit : fidélité et originalité. Si le respect de la pièce est absolu et donne à voir ou à découvrir le drame sans qu’il n’y manque rien d’important, l’originalité est bien présente : avec une bonne dose d’inventivité, elle nous permet de nous replonger, dans la Vérone des deux célèbres amants. Tout est fait pour que nous retrouvions le tourbillon incessant, la poésie et la trivialité, la joie et le drame qui marquent la pièce de William Shakespeare dont la notoriété nous épargne tout résumé. L’on s’amusera, néanmoins, à dénicher dans la richesse de ce texte foisonnant, cette citation intemporelle et cruellement lucide : « L’amour des jeunes gens n’est pas vraiment dans le cœur, il n’est que dans les yeux ». Très jeunes gens en effet puisque Juliette est censée n’avoir que quatorze ans (!) et que Roméo ne fait pas trop de difficultés pour changer de passion, un peu comme de chemise : l’un des drames les plus terribles du répertoire est donc bien, avant tout, une histoire d’adolescents !

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Mais revenons sur l’exploit de Manon Montel qui réside dans le fait de créer un moment de théâtre à part, adaptant sans trahir, restituant la substantifique moelle, en restant, si l’on ose dire, toujours dans la ligne éditoriale ! L’esprit de l’œuvre étant plus que jamais présent ici, on notera le choix ô combien judicieux, pour toujours aller à l’essentiel, de jouer sans décors ni fioritures. Afin de pallier à cette frugalité (permettant au jeu des acteurs de s’épanouir), la metteure en scène a fait appel à un soutien musical de premier ordre, donnant tout son sel à cette création. Samuel Sené, chef d’orchestre et compositeur ayant montré combien il était aussi homme de théâtre avec notamment « Un Chant de Noël » ou « Comédiens ! », a créé pour violoncelle, accordéon, guitare et voix, une superbe partition venant généreusement supporter le récit et nourrir les moments chorégraphiés. Ne restait plus alors pour apprécier cette belle architecture, qu’une troupe au diapason. C’est bien ce que nous avons avec les six comédiens qui occupent le plateau. Claire Faurot, en plus d’accordéoniste, est une nourrice parfaite, chantant et donnant les noms d’animaux les plus doux à sa Juliette qu’incarne avec conviction Manon Montel. Xavier Berlioz montre d’entrée qu’il peut remplacer avantageusement le chœur et surtout, incarne Frère Laurent avec une exceptionnelle vérité. Thomas Willaime est un fougueux et séduisant Roméo, ami, à la vie à la mort de Mercutio, solaire et vibrant Léo Paget maniant aussi bien le verbe que la guitare, ennemi du seul Tybalt, provocant, incisif, le très brun et ténébreux Jean-Baptiste Des Boscs aussi convaincant au poignard qu’à l’archet… de son violoncelle. Tous nous donnent tant de plaisir dans ce moment unique que l’on ne peut, à aucun moment, regretter cette adaptation raccourcie, dont acteurs comme spectateurs sortent grandis !

Texte et photos : Philippe Escalier – Photo de une : Pierre Colletti

Lucernaire, 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 Paris
Jusqu’au 1er juin 2019, du mardi au samedi à 20 h et dimanche à 17 h
01 45 44 57 34 – http://www.lucernaire.fr

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