Volpone

L’adaptation de Volpone permet de redécouvrir une pièce qui n’a rien perdu de son mordant et de sa drôlerie. Elle est jouée, dans une mise en scène aussi précise que dynamique, par une troupe mettant en joie le public du Café de la Gare.

Le lieu est mythique. La pièce aussi ! Représentée pour la première fois en 1606 à Londres, cette comédie du dramaturge Ben Jonson n’en a jamais fini d’être jouée ou adaptée, que ce soit au cinéma ou à l’opéra. On compte même une comédie musicale ayant recyclé son intrigue. Qui pourrait résister à l’histoire de ce marchand vénitien cupide, faisant croire à sa fin proche pour récupérer cadeaux couteux et bijoux rares de la part de ceux qui lorgnent sans vergogne sur ses biens ? Aidé par son ingénieux valet Mosca (François Bérard) passé maître dans l’art de tromper son monde, Volpone (Frédéric Roger) en parfaite santé, s’avère être un magnifique malade imaginaire, toussant et agonisant dans son lit. Plus que quelques jours à vivre : devant cette petite fortune prête à changer de mains, il importe d’être bien vu pour devenir l’unique nom inscrit au testament et les rapaces rivalisent d’offrandes. À la course à l’héritage prennent part des personnages haut en couleur, un avocat véreux (Emmanuel Guillon), un vieux gentilhomme (Philippe Manesse) et son fils (Timothée Manesse), un marchand (Régis Chaussard), une femme légère (Isabelle Laffitte) et un juge (Patrick Courtois), car il va bien falloir rendre des comptes à la fin ! Tous attendent l’imminente nouvelle du décès pour récupérer leur mise et toucher le jack-pot !

La metteuse en scène Carine Montag nous propose une adaptation formidablement énergique, mettant en avant les aspects comiques d’une œuvre faisant généreusement rire sur des thème pourtant bien sombres. Loin des mises en scène brumeuses ou tortueuses, Carine Montag propose et réussit un travail d’une grande précision, d’une finesse exemplaire, au service du texte (une langue étonnement vivante et contemporaine) et du divertissement. Autour de personnages délicatement ciselés, elle met en avant l’énergie et l’humour d’une farce construite autour de la cupidité et la fourberie, évitant le piège réducteur du bien et du mal, dans Volpone tout le monde en prend pour son grade. Devant cet admirable résultat porté par la performance réalisée par l’ensemble des comédiens, les spectateurs adhèrent au spectacle sans réticence aucune, visiblement ravis de pouvoir trouver autant de magie et de plaisir sur une scène. La réussite est totale et ce Volpone, aux multiples qualités, enchantera tous les publics.

Texte et photos © Philippe Escalier

Café de la Gare : 41, rue du Temple 75004 Paris

Samedi et dimanche 15 h – Fêtes de Noël, tous les jours à 15 h

Réservations : 01 42 78 52 51

Marlene Dietrich seule en scène par Cyrielle Clair

Si l’on devait résumer, en quelques mots, le destin de l’un des plus grands mythes du cinéma, il faudrait citer des villes, des films et des hommes. À commencer par Pierre Cardin qui fut à l’origine de ce spectacle, lui qui demanda à Cyrielle Clair de bien vouloir faire revivre sur scène Marlene Dietrich qu’il admirait et qu’il avait eu le plaisir de recevoir, à deux reprises, dans l’Espace portant son nom.

Dans cette balade biographique subtilement travaillée, le spectateur se laisse entrainer sans grande difficulté. Cyrielle Clair incarne avec une réelle aisance, Marie Magdalene qui nait à Berlin au début du siècle et qui, pour la scène, contractera ses deux prénoms pour n’en faire qu’un. D’abord vouée à la musique (au violon), une blessure au poignet l’oriente vers le cabaret et le théâtre. Tout commence très vite, elle a moins de trente ans lorsqu’elle rencontre Josef von Sternberg. Avec lui, une poignée de films, autant de chefs-d’œuvre et le succès. La montée du nazisme auquel elle se heurte frontalement l’amène à quitter son pays pour les Etats-Unis où la grande séductrice rencontrera Gabin, l’homme de sa vie, avec lequel l’idylle fut pourtant de courte durée, ponctuée par le second conflit mondial. Sur le plan du courage et de l’engagement, les deux artistes se ressemblaient : lui se met en danger et rejoint la 2e DB, elle fait une tournée de 60 concerts en Europe pour suivre et égayer les troupes combattantes du général Patton. Dans les années 70, une série d’accidents ralentissent durablement sa fin de carrière et elle trouve refuge à Paris, dans son appartement de l’avenue Montaigne.

Cyrielle Clair nous fait traverser cette vie hors du commun avec un spectacle qui mêle à son jeu d’actrice, le chant et des projections vidéos. Nous alternons les lieux, les époques en même temps que l’actrice change de tenues. Tout est fait pour rendre cette rétrospective particulière vivante et touchante, Marlene Dietrich ne s’étant pas contentée d’avoir une vie de star adulée du public. Refusant les compromis et toute forme d’opportunisme, elle s’est mise au service de ses idées en essayant, sans toujours y parvenir, de concilier sa carrière et ses différentes amours. Avec passion, elle fit toujours en sorte que sa vie ne reste pas cantonnée à une image de femme fatale mais soit aussi, et surtout, un combat en faveur de la liberté à laquelle elle fut si attachée. Après ce beau spectacle en forme d’hommage, ne soyez pas surpris si vous sortez du théâtre des souvenirs plein la tête et en sifflotant « Lili Marleen » !

Philippe Escalier

Théâtre de la Tour Eiffel : 4, square Rapp 75007 Paris
Vendredi et samedi à 19 h et dimanche à 17 h – 01 40 67 77 77

La Fuite

L’adaptation réussie de « On ne sait comment » de Luigi Pirandello nous offre un moment théâtral d’une grande originalité, où la profondeur est pimentée de situations désopilantes, servi par cinq excellents comédiens qui viennent ravir le public du Théâtre 13.

L’adaptation réussie de « On ne sait comment » de Luigi Pirandello nous offre un moment théâtral d’une Psychologie, humour, mais aussi suspens (expliquant pourquoi un résumé trop précis de ce spectacle est à éviter), voilà les trois ingrédients principaux de l’adaptation réalisée par Ciro Cesarano et Fabio Gorgolini qui ont su, avec un art et une finesse peu communes, reprendre le thème de cette dernière pièce de Pirandello, pour en faire une comédie à l’italienne, sans jamais trahir l’auteur. L’on retrouve les thèmes du questionnement, de la vérité, de la motivation de certains agissements. Le non-dit, les sous-entendus, les choses inavouables et les mensonges, que l’on ne peut pourtant garder pour soi, sont au cœur de ce spectacle dans lequel l’on observe comment l’humain se débat, non sans difficultés parfois, avec ses zones d’ombre. Ce combat personnel et douloureux, nous y assistons avec une délectation accrue par la saveur de l’histoire qui se passe sous nos yeux et où toutes les tensions prennent leur source : la vie d’un petit restaurant dont le patron, poursuivit par une fâcheuse tendance à rater tout ce qu’il entreprend, s’escrime à organiser un repas de mariage. Renouant avec une comédie à l’italienne pleine de subtilité et d’humanité, nos deux auteurs-adaptateurs ont su multiplier les moments drolatiques, bâtissant ainsi le cadre comique entourant les déchirements intérieurs auxquels nous assistons. Alors que la tension monte, l’on ne peut s’empêcher de laisser échapper des éclats de rire de plus en plus nombreux et spontanés. Ce drame jubilatoire que Ciro Cesarano et Fabio Gorgolini, morceaux par morceaux ont si bien construit, ils le jouent avec Laetitia Poulalion, Amélie Manet et Boris Ravaine. Tous, avec rigueur et justesse, déroulent une pièce que nous n’auront pas peur de qualifier d’exemplaire, tant elle nous conforte dans l’idée que le théâtre n’est jamais plus accompli que lorsqu’il parvient, dans des moments d’un parfait équilibre, à faire cohabiter des styles opposés, en l’occurrence ici, la comédie et l’introspection philosophique. Aboutissement d’un long travail mené par la compagnie Theatro Picaro, « La Fuite » a su magnifiquement marier Freud et les Marx Brothers, pour notre plus grand plaisir !

Texte et photo aux saluts : © Philippe Escalier

Théâtre 13 :  103 A Bd Auguste Blanqui, 75013 Paris

Jusqu’au 19 novembre 2021, du mardi au samedi à 20 h et dimanche 16 h

01 45 88 62 22 – http://www.theatre13.com

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