Rêves

Le cirque ukrainien INSHI à l’honneur à La Scala Paris

Quand les artistes du cirque INSHI entrent en piste, c’est toute l’âme de la valeureuse et éternelle Ukraine que nous aimons tant qui s’élève dans les airs. Ce collectif de Kyiv, révélé au public français lors du Festival d’Avignon Off 2025, compose avec « Rêves » un spectacle d’une force poétique rare, où la prouesse physique devient langage universel, où la résistance et la beauté ne font qu’un.


Outre la beauté du spectacle, l’auteur de cet article ne cachera pas l’émotion ressentie à voir et à parler de cette troupe magnifique. Ces acrobates, équilibristes et jongleurs ont choisi de poursuivre leur art malgré la guerre qui déchire leur pays. Leur présence sur scène résonne comme un acte de foi en la vie, en la création, en cette capacité humaine à transcender le chaos par l’imaginaire. « Rêves » porte bien son titre : il matérialise cette aspiration profonde à dépasser les ténèbres, à faire triompher la grâce sur la barbarie.

Mis en scène par Roman Khafizov, Vladyslav Holda, Maksym Vakhnytskyi, Artem Kreksha Ruslan Kalachevskyi, Sofiia Soloviova, Bob Gvozdetskyi, Mykhailo Makarov et Tetiana Petrushanko déploient un vocabulaire circassien d’une richesse époustouflante. Les numéros s’enchaînent dans une grande fluidité, comme autant de tableaux qui dialoguent entre virtuosité technique et charge émotive. On découvre des portés aériens d’une audace folle, où les corps semblent défier les lois de la pesanteur avec une légèreté confondante. Les équilibres sur mains, d’une précision millimétrique, fascinent par leur maîtrise absolue. Chaque geste respire l’excellence d’une formation rigoureuse, héritière de la grande tradition du cirque d’Europe de l’Est.


Mais INSHI ne se contente pas d’aligner les prouesses. Le collectif inscrit chaque exploit dans une dramaturgie sensible, tissée de moments suspendus où le temps semble s’arrêter. La scénographie épurée laisse toute la place aux interprètes, dont les visages racontent autant que les acrobaties. On perçoit cette intensité particulière, cette présence totale que seuls possèdent les artistes qui ont traversé l’épreuve. Leur regard porte une gravité sereine, une détermination lumineuse qui transforme chaque figure en manifeste silencieux.


La musique accompagne cette odyssée avec justesse, alternant élans lyriques et instants de recueillement. Elle souligne sans jamais écraser, dialogue avec les corps en mouvement, amplifie l’émotion sans jamais la surligner. L’ensemble compose une symphonie visuelle où chaque silence compte autant que chaque envol.
Dans « Rêves », cette capacité à conjuguer l’excellence artistique et la puissance du témoignage nous touche profondément. Les artistes d’INSHI ne font pas de leur origine ukrainienne un argument commercial, encore moins un prétexte à l’apitoiement. Ils affirment simplement, par leur talent éclatant, que la culture demeure un rempart contre l’obscurité. Leur spectacle célèbre la vie, l’entraide, la solidarité qui unit les membres de la troupe dans chaque pyramide humaine, chaque voltige partagée.


Le public sort bouleversé de cette représentation qui transcende largement le cadre du divertissement circassien. INSHI prouve que le cirque contemporain peut porter un propos fort sans renoncer à sa dimension féerique. « Rêves » émeut, éblouit et laisse une trace durable. Ces artistes nous rappellent que face à l’adversité, l’art possède cette vertu irremplaçable de relier les êtres par-delà les frontières et les tragédies. Un spectacle nécessaire, lumineux, inoubliable.


Philippe Escalier 💙💛


https://lascala-paris.fr


Mise en scène : Roman Khafizov


Interprètes : Vladyslav Holda, Maksym Vakhnytskyi, Artem Kreksha
Sofiia Ruslan Kalachevskyi, Soloviova, Bob Gvozdetskyi, Mykhailo Makarov, Tetiana Petrushanko Chorégraphie : Mykhailo Makarov


Création et régie lumière : Claudia Hoarau


Construction décor : Volodymir Koshevoy


Création costumes : Galyna Kiktyeva et Viktoriia Burdeina


Création sonore : Anton Delacroix
Texte : Bohdan Pankrukhin


Voix off : Romain Châteaugiron, Clément Gaucher, Vincent Ronsse

Christine Murillo dans « Pauline & Carton »

A La Scala

Merveilleuse surprise de cette saison théâtrale, le spectacle jubilatoire construit autour de la vie de l’actrice Pauline Carton donne lieu à une brillante interprétation de Christine Murillo.

C’est indiscutablement le privilège des grands comédiens de pouvoir séduire et éblouir le public avec des sujets inattendus. Qui pouvait s’attendre à rire une heure durant en écoutant un résumé de la vie de Pauline Carton, actrice dont la carrière immense mais consacrée aux seconds rôles s’est déroulée essentiellement entre les années 30 et 60 ? Cet émerveillement doit tout à l’immense talent de Christine Murillo. Donnons-lui la parole et laissons-la savourer le bonheur qui est le sien aujourd’hui : « Je suis gâtée par la vie. D’abord, depuis quatre ans, je joue « La Mouche », (l’adaptation de la nouvelle de George Langelaan), écrite, mise en scène et jouée par Valérie Lesort et Christian Hecq, avec également Jan Hammenecker. » La pièce n’en finit pas d’être réclamée et sera encore une fois reprise aux Bouffes du Nord en décembre 2025. Elle sera aussi à l’affiche du festival de Spa début août 2024.

Vient ensuite « Pauline & Carton », l’autre aventure récente, immédiatement plébiscitée par le public : « Tout a commencé par une lecture au festival de Grignan autour des lettres de Pauline Carton, que Virginie Berling avait remarquablement sélectionnées et Charlie Tordjman joyeusement mises en lecture. Le public de Grignan est tombé sous le charme. Quand nous avons appris que La Scala voulait nous programmer, avec Charlie, nous avons transformé tout naturellement la lecture en véritable spectacle, aidés par les lumières de Christian Pinaud ».

Ensemble, ils concoctent alors un heureux assemblage de la vie de Pauline Carton, teinté de détails et d’objets provenant de l’univers personnel de Christine Murillo. Le résultat est un spectacle à la fois libre et fidèle qui ressemble à la comédienne préférée de Sacha Guitry, une gageure quand on sait à quel point son interprète à La Scala en est l’antithèse (Pauline affectionne les rôles de bonnes, Christine les fuit !). Elle a su faire principalement son miel d’un des deux ouvrages écrits par Pauline Carton (« Les Théâtres de Carton »), qui regorge d’anecdotes sur le métier et pour lequel Sacha Guitry, au moment où il vient d’apprendre sa publication, sans même l’avoir lu, rédige une préface dithyrambique dans laquelle on peut lire : « Vous publiez un livre sans me le faire savoir. Soit. Moi j’en fais la préface sans vous en aviser ! ».

Au milieu des lettres, des souvenirs,des chansons et des imitations, les réactions joyeuses des spectateurs ravissent Christine Murillo qui les reçoit comme une récompense collective destinée à l’ensemble des créateurs du spectacle. Un public enthousiaste propre à lui faire oublier que, pour la première fois, elle est seule en scène, elle qui aime tant le travail de troupe. « Moi qui ne suis pas fanatique des stand-up ou des monologues, ce solo d’une heure m’enchante !  Je n’ai pas l’impression d’être seule, tant la communion avec le public est grande » dit-elle tout sourire. Un bonheur et une complicité qui devraient durer : après Paris, les festivaliers pourront la retrouver pour quelques dates exceptionnelles du 16 au 21 juillet 2024 dans la grande salle de la Scala d’Avignon.

Philippe Escalier

La Machine de cirque

DSC_5632_RDMoment rare qui conjugue l’art circassien et l’humour le plus décoiffant, le remarquable spectacle donné par la jeune compagnie québécoise La Machine de cirque à La Scala tient le public en apesanteur pendant 1 h 30. Jubilatoire !

Des moments de cirque nous en avons vu pléthore ! Mais aussi passionnant, aussi abouti, aussi drôle et touchant, il faut convenir que c’est assez rare. Seul un travail d’équipe talentueuse, soudée et complice pouvait permettre d’atteindre un tel degré de réussite….

…Les quatre artistes assurant les performances scéniques (de tout premier ordre) ont aussi participé à l’écriture et à la mise en scène du show placé sous l’égide de Vincent Dubé. Tout à la fois acrobates, voltigeurs et jongleurs, Yohann Trépanier, Raphaël Dubé, Ugo Dario, Maxim Laurin et Elias Larsson vont nous offrir une série de numéros spectaculaires, mat chinois, trapèze, planche coréenne (à couper le souffle), monocyle, j’en passe et des meilleurs ! Pour cimenter leurs prestations, Frédéric Lebrasseur est appelé à la rescousse. Ce percussionniste, guitariste et bruiteur se charge de la musique tout en faisant partie intégrante du spectacle qu’il n’hésite pas à troubler avec espièglerie, quand bon lui semble. L’osmose entre eux est totale et la direction artistique de Vincent Dubé est un modèle du genre…

…Redevenus à leur contact de grands enfants, nous savourons ce moment léger, plein d’originalité aussi joyeux que techniquement impressionnant, en un mot : irrésistible !

Philippe Escalier

L’intégralité de cet article est à lire sur le site de Starter Tatouvu, libre d’accés :

http://www.tatouvu.com/w/wwa_FicheArti/public/6957/article-la-machine-de-cirque.html

La Scala Paris : 13, boulevard de Strasbourg 75010 Paris
Du mardi au samedi à 18 h 30, dimanche à 18 h
01 40 03 44 30 – https://lascala-paris.com/

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Un jardin du silence – Barbara

136A1068_1 copieL’évocation de Barbara proposée par Raphaëlle Lannadère, accompagnée par le pianiste Babx, mis en scène par Thomas Jolly dans Un jardin du silence à La Scala est une délicate conversation musicale laissant apparaitre la chanteuse dans sa plus profonde authenticité.
Barbara dans toute sa splendeur, c’est avant tout Barbara dans toute sa pudeur, sa sensibilité et sa sincérité. Barbara, belle, charismatique mais surtout d’une touchante simplicité. Bien loin d’une forme de biopic, sans aucune intention d’imiter ni de tomber dans la facilité émotionnelle que pourrait générer l’écoute de ses plus grands succès, Raphaëlle Lannadère et Thomas Jolly nous offrent un spectacle profondément original, fruit de leur vision très personnelle de la chanteuse. En nous livrant leur vérité, ils nous donnent à voir la Dame en noir, telle qu’en elle même, grande artiste engagée, figure magique et mystérieuse s’il en fut, fuyant le star-système et désireuse de préserver de son hyper sensibilité. Quelques extraits de chansons pour rappeler son univers, des bribes d’interviews pour laisser apparaitre la femme, la mention de ses actions courageuses et militantes comme son combat contre le sida notamment, cette générosité toujours passée sous silence et puis et surtout, l’humour de Thomas Jolly venu apporter un regard extérieur et un grain de folie pendant que la voix de L. chante à l’oreille de chacun d’entre nous avec une infinie délicatesse.
C’est une rencontre inopinée en 2014 entre Raphaëlle Lannadère (qui nous a offert en 2018 Chansons, son dernier album) et Thomas Jolly, le surdoué de la mise en scène (créateur de Thyeste au festival d’Avignon en 2018, salué et reconnu pour son extraordinaire travail sur Shakespeare notamment) qui va donner naissance à ce spectacle créé au festival Les émancipés de Vannes. Dans un magnifique jeu de lumières, un décor fleuri dont le côté un peu kitsch se perd dans une semi-pénombre, accompagné au piano (noir) par les doigts magiques de BabX, Raphaëlle Lannadère reste fidèle à elle-même et pourtant, Barbara est bel et bien là. Une interprétation si réussie que l’on ressent la magie de sa présence reliant les spectateurs comme par un fil invisible.
Un jardin du silence est l’expression de histoire d’amour de L. pour la chanteuse qui a marqué la scène française pendant quarante ans et l’on s’amusera à constater que le début de sa carrière a été marqué par la remise d’un Prix Barbara par le Ministère de la Culture en 2011. Dans une forme de mise en abime, L. se dépeint en creux, en même temps qu’elle laisse entrevoir ses liens avec sa magnifique aînée avec qui elle partage cette passion pour les mots et cette poésie qui leur permet de magnifier la vie.
Un jardin du silence, spectacle musical théâtralisé tout à l’opposé d’un hommage calculé et mercantile est le plus beau salut que l’on puisse adresser à l’une des nos plus grandes chanteuses, qui a toujours voulu donner, sans tricher, le meilleur d’elle-même. Il nous permet aussi de retrouver sur scène trois artistes merveilleux.

Philippe Escalier

La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
Paris, 75010
Jusqu’au 3 novembre 2019, du mardi au samedi à 21 h ; dimanche à 15 h
Relâche les 29 et 31 octobre 2019

Réservation : +33 (0)1 40 03 44 30
billetterie@lascala-paris.com

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