La trajectoire des Gamètes

Le parcours de vie original et touchant que la comédienne Cécile Covès nous fait partager a été écrit par Laura Léoni. Ce récit autobiographique porteur d’une forte charge émotionnelle est un remarquable plaidoyer empreint d’humanité pour toutes les formes de parentalité.

S’il fallait se convaincre que décidément, les histoires de famille ne sont jamais simples, connaître la vie de Cécile Covès est tout indiqué. Elevée par un couple de femmes, issue d’une courte rencontre entre une maman un peu barrée et un bel homme, égoïste mais honnête « Je te fais un enfant et après je m’en vais », ayant dû côtoyer un beau-père psychologiquement maltraitant mais cocoonée par l’amie intermittente de sa mère, Cécile Covès avait toutes les cartes en mains pour nous démontrer que rien n’est facile quand il s’agit de vie sentimentale et de progéniture. Mais aussi que rien n’est impossible quand on sait prendre assez de distance et faire preuve de beaucoup de résilience. Ses belles victoires remportées devant les difficultés lui donneront en retour l’envie de permettre à des couples de satisfaire leur désir profond d’enfant, fusse en empruntant des voies qui, pour être parallèles, n’en sont pas moins légitimes.
Le scénario, assez étoffé pour ne pas avoir besoin d’être enrichi, a été travaillé par Laura Léoni avec beaucoup de subtilité et de naturel ainsi qu’une bonne dose d’humour. La légèreté qui en résulte correspond parfaitement à la personnalité de l’actrice qui occupe l’espace et captive son public, sans manière mais en interprétant cinq personnages différents auxquels elle sait donner vie avec talent par de petits détails et grâce à une mise en scène simple et efficace signée Morgan Perez. Lorsque la comédienne débute en racontant qu’elle a longtemps imaginé que son père (rencontré bien plus tard, à l’âge adulte) était Luke Skywalker ou quelque autre personnage célèbre, nous la suivons en sachant parfaitement que c’était là les instruments d’autodéfense d’une enfant en perpétuel questionnement. Sa sincérité et sa générosité sans borne nous permettent de faire en sa compagnie ce voyage intime avec un plaisir non dissimulé. Comment ne pas être séduit par l’aisance avec laquelle Cécile Covès transforme en or tout le plomb d’une vie ? Parce que cela fait un bien fou, il faut aller vivre ce moment de théâtre et écouter cette trajectoire d’une fille courage, véritable hymne à la vie.

Philippe Escalier

Merteuil

Le premier texte de Marjorie Frantz, mis en scène par Salomé Villiers au Lucernaire est une magnifique réussite qui nous plonge dans le duel entre deux femmes et prolonge de la plus belle des manières « Les liaisons dangereuses ».

Le public reste le meilleur des critiques ! Le silence des spectateurs profondément attentifs en dit aussi long que les applaudissements enthousiastes qui clôturent la représentation. « Merteuil » est une surprise. Et quelle surprise : la plus belle qui soit ! Elle débute par quelques interrogations : qui est ce personnage en tenue d’époque ? Quelle est cette langue raffinée, expressive, si savoureuse (très XVIIIéme) qui vient dépeindre un duel sans concession qui s’engage entre deux femmes que tout oppose ? Des femmes, il en est beaucoup question à travers l’injustice de leur condition, l’oppression continuelle dont elles font l’objet et ne peuvent se libérer qu’une fois devenues veuves, du moins pour les plus fortunées d’entre elles. Mais le combat ne se situe pas qu’à ce niveau : celle qui a provoqué cette rencontre a des comptes à régler. Face à une femme manipulatrice (ou libératrice, allez savoir!), elle cherche aussi et surtout à préserver son futur et à éviter de voir resurgir une vieille histoire.

Le récit de Marjorie Frantz est passionnant. Il pourrait s’intituler « Les liaisons dangereuses, quinze ans après ». Il ne serait pas pertinent d’en dire beaucoup plus pour laisser au spectateur l’entier plaisir de la découverte. L’assurance d’entendre un texte magnifique dit par deux grandes comédiennes doit suffire. Chloé Berthier, élancée et blonde est l’incarnation parfaite de son personnage. Face à Marjorie Frantz, elle donne vie à ce dialogue captivant avec brio. La mise en scène de Salomé Villiers sait nourrir l’intensité du texte, par petites touches, précises, subtiles, ponctuées de quelques moments musicaux signés Adrien Biry Vicente.

Par son texte, son interprétation et sa mise en scène, « Merteuil » a tout pour séduire le plus large public. Cette pièce, à laquelle, emporté par notre enthousiasme, nous prêterions presque des vertus thaumaturges, est la synthèse même de tous les plaisirs que peut nous apporter le spectacle vivant !

Philippe Escalier

Soy de Cuba

Avant une tournée en régions, c’est au 13E Art que la compagnie cubaine propose un spectacle de danse euphorisant, débordant d’énergie, qui mérite bien son sous-titre : Viva la Vida !

« Soy de Cuba » commence par nous transporter dans une fabrique de cigares à La Havane, représentée par de nombreuses et immenses photos murales. Dans ce cadre, entre les ouvrières, les danseurs et les boxeurs, l’on retrouve une ambiance survoltée et le climat très chaud, si particulier de la capitale cubaine où conflits et passions s’expriment par le chant et la danse. Dix-huit tableaux composent cette dynamique comédie musicale sans paroles mais avec des mélodies envoutantes, interprétées par deux chanteuses accompagnées par un bel orchestre de six musiciens. Sous la direction du compositeur Rembert Eguës, pendant 1 h 40, la remarquable troupe de quatorze danseurs, à coup de mambos, rumbas, salsas et autres rythmes jazzy afro-cubains vient séduire la salle avec un flot ininterrompu de chorégraphies particulièrement dynamiques et originales. La « pasión cubana » s’exprime dans toute sa splendeur et sa vitalité contagieuse. Dés les premiers instants, le public est placé sous le charme des Caraïbes et se laisse emporter par ce tourbillon de danses trépidantes.
Ce spectacle qui va vous transporter à l’autre bout de la planète n’a qu’un défaut majeur : il ne reste pas très longtemps à l’affiche. Vous n’avez que jusqu’au 26 mars 2023 pour participer à ce voyage exotique où la fiesta, le rythme et le déhanchement sont roi !

Philippe Escalier – Photo © Philippe Fretault

Suite royale

Élie Semoun et Julie de Bona affichent une belle complicité et nous offrent avec « Suite royale » un moment drôle et léger particulièrement réussi sur la scène du Théâtre de la Madeleine.

Judith Elmaleh et Hadrien Raccah ont imaginé cette histoire de couple un peu perturbé après 16 ans de vie commune. Lui, du genre faible, vit au crochets de sa femme en écrivant des livres que personne ne lit. Elle travaille et fait bouillir la marmite. Jusqu’au moment où il l’invite dans le plus beau palace parisien : un événement est venu bouleverser sa vie qui va avoir des répercutions sur celle de son couple.
Les deux auteurs ont écrit une comédie pleine de surprises, sans temps mort, énergiquement concentré sur une heure quinze. Les répliques font mouche et l’on assiste à un duel qui ne manque ni de piment ni de sel. Reproches, petits règlement de comptes sur fond de tendresse et de jalousie, annonces surprenantes, l’ensemble est rendu irrésistible par les interprétations précises et brillantes d’Élie Semoun et Julie de Bona. Les deux artistes incarnent leur personnage à la perfection. La comédie ne laissant place à aucun flottement, ils disent leur partition avec brio et emportent l’adhésion du public dès les premiers instants d’autant que cette pièce, d’une précision remarquable, enchaine les effets comiques que la mise en scène sans fioriture et terriblement efficace de Bernard Murat met parfaitement en évidence. Au final, cet instantanée du couple, plus réaliste et profond qu’il n’y parait avec quelques traits parfois un peu cruel, est avant tout prétexte à une pièce jubilatoire nous transportant dans un monde tendre, bercé et rythmé par le rire, autant dire un spectacle incontournable par les temps qui courent !

Texte et photo : Philippe Escalier

Sherlock Holmes : l’Aventure Musicale

La nouvelle comédie musicale de Julien et Samuel Safa présentée au 13E Art est une belle réussite portée par une troupe faisant des merveilles sur scène.

Dés les premières secondes, le public est pris par l’énergie qui se dégage de ce surprenant spectacle. L’on entre tout de suite dans le vif du sujet avec les riches chorégraphies de Johan Nus illustrant parfaitement la musique entrainante et tonique de Samuel Safa. Très visuel, grâce aux vidéos ingénieuses d’Harold Simon qui font vivre l’histoire en nous donnant le sentiment d’assister à un film d’aventure, le spectacle se met en place tambour battant. L’intrigue : le vol d’une statuette Aztèque dans un musée londonien génère l’intervention du grand détective secondé du fidèle Watson auquel vient s’ajouter une autre enquêtrice apportant la touche féminine et charmante qui manquait au célèbre duo du 221 B Baker Street

L’enquête va nous faire voyager dans deux pays lointains prétextes à des situations pittoresques et des danses endiablées faisant appel à de très beaux costumes colorés se jouant des folklores indiens et mexicains avec une drôlerie irrésistible. Le texte, lui aussi empreint d’humour et de références, reste vivace et léger et fait que le public participe à l’avancée des recherches avec un grand sourire qui ne le quitte jamais. Un cadre aussi abouti est donc idéal pour l’épanouissement d’une troupe qui n’a pas manqué de nous séduire et de nous impressionner. Aux côtés d’un Holmes aux belles qualités vocales (Bastien Monier), Guillaume Pevée (en Watson) nous offre un surprenant et ébouriffant festival de danseur comique face à Marine Duhamel, séduisante et efficace Emma Jones. Ce trio est encadré, avec tout le talent requis par Océane Demontis, Lola Rose, Clément Cabrel, Jean Louis Dupont, Mélissa Mekdad, Hippolyte Bourdet, et Charlène Fernandez. Tous nous emportent dans un spectacle jubilatoire qui ne nous laisse aucun répit, faisant autant la joie des adultes que des enfants. L’on ressort du 13E Art heureux, certains qu’avec de tels artistes, la comédie musicale française qui a trouvé son style, a de beaux jours devant elle.

Texte et photos : Philippe Escalier

Jusqu’au 4 mars 2023 : Infos et billetterie 👉🏻bit.ly/SherlockHolmesParis

Exposition « La Cage aux Folles » au Palais-Royal

À l’occasion de la création de « La Cage aux Folles » de Jean Poiret il y a exactement 50 ans, le Théâtre du Palais-Royal organise une exposition permettant de revivre en photo quelques-uns des grands moments de cette comédie au succès planétaire.

Mettre à l’affiche une pièce construite autour d’un couple d’homosexuels n’avait rien d’évident en 1973. Du reste, Jean-Michel Rouzière qui dirige alors le Palais-Royal hésite, conseillant au passage d’en changer le titre, suggestion qui restera heureusement lettre morte. Michel Serrault, qui avait déjà joué un sketch sur ce thème une dizaine d’années auparavant avec son complice Poiret prend le temps de la réflexion avant d’accepter le rôle, conscient de la difficulté à l’incarner, qui plus est sur la durée. Il accepte et Pierre Mondy signera la mise en scène. Le 5 février 1973 l’aventure peut commencer. 2000 représentations, 1 million de spectateurs, avant une reprise aux Variétés avec Michel Roux et Jean-Jacques en 1978 et la même année la sortie sur les écrans de la version franco-italienne avec Ugo Tognazzi dans le rôle de Renato. Viendra ensuite l’adaptation à Broadway auréolée ses 6 Tony Awards (1983) suivie du triomphe londonien.

Les photos dans le hall du théâtre du Palais-Royal n’ont pour la plupart jamais été exposées. Surplombées par deux magnifiques robes d’Albin, elles permettent d’admirer les affiches d’origine et de retrouver les artistes qui ont fait vivre la pièce au fil des ans. Henri Garcin, Jacques Sereys, mais aussi pas moins de 14 comédiens parmi lesquels Marco Perrin, Jacqueline Mille, Benny Luke, Paul Demange, Bernard Murat, Philippe Lavot, Frédéric Norbert, Maurice Bray, Marcelle Ranson-Hervé… Sans oublier le merveilleux décorateur et costumier André Levasseur.

L’exposition peut se visiter en accès libre, du mardi au samedi à partir de 17 h et ce jusqu’au 1er juillet 2023. Les heureux spectateurs d’«Edmond » et de « La Machine de Turing » actuellement à l’affiche du Théâtre du Palais-Royal seront au nombre de ceux qui vont découvrir cet émouvant retour imagé vers l’un des plus étonnants succès de la comédie made in France.

Texte et photos : Philippe Escalier

La Tempête

L’adaptation signée Emmanuel Besnault de cette pièce magistrale de Shakespeare sur la petite scène de La Huchette est rendue passionnante grâce à des trésors d’inventivité et à un trio d’acteurs remarquables.

Avec des idées et du talent, rien n’est impossible : après un magnifique « Fantasio » très rock et haut en couleurs, Emmanuel Besnault nous en apporte à nouveau la preuve en livrant sa vision d’une « Tempête » qu’il a su condenser dans le temps et l’espace sans que le sens et les messages de la pièce n’en soient ni amoindris ni déformés.

L’action se déroule sur une île où Prospéro, l’ancien duc de Milan a été contraint de trouver refuge, quand son usurpateur de frère lui a ravi son trône. Il y vit avec sa fille Miranda. Quand un jour, passe à proximité de l’île, un bateau emprunté par des souverains italiens et le propre frère de Prospéro, celui-ci, usant de la magie que son exil lui a laissé tout loisir de travailler, déclenche une tempête faisant échouer le navire. De ce désastre vont naitre de multiples aventures et un mariage des plus heureux pour son héritière. Une conclusion qui verra en prime l’extinction d’une vieille haine, terrassée par le désir de pardonner enfin.
Comme souvent avec le dramaturge anglais, le surnaturel n’est jamais loin. L’esprit du vent s’incarne dans Ariel tandis que Caliban est un inquiétant esclave monstrueux et démoniaque, tous deux obéissant à Prospéro. L’on peut se douter, sans qu’il soit besoin pour cela d’une grande imagination, qu’ils symbolisent les forces contradictoires qui tiraillent le duc et plus généralement, les hommes partagés entre morale et goût du pouvoir, amour et désir de revanche. Un combat éternel, dans cette pièce qui inspira la 17e sonate de Beethoven, se terminant par la victoire apaisante et quelque peu inattendue du pardon !

Il fallait une distribution hors du commun pour faire vivre la langue si richement imagée de Shakespeare, les multiples personnages et les nombreux rebondissements de « La tempête ». Jérome Pradon (royal comme toujours) incarne un Prospéro impressionnant, manipulateur, alternant le chaud et le froid. Marion Préïté et Ethan Oliel assument chacun plusieurs rôles. Ajoutés par moment aux beaux costumes de Magdaléna Calloc’h, les masques commedia dell’arte leur permettent de démultiplier les personnages, d’autant plus facilement que les deux artistes ont une force et une finesse de jeu admirables. Avec ce trio, et grâce à la magie de la mise en scène, nous observons les différents personnages avec passion et nous traversons l’œuvre sur un petit nuage, goutant les délicieux intermèdes chantés, composés par Jean Galmiche. Devant la beauté onirique d’un tel travail, l’une des phrases de la pièce trouve en nous une belle résonance : « Nous sommes tous faits de l’étoffe des rêves ». Le retour sur terre ne se fait qu’à regret, lorsqu’éclate dans la salle une tempête d’applaudissements.

Texte et photos : Philippe Escalier

http://www.theatre-huchette.com

Flashdance

Pour ses 40 ans, la comédie musicale « Flashdance » s’offre dans la grande salle du Casino de Paris un anniversaire plein d’énergie avec une belle troupe de jeunes artistes français.

En mettant en présence deux amoureux issus de classes sociales très différentes, « Flashdance » respecte la tradition qui veut qu’une histoire d’amour, pour donner du piment à l’intrigue, s’annonce très compliquée, tout en s’acheminant, la plupart du temps, vers un happy end. C’est précisément dans ce cadre que se développe l’histoire d’Alexandra Owens et Nick Hurley adaptée et mise en scène de façon très visuelle, dynamique et pour tout dire efficace par Philippe Hersen. Cet artiste qui a déjà eu l’occasion de proposer une version de ce spectacle entre 2014 et 2015, s’est toujours révélé particulièrement à l’aise dans le musical comme en atteste ses précédentes réalisations, « Priscilla folle du désert » ou « Charlie et la chocolaterie ». C’est donc un bel écrin riche, coloré et lumineux qu’il offre à la jeune troupe de chanteurs et danseurs dans laquelle on remarquera l’étonnante prestation d’Eka Kharlov à laquelle on serait bien en peine de trouver le moindre défaut et que Julien Husser, dans le rôle de Nick, tente de séduire. Dans la troupe des danseurs magistralement menée par Andie Masazza, on ne passera pas sous silence la prestation endiablée de Rémy Marchant qui dans l’un de ses rôles, celui du policier dévoilant de parfaits abdos, met d’entrée de jeu, la salle en émoi. L’ensemble de la distribution, par sa qualité, fait oublier les lacunes de ce genre de show que sont les parties parlées souvent assez poussives. Mais, emballé par les tubes « Gloria », « Maniac » et « What a feeling » si bien chorégraphiés par Cécile Chaduteau, le public se laisse facilement emporté par la fougue d’une troupe talentueuse qui visiblement prend plaisir à le rendre heureux.

Texte et photo © Philippe Escalier

Dominique Dimey : chanson, filiation et émotion au Théâtre Essaïon

Dans « Bernard Dimey père et fille, une incroyable rencontre » Dominique Dimey raconte en chansons sa découverte émouvante d’un père qu’elle ne connaissait pas.

Le pianiste Charles Tois accompagnant Dominique Dimey © Bernard LEGOFF

Jeune fille venue de Châteauroux, élevée par une mère célibataire qui ne lui a jamais parlé de son père, Dominique Dimey s’installe dans une chambre de bonne à Montmartre afin de suivre les cours de Jean-Laurent Cochet. Dans les bars et les petits restos de son quartier, elle y croise à de nombreuses reprises un quinquagénaire barbu, peu soucieux de sa personne, qu’elle prend pour un artiste peintre. C’est une affiche de concert qui lui révèle qu’il s’agit en fait d’un auteur interprète qu’elle salue à la fin d’un récital qu’il vient de donner salle Pleyel. L’artiste s’intéresse à la jeune fille blonde venue le féliciter et lui apprendre qu’ils sont voisins. Le courant passe. Les confidences faites autour d’un verre ou d’un bon repas en compagnie des acolytes du poète vont amener rapidement Dominique Dimey à entendre cette phrase qui provoquera chez elle le choc que l’on peut imaginer et qui sera confirmée par sa mère « C’est con, mais je crois que je pourrais être ton père ! ». Après les quelques semaines nécessaires pour digérer cette révélation, Dominique Dimey continuera à le fréquenter durant les quelques années qui lui restent à vivre.

La notoriété est parfaitement injuste avec les auteurs de chansons. Ceux qui rendent célèbres ceux qui les chantent sont toujours restés désespérément dans l’ombre. Qui sait que « Syracuse » chantée par Henri Salvador (un autre artiste ayant eu des difficultés avec sa filiation !) est signée Bernard Dimey ? Le poète écrivait de superbes alexandrins avec une facilité déconcertante et ses textes poignants et poétiques ont été choisis par les plus grands parmi lesquels Charles Aznavour, Serge Reggiani, Zizi Jeanmaire, Juliette Greco, Les Frères Jacques ou Yves Montand.
Dominique Dimey retrace cette rencontre qui va marquer sa vie avec ce père inconnu, vivant à Montmartre, à deux pas du métro Pigalle, en artiste digne du XIXème siècle, tout entier centré sur son art et ses amis. Son hédonisme, marqué par un goût prononcé pour le tabac, la boisson et le bonne chère, sera responsable d’une vie écourtée puisqu’il meurt alors qu’il allait avoir cinquante ans en 1981 mais après les quelques années de bonheur apportées par sa fille retrouvée.
Avec la finesse et la générosité qu’on lui connait (bon sang ne saurait mentir, l’artiste engagée a mis ses albums au service des combats en faveur de la protection de l’enfance et de la planète) Dominique Dimey vient porter témoignage de qui fut son père, ce bon vivant à la personnalité désintéressée dilapidant tout ce qu’il gagnait au profit de ses amis plus nécessiteux que lui et inspiré par les thèmes de la nuit, du temps qui passe ou de l’enfance perdue. Elle le fait avec les chansons du poète auquel Richard Bohringer prête sa belle voix grave, accompagnée au piano par Charles Tois ou à l’accordéon par Laurent Derache, dans une mise en scène de Bruno Laurent.
« Bernard Dimey père et fille » au Théâtre Essaïon, met en avant l’un de nos plus grands paroliers et une chanteuse terriblement attachante. Impossible par ces temps de froidure d’ignorer ce spectacle qui nous fait chaud au cœur !

Philippe Escalier

Bernard Dimey, père et fille se joue au Théâtre Essaïon : https://www.essaion-theatre.com/

Black Legends à Bobino

Cette rétrospective d’un siècle de musique afro-américaine en 36 tableaux mise en scène par Valery Rodriguez et chorégraphiée par Thomas Bimaï est un grand moment, vocalement et scéniquement inoubliable.

« Black Legends » a longtemps muri dans l’esprit de Valéry Rodriguez. L’idée d’un spectacle autour de la culture noire-américaine germe pour la première fois dans son esprit alors qu’il chante dans « Le Roi Lion ». Déjà impressionné des années auparavant par « Smokey Joe’s Café », il décide de créer un spectacle qui, des années de travail après, donnera naissance à cette grande revue où une vingtaine d’artistes mettent tout leur talent à raconter l’histoire de la ségrégation. Accompagné par un orchestre de cinq musiciens dirigés par le pianiste Christophe Jambois, « Black Legends » ne se contente pas d’enchainer les plus grands tubes de la musique noire comme « Free », « Crazy in love », « Strange Fruit » ou « ABC ». Le spectacle retrace toute une épopée avec de courts récits créant un jeu narratif particulièrement abouti. La ségrégation, le Ku Klux Klan, Martin Luther King ou l’élection de Barrack Obama sont partie intégrante de cette trame nous faisant parcourir une centaine d’années mouvementées, douloureuses, que les magnifiques voix de la troupe nous font revivre avec une ardeur et une énergie exceptionnelles. C’est peu dire que la grande salle de Bobino vibre et participe à ce show chanté et dansé. La joie et l’émotion du public qui ne peut s’empêcher de bouger sont palpables. « Black Legends » enflamme Bobino qui, après 1 h 30 de véritable communion, se vide de ses spectateurs qui ont applaudi à tout rompre un show nous ayant dit à quel point Black is Beautiful !

Texte et photos : Philippe Escalier

http://www.bobino.fr

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