Naïs de Marcel Pagnol

Au Lucernaire à partir du 8 mai 2024

Après le succès rencontré au cours des deux derniers festivals d’Avignon, les parisiens peuvent applaudir « Naïs », adapté par Arthur Cachia et mis en scène par Thierry Harcourt, jusqu’au 30 juin 2024. Présentation de l’équipe qui a su faire vivre cette pièce de la plus belle des façons.

Arthur Cachia

Pour lui tout commence en 2018, quand il met un terme à une carrière commencée dans un prestigieux restaurant étoilé. Sa reconversion ne pouvant se faire que dans le théâtre, il s’inscrit aux cours d’Art Dramatique du « Foyer » où il rencontrera des membres de l’équipe de « Naïs » avec lesquels il crée la compagnie Les Fautes de Frappe. À la fin de sa première année, il présente le monologue du Bossu de « Naïs », une évidence pour ce provençal, amoureux de Pagnol. Le jury dans lequel se trouve Thierry Harcourt lui remet un prix qui est à l’origine de leur rencontre. C’est à lui qu’Arthur Cachia fera appel pour mettre en scène « Naïs ». Lors de sa participation aux « 3 Coups de Jarnac », il joue le rôle-titre de « Dom Juan », « Le Misanthrope » mais aussi « Fric-Frac » qui est à l’origine de la proposition de Béatrice Agenin et d’Arnaud Denis de jouer Maurice, le fils de Georges Sand dans « Marie des Poules », pièce avec laquelle il a été à l’affiche du Studio des Champs-Élysées. Depuis « Naïs » est devenue un phénomène qui n’en finit pas de surprendre et séduire, outre les professionnels, tous les amoureux du théâtre.

Thierry Harcourt

Amoureux des auteurs, Thierry Harcourt a savouré une année riche placée sous le signe de Pagnol, Anouilh et Ionesco. « Les Chaises » ont triomphé au Lucernaire avant de déménager pour six représentations à Versailles tandis que « Pauvre Bitos » continue d’étonner et d’enchanter le public parisien à Hébertot. Séduit par la qualité de l’équipe, la personnalité et le travail d’Arthur Cachia, Thierry Harcourt a accepté sa proposition de mettre en scène « Naïs » et de servir Pagnol. « J’ai aimé que cette histoire soit adaptée d’une nouvelle de Zola. Son côté dramatique est allégé par la poésie de Pagnol. Cette dualité ressemble à nos vies et donne à l’œuvre tout son relief » souligne Thierry Harcourt avant d’ajouter que l’équipe de comédiens s’est entièrement dévouée à ces personnages hauts en couleurs et à ce texte « aussi élégant que léger, capable de nous faire rire et pleurer dans une même phrase ».

Avec 55 mises en scène à son actif, Thierry Harcourt est toujours soucieux de se renouveler. Il travaille actuellement sur deux seuls en scène, « Ne m’enlève pas mon chagrin » de Bénédicte Charpiat et une adaptation de « Terre des Hommes » de Saint-Exupéry par Pierre Devaux.

Marie Wauquier

Elle est arrivée au théâtre il y a 5 ans, venant, après avoir fait Science-Po, du monde du conseil et de la finance. Issue des Cours Le Foyer, co-fondatrice de la compagnie Fautes de Frappe, « Naïs » est son premier grand spectacle.Débordante d’énergie, certaine que le spectacle vivant a vocation à s’exprimer partout où c’est possible, elle continue à se consacrer à ses propres projets dont « Après la peine » qu’elle co-écrit actuellement, qu’elle interprétera en réalisant une co-mise en scène avec Alice Lobel et Fanny Fourme, basée sur des témoignages de détenues finissant leurs longues peines dans la ferme d’Emmaüs Baudonne, lieu de réinsertion unique en France, près de Bayonne. Cette pièce est une aventure de terrain et une histoire de rencontres pour laquelle elle a fait trois séjours sur place et qu’elle qualifie de « bouleversante ». À quoi s’ajoute sa collaboration avec la compagnie « Les Motsdits » pour deux créations, « Dindon farci » de Mickael Laurent et « Milady » de Margaux Wicart, librement inspirée d’Alexandre Dumas et qui sera mise en scène par Justine Vultaggio.

Kevin Coquard 

Il débute par des cours d’improvisation et de théâtre à Reims. Lors de sa formation aux cours Le Foyer il rencontre une partie de l’équipe de « Naïs » dont Arthur Cachia, fan de Pagnol comme lui.  Des extraits sont donnés en spectacle de fin d’année en présence de Thierry Harcourt, membre du jury. Ce sera la première qu’ils monteront en sortant du Foyer avec leur compagnie nouvellement créée « Les Fautes de Frappe ». Ayant toujours aimé raconter des histoires et faire rire, Kevin Coquard est attiré par le seul en scène. Il a, dans ce domaine, un projet en cours qui sera dirigé par Lydie Tison qui ne tarit pas d’éloge sur son écriture, où il mêle le rire, la poésie et le terroir, notamment sa Lorraine natale.

Il a joué récemment dans « Mariage contre la montre » et a aussi écrit un boulevard qui attend la bonne occasion pour se monter.Heureux co-scénariste et acteur avec Clément Pellerin et Pierre Metton, son premier court-métrage, pour le festival Nikon, autour des premiers fusillés pour l’exemple au début de la guerre de 14, a franchi les étapes et fait partie des 50 sélectionnés parmi les 2772 en lice.

Lydie Tison

Originaire du nord, à 19 ans, Lydie Tison, dont la passion du théâtre remonte à la petite enfance, participe au concours Miss France. Elle vient ensuite à Paris pour suivre les cours du Studio Pygmalion. En parallèle, elle commence à travailler pour des plateaux télé et devient rapidement journaliste et coordinatrice artistique. Elle joue des comédies de boulevard puis doit faire des choix, elle se consacre alors à sa carrière télé pendant cinq ans. Mais la scène lui manque ! Elle y revient avec l’écriture de « Joyeux égarements » qu’elle joue à l’Auguste Théâtre. Le second confinement lui donne l’occasion d’écrire son second one : « Comme un oiseau » qu’elle jouera en Avignon en même temps que Pagnol ! Très perfectionniste, elle remet l’ouvrage sur le métier. Le hasard des rencontres l’amène jusqu’à une pointure du monde du spectacle, Alain Degois. Avec lui, elle travaille sur son show où, avec son brio habituel, elle rend hommage, à travers ses rencontres, aux gens modestes et à la France de la débrouille et de l’entraide. C’est grâce à Kevin Coquart qu’elle rencontre l’équipe de « Naïs » où sa personnalité généreuse et son talent peuvent s’épanouir. 

Simon Gabillet

La « première vie » de ce lyonnais a été consacrée à quinze années de sport à haut niveau dont il garde le goût de l’effort, du travail et du collectif. Après une formation en trois temps, aux USA, à Lyon puis à Paris, il travaille avec la compagnie Le Raid avec laquelle il joue plusieurs personnages dans « Le Malade imaginaire », sa toute première pièce qui a beaucoup tourné, notamment au festival d’Avignon, « Orphelins » de Dennis Kelly, l’un de ses auteurs préférés et « Prophètes sans Dieu » de Slimane Benaïssa. Viennent ensuite au Théâtre de la Tête d’or « La Femme du boulanger » de Pagnol, « Vive le marié » de Jean-Marie Chevret et en 2023, « Les liaisons dangereuses » qui lui permettent de rencontrer Thierry Harcourt et de s’installer à Paris.

Comme beaucoup de comédiens, Simon Gabillet a monté sa compagnie. « I am not » entend travailler notamment sur le lien entre la parole et le mouvement avec des comédiens et des danseurs en quête d’un univers mélangeant la danse et les mots. Dans ce cadre, il vient de créer, pour Maeva Lassere, sa compagne danseuse, sa première mise en scène avec « Mamalia ». Le spectacle sera donné le 5 juillet 2024 pendant le festival « Danse à Milly » dans la maison d’enfance de Lamartine près de Mâcon. 

Clément Pellerin

Dans le parcours de Clément Pellerin, on note sa participation, en tournée et en alternance, dans « L’Affaire de la rue de Lourcine », mis en scène par Justine Voltaggio, qui avait fait une centaine de dates au Lucernaire. Il a aussi fait partie de la troupe de « Voyage avec un âne » retraçant le périple de Stevenson dans les Cévennes et qu’ils jouent, en 2021 dans les lieux que l’auteur écossais a traversé durant son parcours en 1878. Le succès rencontré leur permet d’effectuer la même tournée l’année suivante. En 2023, ils sont à l’affiche du festival « Nouvel Acte » au Funambule Montmartre et en sortent avec le titre de lauréat, récompense leur permettant d’être produit par le théâtre, dans la foulée, pour 90 dates. Dans « Naïs », Clément joue quatre personnages ce qui lui demande pouvoir jongler avec les postures mais aussi avec les dictions. Un exercice auquel il est habitué, il avait aussi une ribambelle de personnages à jouer dans le Stevenson, qui s’avère très formateur. Comme tous ses partenaires, il se réjouit de pouvoir jouer « Naïs » à Paris et au Lucernaire qui était le lieu dont ils rêvaient tous.

Patrick Zard’

C’est par mail qu’à lieu sa première rencontre avec « Naïs » : « En 2021, une compagnie de jeunes comédiens m’a envoyé une captation de leur spectacle joué à L’Atelier. Je suis tombé amoureux du projet et j’ai dit à mon associé, Julien Cafaro, qu’il fallait les programmer en 2022 à L’Oriflamme, le théâtre que nous venions d’ouvrir à Avignon. Le spectacle a fait un carton ! ». Par la suite, « Etienne Ménard qui était formidable dans le rôle du père de Naïs n’étant plus disponible, Thierry Harcourt a eu la merveilleuse idée de penser à moi. C’est génial d’être un peu à l’origine de leur aventure sur scène et de pouvoir maintenant les rejoindre à La Condition des Soies ». À cette occasion, Patrick Zard’ effectue son retour sur les planches après 3 ans d’absence. « Si je suis un comédien chevronné, je suis un tout jeune directeur de théâtre et j’ai dû apprendre mon métier ». Autant dire du pain sur la planche d’autant que L’Oriflamme entend vivre en dehors du festival et s’est intéressé aux concerts de jazz avant de mettre en place des cours de théâtre toute l’année et de relancer des spectacles à partir de septembre prochain. Mais avant cela, pour Avignon 2024, Patrick Zard’ met en scène une comédie dramatique qui l’a bouleversé, « Les Enfants du diable » d’une jeune autrice, Clémence Baron. 

Texte Philippe EscalierPhotos © Bruno Perroud

Majola

Théâtre Essaïon

Écrite par Caroline Darnay avec une subtilité et une simplicité redoutables, cette enquête aux allures de thriller autour d’une femme à la trajectoire si particulière, pose très adroitement des questions morales et existentielles.

Dans « Majola » tout est vrai. Caroline Darnay s’est inspirée de la vie d’Iréne Kalder, qui fut secrétaire d’Oskar Schindler. L’industriel allemand la présente à Amon Göth, chef du camp de travail de Plaszów en Pologne, dans le but de l’aider à sauver des juifs qui tentent de survivre dans ce lieu abominable. Tout en facilitant la tache de son ancien patron, Iréne Kalder tombe amoureuse d’Amon Göth qu’elle épouse. Entre son ami Schindler qui sauva d’une mort certaine de centaines de vies, reconnu « Juste parmi les nations » et son épouvantable mari nazi ayant tout fait pour mériter son surnom de « boucher d’Hitler », qui fut vraiment Irène Kalder ? Sur la base de deux interviews recueillies en 1980 et en 1983, Caroline Darnay décrit de façon passionnante cette femme toujours en équilibre sur la frontière entre le bien et le mal, devenue aveugle par amour et qui refusa d’assumer tous les aspects de sa vie. Une réalité parfois difficile à décrire, le temps, un peu à la manière d’une vague sur le sable, venant effacer peu à peu les traces laissées par l’Histoire, au grand bénéfice de ceux qui avaient des choses à se reprocher. Autour de l’autrice qui est aussi une magnifique actrice, Marc Francesco Duret et Duncan Talhouët jouent brillamment deux générations de journalistes dont les différences d’âge sont source d’interprétations différentes et de conflits. Cette pièce intense et originale, agrémentée d’un coup de théâtre de dernière minute digne d’une cour d’assises, conserve néanmoins, tout du long, une certaine légèreté. Son sujet, son écriture et son interprétation ne pourront que séduire et impressionner ceux qui iront la découvrir.

Philippe Escalier

Les Fous Alliés

Ils se sont imposés avec une vraie personnalité et un humour différent et diablement efficace. Pour notre plus grand bonheur, ils sont actuellement en tournée en France et tous les lundis et mardis au Théâtre du Marais à Paris.

C’est une histoire de fou ! Avec Vincent Cordier l’auteur et son partenaire Fabrice Pannetier, cette expression populaire est à mettre au pluriel. Car en leur compagnie, nous sommes confrontés à une série de sketches venant mélanger l’absurde, le cynisme, la bizarrerie et surtout la démesure. Avec beaucoup de subtilité, tout est écrit afin de rendre ces histoires drôles et délirantes presque crédibles. De ce magnifique bouquet de défauts humains portés à leur paroxysme, Vincent Cordier a fait une série de mini feux d’artifices surprenants : vous ne savez jamais où il va vous mener et chaque fois, la chute est puissante et totalement inattendue. Mis en scène par Stéphane Duclot qui fait des merveilles avec juste deux chaises en acier, les deux comédiens habitent leurs personnages et ne laissent aux spectateurs hilares et médusés aucune minute de répit. Toujours un peu psychotique, frisant la monstruosité mais jamais dépourvue d’une certaine logique, chaque histoire nous entraine sur des chemins escarpés et vertigineux, pavés d’une douce démence éminemment hilarante. Les Fous Alliés font partie de ces rares humoristes qui ont su, avec une furieuse originalité et un réel panache, renouveler le genre. Une raison suffisante pour les aimer… un peu, beaucoup, à la folie !

Philippe Escalier – photo © Pascal Ito

Alexandre Nicot : le feu sacré

« Ma version de l’histoire » est son premier grand rôle sur la durée. Entouré de Miren Pradier, Déborah Leclerq et de l’auteur Sébastien Azzopardi, Alexandre Nicot au Théâtre Michel impressionne par la force et la sincérité de son interprétation et participe, avec brio, au succès d’une comédie particulièrement réussie. Découverte d’un jeune acteur surdoué et passionné qui brule les planches.

Alexandre, j’ai vu que vous aviez remporté, au lycée, un Premier Prix en Histoire. De quoi s’agit-il ?

Petit, j’adorais lire et raconter des histoires. En terminale, les meilleurs élèves en Histoire pouvaient passer un concours portant sur la Résistance et la Déportation. Très attiré par cette période, je me suis inscrit et j’ai écrit une dissertation de quatre heures sur le thème « comment résister dans les camps nazis ? », récompensée par un premier prix. 

Comment expliquez-vous que vous ne soyez pas venu au théâtre tout de suite ?

Au collège, j’ai fait beaucoup de football et le théâtre était assez éloigné. Au lycée, le théâtre m’attirait déjà beaucoup je voulais suivre une formation d’Art Dramatique. Mais pour rassurer des parents inquiets de me voir partir après le bac sans rien de concret en poche, j’ai fait une école de commerce. Mais même là-bas je me suis retrouvé à découvrir la mise en scène. Pour présenter notre mémoire de fin d’étude en 1ere année, on devait présenter une mise en scène à la promotion pour expliquer le sujet de façon ludique. J’ai adoré faire ça, écrire et mettre en scène une histoire pour questionner ma promotion sur un sujet d’actualité : le salafisme. J’ai fini ce cursus, avec notamment des séjours à New York et en Argentine où j’ai rencontré un réalisateur chilien (on jouait au foot ensemble) avec qui j’ai collaboré plus tard pour mon film « La Marelle ». Quand mon école de commerce s’est terminée, je me suis dit que je ne pouvais plus attendre et que je devais faire une école de théâtre. J’ai intégré l’École du Jeu en 2017. J’y ai travaillé la TCIC (Technique Corporelle Intuitive Confirmée), un grand travail corporel et sur le ressenti émotionnel. Il y avait un côté très rigoureux. J’y ai appris à m’investir à fond mais c’était très particulier, très dur et au bout de deux ans, j’ai eu envie de découvrir une nouvelle pédagogie.

Seconde formation que vous avez choisie comment ?

Au cours d’un stage, j’avais rencontré une professeur, Diana Ringel, venant de l’école Claude Mathieu. Elle me l’a vivement conseillée. Je l’ai écoutée et quand j’ai poussé les portes de l’école pour la première fois, je suis tombé sur Claude Mathieu et là, c’est un peu le coup de foudre : un homme de 90 ans, souriant, bienveillant, lumineux, qui me parle de théâtre, de Racine, avec énormément de gentillesse, tout ce dont j’avais besoin après la formation un peu stricte que je venais de vivre ! Les auditions se passent bien dans un esprit très convivial. J’avais préparé une scène de Claudel, de Falk Richter et un poème de Raymond Carver. On est en 2019, je suis passé directement en deuxième cycle pour travailler « Le Soulier de satin » dans la classe de Claude Mathieu. Cette rencontre a beaucoup compté pour moi et, l’an dernier, en 2023, j’ai tourné avec lui « Claude », un documentaire de 26 minutes, il me semblait important que l’on sache comment enseignait ce grand homme de théâtre.

Avez-vous accroché au théâtre de Paul Claudel que certains trouvent un peu aride ?

Oui et d’ailleurs, j’ai une pièce de théâtre qui me suit depuis que j’ai commencé mes formations, c’est « L’Échange » de Claudel. À Claude Mathieu, alors que la pièce barbait tout le monde, j’étais aux anges et je voulais faire toutes les scènes, ce que j’ai quasiment fait. J’ai pris beaucoup de plaisir, c’est une expérience qui m’a beaucoup marqué. Un peu comme le travail que j’ai pu réaliser sur les chansons de Jacques Brel.

2019, le confinement vient vous percuter. Comment avez-vous géré cette période ?

Oui et d’ailleurs, j’ai une pièce de théâtre qui me suit depuis que j’ai commencé mes formations, c’est « L’Échange » de Claudel. À Claude Mathieu, alors que la pièce barbait tout le monde, j’étais aux anges et je voulais faire toutes les scènes, ce que j’ai quasiment fait. J’ai pris beaucoup de plaisir, c’est une expérience qui m’a beaucoup marqué. Un peu comme le travail que j’ai pu réaliser sur les chansons de Jacques Brel.

2019, le confinement vient vous percuter. Comment avez-vous géré cette période ?

Je suis rentré en Bourgogne qui est ma région natale. Pour continuer à travailler nous avons fait des vidéos. J’ai décidé de me filmer dans « Oncle Vania » de Tchekhov.  Pour en faire un vrai court-métrage, j’ai travaillé avec un acteur russe, Grigori Manoukov. C’est ainsi qu’est né « Le Grand Carême ». Suivra « Vivre », qu’il fallait réaliser en 48 h. Les deux films m’ont donné envie d’aller vers un travail plus professionnel. J’avais été très touché par un documentaire se passant à Alep, « Pour Sama », je voulais faire un film sur plusieurs pays dont la Syrie. Il se trouve que le sujet du Nikon Film Festival auquel je voulais participer était le jeu. J’ai cherché quel pouvait être le jeu universel, je me suis arrêté sur la marelle : ce sera le titre du film. Avec une équipe technique, j’ai tourné, parce que c’était plus simple, au lac de Salagou dont les terres ocres pouvaient faire penser à la Syrie dont je voulais parler et je me suis mis en recherche des jeunes qui allaient pouvoir participer au film. À l’issue de cette expérience exceptionnelle j’ai gagné le prix « À ton Court » organisé par l’Agence du court métrage et France TV qui, au passage, a souhaité acquérir les droits.

Revenons à « Ma version de l’histoire ». Comment s’est passé le casting avec Sébastien Azzopardi ?

Quand j’étais chez Claude Mathieu, j’étais en cours avec Déborah Leclercq sur la pièce de l’Echange de Claudel justement. Peu de temps après ma sortie, Déborah lui ayant parlé de moi, j’ai reçu un appel de Sébastien Azzopardi qui cherchait le dernier des quatre comédiens pour jouer deux rôles, un jeune ado et un cadre. Je me suis trouvé à l’audition avec des copains de chez Claude Mathieu. Cette mise en concurrence n’était pas évidente, mais quand j’ai lu le texte je me suis dit que c’était pour moi. Je l’ai beaucoup travaillé, conscient de la belle opportunité qu’une telle pièce représentait. J’étais totalement investi, il s’est passé quelque chose durant les essais et au second tour, j’ai décroché le rôle. Depuis, à ce bonheur, s’est ajouté celui de jouer avec Miren Pradier, une source d’inspiration et de sincérité propre à encourager le jeune comédien que je suis.   

Sur scène, on vous sent tellement à l’aise, vous n’avez jamais douté ?

Oh que si ! Et puis il y a toujours une petite part de vous qui doute. Ce n’était pas toujours évident, parce qu’à l’exception de ma maman, personne ne croyait vraiment à ma carrière théâtrale. Dans les yeux de mon père j’ai toujours été sensé reprendre l’entreprise familiale. Il a fallu passer pas mal d’obstacles. Mais malgré tout, je savais ce que je voulais, c’est comme ça qu’après cinq années d’école de commerce, quand mes amis commencent à rentrer dans la vie active par la grande porte, je viens faire du théâtre à Barbés avec une professeur qui me donne des leçons sur la vie, l’amour, la mort ! Ça fait bizarre. Mais tel était mon choix ! Et pour faire mes tous premiers pas, j’ai eu la chance de jouer neuf soirs, au Théâtre Montansier à Versailles « Roberto Zucco » de Bernard-Marie Koltès dans la magnifique mise en scène par Thomas Bellorini.

Depuis, la pression paternelle a faibli ?

Oui, bien sûr. C’est lui qui est venu me voir le plus : il a assisté à huit représentations de « Ma Version de l’histoire » !

Représentations après représentations, comment se passent les ajustements entre vous ?

C’est là que c’est fascinant. Chaque soir c’est différent. Suivant notre humeur, notre état, il peut y avoir des petites différences. J’ai la chance d’avoir des partenaires talentueux avec qui je m’entends très bien donc on n’hésite pas à se partager nos ressentis afin de réajuster des petites choses pour la prochaine représentation. C’est ça qui est intéressant aussi pour moi, jeune comédien, apprendre à jouer tous les soirs, essayer d’être toujours au plus juste dans mon jeu d’acteur.

Quand vous vous projetez, comment vous voyez-vous ?

La question m’impressionne, je sais où je suis pour le moment, c’est déjà bien. L’avenir, c’est difficile d’y répondre, mais si je le fais, sans filtre, je dirai que je n’ai pas de limites, rien ne me fait peur. Le cinéma m’attire mais ce qui m’importe, c’est la beauté du projet et la façon dont je vais m’y épanouir. Je ne veux pas être rangé dans une case ni tomber dans les clivages, public, privé. J’essayerai toujours de suivre ce que me dit mon cœur en le faisant à 200% !

Philippe Escalier

Photos noir et blanc © India Lange

Photo « Ma version de l’histoire«  © Emilie Brouchon

Le Vertige

Théâtre de la Madeleine

Ils sont quatre, réunis sur une terrasse, au sommet d’un bel immeuble cossu, autour de Tom, (Alexis Moncorgé), pour fêter la naissance de sa fille et profiter d’une belle terrasse, les deux faisant son bonheur. Son jeune frère, Benjamin (Arthur Fenwick) ne semble pas aller très bien, pas plus que Marc (Andy Cocq) le salarié-copain de Tom et Lisa (Anne-Sophie Germanaz) qui désespère Benjamin, son amoureux transi. Difficile dans ces conditions de vraiment se réjouir et célébrer le maître des lieux, un extraverti particulièrement imbu de sa personne.

Hadrien Raccah, toujours très à l’aise dans la comédie de mœurs, nous laisse entendre des dialogues percutants, sans pour autant chercher la formule à tout prix. Dans « Le Vertige », il s’est intéressé au double sujet des failles personnelles, amicales ou professionnelles, celles qui déséquilibrent et que l’on essaye de cacher en les gérant au mieux et par ailleurs, ce qu’il convient de dire ou de ne pas dire pour rester honnête sans mettre en péril sa vie sociale. C’est donc à un duel à quatre à fleuret moucheté d’abord auquel nous assistons avec des personnages qui ne sont jamais d’un seul tenant et dont les faiblesses nous amusent et nous touchent. Dans cette pièce d’une efficacité redoutable, les moments drôles, les plus nombreux, alternent avec des séquences tendues ou dramatiques. Le mélange s’opère grâce à l’agilité d’une écriture au style à la fois simple, subtil et léger. La mise en scène efficace et sobre de Serge Postigo met en valeur les qualités des comédiens qui nous entrainent dans un moment absolument réjouissant. De cette comédie sur le mal-être on sort heureux !

Philippe Escalier

Simon Gabillet

Lyonnais d’origine, Simon Gabillet a commencé à travailler dans sa ville natale avant de profiter de sa participation en 2023 à la pièce « Les Liaisons dangereuses » mise en scène par Arnaud Denis pour rejoindre la capitale et y développer ses activités artistiques. Les deux pièces de Pagnol « Naïs » et « Le Schpountz » qui complètent son actualité nous ont amené à nous intéresser à un jeune comédien doué, bien décidé à étoffer un parcours déjà conséquent.

L’on pourrait dire de Simon Gabillet qu’il crève l’écran s’il ne se consacrait pas, pour l’instant, à la scène. Ce qui frappe lorsqu’on le découvre c’est, au premier abord, sa présence, qui fait qu’on ne le quitte pas des yeux, son jeu, tout en finesse et sa façon de bouger et d’occuper l’espace. De toute évidence, le comédien est à l’aise avec son corps et cela se voit. Cette facilité lui vient en partie d’une fascination pour la danse et des quinze années très intenses de volley-ball qu’il a commencé très jeune et pratiqué à haut niveau. Seule une forme de lassitude face à un milieu où il ne se sentait pas totalement épanoui le pousse à changer de cap et à suivre des cours de théâtre. Il garde de sa première expérience le goût de l’effort, du travail et du collectif et ce compétiteur né retrouve sur les planches ce qui caractérisait ses matches, à savoir la victoire point par point. Comme il le dit : « une représentation de théâtre ressemble à une rencontre sportive, il faut avancer en rythme, étape par étape pour aller vers la victoire, en l’occurrence, les applaudissements de la salle ». 

Après une formation en trois temps, aux USA, à Lyon puis à Paris, il travaille avec la compagnie Le Raid avec laquelle il joue plusieurs personnages dans « Le Malade imaginaire », sa toute première pièce qui a beaucoup tourné, notamment au festival d’Avignon, « Orphelins » de Dennis Kelly, l’un de ses auteurs préférés et « Prophètes sans Dieu » de Slimane Benaïssa. Viennent ensuite au Théâtre de la Tête d’or « La Femme du boulanger » de Pagnol, « Vive le marié » de Jean-Marie Chevret et « Les liaisons dangereuses » qui lui permettent de rencontrer Thierry Harcourt venu assister à une représentation en région parisienne lors de la tournée. Le metteur en scène lui propose alors de participer à « Naïs » et il rejoindra également par la suite l’équipe du « Schpountz » mis en scène par Delphine Depardieu et Arthur Cachia, deux pièces de Pagnol qui vont occuper une partie de son année 2024.

Ce grand sportif, attiré par la dimension corporelle du jeu, s’intéresse de près à la danse. « J’aime tout faire mais les personnages nécessitant un engagement corporel, quasi chorégraphique, me passionnent ». Quand il le peut, ses moments de formation sont tournés vers la danse contemporaine, très utiles pour la scène mais aussi pour canaliser et extérioriser une grande énergie physique. De surcroit, la profession de sa compagne Maeva Lassere, danseuse venue travailler en free-lance à Paris, ne peut pas être totalement étrangère à cet intérêt. Du reste, il crée avec elle, pour la première fois, une mise en scène intitulée « Mamalia » pour le festival « Danse à Milly » qui se déroulera dans la maison d’enfance de Lamartine près de Mâcon et où, le 5 juillet 2024, ils donneront ensemble un spectacle où elle dansera accompagnée d’un texte qu’il interprétera.

Comme beaucoup de comédiens, Simon Gabillet a monté sa compagnie. « I AM NOT » vise notamment à travailler sur le lien entre la parole et le mouvement avec des comédiens et des danseurs en quête d’un univers mélangeant la danse et les mots. Parmi les projets en gestation, l’un concerne le parcours de danseuse de son amie Maeva Lassere, depuis l’âge de 5 ans où elle découvre sa discipline jusqu’à aujourd’hui, l’autre, un seul en scène dans lequel il jouera avec l’imaginaire car selon lui « il n’y a pas meilleur espace que la scène pour se ré-inventer à l’infini » et dans lequel il donnera libre cours à son goût des mots, de la parodie et de l’humour dans un théâtre fondamentalement physique. Il y exprimera sa fascination pour les danseurs et son plaisir à donner l’illusion qu’il en est un ! Il ne fait pas de doute que le public se laissera embarquer par ses talents de conteur, avec le plaisir incomparable que l’on a de suivre un excellent comédien. Pour l’heure, nous allons pouvoir découvrir ce lyonnais au Lucernaire à Paris dans « Naïs » le texte de Marcel Pagnol, le plus marseillais des auteurs français, à partir du 8 mai 2024 au Lucernaire, avant de le voir, en octobre 2024, à l’affiche en alternance dans la reprise de « Pauvre Bitos, le dîner de têtes » magistrale pièce de Jean Anouilh au Théâtre Hébertot, mis en scène par Thierry Harcourt.

Philippe Escalier – Photos © Bruno Perroud

Le jeu de l’amour et du hasard

Théâtre Le Lucernaire

Dans cette pièce, l’un des chefs d’œuvre de Marivaux, l’auteur se livre, comme à son habitude, à une fine description des relations sociales et affectives. La mise en scène, très subtile, permet de savourer avec plus d’intensité encore ce moment jubilatoire porté par une belle troupe.

Le XVIIIe siècle a porté, en particulier grâce à Marivaux, la langue française à des sommets. La préciosité de ses textes est toujours tempérée par la justesse de ses observations et l’humour qui les accompagne. Cette langue si classique n’en demeure pas moins parfaitement limpide et d’une éclatante modernité, on en veut pour preuve le quasi féminisme dont il se fait l’avocat. Chez Marivaux, la femme a redressé la tête et elle décide. Dans « Le jeu de l’amour et du Hasard », c’est justement pour arrêter son choix en toute connaissance de cause que Silvia entreprend de permuter les rôles avec sa servante dans le but de se déterminer face au bon parti proposé par son père. Ce subterfuge devient d’autant plus piquant que le promis, sans rien savoir, a fait de même avec son serviteur. Tout est en place pour que les véritables personnalités apparaissent, sans fard, au grand jour au prix d’un véritable désordre amoureux et d’une situation toute chamboulée qui vire au dérapage incontrôlé.

La mise en scène élaborée et joyeusement délirante de Frédéric Charboeuf, dans sa dualité classique-moderne est du plus bel effet. Les habits de cour ont été oubliés pour faire place à des tenues de prolétaires. Ces décalages qui s’accompagnent de multiples trouvailles et d’un jeu d’acteur sans faille, font ressortir les merveilles du texte délicatement soulignés par quelques virgules musicales hétéroclites, mêlant Rameau, Wagner et Grease (avec « You’re the one that I want »). Les surprises s’enchainent et les deux personnages principaux vont devoir ramer dur pour sortir du piège dans lequel ils se sont fourrés. Respect des convenances, impossibilité de se mésallier, qui du statut social encore prégnant ou de l’amour va l’emporter ? Le simple fait de poser la question caractérise le fossé séparant le XVIIe du XVIIIe siècle qui marche allégrement vers les Lumières. Et Marivaux de continuer à nous faire rire et à nous étonner en décrivant ce cheminement vers le progrès et l’émancipation. Les longs applaudissements que le public réserve au jeu d’Adib Cheiki, Matthieu Gambier, Jérémie Guilain, Lucie Jehel, Frédéric Charboeuf, Dennis Mader et Justine Teulié (en alternance avec Camille Blouet), ces véritables preuves d’amour ne doivent donc rien au hasard !

Philippe Escalier Photo © Mcaelicia

Homini Lupus

La Croisée des chemins 

Ce texte décrivant trois destins emblématiques pose sur l’âme humaine un regard affuté que l’interprétation rend plus émouvant encore.

La Croisée des chemins : le nom du théâtre pourrait bien être le sous-titre potentiel de cette première pièce de Julien Altenburger. Trois comédiens pour trois vies qui synthétisent les grands combats de l’existence : la liberté, la dignité, le respect de l’autre. Et ce, à travers les thèmes si actuels de la violence conjugale, de l’intégrisme religieux et du rejet des différences. Pour un premier texte, la barre est haute. Le plaidoyer est vibrant, il est parfois un peu didactique mais il sait entrainer le spectateur dans cet entrelacement de vies, avec ses parts d’ombre et de lumière. Il sait parfaitement démontrer, et comment ne pas y être sensible en ces moments si tendus que nous vivons ? à quel point tout est si fragile. « Homini Lupus » nous dit bien que la vie ne saurait se résumer à une longue marche vers le progrès. Ce plaidoyer, ce cri, au-delà des difficultés et de la noirceur dépeintes, laisse pourtant toujours une place à l’espoir. Pour ces épreuves et ces combats, Bunny Chriqui, Raphaël Fournier et Mahmoud Ktari, dans la mise en scène de Grégoire-Gabriel Vanrobays qui va à l’essentiel, apportent leur large palette de jeu et leur force de conviction capables de générer en nous toutes les émotions. Grâce à eux, le texte où tout est si fortement et subtilement imbriqué, prend toute sa dimension.  

 « Je suis le meilleur, je suis le pire, je suis moi ! » : entre optimisme béat et pessimisme fatal « Homini Lupus » fait une belle place à la vie et parle directement au cœur des spectateurs. Au final, les applaudissements mêlés de larmes sont là pour attester que le but a été atteint !

Philippe Escalier

Clémentine Célarié

Époustouflante dans « Je suis la maman du bourreau »

Clémentine Célarié a transformé son immense coup de cœur pour le texte de David Lelait-Helo en un spectacle envoutant à l’affiche de la Pépinière Théâtre. Avec nous, elle revient sur sa vie et son seule en scène qui a bouleversé le festival d’Avignon 2023.

Comment s’est faite la rencontre avec « Je suis la maman du bourreau » ?

Après avoir vaincu ma maladie, je n’avais qu’une hâte, c’était retravailler. Avec mon producteur et ami, Jérôme Foucher, je cherchais un spectacle pour faire un autre Avignon. J’ai lu beaucoup de choses, je suis revenue à Maupassant, je me suis intéressée à Zola. Je voulais quelque chose de singulier et de puissant. Un jour, j’étais à Crozon où une copine, Catherine, est la libraire du lieu. Je lui ai demandé si elle n’avait pas un livre avec un personnage féminin très fort à me proposer. Elle m’a tendu : « Je suis la Maman du bourreau ». J’ai eu un coup de foudre absolu. Jérôme a demandé les droits. J’ai appelé David Lelait-Helo. J’avais lu « Poussière d’homme » et je trouve qu’il y a chez cet auteur une formidable intensité des sentiments. Ce que j’aime dans cette pièce, c’est le dilemme paradoxal, à la fois l’amour absolu et la confrontation avec l’horreur et les déchirements qui en découlent.

Quand on vous voit sur scène, quand on observe votre jeu, que l’on est happé par votre personnage et que l’on est traversé par des émotions dingues qui, à la fin, éclatent quand toute la salle se dresse comme un seul homme pour vous applaudir, on peut se demander comment vous travailler vos personnages et comment vous atteignez un tel degré de perfection ?

Ce que vous dites me touche beaucoup. Cela me donne envie de m’interroger encore davantage, d’autant que je suis en train d’écrire un livre sur mon métier, ma passion. À partir du moment où j’ai un coup de foudre, je suis reliée au personnage tout le temps et je ne suis jamais en repos. J’ai fait l’adaptation, David Lelait-Helo m’a fait confiance, ça m’a traversé comme si le texte avait été écrit pour moi. Tout est venu naturellement, y compris la mise en scène.

Quand j’ai préparé Avignon, j’étais obsédée. Je ne pensais qu’à mon texte. J’ai regardé des films traitant du même sujet, j’avais besoin d’observer des camarades de jeu, de voir des fictions, tout en lisant et relisant mon texte. J’ai repensé à des personnes de ma famille et de mon entourage qui m’ont marqué par leur pureté. Je recherche la pureté et je crois en la pureté des êtres, ce n’est pas pour rien que je fais ce spectacle autour d’une femme qui se prend pour la fille de Dieu. J’étais tellement imprégné par mon personnage qu’il m’a fallu m’entrainer à me reposer la tête. Dans ce travail, mes fils m’ont aidé en me disant de ne surtout rien surligner, que tout était clair et qu’il ne fallait pas faire de mon personnage une caricature de son milieu social. J’ai regardé « Le Silence des Agneaux » pour m’aider à exprimer une froideur que j’ai toujours du mal à avoir et que je trouvais intéressante à travailler. Il fallait simplifier et dédramatiser. Pour Paris, je me suis préparée physiquement pour être entrainée, avoir du souffle et être tonique. Mais lorsque j’ai joué à Avignon, le rôle m’a dévoré. Je ne voulais pas aller au soleil pour garder une peau blanche. Je voulais être dans l’état second qui caractérise mon personnage. Il s’est d’ailleurs passé pas mal de choses autour du spectacle. Dans cette histoire d’un amour dévorant, le public est touché, il se sent concerné. Je me suis même posée des questions sur l’éducation de mes enfants, on influe sur eux, parfois sans le vouloir ou sans s’en rendre compte. Jeune, maman m’a mise en pension chez les bonnes sœurs, j’ai eu envie de devenir l’une d’elles à moment donné. Mais comme je suis une grande passionnée, j’aurais été amoureuse de tous les curés (rires). À 16 ans, elle m’a amené au théâtre et là, ça m’est tombé dessus d’un coup : tout était réuni, la beauté, la bonté, le sacré, en dehors du monde. C’est aussi ce que j’aime chez mon personnage c’est qu’elle est en dehors du monde !

Clémentine, où en êtes-vous de l’adaptation de votre livre écrit sur votre cancer, « Les Mots défendus ?

J’ai eu un problème avec cela depuis que j’ai rencontré des personnes extraordinaires de la maison RoseUp dont je parle tout le temps car c’est un endroit incroyable où les femmes qui ont eu un cancer peuvent aller et où elles sont entourées et écoutées. Depuis, je me dis que je ne peux pas parler uniquement de mon cancer, il faut que je puisse parler de ce que les autres ont vécu. J’ai décidé d’inclure dans la mienne, l’histoire de toutes ces femmes que j’ai rencontrées. J’ai un projet d’ateliers théâtre pour les amener dans la force que peut apporter l’imaginaire. Pour que l’on puisse se dépasser dans nos émotions, se dépasser soi-même en incarnant autre chose que soi. Croire en quelque chose d’autre, c’est, avec mes enfants, ce qui me sauve. La vie limitée à la gagner et faire des diners, ce n’est pas ça pour moi ! C’est dire des conneries avec les copains, franchir les limites, jouer « Une vie » 150 fois, être libre de vivre avec qui l’on veut, créer des projets, être fou, grandir, toujours grandir !

Philippe Escalier Je suis la maman du bourreau, photo François Fonty

«The Rocky Horror Show» au Lido 2 Paris

Rencontre avec le metteur en scène Christopher Luscombe

50 ans après sa création, le rock’n’roll musical culte de Richard O’Brien revient enchanter les Parisiens. Son metteur en scène, Christopher Luscombe, aborde avec nous son parcours et nous parle de cette grande fête contagieuse et transgressive autour des fiancés Brad et Janet, du docteur Frank-N-Furter et sa créature musclée, Rocky.

Christopher, vous qui avez travaillé au théâtre, à l’opéra et dans la comédie musicale, diriez-vous que le mélange des genres est l’une de vos caractéristiques ?

Je le crois en effet. J’ai toujours essayé de continuer à faire des choses différentes. J’ai été acteur pendant 17 ans et je suis metteur en scène depuis plus longtemps encore, et vous avez raison, j’ai un penchant pour varier les plaisirs. Cette année, j’ai fait « Rocky Horror » à Sydney, « Gypsy » à Tokyo en passant par « Le Barbier de Séville » à Garsington et « Private Lives » à Londres soit une comédie musicale rock, une comédie musicale de Broadway en japonais, un opéra en italien et une pièce de théâtre. Je suppose que ce qui les unit tous, c’est la comédie. J’ai tendance à travailler avec du matériel comique, quoique dans des genres très différents. Cela dit, mon prochain opéra est « Tosca », c’est effectivement très sérieux, mais j’ai pensé qu’il serait bien pour moi de faire quelque chose qui ne repose pas sur le rire !

Pour quelle raison avez-vous choisi « Rocky » ?

Je n’avais jamais vu « Rocky Horror » lorsqu’on me l’a proposé il y a 18 ans, et je n’aurais jamais imaginé le réaliser. Mais j’en suis tombé amoureux de ce show où Richard O’Brien a si bien mêlé le glamour et la fantaisie macabre. Cela a été le spectacle le plus heureux et le plus gratifiant sur lequel j’ai travaillé, partout dans le monde. Il m’a ouvert des portes et un nouveau public tout en générant de nombreuses opportunités. Je pense qu’il est bon de se lancer dans des projets inattendus, car ils vous lancent des défis et vous font travailler plus dur, c’est idéal pour moi qui aime bousculer les choses.

Comment avez-vous fait votre casting pour Paris ?

Les acteurs qui vont jouer à Paris font partie du spectacle depuis un certain temps, jouant dans le West End de Londres et en tournée au Royaume-Uni. Certains d’entre eux sont en production depuis plusieurs années et ils sont si merveilleux que nous les avons invités à continuer, et ils n’ont pas eu besoin de beaucoup de persuasion ! Nous plaisantons en disant que c’est comme une famille, et parfois les gens s’éloignent et font autre chose, avant de revenir au bercail. « Rocky » crée une certaine dépendance, je pense. Nous avions besoin d’artistes capables de chanter, de danser et de jouer à un très haut niveau, nous sommes très chanceux d’avoir trouvé des interprètes aussi talentueux.

Vous avez beaucoup tourné avec « Rocky ». Avez-vous observé des différences de réactions selon les pays ?

Oui, cela varie énormément, même d’une ville à l’autre au Royaume-Uni, le nord étant généralement plus explosif que le sud ! Il y a un énorme public pour « Rocky » en Italie, en particulier dans une ville comme Milan, et ils étaient incroyablement enthousiastes en Israël. Barcelone l’a découvert récemment mais le coup de cœur a fonctionné à plein et nous avons toujours un accueil très chaleureux en Australie et en Afrique du Sud.

Philippe Escalier – Photos : Nathan Kruger (portrait de Christopher Luscombe) et Philippe Escalier

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