Clémentine Célarié

Époustouflante dans « Je suis la maman du bourreau »

Clémentine Célarié a transformé son immense coup de cœur pour le texte de David Lelait-Helo en un spectacle envoutant à l’affiche de la Pépinière Théâtre. Avec nous, elle revient sur sa vie et son seule en scène qui a bouleversé le festival d’Avignon 2023.

Comment s’est faite la rencontre avec « Je suis la maman du bourreau » ?

Après avoir vaincu ma maladie, je n’avais qu’une hâte, c’était retravailler. Avec mon producteur et ami, Jérôme Foucher, je cherchais un spectacle pour faire un autre Avignon. J’ai lu beaucoup de choses, je suis revenue à Maupassant, je me suis intéressée à Zola. Je voulais quelque chose de singulier et de puissant. Un jour, j’étais à Crozon où une copine, Catherine, est la libraire du lieu. Je lui ai demandé si elle n’avait pas un livre avec un personnage féminin très fort à me proposer. Elle m’a tendu : « Je suis la Maman du bourreau ». J’ai eu un coup de foudre absolu. Jérôme a demandé les droits. J’ai appelé David Lelait-Helo. J’avais lu « Poussière d’homme » et je trouve qu’il y a chez cet auteur une formidable intensité des sentiments. Ce que j’aime dans cette pièce, c’est le dilemme paradoxal, à la fois l’amour absolu et la confrontation avec l’horreur et les déchirements qui en découlent.

Quand on vous voit sur scène, quand on observe votre jeu, que l’on est happé par votre personnage et que l’on est traversé par des émotions dingues qui, à la fin, éclatent quand toute la salle se dresse comme un seul homme pour vous applaudir, on peut se demander comment vous travailler vos personnages et comment vous atteignez un tel degré de perfection ?

Ce que vous dites me touche beaucoup. Cela me donne envie de m’interroger encore davantage, d’autant que je suis en train d’écrire un livre sur mon métier, ma passion. À partir du moment où j’ai un coup de foudre, je suis reliée au personnage tout le temps et je ne suis jamais en repos. J’ai fait l’adaptation, David Lelait-Helo m’a fait confiance, ça m’a traversé comme si le texte avait été écrit pour moi. Tout est venu naturellement, y compris la mise en scène.

Quand j’ai préparé Avignon, j’étais obsédée. Je ne pensais qu’à mon texte. J’ai regardé des films traitant du même sujet, j’avais besoin d’observer des camarades de jeu, de voir des fictions, tout en lisant et relisant mon texte. J’ai repensé à des personnes de ma famille et de mon entourage qui m’ont marqué par leur pureté. Je recherche la pureté et je crois en la pureté des êtres, ce n’est pas pour rien que je fais ce spectacle autour d’une femme qui se prend pour la fille de Dieu. J’étais tellement imprégné par mon personnage qu’il m’a fallu m’entrainer à me reposer la tête. Dans ce travail, mes fils m’ont aidé en me disant de ne surtout rien surligner, que tout était clair et qu’il ne fallait pas faire de mon personnage une caricature de son milieu social. J’ai regardé « Le Silence des Agneaux » pour m’aider à exprimer une froideur que j’ai toujours du mal à avoir et que je trouvais intéressante à travailler. Il fallait simplifier et dédramatiser. Pour Paris, je me suis préparée physiquement pour être entrainée, avoir du souffle et être tonique. Mais lorsque j’ai joué à Avignon, le rôle m’a dévoré. Je ne voulais pas aller au soleil pour garder une peau blanche. Je voulais être dans l’état second qui caractérise mon personnage. Il s’est d’ailleurs passé pas mal de choses autour du spectacle. Dans cette histoire d’un amour dévorant, le public est touché, il se sent concerné. Je me suis même posée des questions sur l’éducation de mes enfants, on influe sur eux, parfois sans le vouloir ou sans s’en rendre compte. Jeune, maman m’a mise en pension chez les bonnes sœurs, j’ai eu envie de devenir l’une d’elles à moment donné. Mais comme je suis une grande passionnée, j’aurais été amoureuse de tous les curés (rires). À 16 ans, elle m’a amené au théâtre et là, ça m’est tombé dessus d’un coup : tout était réuni, la beauté, la bonté, le sacré, en dehors du monde. C’est aussi ce que j’aime chez mon personnage c’est qu’elle est en dehors du monde !

Clémentine, où en êtes-vous de l’adaptation de votre livre écrit sur votre cancer, « Les Mots défendus ?

J’ai eu un problème avec cela depuis que j’ai rencontré des personnes extraordinaires de la maison RoseUp dont je parle tout le temps car c’est un endroit incroyable où les femmes qui ont eu un cancer peuvent aller et où elles sont entourées et écoutées. Depuis, je me dis que je ne peux pas parler uniquement de mon cancer, il faut que je puisse parler de ce que les autres ont vécu. J’ai décidé d’inclure dans la mienne, l’histoire de toutes ces femmes que j’ai rencontrées. J’ai un projet d’ateliers théâtre pour les amener dans la force que peut apporter l’imaginaire. Pour que l’on puisse se dépasser dans nos émotions, se dépasser soi-même en incarnant autre chose que soi. Croire en quelque chose d’autre, c’est, avec mes enfants, ce qui me sauve. La vie limitée à la gagner et faire des diners, ce n’est pas ça pour moi ! C’est dire des conneries avec les copains, franchir les limites, jouer « Une vie » 150 fois, être libre de vivre avec qui l’on veut, créer des projets, être fou, grandir, toujours grandir !

Philippe Escalier Je suis la maman du bourreau, photo François Fonty

«The Rocky Horror Show» au Lido 2 Paris

Rencontre avec le metteur en scène Christopher Luscombe

50 ans après sa création, le rock’n’roll musical culte de Richard O’Brien revient enchanter les Parisiens. Son metteur en scène, Christopher Luscombe, aborde avec nous son parcours et nous parle de cette grande fête contagieuse et transgressive autour des fiancés Brad et Janet, du docteur Frank-N-Furter et sa créature musclée, Rocky.

Christopher, vous qui avez travaillé au théâtre, à l’opéra et dans la comédie musicale, diriez-vous que le mélange des genres est l’une de vos caractéristiques ?

Je le crois en effet. J’ai toujours essayé de continuer à faire des choses différentes. J’ai été acteur pendant 17 ans et je suis metteur en scène depuis plus longtemps encore, et vous avez raison, j’ai un penchant pour varier les plaisirs. Cette année, j’ai fait « Rocky Horror » à Sydney, « Gypsy » à Tokyo en passant par « Le Barbier de Séville » à Garsington et « Private Lives » à Londres soit une comédie musicale rock, une comédie musicale de Broadway en japonais, un opéra en italien et une pièce de théâtre. Je suppose que ce qui les unit tous, c’est la comédie. J’ai tendance à travailler avec du matériel comique, quoique dans des genres très différents. Cela dit, mon prochain opéra est « Tosca », c’est effectivement très sérieux, mais j’ai pensé qu’il serait bien pour moi de faire quelque chose qui ne repose pas sur le rire !

Pour quelle raison avez-vous choisi « Rocky » ?

Je n’avais jamais vu « Rocky Horror » lorsqu’on me l’a proposé il y a 18 ans, et je n’aurais jamais imaginé le réaliser. Mais j’en suis tombé amoureux de ce show où Richard O’Brien a si bien mêlé le glamour et la fantaisie macabre. Cela a été le spectacle le plus heureux et le plus gratifiant sur lequel j’ai travaillé, partout dans le monde. Il m’a ouvert des portes et un nouveau public tout en générant de nombreuses opportunités. Je pense qu’il est bon de se lancer dans des projets inattendus, car ils vous lancent des défis et vous font travailler plus dur, c’est idéal pour moi qui aime bousculer les choses.

Comment avez-vous fait votre casting pour Paris ?

Les acteurs qui vont jouer à Paris font partie du spectacle depuis un certain temps, jouant dans le West End de Londres et en tournée au Royaume-Uni. Certains d’entre eux sont en production depuis plusieurs années et ils sont si merveilleux que nous les avons invités à continuer, et ils n’ont pas eu besoin de beaucoup de persuasion ! Nous plaisantons en disant que c’est comme une famille, et parfois les gens s’éloignent et font autre chose, avant de revenir au bercail. « Rocky » crée une certaine dépendance, je pense. Nous avions besoin d’artistes capables de chanter, de danser et de jouer à un très haut niveau, nous sommes très chanceux d’avoir trouvé des interprètes aussi talentueux.

Vous avez beaucoup tourné avec « Rocky ». Avez-vous observé des différences de réactions selon les pays ?

Oui, cela varie énormément, même d’une ville à l’autre au Royaume-Uni, le nord étant généralement plus explosif que le sud ! Il y a un énorme public pour « Rocky » en Italie, en particulier dans une ville comme Milan, et ils étaient incroyablement enthousiastes en Israël. Barcelone l’a découvert récemment mais le coup de cœur a fonctionné à plein et nous avons toujours un accueil très chaleureux en Australie et en Afrique du Sud.

Philippe Escalier – Photos : Nathan Kruger (portrait de Christopher Luscombe) et Philippe Escalier

Peter McPherson, acteur généreux et militant

Ses multiples talents, à l’écran ou sur scène et la sortie en France du film « Dans la mêlée », nous ont donné envie de nous intéresser à un acteur, artiste dans l’âme, au parcours déjà riche et à la personnalité très attachante.

Artiste je serai !

Contrairement à ce que son nom peut laisser penser, Peter McPherson a des origines irlandaises.  Ses débuts sont conditionnés par sa personnalité : il n’est pas issu d’une famille d’artistes mais sa manière de surmonter la grande timidité qui marque sa jeunesse consistera à intégrer une école d’art dramatique. « Certains choisissent ce métier car ils veulent réussir et briller, pour moi cela a été une porte ouverte sur le monde, une façon de m’exprimer et de me réaliser. À l’école, je ne savais pas ce que je voulais faire mais j’avais déjà en moi cette énorme envie de jouer ». Pour ce faire, à 17 ans, il quitte Hartlepool, sa ville natale du nord de l’Angleterre pour rejoindre la capitale et suivre des cours dans un théâtre musical et s’inscrire, pour une formation d’acteur, au Drama Centre London.

Acteur, représentant de sa communauté

Aujourd’hui, si ses affinités avec le théâtre restent essentielles, il apprécie toujours davantage de tourner pour la télé ou le cinéma. Sa pièce favorite « Afterglow » qu’il a joué deux fois et dans deux rôles différents, est une histoire moderne sur la complexité et la spécificité des relations gays (non exclusives) donnée récemment au Southwark Playhouse. Dans son dernier film, « Dans la mêlée » (« In from the Side »), réalisé en quelques semaines, Matt Carter ayant préparé avec soin les épisodes de tournage, il est victime d’un adultère suite à l’arrivée d’un nouveau joueur très sexy au sein d’un club de rugby gay. Tout n’y est pas rose, loin de là, mais les scénaristes sont sortis des sujets un peu habituels pour se concentrer sur les relations affectives, fussent-elles turbulentes, ce que Peter trouve très rafraichissant. De nombreux acteurs réunis pour tourner ce film sont gays. Pour Peter, il est naturel et important que des récits construits pour façonner l’histoire d’une communauté puissent être interprétés (du moins le plus souvent) par des artistes qui en sont issus. Comme dans la belle série « Fellow Travelers » avec les emblématiques Jonathan Bailey et Matt Bomer.

Peter McPherson a toujours trouvé un peu tristes ceux qui refusaient d’assumer qui ils étaient et s’obligeaient à vivre dans le silence et parfois le mensonge. Pas question pour lui de prétendre être celui qu’il n’est pas. N’avoir jamais caché son statut de HIV positif a permis à son agent de lui proposer en 2022 « Others », un magnifique court-métrage fantastique de vingt minutes, tourné à Toronto, qui vise à changer la perception que l’on a parfois des personnes séropositives. Le film a été produit par Casey House, fondée en 1988 par un groupe d’activistes communautaires, de journalistes et de bénévoles « consternés » par l’indifférence de la société à l’égard de l’épidémie de sida. Ce tout premier établissement autonome au Canada pour les personnes vivant avec le VIH est devenu depuis un hôpital soignant les personnes atteintes de la maladie, avec une approche marquée par l’attention et la compassion.

Pour Peter McPherson c’était une première absolument passionnante qu’il a accepté avec la grande générosité qui le caractérise, le plus important étant de mettre ses talents au service d’une cause, de faire œuvre utile, quand bien même cela pourrait ne pas forcement doper sa carrière.  Pour autant, il ne se sent pas prisonnier d’un type de rôle, en particulier gay, d’une part parce qu’il a pu interpréter des personnages très différents, mais aussi du fait de la richesse des rôles de personnages homosexuels qui ne sont plus réduits à des caricatures depuis qu’ils sont (enfin !) devenus très visibles.

Peter et la musique

La scène n’est pas uniquement synonyme de théâtre puisque ses compétences de danseur lui ont permis de figurer dans des productions d’opéra comme « Carmen » de Bizet ou « Mithridate » de Mozart à côté des grandes comédies musicales comme « Cats » dans le rôle d’Alonzo en 2006, spectacle avec lequel il fait une tournée en Grande-Bretagne. Il était aussi Peter dans « Jésus-Christ Superstar », Travis dans « Footlose » pour n’en citer que quelques-unes.

On ne peut passer sous silence la vingtaine d’apparition dans des pubs que son physique de mannequin lui permet. Si Peter vient d’atteindre la quarantaine, il n’en a pas moins conservé un physique de jeune premier idéalement musclé.  Dernièrement, sa participation au film publicitaire d’une grande marque le rend visible sur tous les écrans au moment des fêtes de Noël. « On me voyait partout, y compris dans le métro » dit-il en souriant.

Acteur de séries

Comme tous les acteurs, Peter est attiré par les rôles un peu sombres, plus passionnants à jouer. Il donne l’exemple de Gareth qu’il est en train d’interpréter dans le soap-opera « Hollyoaks » dans des épisodes où il est question de dénoncer les pratiques de conversion qui provoquent des ravages chez les jeunes gays. Il a déjà pu tourner 16 épisodes de cette série célèbre dont les débuts remontent à 1995.

Parmi la dizaine de séries à mettre à son actif, il est facile de lui faire parler de « Years and Years » où il côtoie Emma Thompson, une très belle rencontre. « C’est une immense actrice avec un cœur énorme. Elle prenait le temps de connaitre tous les participants qui travaillaient autour et elle connaissait les prénoms de tout le monde. Elle se présentait toujours modestement en disant Hi, je suis Emma Thompson ! comme s’il était possible qu’on ne la connaisse pas. Je l’ai vue faire des pieds et des mains pour qu’une jeune actrice débutante un peu en difficulté puisse avoir ses heures. Cette femme extraordinaire est toujours à l’écoute des autres ! ».

Un homme amoureux

L’on ne saurait conclure ce rapide portrait sans mentionner que depuis plus de dix ans, Peter file le parfait amour avec David qu’il a rencontré alors que celui qui allait devenir son compagnon dansait dans « Starlight Express » écrit par Andrew Lloyd Webber. « David partait en Asie pour une tournée et avant leur dernière répétition, j’ai été invité à faire partie du public. Je me souviens, au premier regard, l’avoir trouvé tellement beau ! J’ai eu un coup de foudre immédiat et je l’ai suivi à Singapour ». 

De notre côté, séduit par les multiples qualités de Peter McPherson, nous allons observer attentivement la suite de sa carrière, que ce soit sur scène ou à l’écran, à Londres ou ailleurs, heureux qu’une telle personnalité vienne embellir le monde du spectacle et du cinéma.  

Philippe Escalier – crédit photos : © PNG PHOTOGRAPHY (Paul Madeley)

Hadrian Lévêque di Savona

Un peu sur tous les fronts, il était sur la scène de l’Opéra de Metz dans « Titanic » fin 2023 et il joue actuellement le Prince Charmant dans « Blanche-Neige » à la Gaité dans la mise en scène d’Olivier Solivérès. Sa capacité à aborder des rôles très différents est le résultat d’une large formation pluridisciplinaire. Avec ce parisien aux origines bretonne et corse, nous sommes revenus sur un parcours déjà riche et prometteur.

Tout commence pour Hadrian Lévêque di Savona par une licence d’Histoire de l’Art à Paris X avant de suivre des cours chez Jean-Laurent Cochet. Désireux de découvrir l’air du large et de se frotter à d’autres expériences, il s’envole pour les Los Angeles. Là, il prend des cours de théâtre tout en passant des castings et en assistant aux tournages de la série « Heroes » de Tim Kring. Les restrictions d’attribution de la Green Card le ramènent en France. Il s’inscrit à l’ECM, l’École de Comédie Musicale de Paris dont Guillaume Bouchède vient de prendre la direction. Il y travaille à la fois la danse, le chant et le théâtre, un panel d’autant plus complet qu’étant issu d’une famille de musiciens, il maîtrise également le piano, le saxophone et la basse. Le public a pu découvrir ses talents, notamment en 2019 dans « Célestine et la Tour des nuages » spectacle familial qui réinvente avec beaucoup d’imagination la construction de la Tour Eiffel dans le style Steam Punk.

Son physique de danseur (1m86 athlétique) permet à son professeur de danse de l’ECM de lui ouvrir les portes de la figuration à l’Opéra de Paris pour les grands ballets classiques, grâce à quoi, il peut obtenir sa première intermittence et découvrir un univers passionnant. C’est dans ce cadre que l’on pourra le voir dans « Giselle » qui sera donnée en mai 2024 à Garnier.

En même temps que ses expériences, il nous dévoile sa vision exigeante et altruiste du métier : « Comédien, je me sens investi d’une mission : partager, avec le public, bien sûr, mais aussi avec ceux qui sont sur scène avec moi. Dans le but de servir au mieux les auteurs ». Une démarche généreuse qui explique ses activités parallèles comme les cours de chant qu’il donne à l’École Perimony et à l’Association ActeVoix. C’est d’ailleurs là qu’il rencontre Vincent Heden qui sera l’un de ses professeurs et qui, tout récemment, lui propose de reprendre un rôle qu’il a tenu quelques années auparavant. C’est ainsi que le public messin a découvert Hadrian Lévêque di Savona lors des fêtes de fin d’année 2023 à Metz, dans « Titanic » de Peter Stone et Maury Yeston, mis en scène par Paul-Émile Fourny. « C’était une formidable aventure, nous étions 65 sur scène, plus les 35 musiciens, tous âges confondus. Il y a eu une entente collective immédiate qui, pour nous aussi, a rendu ce spectacle unique ». Un répertoire musical de haut niveau dans lequel on le reverra certainement, Hadrian, prenant des cours de chant lyrique dans le but d’aborder plus aisément le monde de l’opérette et de ne jamais cesser de se perfectionner. Autant dire qu’il est prêt aujourd’hui à assumer un rôle majeur à l’écran ou sur scène. L’un de ses rêves serait de donner vie à Don Quichotte, un personnage qui lui parle au plus haut point avec ses aspirations idéalistes confortées par une profonde conscience de la réalité et bien décidé à se battre pour ses idées. Quels que soient les rôles qui lui sont réservés, les mois qui viennent ne manqueront pas de réserver des surprises et de nous donner le plaisir de le revoir sur scène.

Philippe Escalier – Photos © Margaux Rodrigues

Pauvre Bitos ou le dîner de têtes

 « Pauvre Bitos » de Jean Anouilh en faisant un parallèle entre La Terreur et l’Épuration nous offre une galerie grinçante de personnages esquissée avec un humour au vitriol. Cette pièce surprenante revit grâce à une troupe de comédiens exemplaires qui ravit le public du théâtre Hébertot.

Même avec une décennie de recul sur la Libération, « Pauvre Bitos » était trop dérangeant pour ne pas provoquer, lors de sa création en 1956, des réactions extrêmes. La critique et les politiques s’enflamment. D’un côté, ceux qui ne supportent pas que l’on remette en question la période de la Révolution et de la Libération, de l’autre, ceux qui ne demandent que cela en faisant mine d’oublier que la pièce n’épargne personne. Le public remet les pendules à l’heure en réservant à l’œuvre un accueil enthousiaste. Néanmoins la pièce ne sera reprise qu’en 1967 au théâtre de Paris. Il aura fallu l’énergie et le judicieux entêtement de Francis Lombrail pour donner à ce texte magnifique une nouvelle vie sur la scène de son théâtre. Maxime d’Aboville dont on connait le goût pour l’Histoire et Adrien Melin se sont attelés (et avec quel succès !) à l’adaptation pour en faire un moment théâtral resserré mais toujours d’une superbe intensité, n’ayant rien à envier à la création originale. 

Dans une petite ville de province, André Bitos est devenu substitut du procureur. Au sortir de la guerre, il prononce, sans états d’âme, des condamnations à mort à l’encontre de collaborateurs. Ses anciens camarades de classe issus pour la plupart de l’aristocratie, n’ont jamais supporté ce fort en thème, collectionnant les diplômes, venu d’un milieu très modeste, introverti, étriqué, engoncé dans ses certitudes, dissimulé derrière le paravent de sa réussite professionnelle. Désireux de lui faire payer son parcours et ses actes qu’ils réprouvent, ces conservateurs organisent un diner de têtes autour de cette Révolution Française qui en a fait tomber tant. André Bitos devra jouer le rôle de Robespierre, à qui il ressemble par bien des aspects. Un jeu surprenant et cruel va se mettre en place.

Avec la plume de celui qui a toujours magnifiquement écrit pour le théâtre, Jean Anouilh avec « Pauvre Bitos » nous livre une pièce d’une incroyable subtilité. Sans a priori, il fait le procès des excès de la Révolution et de l’Épuration, en décrivant si bien tout ce que les hommes de pouvoir peuvent avoir d’intransigeant, de petit et de cynique. Anouilh était inclassable. Ce n’est pas un bord politique qu’il attaque mais les abus de pouvoir qu’il avait en horreur, commis au nom du peuple qui en fait les frais. Ce faisant, il démontre que les auteurs les moins politiques, libres qu’ils sont de dédaigner les guerres partisanes, sont ceux qui en réalité ont le sens politique le plus affuté. Loin de se mettre au service d’un camp ou d’une idéologie, c’est l’Homme qu’ils entendent défendre. Un noble objectif qui n’exclut pas d’observer la dure réalité du monde sans s’encombrer d’un idéalisme aussi naïf que pesant.

Le public du théâtre Hébertot écoutera ce réquisitoire surprenant, ô combien théâtral, d’une habilité hors du commun, tout en admirant le jeu des comédiens. Dans le rôle-titre, Maxime d’Aboville réalise une performance admirable comme on en voit peu au théâtre. À ses côtés, et dans la lumineuse mise en scène de Thierry Harcourt, encore une fois très inspiré, Etienne Ménard, Adrien Melun, Sybille Montagne, Francis Lombrail, Adel Djemai, Clara Huet en alternance avec Adina Cartianu font merveille. Ils ont réveillé un texte trop longtemps endormi et nous ont offert une leçon de théâtre et une heure trente de bonheur. Que demande le peuple ?!

Philippe Escalier

C’est pas facile d’être heureux quand on va mal

La nouvelle comédie aigre-douce de Rudy Milstein au Théâtre Lepic nous offre un texte drôle et décapant joué par cinq excellents comédiens qui entrainent le public dans un moment aussi surprenant qu’euphorisant.

Rudy Milstein apporte sur la scène du Théâtre Lepic un démenti aussi formel qu’hilarant au précepte selon lequel on ne peut pas rire de tout. Son humour est iconoclaste, abrasif, sulfureux, il ne s’interdit rien et pourtant, tout passe et rien ne lasse ! Son écriture fait dans la dentèle au point qu’il peut se permettre d’accumuler une série de petites horreurs sans jamais cesser de mettre les rieurs de son côté. Il a l’art de la formule, de la répartie et se livre à d’étourdissantes pirouettes par lesquelles les plus vilains défauts peuvent laisser entrevoir leur part d’humanité. Les cinq personnages pleins de contradictions qu’il nous présente, pour être en colère, soumis, aigris, cyniques, selon les cas et les moments, toujours déprimés en bons parisiens, sont pourtant capables de nous apitoyer, d’autant qu’au bout du compte, les choses finissent, plus ou moins, par s’arranger. Bref, avec Rudy Milstein, rien n’est tout noir, ni tout blanc, tout est drôle et se passe en finesse. Décrire cinq tranches de vie, faire rire tout en déroutant son public sans jamais tomber ni dans la facilité ni dans la vulgarité, voilà qui constitue un bel exploit ! Les surprises ne manquant pas, le public, accueilli en chansons, va découvrir un couple qui ne se supporte plus, un jeune thésard fier de lui et porté sur le sexe, un gay sans grande personnalité qui s’imagine heureux et une baba cool adepte du bio et du yoga qui ne comprend pas comment elle a pu avoir un cancer. Entre eux, les choses sont dites cash, sans détour et sans filtre. Les réparties fusent, tout est inattendu. Sur des thèmes si souvent traités, l’auteur sait faire du neuf et de la plus efficace manière.  Tout ce que vous avez toujours voulu dire à vos amis sans jamais oser le faire pourrait être le sous-titre de ce délicieux spectacle porté par l’auteur, Baya Rehaz, Zoé Bruneau, Erwan Téréné et Nicolas Lumbreras qui signe aussi une mise en scène légère et inventive. Ensemble, ils excellent et font qu’il est facile de sortir heureux d’un tel spectacle !

Philippe Escalier – photo © Alejandro Guerrero

Le Bar de l’Oriental

Théâtre Montparnasse

La pièce de Jean-Marie Rouart nous offre un moment de théâtre d’une remarquable intensité en nous plongeant dans la guerre d’Indochine à travers un huis-clos qui navigue subtilement entre contexte historique et peinture des sentiments humains.

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Dans une vieille demeure coloniale du Tonkin, cinq personnages se trouvent confrontés à un passé récent venant troubler plus encore les évènements militaires inquiétants qui se déroulent autour d’eux. Cinq personnages avec leurs faiblesses, leurs secrets, leurs désirs et leurs peurs. Au sein d’un pays qui n’est pas le leur, au moment où se dessine la fin de la présence coloniale française, quel chemin vont-ils suivre ? Où se porte leur fidélité, qu’elle soit politique ou amoureuse ? Avec une plume d’une extrême finesse, Jean-Marie Rouart nous conte une belle histoire où les passions s’entrechoquent dans une ambiance qui peut rappeler certains films noirs des années cinquante d’autant que la superbe scénographie d’Emmanuel Charles nous plonge dans des décors aux aspects très cinématographiques, traduisant la beauté si particulière de la péninsule. Un écrin parfait pour faire vivre intensément cette aventure centrée autour du personnage de Dorothée, (Gaëlle Billaut-Danno) une femme forte, ayant choisi d’écouter ses sentiments qui la poussent vers ceux qui se battent pour la libération de leur pays plus que vers son mari, (Valentin de Carbonnières en alternance avec Charles Lelaure) un homme jeune, séduisant mais fragile, qui semble toujours hésiter entre elle et sa sœur (Katia Miran). Un militaire (Pierre Deny) et un policier retors (Pascal Parmentier) contribuent à parfaire cette intrigue où l’intime et l’Histoire sont inextricablement mêlés. Ponctuée en arrière-plan par les délicats moments musicaux de Mai Thành Nam, la mise en scène précise de Géraud Benech nous permet ce voyage dans le temps et met en relief le jeu sans faille des comédiens qui expriment si bien les frustrations de leurs personnages prenant, dans ces moments aux allures de fin de règne, le chemin de la radicalité. Derrière les destins personnels, l’auteur a voulu jeter sur cette période un regard attentionné, dénué de tout parti pris. Avec le raffinement qu’autorise un style parfaitement maîtrisé, il décrit les replis de l’âme humaine emportée sur le fleuve agité de l’Histoire et embarque le spectateur dans un monde aussi trouble que passionnant.  

Philippe Escalier

Je m’appelle Asher Lev

Cette remarquable pièce de Aaron Posner d’après le roman de Chaim Potok, sur le dépassement de soi et l’irrésistible accomplissement d’un exceptionnel destin d’artiste dans un milieu religieux contraignant, est portée au Théâtre des Béliers par trois magnifiques comédiens.  

Au théâtre, comme au cinéma, les anglo-saxons ont l’art du récit. La pièce d’Aaron Posner en est une belle illustration, avec cette facilité à construire une histoire, toute en finesse. Aucun effet de style, tout est pur, tout est limpide et pourtant l’essentiel et l’émotion sont au rendez-vous dans ce qui est une parfaite description d’un individu aux prises avec ses contradictions entre ses aspirations profondes et son milieu familial.

Asher Lev nous plonge dans une famille juive orthodoxe de Brooklyn après-guerre. Le religieux est son centre de gravité, sa raison d’être. Autant dire que lorsque, très tôt, les qualités hors normes de dessinateur d’Asher Lev apparaissent, son père est plutôt catastrophé par ce qui lui semble être une manifestation du malin.  Respectueux de sa famille et de ses traditions, l’enfant puis l’adolescent se trouve face à un dilemme : va-t-il obéir à sa passion dévorante ou respecter les traditions ? Ce combat intérieur sera livré dans un milieu qui ne connait pas la violence, mais qui est tout de même particulièrement oppressant et obtus. Le débat autour de la question : « pourquoi dessines-tu des femmes nues ?» est un moment délicieux où l’incompréhension du père génère des réactions cocasses. Le balancement entre le tremblement de terre qui secoue le cercle familial et la drôlerie qui par moment, en résulte, est l’une des grandes qualités de cette pièce qui sait, en outre, si bien parler de la mission de l’Art et de la responsabilité de l’artiste. Tenu en haleine par un discours léger, tellement subtil, le spectateur se laisse embarquer dans cette histoire captivante d’un bout à l’autre. Il ne se passe rien de grave, et pourtant c’est un drame d’incompréhension qui se joue entre ce fils artiste et son père qui ne voit dans sa réussite que trahison et démission face aux exigences d’un judaïsme intégriste. Dans l’irréprochable adaptation et mise en scène de Hannah-Jazz Mertens, les trois comédiens sont en osmose parfaite avec le texte et jouent avec une délicatesse peu commune. Guillaume Bouchède* est exemplaire dans l’incarnation de ses quatre personnages, dont celui du père, tout comme Stéphanie Caillol, magistrale en mère aimante mais toujours un peu en retrait. Benoît Chauvin pour sa part, (en alternance avec Martin Karmann), s’épanouit dans le rôle-titre, depuis la petite enfance jusqu’au succès final, tout juste atténué par l’éternel désarroi paternel, consterné de devoir dire que son fils est peintre ! C’est peu dire que cette pièce nous parle et tout est réuni aux Béliers pour la découverte réjouissante d’un texte construit autour du combat pour l’émancipation au service de l’Art.

Philippe Escalier

Pour cette interprétation, Guillaume Bouchède a obtenu, le 6 mai 2024, le Molière du Comédien dans un second rôle.

Éléonore Arnaud et Valérian Béhar-Bonnet

Ces deux jeunes comédiens au parcours déjà riche sont à l’affiche du théâtre de la Huchette avec « Cookie », spectacle plébiscité par la critique et le public. L’occasion de revenir avec eux sur leur parcours marqué par le talent et la passion.

Éléonore Arnaud sort du Conservatoire en 2014. Son premier projet sera « La Discrète amoureuse » de Félix Lope de Vega que Justine Heynemann adapte (avec Benjamin Pénamaria) et monte au Théâtre 13, dans un rôle qui lui vaudra une nomination aux Molières. Beaux débuts ! Dans la foulée, elle intègre la compagnie « Le Birgit Ensemble », dirigée par Julie Bertin et Jade Herbulot et constituée d’une partie de sa promotion du CNSAD. Ensemble ils créent des spectacles politiques dont « Berliner Mauer : vestiges », « Memories Of Sarajevo », « Dans les ruines d’Athènes » et « Roman (s) national » autour de la Vème République. « Le Birgit Ensemble » aime aussi à se transformer en cabaret politique consacré à la politique française et européenne avec des chansons écrites par avec des chansons écrites par le parolier Romain Maron et mises en musique par le compositeur Grégoire Letouvet. Le « Birgit Kabarett » se produira au printemps, notamment au Rond-Point et au Théâtre de Chatillon (infos sur : : https://lesindependances.com/fr/projects/birgit-kabarett).

Éléonore Arnaud fait partie, depuis 2011, du « Collectif 49701 », créé par Clara Hédouin et Jade Herbulot lors de leur rencontre au Studio d’Asnières, avec lequel elle adapte (et modernise) le roman « Les Trois Mousquetaires » en série théâtrale. Le roman est découpé en 6 parties, 6 saisons, soit 19 épisodes qui se jouent en extérieur uniquement, avec la ville comme décor. Un spectacle itinérant donc, à découvrir un peu partout en France… (infos sur leur site : http://collectif49701.fr/evenements/ )La série théâtrale est d’ailleurs elle-même adaptée pour la TV et est disponible gratuitement sur ce lien : https://www.france.tv/spectacles-et-culture/theatre-et-danse/les-trois-mousquetaires-la-serie/ 

L’idée du spectacle « Cookie » germe en 2017. Justine Heynemann appelle Éléonore Arnaud pour lui dire qu’elle a découvert, un peu par hasard, un roman autobiographique, traduit en français signé Cookie Mueller, une américaine libertaire, ayant vécu une vie assez rock’n’roll, et qu’elle serait parfaite pour incarner cette femme haute en couleurs. Ne restait plus qu’à trouver le biais pour l’adapter au théâtre. Justine et Éléonore se mettent toutes deux à la tâche et très vite s’impose l’idée d’utiliser la musique live pour recréer une ambiance de show à l’américaine, avec une bande son vivante, présente, vibrante, LIVE.

C’est là qu’intervient Valérian Béhar-Bonnet qui se charge de la création musicale, de l’accompagnement instrumental et de l’interprétation de différents personnages secondaires. Parfait pour le jeune comédien, lui aussi artiste dans l’âme, qui a toujours aimé chanter.

Liberté est l’un des mots que l’on doit associer à son parcours. Il débute le piano à huit ans, avant de se mettre à la guitare à 12 et de faire beaucoup de théâtre au moment du lycée. Après son bac, il est repéré par une compagnie de La Rochelle, qui l’engage comme comédien ainsi que comme professeur pour les élèves amateurs. Il apprend le métier pendant trois ans puis, désireux de profiter de la vie, sans rien vouloir planifier, après le bac, il part en vadrouille avec sa guitare en Amérique du Nord et du Sud. À son retour l’envie de reprendre le théâtre s’impose à lui. Valérian Béhar-Bonnet s’inscrit alors aux cours de Jean-Laurent Cochet où il rencontre les membres de sa compagnie « Les Mauvais Élèves », une joyeuse bande de jeunes comédiens désireux de revivifier le spectacle vivant en reprenant des classiques avec beaucoup de contre-emplois, comme dans leur cinquième spectacle, « Les amoureux de Molière » joué à Avignon et en tournée.

Avant « Cookie », Valérian Béhar-Bonnet a rencontré Justine Heynemann dans « Songe à la douceur », adaptation d’un roman de Clémentine Beauvais, transposition contemporaine de « Eugène Onéguine » de Pouchkine. Cette pièce, où il interprète Vladimir Lenski, lui permet à nouveau de mobiliser l’ensemble de ses talents mais aussi d’apprendre à jouer de la batterie. En 2023, il monte un opéra avec « Les Mauvais Élèves », dans un style un peu décalé qu’il affectionne, une « Cendrillon » de Jules Massenet, avec au plateau 60 élèves du conservatoire de la ville de Versailles.

Comme acteur et compositeur de la bande son, il est à l’affiche en 2022 du film de Loïc Paillard, « Les lendemains de veille ».  

De cette formation et de cette aptitude à pouvoir faire presque tout sur scène, il garde le goût des spectacles pluridisciplinaires comportant de la musique, de la danse et du chant. On en veut pour preuve sa participation à la reprise à la Cartoucherie du « Misanthrope » joyeusement moderne et subtil de Thomas Le Douarec, très remarqué lors des deux derniers festivals d’Avignon. Il y incarne un Clitandre précieux, évoluant dans un milieu « jet set » un peu décadent. Déclamer des alexandrins tout en jouant sa musique à la guitare électrique, le voilà parfaitement dans son élément !

Pour l’heure, et en attendant de les suivre dans leurs prochaines aventures, nous ne manquerons pas le rendez-vous qu’ils nous donnent sur la scène de La Huchette.

Philippe Escalier

Crédit photo Éléonore Arnaud : © Béatrice Cruveiller / Crédit photo Valérian Béhar-Bonnet : © Nathalie Mazeas

Un chapeau de paille d’Italie

Avec cette adaptation d’Eugéne Labiche au Lucernaire, la compagnie de l’Éternel Été démontre une nouvelle fois sa capacité à rajeunir les grandes pièces du répertoire. La folie et le comique de ce vaudeville sont nourris par une mise en scène pleine de surprises.

C’est peu dire que ce « chapeau de paille d’Italie » décoiffe. Un chapeau de paille d’Italie et Benoît Gruel l’ont adapté avec un double parti pris : en faire un moment « électro-onirique » et lui donner des allures très modernes, loin des portes qui claques (il n’y a pas de portes !) où l’on pourra constater que l’adulte n’est rien d’autre qu’un grand enfant. Le mariage est-il chose sérieuse ? Faut-il y voir un rêve ou un cauchemar, en particulier quand votre future belle-mère est un « porc-épic » ne rêvant que de rompre cette union ? Adieu le mobilier Second Empire, les spectateurs vont découvrir un décor fait de matelas et d’oreillers (mais rassurez-vous personne ne s’endort, ni sur scène et encore moins dans la salle !) et un texte dépouillé de ses aspects sexistes et racistes pour me laisser place qu’au comique, au rythme endiablé et au génie de la construction de Labiche. Le vaudeville traditionnel est franchement dynamité au profit d’un récit rajeuni et construit à la manière d’un cartoon. Le défi est de taille, mais il est relevé haut la main, notamment grâce au fourmillement d’idées et à une distribution hors pair qui prend visiblement plaisir à cet exercice original, sur vitaminé et très physique. Face à Emmanuel Besnault dans le rôle de Fadinard, le futur marié, Sarah Fuentes est parfaite en belle-mère névrosée, Mélanie Le Duc interprète avec brio la femme adultère tout comme Guillaume Collignon, l’amant très agité et susceptible. Victor Guez (le cousin) complète parfaitement cette troupe qui, durant une heure quinze, vient étonner et ravir les spectateurs du Lucernaire.  

Philippe Escalier – Photo © Philippe Hanula

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