Tom à la ferme

© Philippe Escalier

La pièce de Michel Marc Bouchard est interprétée à L’Atelier 44 d’Avignon par la Compagnie Nacéo avec une interprétation remarquable donnant au spectacle toute sa force et son intensité.

Si c’est le cinéma qui a rendu cette pièce célèbre, seule la magie du spectacle vivant est capable de traduire la complexité et la richesse de cette œuvre inclassable. En particulier quand la mise en scène d’Olivier Sanquer (familiarisé avec le travail de l’auteur québécois) est d’une sobriété exemplaire, jouant avec les lumières et le son (musique très appropriée assez obsessionnelle ayant parfois des tonalités religieuses) et donnant aux mots leur poignante signification, et ce, même si Michel Marc Bouchard est passé maître dans l’art de l’ambiguïté. Le stéréotype n’est pas sa tasse de thé ! C’est peu dire que les quatre personnages réservent des surprises et que le récit n’a rien de linéaire. Dans cette pièce, personne n’est vraiment ce qu’il semble être, que ce soit le frère, qui cache sa fragilité derrière sa violence, l’amant qui subit sans ciller les pires tourments, paraissant même y trouver goût ou la mère qui prêche une vérité sans partage alors que le mensonge s’est insinué partout pour des raison de survie mais qui est pourrait bien être la seule responsable de tout ces drames. Pour interpréter ces quatre personnages insaisissables, il fallait quatre comédiens inspirés, tout en retenue, capables de nourrir les tableaux en clair obscur que sait peindre Olivier Sanquer. Vinicius Timmerman est parfait dans le rôle titre, avec sa sensibilité à fleur de peau, sublime Saint-Sébastien à qui il ne faut pas se fier, Axel Arnault relève le défi de jouer avec subtilité son personnage de brute épaisse désireuse de tout régenter, Marie Burkhard est étonnante par l’éclat de son interprétation et cet art de brouiller savamment les pistes. Amandine Favier sait, quant à elle, donner du relief à la jeune femme surprenante et presque loufoque qu’elle incarne. Ensembles, ils nous entrainent dans cette pièce aux allures de fantasme cauchemardesque et nous laissent au final, surpris, sidérés mais conscients d’avoir assisté à un vrai et rare moment de théâtre.

Philippe Escalier

Atelier 44 : 44 rue Thiers 84000 Avignon tous les jours à 12 h 50

A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
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