Lawrence d’Arabie fait la conquête du public du 13E Art

Retracer sur les planches le destin hors du commun de l’officier britannique qui a suscité la grande révolte arabe du début du XXe siècle demandait une bonne dose d’audace. Le « Lawrence d’Arabie » d’éric Bouvron et Benjamin Penamaria, porté par une formidable équipe de comédiens, nous permet de vivre un choc émotionnel, illustration parfaite de ce que l’on aime par dessus tout dans le spectacle vivant !

L’adaptation de la vie de Lawrence d’Arabie est une gageure que jusqu’à présent seul le cinéma a été capable de relever, avec le somptueux film aux sept Oscars de David Lean. L’Angleterre, le Proche-Orient, les batailles épiques contre les Ottomans (et l’incroyable prise d’Aqaba), les négociations difficiles et les coups tordus des puissances coloniales, tout dans cette vie, qu’aucun romancier n’aurait jamais pu imaginer, est difficile à incarner au théâtre. À moins, comme ici, de raconter et de reconstituer l’Histoire en laissant libre cours à une imagination débordante, empreinte de poésie. Renonçant à la vidéo, à la débauche de moyens ou de décors auxquels l’on pourrait s’attendre, éric Bouvron, assisté de Jérémy Coffman, dans sa mise en scène, a choisi le minimalisme le plus pur et le plus stylisé, mis en évidence par les sublimes lumières d’Edwin Garnier. Avec des tapis, quelques voiles, une poignée d’accessoires et de beaux costumes (de Nadège Bulfay), il laisse au jeu des comédiens un pouvoir de suggestion et d’évocation sans limite, capable d’entrainer le spectateur dans ce récit palpitant. Qu’importe le lieu ou l’année, que l’on voyage à dos de chameau ou en train, que l’on se trouve face aux tribus arabes divisées ou à Buckingham Palace, la narration ne faiblit jamais, rythmée par la superbe voix de Cecilia Meltzer, accompagnée par les instruments de Julien Gonzales et Raphaël Maillet. Ce trio fait corps avec le spectacle, pour lui donner un magnifique surcroit d’émotion et d’intensité. La salle vibre, elle rit aussi pendant ces moments pimentés d’humour qui s’intègrent si bien dans cette œuvre chorale. Renouant avec le talent et la force des conteurs capables de nous faire voyager en restant assis autour d’un feu, l’équipe de Lawrence d’Arabie avec la seule force de la parole et du jeu, nous fait revivre les aspects les plus importants de la vie de ce personnage mythique.

Né de l’union illégitime d’un baronnet anglais et d’une gouvernante écossaise, Thomas Edward Lawrence va d’abord étudier l’Histoire avant de se passionner pour l’archéologie qu’il ira pratiquer au Moyen-Orient, région qui le passionne. C’est là que sous couvert de fouilles, il sera recruté par l’armée britannique pour effectuer des relevés topographiques, avant de passer à l’action militaire. C’est sur cette période essentielle de sa vie, marquée par des succès incroyables que le spectacle va se concentrer. Rapides mais très fluides, les divers épisodes nous font assister à une réunion d’état-major, à la rencontre avec l’émir Fayçal qui met ses guerriers à la disposition de Lawrence, après quoi, les trains sautent, l’on traverse le terrible désert de Jordanie pour s’emparer d’Aqaba à la surprise générale et en chasser les Turcs. Tout est formidablement suggéré et illustré par une équipe de comédiens de haut vol au sein de laquelle Kevin Garnichat est le seul à interpréter (et de quelle manière !) un personnage unique, à savoir le rôle titre. Autour de lui, Alexandre Blazy, Matias Chebel, Stefan Godin, Slimane Kacioui, Yoann Parize, Julien Saada, Ludovic Thievon sont à l’unisson. Ils incarnent une soixantaine de personnages parmi lesquels figurent quelques femmes, passant des uns aux autres avec une étonnante dextérité. Conscients de nous offrir un inoubliable moment, tous sont d’une force et d’une justesse remarquables. Au final, après la longue standing ovation offerte en guise de récompense, les spectateurs quittent les lieux, encore troublés par l’envoutement qu’ils viennent de connaitre.

Philippe Escalier – photo © A.Vinot

A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
Cet article, publié dans Spectacle vivant, Théâtre, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s