Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée

Deux textes de trente minutes, l’un de Musset, l’autre écrit autour du poète romantique mêlent ironie et tendresse formant un beau moment théâtral d’une légèreté réjouissante.

Une pièce en un acte d’une demi-heure, écrite par l’un des grands noms du XIXe siècle, curieux diriez-vous ? L’on comprend mieux si le contexte est précisé : Musset, profondément mortifié par l’échec cinglant de sa « Nuit vénitienne » en 1830 décide de se consacrer au genre dramatique mondain et mineur basé sur une intrigue sentimentale légère à destination des salons parisiens, qui seront qualifiés de Proverbes.
C’est pour compléter cette courte comédie qu’Isabelle Andréani nous offre en prélude « La clef du Grenier d’Alfred »un texte pétillant, évocation pleine d’humour de l’univers amoureux et théâtral d’Alfred de Musset. L’enchainement des deux textes se fait le plus naturellement du monde, tant la symbiose entre les deux moments est parfaite. Nous abandonnons le « Grenier » et les échanges croustillants entre Musset et George Sand pour passer le pas de cette porte dont on ne se sait comment la laisser ! Entrouverte peut-être car le Comte a voulu passer une tête pour s’entretenir avec la Marquise et lui déclarer sa flamme, lui dont on sait pourtant qu’il court les danseuses et elle, qui parle de mariage avec un riche voisin.
Le Comte sur un ton léger, commence par complimenter sa belle Marquise. Mal lui en prend, badiner, il ne faut pas y songer : la dame déteste qu’on lui fasse la cour ! C’est si facile et là voilà de se plaindre, à juste titre, d’être rabaissée au rang d’objet décoratif dont on loue la beauté. Déconcerté, rabroué, le Comte attaqué dans son orgueil de mâle, fait mine de partir, revient, s’adoucit et finit par comprendre : il fait alors ce qu’elle attendait : une demande en bonne et due forme, la plus belle qui soit. Notre porte peut enfin se refermer.

Dans une mise en scène colorée et précise de Xavier Lemaire, abondante en décors, Agathe Quelquejay et Michel Laliberté, dans de beaux costumes d’époque, s’épanouissent dans leur deux rôles qu’ils incarnent à la perfection. Ils prennent visiblement autant de plaisir à jouer ce texte que nous à le voir et à l’entendre. Au fil de leur cheminement pour aller vers leur union, ils pourront nous faire songer à ce passage de « On ne badine pas avec l’amour » où Musset, qui a des comptes à régler avec le genre humain écrit, non sans excès : « Le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais s’il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. »
Si les êtres, selon Musset, sont « imparfaits et affreux », son théâtre, lui, est tout à l’opposé, capable de décrire dans un style si délicat, les délices de la passion. C’est dire qu’il ne faut pas se priver de respirer à pleins poumons cette bouffée de bonheur, véritable hymne à l’amour.

Philippe Escalier – Photo @Laurencine Lot

Théâtre Essaïon : 2, place des Carmes 84000 Avignon à 14 h 10 – 04 90 25 63 48

A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
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