Comme en 14

Cette superbe pièce, reprise actuellement au théâtre La Bruyère, est un bouleversant moment d’humanité signé Dany Laurent qui fait revivre, avec beaucoup d’humour, la vie de quatre femmes et d’un jeune homme au sein d’une infirmerie en 1917.

Dany Laurent a une plume. L’art du dialogue, qu’elle maitrise au plus haut point, lui permet de raconter une histoire, mieux encore, de donner naissance à cinq personnages d’une profondeur et d’une intensité rares qui traversent la guerre avec l’angoisse, le sens du devoir et l’amour de la vie vissés au corps. Le tout avec une simplicité et un naturel qui sont la pâte des grands. Personne ne voit passer les deux heures du spectacle. Lorsque tombe le rideau, s’arrête une histoire à laquelle nous avons pleinement participé, riant beaucoup et pleurant parfois.

Nous sommes le 24 décembre 1917. La guerre et avec elle son cortège d’horreurs, ne semblent plus vouloir finir. Dans une infirmerie de province, Marguerite fait tourner la boutique, en se faisant aider de deux jeunes filles. Son caractère bien trempé crée parfois des tensions, exacerbées par le contexte mais atténuée par sa nature noble et généreuse. À ces trois personnages vont venir s’agréger une comtesse, avec qui Marguerite a été élevée et son fils cadet, quelque peu handicapé, venus soutenir leur ainé qui va subir une amputation. Dans cette pièce sans temps mort, tous les personnages sont savamment dépeints, chacun avec ses forces, ses faiblesses et ses contradictions. Yves Pignot qui signe une mise en scène aussi riche que le texte, (le huis-clos est magnifiquement géré !), se devait de réunir un casting exceptionnel. Mission accomplie ! Marie Vincent, c’est peu de le dire, excelle dans le rôle de Marguerite et capte l’attention dés son entrée (silencieuse) sur scène. Son personnage haut en couleurs de râleuse au grand cœur, ne pouvait être mieux incarné. Virginie Lemoine, rigide et drôle à souhait, incarne parfaitement une comtesse, terrassée par ses malheurs, toujours marquée par ses réflexes de classe mais qui, malgré tout, laisse parfois parler ses affects. Ariane Brousse dans le rôle d’une bénévole douée d’un fort sens politique (très actuel !), amoureuse du fils aîné de la comtesse, prête son talent à de cette fille idéaliste et pleine de vie. Katia Miran, pour sa part, incarne avec beaucoup d’élégance et d’émotion retenue, une jeune fille de la bonne société que les épreuves vont transformer. Axel Huet enfin, ne retient pas notre attention car il est le seul garçon de la pièce, mais bien parce qu’il donne une vraie présence à Pierre, le dernier fils du château, que l’opération de son frère rend plus perturbé que d’habitude. Le rôle, qui n’a rien d’évident, est ici parfaitement tenu. Tous les cinq, par leur talent, font qu’au milieu des rires, l’émotion et l’intensité vont crescendo.
Superbe hommage aux femmes, « Comme en 14 », vraie bombe émotionnelle, texte d’une grande vivacité et d’une belle subtilité, justement récompensé de trois Molières en 2004, est d’évidence le spectacle de ce début d’année qu’il faut absolument voir ou revoir.

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre La Bruyère : 5, rue La Bruyère 75009 Paris
Du mardi au samedi à 21 h et samedi à 15 h 30
01 48 74 76 99 – http://www.theatrelabruyere.com

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A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
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