Le récit poétique, mais pas chiant, d’un amoureux en voyage

Créer un univers et des personnages, interpréter avec brio et une bonne dose de folie, narrer une aventure en se jouant des mots avec gourmandise, manier l’humour en maître, tel est l’exploit réussi par Marc Tournebœuf dans son dernier spectacle, un seul en scène aussi désopilant que surprenant.

Même Molière qui écrivait dans son « Misanthrope », « Il n’appartient qu’aux sots d’admirer et de rire » ne pourra nous retenir d’affirmer à quel point nous avons ri à l’écoute de ce texte et combien nous admirons l’interprétation magistrale d’un jeune comédien surdoué, assez fou et suffisamment sûr de lui pour écrire, à vingt-trois printemps, un troisième opus, un seul en scène d’une tenue exemplaire, où, de surcroit, il se paie le luxe de nous faire rire, à gorge déployée, le plus souvent à ses dépens.
De quoi retourne-t-il ? L’auteur raconte un coup de foudre qui le pousse à rejoindre sa dulcinée en terre portugaise et à vivre là-bas une aventure qui se terminera par une rupture. L’histoire est-elle vraie ou le fruit de son imagination ? La question importe peu, on ne demande pas à la fin du spectacle au magicien de nous livrer ses secrets de fabrication. On se contente de partir en rêvant, envouté par le mystère fascinant de ses tours de passe-passe.
Auto-dérision, petits détours par la littérature, allusions historiques, mini cours de syntaxe et de géographie, calembours et allitérations, esquisses fines de personnages croquignolets, ce texte de Marc Tournebœuf, par sa richesse, ressemble à un roman à épisodes, aussi bien écrit qu’imaginatif, nous invitant au voyage (et à l’amour fou) tout en nous berçant d’anecdotes hilarantes. Et personne ne songera à l’accuser de pérorer tant l’humour est omniprésent, servant de base liante aux nombreux ingrédients du récit, nous montrant à quel point le jeune auteur sait prendre de la distance et de la hauteur, pour notre plus grand bonheur ! La mise en scène de Grétel Delattre apporte l’inventivité permettant de nourrir son énergie débordante et de faire de ce texte un vrai spectacle. On trouvera bien dans « Le récit poétique, mais pas chiant, d’un amoureux en voyage » quelques petits défauts véniels de jeunesse (deux très courts passages qui s’octroient un peu de facilité, détails qui d’ailleurs passeraient inaperçus si l’ensemble n’était si remarquable). Le potentiel de l’artiste nous permet d’être certain qu’ils seront bien vite gommés.
L’auteur de cette critique finira en vous disant de bien retenir le nom de Marc Tournebœuf, et ce, d’autant plus volontiers que l’originalité de son patronyme est une assurance contre l’oubli. Et ne manquez, sous aucun prétexte, ses prochains passages sur scène.
À suivre !

Texte et photos : © Philippe Escalier

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A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
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