Hervé Claude

Par Grégory Moreira Da Silva

Il rentre, s’installe et répond aux questions de manière affable. Il dégage quelque chose de rassurant, de paternel. Puis, soudainement, tourne les talons et s’échappe. Comme un coup de vent. Insaisissable, impalpable, Hervé Claude est de ce point de vue comme son héros Ashe dont les péripéties ponctuent son dernier polar Les ours s’embrassent pour mourir.

 

Quand on pense « Hervé Claude », on songe d’abord à ce présentateur de JT un peu trop sérieux sur la 2… Mais votre vie a bien changé depuis. Pouvez-vous nous la résumer en quelques mots ?

En fait, elle n’a pas changé. J’ai continué ma carrière mais de manière plus ou moins médiatisée. J’ai présenté le JT sur Antenne 2 puis France 2 jusqu’en 1995. J’ai enchaîné sur la présentation de soirées sur Arte pendant dix ans. J’ai également animé des débats sur Forum Planète, et aussi l’émission « Agapè » sur France 2. Je n’ai aucun regret sur tout ce que j’ai pu faire. Contrairement à d’autres, je ne me suis pas accroché à mes différents postes en télé. Il faut savoir laisser sa place… Au fond, j’ai eu un parcours assez linéaire bien que je ne me sois jamais ennuyé une seule fois !

N’avez-vous pas l’impression d’avoir eu plusieurs vies, entre celle du journaliste parisien marié et celle du romancier aventurier ouvertement gay ?

Je n’ai jamais rien caché. Mais personne ne m’a jamais posé la question de ma sexualité. Il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu’un journaliste de Libération me la pose et que je lui réponde en toute franchise. Pour moi, la vie privée doit a priori le rester. Je ne suis pas militant dans l’âme mais j’ai toujours été très attentif à l’homophobie.

Votre nouveau roman Les ours s’embrassent pour mourir semble placer les rencontres sur les sites Internet gay au cœur de l’intrigue. Pourquoi avoir choisi cette option d’emblée ?

Dès le départ, j’ai élaboré cette idée selon laquelle les sites de rencontres gays pouvaient être assez dangereux. Les mecs sont incroyables : ils sont capables de se déplacer pour une « rencontre » sans connaître rien ou presque sur cette personne…

Par ailleurs, pourquoi avoir situé l’action en Australie, au-delà de l’affection que vous avez pour ce pays ?

Mes sept romans policiers se sont tous situés là-bas. J’ai eu cette idée en allant la première fois en Australie dans un des plus grands complexes gays du pays. Un complexe complètement isolé du reste du monde. Cela m’a donné l’idée d’un huis clos génial qui pouvait faire l’objet d’un vrai roman noir.

On vous le répète souvent, mais votre héros Ashe vous ressemble beaucoup, sauf physiquement. Les aventures que vous lui inventez ne sont-elles pas des expériences que vous auriez aimé vivre vous-même ?

C’est peut-être ça… y compris tuer quelqu’un ! La vérité, c’est qu’au début cette personne est complètement moi. Puis, au fil de ses pérégrinations, le personnage évolue et m’échappe presque. Les seuls vrais points communs que j’ai avec Ashe, ce sont l’humanisme et la tolérance.

La « communauté bear » semble vous avoir pas mal inspiré, notamment pour ce polar. Pourquoi ?

À n’en pas douter parce que c’est celle que je connais le mieux. De plus, mon intrigue part d’une rencontre sur un site bear. C’est une communauté que j’affectionne et qui me fait un peu rire.

Vous qui voyagez beaucoup, quel regard portez-vous sur la « communauté gay » parisienne ?

C’est une communauté que je connais peu au final, ce qui me gêne pas mal… Les gays français ne vivent pas trop en ghetto. À Sydney, il y a deux quartiers gays très ouverts. Mais en France, ça me paraît encore plus mélangé.

Et quand vous venez à Paris, quels sont les endroits que vous aimez fréquenter ?

Je ne sors jamais pour ainsi dire. Une question d’âge je suppose… Je sors beaucoup plus quand je suis à l’étranger. Je n’ai jamais été très boîte en fait. Mais quand je suis en Australie, j’adore aller voir des spectacles de drag-queen.

De quoi êtes-vous le plus fier dans votre riche vie ?

Je suis d’abord content de la diversité de ma carrière en télé : j’ai fait du reportage, présenté le JT, des émissions, j’ai pu beaucoup voyager… Mais je suis aussi heureux d’être toujours édité depuis vingt-cinq ans ! Peu arrivent à durer autant dans le monde de l’édition.

Avez-vous déjà une vague idée du titre de votre prochain polar ?

Non, pas encore. J’ai la chance d’avoir deux polars* qui sont édités en même temps actuellement. Mais l’Australie m’inspire toujours et j’aimerais beaucoup aborder le thème des Aborigènes dans mon prochain livre.

Grégory Moreira Da Silva

Les ours s’embrassent pour mourir (« Actes noirs », aux éditions Actes Sud) et Mort d’un papy voyageur, le Poulpe (aux éditions Baleine).

 

A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
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