Jean-Luc REVOL

 

Véritable homme de théâtre, Jean-Luc Revol est à la fois
acteur et metteur en scène. Trois ans après Vincent
River
, il vient signer la superbe mise en scène d’Une souris verte, créée pour la première fois à Paris, au Tristan
Bernard. Si sa modestie – presque maladive – l’empêche de se mettre
en avant, il défend énergiquement ses projets avec le souci d’aborder chaque
fois des registres différents : spectacle musical, théâtre ou opéra. Le
molière décroché par Le Cabaret des
hommes perdus
a heureusement contribué à mettre en lumière un artiste
auquel nous devons de grands moments de bonheur !

 

 

Dans Une souris verte, le texte, savoureux,
est mis en valeur par une distribution exemplaire. Comment a-t-elle été choisie ?

Quand Eddy Saiovici,
directeur du Tristan Bernard, a retenu cette pièce, il avait déjà pensé à deux
actrices, Raphaëline Goupilleau et Julie Debazac. Lorsque je suis arrivé sur le
spectacle, j’ai validé ce choix avec joie (je les aime beaucoup toutes les
deux) avant d’organiser un casting pour les deux garçons. J’ai contacté Édouard
Collin en pensant qu’il serait réticent à jouer à nouveau le rôle d’un jeune
gay et pourtant il a accepté de passer l’audition parmi quarante autres jeunes
comédiens. Avec Arnaud Binard leur duo me semble tout à fait à la hauteur.

 

Je confirme ! Comment travaillez-vous une mise en scène ?

À la lecture d’une pièce, si elle me parle, j’ai des images
qui me viennent immédiatement à l’esprit. Je n’ai pas vraiment de méthode
précise. Je travaille beaucoup en amont sur le texte, puis avec ma décoratrice,
ma costumière, avec les lumières pour ne pas avoir des périodes de répétition
trop longues. Je sais exactement ce que je veux faire, je déteste les metteurs
en scène qui ne savent pas ce qu’ils veulent. J’essaie de donner un cadre
précis, surtout ici, dans une pièce qui comporte vingt-trois changements de
décor. Pour Une souris verte, je
voulais travailler sur le fondu enchaîné en m’inspirant du cinéma.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

D’abord le théâtre amateur ! J’étais professeur
d’anglais et au bout d’un an et demi d’enseignement, je suis allé dire à mon
proviseur que je démissionnais.

Ensuite, c’est le parcours d’un jeune homme de province qui
monte à Paris faire le cours Florent où, tout de suite après ma formation, j’ai
enseigné. J’ai aussi été assistant d’Éric Rohmer sur trois films, dont un pour
Arte. Puis j’ai été engagé par Robert Hossein et ensuite je suis resté plus
d’un an sans travailler avant de créer – il y a quelques années
maintenant – ma compagnie, le Théâtre du Caramel fou, à ne pas confondre
avec la troupe des Caramels fous !

 

Le succès du Cabaret des hommes
perdus
est une belle récompense ?

Oui, ce spectacle représente tout de même quatre années de
travail intensif pour convaincre les gens. Il a fallu se battre contre la
frilosité des directeurs de salles qui me disaient « Ah, mais pour mon public »… Déjà quand ils parlent de
« leur public », c’est fichu, cela prouve qu’ils pensent à eux et
surtout pas au public. Bref, ils trouvaient que ce n’était pas assez…
hétéro ! Et pourtant, actuellement, nous faisons une tournée triomphale
qui brasse un public très large et pas uniquement la cellule gay de
Pithiviers ! À Brest par exemple, on a fait deux soirs pleins, donc deux fois
1 200 personnes, c’est formidable ! Forcément le molière nous a énormément
aidés. Pour le public, c’est une porte d’entrée.

 

Ce molière peut-il
réduire durablement ce que vous appelez la frilosité de certains directeurs de
salles ?

Non, et d’ailleurs pour Une
souris verte
, j’entends déjà les mêmes arguments. On me dit que Le Cabaret (dont personne ne
voulait !) était plus facile parce que musical et dansé… et là je me dis
que je ne peux plus rien pour eux. Finalement je fais peut-être un théâtre
militant !

 

C’est la preuve que l’on peut faire un théâtre militant, de qualité et
soutenu par le public ! Venons-en à l’opéra : est-ce un domaine où
vous avez envie de revenir ?

Oui, mais c’est encore une autre famille ! Je suis sur
un projet d’opéra à Istanbul qui se réalisera peut-être dans quelques mois.

 

Et dans vos cartons, qu’avez-vous d’autre en attente ?

Il faut travailler sur cinq spectacles en même temps pour
pouvoir en faire aboutir un ou deux. Je suis concentré en ce moment sur une
pièce anglaise de Tom Stoppard que j’ai traduite, une fausse pièce policière,
sorte de Cluedo géant et déjanté. Et puis il y a trois projets musicaux, dont
un avec Christian Siméon. En attendant la commande passée à un jeune auteur
belge, Vincent Daenen, sur une musique de Thierry Boulanger qui sera le
prochain grand spectacle musical de la compagnie, prévu pour 2010.


Une souris verte
se joue au Tristan Bernard : 64, rue du Rocher 75008 Paris
M° Villiers

Du mardi au samedi à 21 h et le
samedi à 18 h

01 45 22 08 40

 

http://www.theatrecaramel.asso.fr

A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
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