« Torch Song Trilogy » en création française au Vingtième Théâtre

 

Jouée des années durant à Broadway, "Torch Song Trilogy" d’Harvey Fierstein marque le grand public lorsque son auteur la porte à l’écran en 1988. Amoureux de cette pièce sensible et réaliste, « l’une des plus belles pièces gays jamais écrites », Christian Bordeleau la traduit et l’adapte. Son travail décide le Vingtième Théâtre à la programmer début septembre, avec une distribution prometteuse.

 

Après avoir donné notre sentiment, interviews et portraits pour présenter l’auteur et les  protagonistes principaux de cette création attendue.

 

Notre avis : 

 

Une pièce à ne surtout pas rater !

 

Avec ses personnages, ses périodes et ses lieux divers, « Torch Song Trilogy » convenait parfaitement au cinéma. Au théâtre, c’est une autre paire de manche. On mesure toute la difficulté d’une adaptation, quand on sait que la pièce, à l’origine très longue, comporte, en outre, une première partie assez musicale. Malgré ses obstacles, Christian Bordeleau a réussi son pari. Les indispensables coupures ont rendu la pièce plus nerveuse, sans en atténuer la portée émotionnelle. Entre tendresse et vacheries, l’on est toujours surpris de l’écriture incisive et sans défaut de cette pièce dont les réparties font mouche. L’intérêt profond que ressent le public aurait forcément été moindre avec une autre distribution. L’on est frappé par la facilité avec laquelle Eric Guého donne au personnage principal, langue de vipère, intransigeant au grand cœur, ses différentes facettes. Avec lui, Frédéric Chevaux (Ed), Firmin David qui reprend l’un des meilleurs rôles rôle de Matthew Broderick, Rosine Cadoret (excellente dans ses habits de mère juive), Brigitte Guedj, Thomas Maurion et  Jean-Philippe Maran, savent donner à cette pièce toute son intensité. On en sort heureux et ému !

Éric Guého : Arnold

 « Je suis un jour monté sur scène et sans que je ne fasse rien, la salle a commencé à rire. J’ai compris qu’il se passait quelque chose. » Avec une voix mesurée, Éric Guého explique la découverte d’une vocation l’ayant entrainé vers l’Actor Studio et les Cours Simon, en prélude à une série de pièces venues consacrer son talent comique. Paradoxalement, son rôle marquant est celui, assez atypique, d’ange de la mort dans La Valse du hasard de Victor Haïm dont il garde un souvenir tout particulier. Les débuts de Pink TV lui donnent l’occasion de faire les siens au petit écran, en présentant, tous  les soirs à 20h40, un chronique humoristique. Tournée en extérieur, Bonheur-Bonheur pose sur les sujets les plus variés un regard plein d‘humour.

Gentil, généreux mais aussi intolérant, Arnold est bien le personnage fort et contrasté qu’il rêvait de jouer « Cette pièce ne parle pas uniquement d’homosexualité. Rapports avec la mère, manque de communication, désir d’adoption, elle aborde des thèmes multiples toujours d’actualité. » Au moment de sa sortie, le film Torch Song Trilogy a beaucoup marqué les esprits. « Les spectateurs vont avoir en tête Fierstein et ils vont voir Guého… ! » dit-il modestement.  « Il va me falloir asseoir mon personnage, forcément très différent. Ce qui est intéressant, sont les rapports que nous allons avoir entre nous, sur scène et l’ambiance qui va s’en dégager. Dans l’équipe, tout se passe bien, on est heureux de jouer ensemble. Ce bonheur devrait être contagieux. » Pour ceux qui l’ont déjà vu sur scène, le doute n’est pas de mise, Eric Guého devrait être un grand Arnold.

 

Firmin David : Alan

 

Malgré son air assuré et calme, rien ne trahit dans son visage le virage de la trentaine, mis à part son CV où l’on découvre un parcours aux expériences multiples. Au théâtre, son dernier rôle était à la Comédie Française, dans Le Marchand de Venise. « Moi qui étais prêt à faire un arbre, au fond à gauche, quand j’ai appris que j’étais retenu pour le messager, j’étais fou de joie.» Auparavant, il a joué aussi Tremblay et Cocteau dont l’univers et les textes le fascinent : « J’aimerais interpréter Stanislas dans L’aigle à deux têtes ».

Formé aux Cours Simon puis avec Jean Darnel, Firmin David s’est installé durant un an et demi à Londres pour y prendre des cours de chant qu’il met en pratique dans Mickey’s Winter on Ice. Pour le reste, il a l’habitude de combler ses moments creux par des feuilletons policiers. « Je ne suis pas encore en mesure de refuser trop de choses !» Par contre, il accepte sans réticence aucune le rôle que Caroline Huppert lui propose dans son prochain téléfilm pour France 2. « J’aime beaucoup son travail » dit-il avant d’ajouter qu’au cinéma, il a souvent joué des rôles de jeunes auxquels on aurait donné le bon dieu sans confession : « En fait, c’était de vraies pourritures, c’est ce qu’il y a de plus intéressant ! ». Puis, vient le cri du cœur : « Il me tarde de pouvoir jouer des personnages plus matures. » En attendant, il reprend dans Torch Son Trilogy, le rôle incarné par Matthew Broderick. « Dans le film, il était calme, on a voulu le rendre plus énergique. Mon personnage est très sensuel et sexuel. Il faut savoir qu’Alan débarque à New York à 14 ans où il fait le trottoir pour survivre avant de devenir mannequin. » Et de conclure : « Dans la vie, je suis à l’opposé de ce genre de personnage. Il a fallu que je me libère ! »

 

Rosine Cadoret : M’man

 

Quel était votre dernier spectacle ?

Il s’agit de L’homme en question, la pièce de Félicien Marceau, jouée avec Michel Sardou à la Porte Saint-Martin, puis en tournée, dans une ambiance très sympa. Je jouais une femme qui draguait tant et plus Michel Sardou dans les ascenseurs !

Ça marchait ?

Oui ! J’avais pas essayé avant, je n’ai pas tenté depuis, mais sur scène, ça marchait   (rires) !

Sinon, on vous a souvent vue sur le petit écran !

J’ai joué, en effet, dans un grand nombre de séries, avec des rôles conséquents, parfois des tournages longs, comme les 200 épisodes de Rue Carnot. Je suis également partie en Nouvelle-Zélande pendant 6 mois pour « Port Cook » tournée en anglais. Dans Une famille pour deux, j’étais la mère d’Éric Métayer.

Visiblement, on commence à vous donner des rôles de maman !

Oui, c’est un tournant, en attendant de jouer les grands-mères ou (puisque l’espérance de vie augmente) la ménagère de moins de cent ans !

Qu’est ce que vous séduit le plus dans votre métier ?

J’aime les choses qui commencent. J’ai adoré ouvrir le théâtre Présent de la Villette avec les frères Jolivet et ensuite le Café d’Edgar avec Marc Jolivet dans Les Concierges de l’espace. J’ai aussi fait partie, au début, de la Compagnie du Pallium de Jean-Michel Ribes qui était venu me chercher quand je prenais des cours d’art dramatique.

Avec la mère d’Arnold, vous sortez des rôles « gentils » que l’on vous a souvent confiés !

En effet, ce qui me plaît, c’est qu’elle soit un peu méchante…ça va me faire beaucoup de bien ! Elle balance des trucs durs, dit ce qu’elle pense, parfois avec de l’humour, mais le plus souvent sans prendre de gants. Elle n’arrive pas à accepter l’homosexualité de son fils et surtout le fait qu’il ne lui dise jamais rien de sa vie. En tous cas, c’est une sacrée bonne femme et pour moi c’est un beau personnage.

 

Frédéric Chevaux : Ed

 

Parler de son travail, c’est un peu faire le tour de France. Habitué à des rythmes d’enfer, Frédéric Chevaux avoue ne pas savoir dire non, « surtout lorsqu’on me propose un rôle comme Ed ». À peine de retour de Martinique et de Guadeloupe où il s’est produit avec Des équilibres , spectacle mis en scène par François Berdeaux mêlant danse, cirque, théâtre, hip-hop et acrobatie, il attaque de front les répétitions de deux spectacles. à la sueur de mon front est aussi au programme. Ce théâtre-réalité où les comédiens restituent des témoignages recueillis par une journaliste doit se jouer en province dans quelques mois.

Arrivé à Paris à dix-huit ans, Frédéric Chevaux fait les Cours Florent. J’ai rencontré les profs qu’il fallait ainsi que d’autres comédiens avec qui j’ai travaillé. Le travail de la chanson est venu un peu moins naturellement. « Au départ, j’étais complètement bloqué. Un jour, un metteur en scène m’a dit que mon rôle dans La Nuit des Rois comportait trois chansons. C’était hors de question….il a insisté un moment et j’ai fini par céder. Maintenant, je me régale. » Un plaisir évident pour qui l’a vu, il y a peu, dans Oliver Twist au Trianon. Enfin, le résumé de son parcours serait incomplet sans les rôles qu’il a tenus dans trois Shakespeare montés par la dynamique Compagnie Casalibus. Parmi eux, Le Songe d’une nuit d’été est toujours en tournée.

Qui en douterait ? Son rôle dans Torch Song Trilogy le comble d’aise. « Je n’ai encore jamais joué un personnage dans un texte contemporain. Il va me falloir trouver le rythme théâtral, tout cela va être passionnant à faire. » 

 

 

L’auteur : Harvey Fierstein

 

Né à Brooklyn en juin 1954, il commence sa carrière en 1971 dans  Pork , l’unique pièce d’Andy Warhol. La consécration viendra rapidement, avec Torch Song Trilogy, récompensée par deux Tony Awards – Meilleur Acteur, Meilleur Auteur. Il a aussi écrit le livret la comédie musicale La Cage aux Folles qui connaitra le succès malgré le côté militant qu’il avait su lui donner. Il a tourné notamment dans Independence Day, Mrs Doubtfire , a joué pour la série Cheers et triomphé dans la comédie musicale Hairspray.

 

La pièce : 

 

Constituée de trois grandes « chansons réalistes » (Torch Song), cette pièce retrace 6 ans de la vie d’Arnold, un drag queen professionnel haut en couleurs, au moment de sa rencontre avec Ed, un prof de lycée cachant ses lâchetés sous un statut de « bi ». Une situation impossible à vivre pour Arnold qui rompt avant de croiser le chemin d’Alan, un jeune homme attachant, arrivé très tôt à New York pour y commencer une carrière de mannequin et occasionnellement de gigolo. S’ouvre alors une période heureuse qui s’achèvera dans le sang d’Alan battu à mort par une bande de pauvres types homophobes. C’est le moment que choisit Ed pour quitter sa femme et retrouver Arnold devenu le père adoptif d’un garçon de 15 ans. Malgré ce contexte, les retrouvailles d’Arnold et de sa mère continuent de faire des étincelles.

 

 Trois questions à Christian Bordeleautraducteur, adaptateur et metteur en

 

Pourquoi cette pièce n’a-t-elle jamais été montée en France ?

Réunir les bonnes personnes autour d’un projet n’est jamais chose facile. Je sais que Jean-Michel Rouzière, défunt directeur du Théâtre du Palais Royal, s’y est essayé deux fois. Mais à l’époque, la scène de la backroom a refroidi les têtes d’affiche à qui l’on a proposé le rôle d’Arnold. Après, il y a eu le film…

 

Comment s’est passée l’adaptation ?

Un bonheur ! Même s’il a fallu couper les redites : les trois pièces ayant été écrites et jouées une à une, avant d’être réunies sous le titre Torch Song Trilogy, il y avait chaque fois des rappels. J’ai aussi inséré quelques clins d’œil au film, dont la structure diffère quelque peu des pièces d’origine.

 

Heureux d’être enfin arrivé à votre objectif ?

Et comment ! D’autant que cette pièce n’a pas pris une ride. À la fin des années soixante-dix – c’est de la prémonition – Fierstein abordait alors des sujets faisant aujourd’hui la une des journaux, comme l’adoption par les gays.

 

Philippe Escalier

 

Vingtième Théâtre : 7 rue des Plâtrières 75020 Paris M° Ménilmontant – à partir du 7 septembre jusqu’au 30 octobre : du mercredi au samedi à 21h30 & dimanche à 17h – 01 43 66 01 13

 

A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
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